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Un monde meilleur: citations

Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien
(Edmund Burke, homme politique et philosophe irlandais du XVIIIème siècle).

 

La politique, c'est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire
(Jacques Chirac, phrase de campagne lors de la présidentielle de 1995).

 

Ma génération a bâti les murs de l'UE; votre génération devra en décorer l'intérieur
(François Mitterrand, à Henri Emmanuelli, à l'occasion d'un entretien en tête-à-tête).

 

Dans les pyramides du pouvoir, les ovaires c'est comme l'oxygène: ça se raréfie avec l'altitude
(Isabelle Alonso, ancienne présidente des Chiennes de garde, mouvement féministe).

 

“A une juste guerre, préférons une injuste paix” (Samuel Butler)

 

“Les guerres surviennent toujours entre deux Etats de paix. Alors, supprimons la paix et nous n'aurons plus de guerre
(
Almanach de l'Os à moelle, pensée du 17 octobre 1980)

“C'est dans son coeur qu'il faut construire la paix” (Dalaï-Lama)

“Il n'y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l'homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit”
(
René Cassin, in "Déclaration universelle des Droits de l'Homme", 1948)

“Il est plus facile de
faire la guerre que la paix” (
G. Clemenceau, Discours de paix, 1919)

“Il n'y a jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix” (Benjamin Franklin, Lettre à John Quincy, 1783)

“Deux coqs vivaient en paix: une poule survint,-Et voilà la guerre allumée”
(
Jean de La Fontaine, Fables "les Deux Coqs")

“On ne fait la guerre que pour faire enfin la paix” (Dictionnaire Le Littré)

“La paix, c'est de la
guerre ailleurs”
(
Jacques Prévert)

“S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité” (Tacite, historien romain des Ier et IIème siècles après JC)

Petite présentation du blog... et de son auteur

Nouvelle DonneDe 2005 à 2012, j'ai tenu un blog intitué Jes6 ("Justice, Equité, Solidarité, pour une VIème République"), réagissant aux faits d'actualité et aux décisions de la présidence Sarkozy.

Homme de gauche, l'élection de François Hollande a été une bonne nouvelle, l'ouverture d'une nouvelle phase...

Mais, mon métier m'a éloigné de la blogosphère.

Déçu par la politique menée, mon militantisme socialiste s'est petit à petit éteint. Fin 2013, la création d'un nouveau parti, Nouvelle Donne, a rallumé la flamme d'un citoyen qui perdait son optimisme. Alors que 2014 est une année électorale, qui s'annonce donc passionnante sur le plan politique, j'espère reprendre le chemin de mon clavier pour alimenter un blog auquel je veux donner un nouveau souffle !

 
Né en Picardie en 1986, j'ai grandi, étudié et travaille toujours dans cette région: je suis aujourd'hui professeur d'Histoire-géographie dans un collège de l'Aisne et mon métier est ma passion ! La politique, qui permet aux uns de s'investir pour changer la vie des autres, m'attire depuis le plus jeune âge.

De 2006 à 2009, j'ai fait partie de la première fournée de CRJ (Conseillers Régionaux Jeunes) élue au suffrage direct par les jeunes de 16 à 25 ans de ma région: ce mandat de trois ans m'a donné l'expérience du travail d'équipe et l'opportunité de contribuer à des projets concrets.

 

De 2006 à 2010, j'ai été militant au PS, participant à la campagne présidentielle de Ségolène Royal puis aux municipales de 2008 au cours desquelles je fus, moi-même, candidat sur une liste d'opposition au maire sortant. A quelques voix, j'aurais pu être conseiller municipal !

Ecologiste convaincu, je me décris volontiers comme progressiste et humaniste: changer le monde, changer l'Europe, changer la France. Les défis sont nombreux. Placer l'homme au coeur d'un système gangréné par l'argent et les puissances hors-sol anti-démocratiques, quel défi !

 

La renaissance de mon blog n'est pas une rupture: dans la colonne de droite, vous pouvez accéder à mes "Archives Jes6" (où je souhaite garder la trace de ces pages de propositions Oiseau-bleu-de-Magritteque j'ai rédigé pendant ces années) ansi qu'aux principales communautés auxquelles je continuerai de contribuer, qu'il s'agisse de "Réformer la France", "La voix des Européens" ou "Pour un monde meilleur" que j'ai créé avec l'ambition d'en faire une plate-forme utopique où puissent s'exprimer les rêves les plus fous d'un monde pacifié, démocratisé et équitable des blogueurs optimistes.

 

Sur "AurelR le citoyen", je vous souhaite de bons moments de lecture.

N'hésitez pas à publier vos commentaires, à me suivre via la newsletter du blog, ainsi que les réseaux sociaux (notamment sur Twitter: @AurelienRoyer86 et les hashtags #reprendrelamain, #bonsenscitoyen, #mondemeilleur), ou à me contacter par mail (en attendant de la renouveler): contact@jes6-leblog.eu

29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 09:21

Ce sont les deux mamelles pour qu'un pays soit considéré comme développé. Ce sont les deux axes prioritaires sur lesquels les pays pauvres sont sommés de travailler pour améliorer le sort de leurs habitants. Ce sont donc les deux piliers de l'activité politique auxquels je suis attaché: la santé (lire mon article ICI) et l'école. Cela tombe bien: l'éducation a été décrétée, très tôt dans la campagne présidentielle, comme la première des priorités du quinquennat hollandais. Eduquer les jeunes pour leur permettre d'entrer, avec assurance, dans le monde du travail: c'est la clé de la réussite et de l'avenir de notre société. Sur ce point, je ne peux qu'être d'accord.

 

Reste à savoir comment le gouvernement entend traduire, concrètement, cette belle parole élyséenne. Nombreux sont les chantiers à devoir être ouverts... Et, ici plus qu'ailleurs, la méthode voulue par M. Ayrault semble nécessaire: les conséquences sont trop importantes pour décider dans la précipitation. Il faut donc prendre les sujets un par un, consulter tous les acteurs concernés (profs, élèves, parents, collectivités locales...) et trancher. Déjà la problématique des rythmes scolaires, ouverte sous l'ère Chatel, semble en bonne voie. Le ministre, Vincent Peillon, semble déjà avoir acté le retour à la semaine de quatre jours et demi pour les écoles primaires (soit le même rythme que les collèges), à savoir un travail les lundis, mardis, mercredi matin, jeudis et vendredis. La cause? L'expérience montre que les arguments avancés par les chronobiologistes, préférant une pause en milieu de semaine pour limiter la fatigue des enfants, n'étaient pas valables dans la mesure où les quatre journées étaient plus chargées, donc plus épuisantes. Au final, on semble donc préférer cinq journées de travail, moins chargées, avec un gros moment de repos le week-end. Pourquoi pas?...

 

... Sauf qu'à mon sens, la question des rythmes scolaires ne peut pas se limiter à cette seule considération. Il va aussi falloir trancher sur d'autres aspects; parmi lesquels:

1- Combien de semaines doivent durer les vacances d'été? Six semaines, selon moi, à compter des alentours du 14 juillet, la fête nationale devant clôturer l'année scolaire avec des manifestations festives comme des kermesses, des remises de diplômes...

2- Faut-il accepter que certaines périodes de travail entre deux congés scolaires puissent durer jusqu'à huit semaines? Là encore, une alternance de six semaines de cours et une semaine de vacances semble un bon compromis. Avoir huit semaines consécutives de cours, c'est trop: chaque enseignant peut témoigner que, lors de la semaine précédant les vacances de la Toussaint, nos élèves sont plus énervés, moins concentrés... en un mot: fatigués.

3- Comment structurer, exactement, une semaine de cours... pour faire en sorte qu'entre les cours et des devoirs, cette semaine ne dépasse pas les 35h de travail? Aujourd'hui, un collégien qui fait bien son travail y passe bien plus de 35h !

 

En plus des nombreuses propositions que j'ai déjà avancé sur ce thème, en voici une nouvelle. Voici la journée-type qu'il faudrait appliquer en école primaire et au collège (soit pendant la durée de la scolarité obligatoire). Elle commencerait à 8h par l'accueil des enfants souhaitant prendre leur petit-déjeuner dans l'établissement. La semaine dernière, mon collège organisait son "opération petit-déjeuner": une fois dans l'année, les enfants de 6ème peuvent prendre un petit-déjeuner équilibré, l'infirmière, le cuisinier et les professeurs de SVT faisant un travail sur l'équilibre et l'importance de ce repas. Pourquoi l'institution ne crée-t-elle pas les conditions pour que les enfants des familles qui le souhaitent (notamment celles qui n'ont pas les moyens financiers) puissent venir une heure plus tôt et profiter d'un petit-déjeuner équilibré toute l'année? Dans ce schéma, les cours commenceraient donc à 9h, ce qui permet aux élèves de se lever plus tard et de profiter d'une vraie nuit de sommeil... sachant qu'ils vont se coucher de plus en plus tard. La matinée comporterait trois heures de cours. La pause du midi serait d'une heure et demie (par toujours respectée, notamment au collège où, l'an dernier, elle pouvait se réduire à 45 minutes).

 

Pour ce qui est de l'après-midi, les cours s'étendraient de 13h30 à 15h30, puis laisseraient place, en fin de journée, à deux possibilités: aide aux devoirs encadrée par des enseignants ou pratiques sportives ou artistiques (en rendant celles-ci obligatoires au moins trois après-midis sur cinq). Dans mon esprit, le mercredi deviendrait un jour travaillé sur l'ensemble de la journée, après-midi incluse. Ainsi, la durée maximale de travail serait de 5h de cours par jour (soit 25h sur la semaine), 3h d'aide aux devoirs encadrés et 4h30 de pratiques sportives ou artistiques. Ainsi, les élèves partiraient de leur établissement en ayant fait leurs devoirs... Pour être efficace, ce dispositif doit s'accompagner d'une remise à plat du volume horaire des différentes disciplines, comme le préconise depuis quelques temps: fin de l'obligation d'une seconde langue vivante (pour ne pas embrouiller l'esprit des élèves qui maîtrisent déjà mal le français et leur LV1); obligation de choisir une pratique artistique (arts plastiques ou musique) pour faire une fois 2h au lieu de deux fois une heure actuellement; obligation de pratiquer deux fois par semaine le sport... en vue d'être inscrit, avec une aide financière de l'Etat, dans un club; etc.

 

Pour être complet, il reste une mesure fondamentale que je souhaite rappeler: l'Etat, qui ne doit pas être un champion de la précarité (qu'il dit vouloir combattre quand il s'agit d'entreprises privées... mais auquel il a lui-même massivement recours), doit faire en sorte de supprimer tous les contrats précaires (temps partiels, statut de vacataire très désavantageux, recours aux étudiants sous-payés) pour les transformer en contrats pérennes. Pour cela, la création de nouveaux postes, permettant au corps enseignant de n'être composé que de personnels titulaires ayant réussi les concours, va dans le bon sens... Mais l'Etat doit aussi se préoccuper de titulariser les précaires qu'il a lui-même généré: pour cela, il lui suffit de payer des formations de mise à niveau des contractuels dont il (ab)use en ce moment, afin de permettre à ces personnes de passer un concours leur permettant de devenir titulaire et, ainsi, de gagner une certaine garantie d'emploi qu'ils n'ont pas. Pour l'équilibre et le bon fonctionnement de l'Ecole, c'est IMPERATIF.

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 10:35

A chaque nouveau quinquennat, sa lettre aux enseignants. Début septembre 2007, le nouveau Président, Nicolas Sarkozy, adressait une "lettre aux éducateurs" (à retrouver ICI). Début juillet 2012, les deux ministres chargés de ce porte-feuille (Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale et George Pau-Langevin, ministre de la Réussite éducative) ont publié, sur le site de leur ministère, une "lettre à tous les personnels", consultable en suivant CE LIEN. Sur la forme, cette dernière s'apparente à un long catalogue de bonnes intentions, dont je vais analyser les principaux points (en vue de faire mes propres propositions dans un prochain article). Evolution intéressante: plutôt que le chef de l'Etat lui-même, ce sont donc les ministres qui prennent le plume. On peut y voir un bon signe (le Président laisse le gouvernement travailler et prendre des initiatives) ou s'en émouvoir (le Président ne prend pas la peine de s'adresser, en personne, à ce public qu'il a tant convoité lors de la campagne... en plaçant l'éducation et la jeunesse au centre de son projet quinquennal). Plus importante, la grande concertation lancée par M. Peillon, pour recueillir les opinions et idées de tous les citoyens volontaires (via un site Internet spécifique: refondonslecole.gouv.fr), apparaît comme une bonne idée: soucieux de remettre à plat le système pour le rénover (rythmes scolaires, contenu des examens, socle de compétences...), le gouvernement consulte. Et, même si ce temps de concertation paraît court (d'ici l'automne, un projet de réforme devra être sur la table), des changements perceptibles pourraient donc être appliqués dès la rentrée de septembre 2013.

 

Refondons-l-ecole.jpg

 

Déjà, la rentrée 2012 a connu une petite modification, le ministre ayant décidé de rallonger les vacances de la Toussaint de quelques jours (au lieu de 10 jours, elles dureront deux semaines, du 27 octobre au 12 novembre). Pour 2013, les deux ministres ont, dans l'introduction, rédigé une sorte de "discours de la méthode", déjà plein de bonnes intentions (qui sonnent creuses): ainsi, pour justifier l'appellation du ministère de la "Réussite éducative" (on imagine mal un ministère allant dans le sens contraire !), la lettre affirme qu' "il n'y a pas de fatalité de l'échec scolaire" puis, plus loin, que la réforme doit "permettre à chaque élève de trouver et de prendre le chemin de sa réussite". Qui peut aller contre? Ferait-on le contraire aujourd'hui?... Ce qui est intéressant, dans cette lettre, c'est que plusieurs objectifs, a priori évidents, sont rappelés: "l'objectif d'une refondation républicaine de l'Ecole et d'une refondation de la République par l'Ecole"; "elle porte une idée de l'homme, cu citoyen et un exigence de justice"; "l'amélioration des acquis scolaires et la réduction des sorties sans qualification"; "elle est un vecteur de promotion et un lieu de transmission des valeurs de la République". Evidemment ! Heureusement, il n'y a pas que des évidences. L'introduction rappelle, en fil rouge, que le projet éducatif du gouvernement est la 1ère des priorités du quinquennat: plus de moyens voulus par le Président, concertation nationale avant élaboration du projet de loi, appel à tous les personnels...

 

Différence notable avec la lettre de Nicolas Sarkozy, les parents ne sont pas évoquer. L'ancien président s'adressait aux éducateurs, rappelant que les parents ont une part active dans l'éducation de leurs enfants... ce que certains oublient, laissant à l'Ecole le soin de les éduquer. Cette fois, les auteurs ne s'adressent qu'aux personnels de l'Ecole, plaçant d'ailleurs le "personnel d'enseignement" en tête... sans oublier tous les autres personnels dont ils font soigneusement la liste ! Plus haut, cette primauté s'explique aussi par le rôle donné à l'école: en effet, dans une autre liste (de verbes, cette fois), les ministres rappellent les vocations de l'Ecole pour "instruire, éduquer, servir une certaine idée de la France, de la République et de l'humanité". On constate donc que l'instruction, soit l'apport de connaissances et de savoir-faire, est placée avant le principe d'éducation, qui n'est pas du seul rôle des professeurs. Sans oublier, plus loin, le rappel de la vocation laïque de l'école, on se croirait presque revenu au temps où le ministère était celui de l'Instruction publique... sauf que l'enseignement privé n'est, évidemment, pas remis en cause ! Bref, au milieu d'un préambule long et peu savoureux, la conception profonde de l'équipe au pouvoir apparaît. Et c'est la bonne !

 

Histoire d'être méthodique, je vous propose la liste des bons points de cette lettre:

1- Priorité à l'école primaire (maternelle et élémentare): accueil des enfants de moins de trois ans, création de postes pour réduire le nombre d'élèves par classe, classe de CP confiée prioritairement à des profs expérimentés, pause du midi d'au moins 90 minutes... Toutes ces dispositions vont dans le bon sens !

2- En maintenant l'objectif d'un maîtrise d'un minimum de connaissances et compétences à l'issue de la scolarité obligatoire (aux alentours du Brevet, donc), le ministre souhaite la simplification de ce Livret des compétences "inutilement complexe" en ce moment. Bravo !

3- Concernant le lycée, le gouvernement entend poursuivre les réformes Chatel avec trois nouvelles ambitions intéressantes: rétablir l'histoire-géo obligatoire en Terminale S; développer des lycées polyvalents pour placer dans un même site les lycées généraux et techniques afin que leur éloignement géographique actuel ne soit plus synonyme d'inégalité (les lycées généraux de centre-ville bénéficient de meilleures réputations...); enfin, une réorganisation des études professionnelles, pour éviter les sorties sans qualification et sans emplois garantis, sera mise en oeuvre.

4- D'autres domaines feront l'objet d'attention et de moyens financiers supplémentaires au service des élèves: la création de postes dans les Rased (réseaux d'aide pour les enfants repérés comme en difficulté), pour l'accompagnement des élèves en situation de handicap ou encore l'évaluation des résultats des internats d'excellence (dotés de moyens financiers importants à destination d'élèves eux aussi fragiles) permettront d'améliorer le suivi individualisé des élèves, même si celui-ci reste encore fragile tant les moyens dont disposent les enseignants pour l'aide aux devoirs demeurent insuffisants.

5- Enfin, plusieurs propositions concernant les enseignants et leurs conditions de travail sont avancées: la réforme de la formation initiale pour une entrée progressive dans le métier, la création de postes de surveillants pour rétablir la sécurité et l'autorité des adultes ("qui ne se décrètent pas") ou encore la suppression de l'évaluation des personnels par le seul chef d'établissement (comme le souhaitait la droite) sont déjà évoquées. Tant mieux !

 

Même si la plupart des orientations de son courrier me paraissent positives, il n'en demeure pas moins quelques points noirs que je dois d'évoquer... J'en identifie deux principaux:

 1- Pour maîtriser le Socle, les ministres veulent maintenir l'ambition essentielle du collège unique pour que chaque élève suive "un tronc commun obligatoire" et "qu'aucun dispositif d'éviction précoce ne détourne ces élèves de l'objectif de maîtrise du socle commun". A croire que les dispositifs actuellement existants, et dans lesquels les professeurs orientent ceux qui perdent leur temps au collège unique (en n'ayant pas les capacités de concentration pour suivre le rythme d'une classe dans laquelle ils s'amusent à faire le bazar !), sont des freins à la réussite de ces élèves. Les bonnes intentions des politiciens, enfermés dans leurs bureaux parisiens, sont donc loin des réalités du terrain: certes, l'idéal (ou plutôt, l'utopie) d'un collège permettant d'orienter et d'instruire tous les élèves est beau... mais il est concrètement irréaliste !

2- Les ambitions pour l'enseignement des langues m'apparaissent floues: dans un court paragraphe, le ministère évoque la nécessité d'une coopération accrue entre l'école élémentaire (où les élèves valident le niveau européen A1) et le collège (au terme duquel ils doivent valider le niveau A2, nécessaire à l'obtention du Brevet) pour un meilleur suivi des élèves. Mais, le faible niveau en langues vivantes ne trouve pas, ici, de solutions... Or, c'est un problème majeur et récurrent de notre système éducatif !

 

Bref, si l'exprit général de cette nouvelle politique éducative (instruire plutôt qu'éduquer, donner plus de moyens aux établissements et aux élèves en difficulté...) va dans le bon sens - à l'exception de l'utopie égalitaire - il n'en reste pas moins à transformer ces principes en propositons concrètes susceptibles de transformer l'école, sans qu'il ne s'agisse de poudre aux yeux et des réformettes électoralistes. C'est tout l'enjeu de la concertation menée jusqu'à l'automne... et à laquelle j'apporterai donc, dans les prochains jours, ma propre contribution. Avec deux articles listant mes idées de réforme, et un autre entièrement consacré au sport scolaire (l'oublié de cette missive), j'espère susciter votre attention !

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 15:51

Ce lundi, les professeurs d'Histoire-géographie de France étaient convoqués, dans un collège ou lycée de leur département, pour corriger les copies du Brevet. Ces corrections 2012 ont une dimension particulière: l'an prochain, nous corrigerons une nouvelle épreuve qui accompagne le renouvellement des programmes de 3ème qui changent à la prochaine rentrée. Avant de développer, voici mes résultats et impressions sur la session 2012... Pour ma part, j'ai corrigé, dans un collège de Laon, 39 copies: sur ce lot, je n'ai attribué que quatre notes en-dessous de la moyenne (respectivement 14, 15, 16 et 17 sur 40). Pour les autres, les notes sont donc convenables (35 copies au-dessus de 20 sur 40, et une moyenne globale de 26,5 sur 40, soit 13,25 sur 20); l'explication est simple: le sujet 2012 était des plus faciles et, comme chaque année, avec une bonne compréhension de documents qui n'étaient pas complexes, il était assez aisé de s'en sortir... Par ailleurs, la grande majorité des candidats a choisi le sujet d'histoire sur la 1ère guerre mondiale, pour lequel il fallait "raconter" (et non plus "démontrer", comme les années précédentes) la vie au front et à l'arrière. Chacun, même parmi les élèves les plus faibles, a quelques vagues souvenirs des combats racontés par l'enseignant et de la place des femmes qui travaillaient hors du front.

 

C'est d'ailleurs sur ce sujet historique que quelques perles (rares, cette année, car les copies étaient globalement bonnes !) ont pu être décrochées. Voici quelques exemples. Evocation d'une affiche d'emprunt national: "Le gouvernement demande de l'argent aux Français pour construire plus de missiles car ils meurent de faim". Evocation des conditions de travail des femmes à l'arrière: "Sur les conditions de vie, ce n'était pas top; c'était la misère et la galère !" ou encore: les femmes devaient travailler "tout en élevant les enfants et en faisant la cuisine et le ménage". A propos d'un combattant qui pouvait obtenir une permission: "Il rentre de la guerre, donc il a fini son "séjour" dans les tranchées". Autre sujet abordé, en éducation civique: le rôle du Président de la République dans les institutions de la Vème République. Année électorale oblige, les élèves devaient réfléchir aux pouvoirs accordés par la Constitution au chef de l'Etat puis à ses prérogatives (avec une belle photo de Nicolas Sarkozy devant des militaires en Afghanistan). Là encore, avec quelques connaissances personnelles supplémentaires (le passage du septennat au quinquennat, le code nucléaire qui fait du Président le chef des armées...), on s'en sortait facilement. Mais, cela n'a pas empêché quelques belles étourderies, ainsi: "Le Président est un personnage très important, mais il a un pouvoir assez réduit (seulement le pouvoir exécutif qu'il doit partager avec les ministres)"; "François Hollande a été élu par 54 contre 48, puis a nommé Jean-Marc Héron comme premier ministre"; "Sans le Président, il n'y aurait pas de République, pas de France". Heureusement, plusieurs copies très intéressantes, bien écrites et pleines de connaissances précises, ont permis à certians candidats de franchir la barre des 30 sur 40... Dans mon tas, ils étaient 12, dont un a obtenu un joli 37/40 !

 

Verra-t-on de tels résultats l'an prochain? Dans le cadre de la réforme du collège, qui concerne les programmes et qui a été engagée en 2009 sous le gouvernement Fillon, l'épreuve changera en juin 2013. Jusque-là, les élèves devaient enchaîner une étude de trois documents (avec des questions d'analyse) suivie de la rédaction d'un paragraphe argumenté (une sorte de mini-dissertation, structurée en plusieurs parties, répondant à un sujet et pour laquelle les élèves peuvent s'appuyer sur les documents étudiés tout en y ajoutant des connaissances de leur cours). Jusque-là, l'épreuve d'histoire était divisée en trois parties: 1ère partie, histoire ou géographie (l'élève choisit un sujet sur les deux proposés), 2ème partie, éducation civique (un seul sujet obligatoire, sur le même principe), 3ème partie, repères (en histoire, donner la date d'un événement ou nommer l'événement associé à une date donnée, appris par coeur; en géographie, placer des éléments - océan, continent, pays, ville, fleuve, montagne... - sur une carte - planisphère, cartes d'Europe ou de France). Cette épreuve mêlait deux compétences principales: d'une part, la capacité à lire, comprendre et expliquer un document (affiche, texte, photographie, tableau de chiffres ou graphique...) en répondant à une question; d'autre part, la capacité à utiliser des connaissances personnelles, apprises au cours de l'année, pour contextualiser ces documents dans un texte rédigé d'une quinzaine de lignes... De cette façon, les élèves étaient préparés aux exercices de lycée, en particulier l'étude de documents.

 

Dans la nouvelle version, l'épreuve est, a priori, plus simple. Désormais, l'épreuve se divisera toujours en trois parties: une obligatoire en histoire, une obligatoire en géographie et une obligatoire en éducation civique. Chacune de ces parties prendra la même forme, divisée en deux temps: répondre à des questions de cours où il suffira de réutiliser le cours appris par coeur pour montrer au correcteur qu'on le maîtrise; analyser un seul document en répondant à une série de questions pour l'analyser de façon très détaillée (présentation de l'auteur et du contexte de réalisation, analyse des mots-clés...). Dans l'esprit de ceux qui, dans les bureaux du ministère, ont pensé cette nouvelle formule, l'épreuve est plus simple: l'élève sachant son cours gagnera des points en 1ère partie, tandis que l'analyse documentaire le préparera à une épreuve qui persiste jusqu'au Bac. Mais, dans la réalité, il est fort probable que cette épreuve simplifiée (idéale pour favoriser de bonnes statistiques de réussite) ne soit pas si réussie: d'une part, les élèves actuels apprennent peu leurs leçons, ne maîtrisant qu'imparfaitement les connaissances vues en classe (l'épreuve actuelle, associant le sujet de rédaction à l'étude de documents, permet aux élèves ne sachant pas leur cours de s'en sortir... là où une pure épreuve de connaissances les pénalisera); d'autre part, les questions de repères demanderont aux candidats de citer la date d'un événement tout en en expliquant la portée (problème: certaines dates apprises par coeur par les élèves remontent à la classe de 6ème...). Quoi qu'il en soit, l'exigence est moindre: plus besoin de mener un raisonnement aboutissant à un travail de rédaction appuyé... car, avec la nouvelle mouture du Brevet, les réponses n'atteindront plus les 15 à 20 lignes actuelles ! Au fait: un citoyen ne doit-il pas savoir raisonner?

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:08

L'année scolaire se termine... et, demain, viendra le temps des corrections du Brevet. En histoire-géo, nos élèves de 3ème ont été interrogés sur la 1ère guerre mondiale (pour comparer la vie des hommes au front et des femmes à l'arrière) ou sur la puissance de l'Union européenne (en montrant qu'à 27, les Etats européens forment la 1ère puissance économique et commerciale du monde !). Côté éducation civique, année électorale oblige, le sujet les obligeait à réfléchir sur le rôle et les pouvoirs du Président dans les institutions de la Vème République (avec une photo de Sarko en Afghanistan). Enfin, l'épreuve d'histoire s'achevant par une épreuve de repères, il fallait citer les dates de trois événements (l'Hégire en 622, la Déclaration des Droits de l'Homme en 1789 et le droit de vote des femmes en 1944) et nommer six repères géographiques sur un planipshère (trois océans et trois des plus grands Etats du monde, à savoir Etats-Unis, Chine et Russie). A priori, rien de bien compliqué !!... Mais, c'est avec un carnet de notes que je partirai corriger ma quarantaine de copies, désireux de vous rapporter les quelques perles que j'aurais pu lire.

 

L'année scolaire se termine... et, en attendant les résultats du Brevet (qui devraient être plutôt bons car, chaque année, le taux de réussite reste inchangé !), voici deux arnaques qui entâchent mon métier. Depuis que je suis professeur (5 ans... soit depuis l'élection de M. Sarkozy en 2007), tout est fait pour avoir de belles statistiques. Les chiffres officiels ne reflètent plus le niveau de nos élèves car, année après année, alors que ce niveau baisse, les résultats restent au même niveau... sauf dans les enquêtes internationales qui confirment, année après année, que nos enfants maîtrisent de moins en moins bien ce qui semble essentiel (l'orthographe et la grammaire, le calcul mental sans calculatrice, les repères historiques et géographiques...). Ainsi, à l'épreuve de français du Brevet, l'exercice de réécriture (qui consiste à transformer un passage du texte étudié, en changeant le temps ou la personne) se résume à la modification d'une seule phrase tenant sur deux lignes... alors qu'à mon époque (j'ai passé le Brevet en 2000), le passage faisait au moins cinq ou six lignes ! Preuve que, pour avoir de bonnes statistiques et accompagner la baisse du niveau des candidats, le ministère encourage l'abaissement de la difficulté des exercices. En histoire, par exemple, plus question de poser des sujets nécessitant une réflexion: les élèves répondent à un sujet qui reprend le thème des chapitres étudiés dans l'année. Il suffit donc de réécrire le cours ! Rien de bien compliqué !!

 

Voilà donc deux exemples concrets qui, j'espère, ne perdureront pas sous l'actuel gouvernement de gauche:

1- La validation des compétences des élèves: depuis quelques années, les élèves ne sont plus seulement évaluées sous forme de notes, mais aussi à travers des compétences. Ainsi, au collège, les enseignants valident, à chaque exercice ou devoir, un certain nombre de compétences... sachant qu'en fin de 3ème, il faut avoir valider les 7 rubriques du Livret de compétences (français, langue vivante, informatique, mathématiques, citoyenneté...). Sans ce livret, un Brevet réussi n'est pas validé ! En théorie, ce système est plus que positif, puisqu'il atténue la crainte des notes (qui traumatisent et dévalorisent les moins bons élèves) tout en permettant aux élèves, aux parents et aux enseignants de cibler les difficultés des élèves pour leur proposer, dans l'idéal, des solutions de remédiation en travaillant, avec insistance, les compétences non validées. Malheureusement, en pratique, nous ne disposons pas des moyens pour appliquer ce principe de remédiation (à moins que les enseignants acceptent de le faire, bénévolement, en plus de leur service...). D'ailleurs, Sarkozy proposait, dans la campagne 2012, d'augmenter le temps de présence des enseignants, ce qui aurait permis de l'appliquer, sans compensation financière ! Autre bémol: après avoir évalué les compétences d'un élève, les enseignants doivent compléter le Livret en ligne... et, en fin d'année, le professeur principal peut cocher les 7 rubriques, selon le nombre de compétences validées pour chacune d'elles.

 

Compétence mal validée-copie-1

 

Ci-dessus, vous pouvez voir une capture d'écran sur l'application que j'utilise dans mon collège. Chaque professeur peut valider les cinq items de cet écran (exemple: reconnaître les symboles de la République française), correspondant à la compétence n°6 ("Compétences sociales et civiques"). Pour cela, il faut cocher le losange gris de la colonne de droite. Le losange de la colonne de gauche indique, lui, le nombre d'enseignants ayant validé cette compétence (ici, 0). En fin d'année, le professeur principal peut cocher la case en bas à droite: évidemment, avec aucune compétence validée sur 5, on ne peut cocher la compétence... Sauf que, sur cette page, la case a été cochée. Par un professeur principal zélé, qui applique la consigne qui consiste à valider 90% des élèves d'une classe en fin d'année... que la classe soit bonne ou mauvaise ! Ou encore par un personnel administratif, un(e) principal(e) ou un(e) principal(e)-adjoint(e) pouvant se mettre dans la peau du prof principal pour valider les élèves un peu justes... pour être sûr(e) d'avoir de bonnes statistiques. Ainsi, alors que les professeurs de cet élève n'ont pas validé les compétences qu'il ne maîtrise pas, la hiérarchie peut faire en sorte d'améliorer les résultats de l'établissement ! Au final, les statistiques publiées ne valent rien, puisqu'elles ne reflètent pas le niveau réel des élèves !

 

2- L'épreuve d'Histoire des Arts: depuis trois ans, les élèves de 3ème doivent passer une nouvelle épreuve, obligatoire, à l'oral, d'Histoire des Arts. Au cours de l'année scolaire, ils préparent des exposés sur des thèmes qu'ils ont choisi (cinq exposés à compter de septembre 2012) puis, en mai, ils présentent, devant un jury de deux professeurs, l'un de ces exposés (tiré au sort le jour même) lors d'un oral composé de deux parties: l'exposé proprement dit, suivi d'un entretien sous forme de questions-réponses avec le jury. Le but est de vérifier que, tout au long de sa scolarité, l'élève a acquis des compétences artistiques (connaître et reconnaître un mouvement, expliquer le contexte historique d'apparition et de développement de ce mouvement, décrire avec précision et avec le vocabulaire adapté une oeuvre d'art). Le jury attribue une note sur 40, qui compte autant que les trois épreuves finales (français, maths, histoire-géo). Dans l'académie d'Amiens, on a appris cette semaine que, pour harmoniser les notes et éviter les trop grands écarts entre les établissements (officiellement, entre les collèges où les jurys notent sévèrement et ceux qui sont trop cléments), une commission a modifié les notes attribuées. Problème: cette harmonisation a conduit à ajouter 4 points aux candidats ayant obtenu entre 16 et 20 sur 40... ce qui leur permet de franchir la moyenne, alors que le jury avait estimé que leur maîtrise des compétences n'était pas suffisante pour la leur donner. Voilà comment on trafique les résultats d'épreuves officielles... en poignardant dans le dos les enseignants, dont le travail n'est donc pas pleinement respecté ! Le changement, c'est bientôt?

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 16:26

"Si vous [la droite] gagnez les législatives, allez-vous revenir sur toutes les décisions que nous [le gouvernement] avons prises, en faveur du pouvoir d'achat des Français?" demandait, sur le plateau de Mots Croisés, Marisol Tourrainne (ministre des Affaires sociales) à M. Guéant, représentant de l'UMP. Il faut dire que, pour s'assurer une majorité de députés de gauche (voire, dans le meilleur des cas, socialistes), le gouvernement Ayrault a pris nombre de décisions concrètes et symboliques. Sur tous les plateaux, les ministres et responsables PS multiplient les exemples: hausse du SMIC et de la prime de rentrée scolaire, limitation des hauts revenus, suppression des tribunaux pour mineurs et des jurés populaires en correctionnelle... Ainsi, l'équipe gouvernementale entend démontrer, aux citoyens-électeurs, que le changement a commencé, que les engagements pris lors de la campagne seront très prochainement réalisés. Un gouvernement qui agit dans l'intérêt des Français, avec rapidité, doit être soutenu pour continuer: voilà le message des socialistes pour remporter le 2ème tour !

 

A quelques jours de cette dernière grande étape de l'année électorale 2012, les décisions continuent. Le jour de la passation de pouvoir et de son entrée au ministère, Vincent Peillon avait annoncé le retour à la semaine des 5 jours pour les écoliers... provoquant l'indignation des parents d'élèves qui ont eu l'occasion d'exprimer d'abord leurs craintes organisationnelles avant de penser à l'intérêt de leurs enfants. Cette annonce du ministre de l'Education avait bousculé les habitudes, beaucoup considérant qu'il avait sans doute été trop rapide. Quelques semaines plus tard, rebelote: M. Peillon annonce, sans concertation, sa décision d'allonger les vacances de la Toussaint (qui passerait, dès cette année, de 10 jours à deux semaines) puis, pour compenser, d'avancer la rentrée des classes d'une journée en septembre et d'ajouter une journée supplémentaire en juillet 2013.

 

Si, d'un côté, on peut se féliciter de voir un ministre prendre des initiatives, sans que toute décision n'émane de l'Elysée, on peut aussi se désoler de la méthode choisie. D'ailleurs, le Premier ministre a rappelé à l'ordre son ministre, lui rappelant qu'aucune décision ne pouvait être prise, sous la présidence Hollande, dans concertation. M. Ayrault aurait pu ajouter qu'il lui appartient, après cette concertation, de rendre l'arbitrage et que le rôle de son ministre consiste à lancer le chantier, mener les discussions et rendre son rapport en Conseil des ministres, avant de défendre le projet au Parlement ! Bref, sur la forme, cette affaire révèle le peu d'autorité du locataire de Matignon: de la même manière que M. Ayrault expliquait le tweet de Valérie Trierweiler comme l'erreur d'une femme qui doit trouver sa place dans le rôle de Première dame, l'affaire Peillon montre que le Premier ministre lui-même n'a pas encore totalement revêtu ses (nouveaux) habits. Ca viendra...

 

Sur le fond, la question des rythmes scolaires (longtemps annoncée sans jamais être tranchée par le gouvernement Fillon) mérite en effet une vaste consultation nationale. C'est l'exemple typique du sujet sur lequel il serait utile d'appliquer la méthode que je préconise:

1- Le gouvernement annonce le début d'une concertation, en énonçant les objectifs et les moyens qu'il compte utiliser pour parvenir à ses fins ("Réduire le nombre d'heures de cours par jour et par semaine, en augmentant le nombre de semaines travaillées dans l'année");

2- Le ministre reçoit les partenaires concernés (ici, les représentants des enseignants, des parents d'élèves, des chefs d'établissement, des élèves): 1ère réunion commune au ministère pour fixer les objectifs; réception de ces acteurs, un par un, pour entendre leurs propositions; dernière réunion commune pour négocier un avant-projet;

3- Le gouvernement ouvre le site Internet debats.gouv.fr avec une page spéciale "Rythmes scolaires" sur laquelle on peut imaginer: des sondages sur des propositions concrètes ("Semaine de 4 ou 5 jours?", "Raccourcir les vacances d'été?", "Rallonger les vacances de Toussaint?", "Supprimer les cours le samedi?", "Cours de sport l'après-midi?"...), des forums pour permettre aux citoyens de poster leurs propositions;

4- Le Conseil des ministres se prononce et le chef de l'Etat rend alors ses arbitrages, pour arriver au projet de loi, soumis par le gouvernement aux parlementaires.

 

Concernant les propositions avancées par M. Peillon, je ne peux que m'en féliciter car elles vont dans le sens que je préconise, sur ce blog. Allonger les vacances de Toussaint, pour couper un 1er trimestre souvent long et fatigant? Pour ! Raccourcir, même de quelques jours symboliques, les congés d'été? Pour ! Imposer une pause déjeuner d'au moins 1h30 à la mi-journée? Pour (dans mon collège, certains élèves et certains professeurs n'ont que trois quarts d'heure, entre 12h15 et 13h, pour manger !). Bref, plus que le contenu, c'est la façon dont ces mesures ont été annoncées qui me chagrinent... d'autant plus qu'en annonçant, en premier, l'ajout de journées de vacances supplémentaires, le ministre envoie un très mauvais signal. Les élèves, qui écoutent peu l'actualité tout en retenant ce qui les concerne en premier lieu, ne manqueront pas d'avoir compris que la gauche va rallonger leurs vacances. Je m'en inquiète d'autant plus que, pendant la campagne présidentielle, certains de mes élèves m'ont questionné sur le projt éducatif du candidat Hollande: "Monsieur, c'est vrai qu'il voudrait réduire les vacances d'été de 2 semaines?" avec une pointe d'inquiétude, voire de colère. Messieurs Peillon et Ayrault: à l'avenir, veillez à ne plus polluer vos belles idées par des maladresses aussi grossières ! Il en va du succès du quinquennat débutant...

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 20:59

Il est 22h. Ce soir, je ne travaillerai plus pour préparer ma prochaine semaine (qui débutera demain matin à 8h15). Avant de me coucher, voici la suite de mon emploi du temps détaillé de ma semaine de travail d'enseignant. Depuis jeudi, chaque soir, j'ai rédigé le brouillon de cet article.

 

Jeudi 15 mars 2012 - nombre d'heures de cours théoriques (inscrites à mon emploi du temps): 4 heures. Grasse matinée. Je commence à 10h et me lève à 8h30. Arrivée au collège à 9h55 (photocopies). Cours de 10h15 à 12h15.

Disposant d'une longue pause déjeuner, je rentre chez moi pour y manger. Après le repas, je consacre une heure, de 13h30 à 14h30, à la correction de 5 copies de 5ème (d'élèves absents qui ont rattrapé le contrôle) puis je rentre, sur le portail en ligne, les notes de mes classes de 6ème. Retour au collège et cours de 15h à 17h. Après un échange avec le principal qui souhaitait me parler de plusieurs problèmes, je quitte le collège à 17h35.

De retour chez moi, émission "On ne demande qu'à en rire" sur France 2 avec Laurent Ruquier puis correction d'articles de presse rédigés par mes 5ème sur le thème du racisme. Je rentre les notes dans le logiciel en ligne, de 19h à 19h45. Je consacre ma soirée à l'intervention de François Hollande dans "Des paroles et des actes" sur France 2.

Bilan total des heures de travail liées à ma profession: 5h45.

 

Vendredi 16 mars 2012 - nombre d'heures de cours théoriques (inscrites à mon emploi du temps): 4 heures. Grasse matinée. De 9h45 à 11h15, je prépare deux fiches d'exercice pour ems 5ème sur la pauvreté dans le monde et un bidonville au Kenya (recherche de documents, mise en page, questionnement, impression). Arrivée au collège à 11h50 (photocopies). De 12h15 à 12h45, tout en mangeant un plat réchauffé, je complète les bulletins d'une classe en ligne. Cours de 13h à 17h.

De retour chez moi, je lis mon courrier et regarde "On ne demande qu'à en rire". Après le dîner, je corrige trois copies d'un devoir rattrapé par des élèves absents, soit 20 min puis je rentre, en ligne, mes appréciations pour deux classes (30 min pour une 3ème - car je rédige des appréciations longues et complètes, profitant des 300 mots offerts par le logiciel - suivies de 40 min pour une classe de 5ème - car je dois remplir deux matières, histoire-géo et éducation civique). Fatigué, je vais me coucher.

Bilan total des heures de travail liées à ma profession: 7h30.

 

Samedi 17 mars 2012. Le samedi matin, après la grasse matinée, c'est ménage ! Midi est vite arrivé... Et, aujourd'hui, dernier match de l'équipe de France de rugby dans le tournoi des VI Nations oblige, je me mets au travail dès le repas terminé. De 14h15 à 15h30, je remplis les derniers bulletins des classes jusque-là non traitées (deux 6ème et une 5ème).

Ce n'est qu'en soirée que je me remets au travail pour préparer le Conseil de classe que je présiderai mardi soir (pour la classe de 5ème dont je suis Professeur principal - là, il me faut une bonne heure pour reprendre, élève par élève, les commentaires de mes collègues afin de suggérer une appréciation générale tenant compte de l'évolution des résultats et de leur attitude). De 19h15 à 19h55, je fais des statistiques sur mes élèves: ma formation scientifique (j'ai fait un bac S avant des études d'histoire !) refait surface. De 21h20 à 22h40, je prépare les appréciations générales... que je devrais inscrire sur les bulletins, au lendemain du Conseil. Ces documents seront ensuite distribués aux familles après que je les ai signé !

Bilan total des heures de travail liées à ma profession: 3h15.

 

Dimanche 18 mars 2012. Le matin, c'est sacré... Non pour aller à la messe. Mais pour dormir... après m'être couché à plus de minuit pour voir "On n'est pas couché", l'émission de Laurent Ruquier en deuxième partie de soirée sur France 2. Puis, je rejoins mon père avec qui je bois un café et mise sur le quinté du jour. C'est ma seule demi-journée de repos systématique !...

... Car, quand il me reste des choses à faire pour préparer la semaine suivante, le dimanche après-midi n'est pas toujours un moment de repos. La preuve: en revenant du bar-PMU, je travaille sur l'option "Histoire des arts", obligatoire au Brevet pour la 2ème année. En tant que coordonnateur, je dois faire le point sur les sujets sélectionnés par les groupes. Puis, je prépare un cours de géographie pour mes 3ème: de 11h30 à 13h30 (aujourd'hui je mange tard, car j'attends l'arrivée de ma soeur qui vient chez moi un week-end par mois en moyenne car elle vit et travaille en région parisienne).

Après le repas et un jeu sur la console, je me remets au boulot: de 16h30 à 19h, un cours de 6ème, une fiche d'exercices pour ce même niveau, une deuxième leçon de géo pour les 3ème (histoire de prendre un peu d'avance car, cette semaine, je n'ai pas eu de copies à corriger...). Il me reste à imprimer ces cours et à corriger des exposés sur des films parlant de la 2nde guerre mondiale... Ce sera pour demain (pendant un trou dans mon emploi du temps, entre 15h et 16h) !

Bilan total des heures de travail liées à ma profession: 4h30.

 

Bilan global de ma semaine. Alors que mon emploi du temps affiche 22 heures (les 18 communes à tous les certifiés et 4 heures supplémentaires, ce qui revient donc à 35 h + 4 sup' = 39 heures) entre le lundi et le vendredij'ai travaillé pendant 27 heures (1ère partie de la semaine) + 21h (2ème partie, ci-dessus)= 48h ! Par conséquent, j'ai effectué 9 heures de plus par rapport à ce que l'Etat est en droit d'attendre de moi... 9 heures gratuites, car officiellement comprises dans mon salaire ! Quel salarié en ferait autant, si ce n'est un fonctionnaire motivé, dévoué à ses élèves et passionné par ce qu'il fait?

 

Notez que la semaine à venir s'annonce tout aussi chargée. Deux évaluations, donc deux tas de copies à corriger (soit 3h pour une classe de 3ème). Cinq conseils de classe. Une journée de formation pour me préparer aux nouveaux programmes d'histoire-géo en classe de 3ème (6 heures de formation, dans un collège à 30 km de mon domicile - soit une heure de route aller-retour - au lieu de 3 heures théoriques de cours) ! Là encore, les 35 heures ne seront qu'un doux rêve... Bonne semaine !

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 19:02

Comme promis, je vous soumets mon emploi du temps de ma semaine de travail (première semaine après les vacances de Février). Chaque soir, j'ai rédigé le brouillon de cet article afin de comptabiliser mes heures. En voici donc le détail (lundi à mercredi):

 

Lundi 12 mars 2012 - nombre d'heures de cours théoriques (inscrites à mon emploi du temps): 5 heures. Arrivée au collège à 8h30 pour accueillir une intervenante de l'association Action Contre la Faim (le collège participe à la Course Contre la Faim dont je suis le coordonnateur) et préparer, avec elle, la salle. Cours de 9h15 à 12h15.

Paperasse (remplir un dossier de suivi pour un élève atteint d'un handicap pris en charge par l'Education nationale, consulter mon courrier et relayer les informations à mes collègues d'histoire car je suis leur "coordonnateur") de 13h30 à 14h. Cours de 14h à 15h. Préparation d'un cours de 6ème de 15h à 16h (je n'ai pas cours, mais reste dans ma salle - qui me sert de "bureau" - pour avancer mon travail). Cours de 16h à 17h. Réunion sur le cas d'une classe problématique (objectif: trouver des solutions avec la direction pour neutraliser des élèves qui ne viennent que pour freiner la progression des enseignants et divertir leurs camarades) de 17h15 à 18h30.

De retour chez moi, rédaction d'un rapport disciplinaire sur ladite classe (environ 30 minutes) puis finalisation de mon cours de 6ème et impression de mes documents (de 21h30 à 22h15).

Bilan total des heures de travail liées à ma profession: 9h45.

 

Mardi 13 mars 2012 - nombre d'heures de cours théoriques (inscrites à mon emploi du temps): 6 heures. Arrivée au collège à 8h (photocopies) et cours de 8h15 à 11h15. Correction de copies dans le cadre d'un projet commun avec ma collègue d'arts plastiques et comptabilisation des chèques déposés par des élèves participant à un séjour de cinq jours en Normandie, dont je suis co-organisateur (45 minutes, dans ma salle).

Cours de 13h à 16h. Conseil de discipline de 16h à 17h (élu au Conseil d'administration, je fais partie de ceux qui scellent le sort des élèves à grands problèmes et qui peuvent être exclus de l'établissement).

De retour chez moi, préparation d'un cours de 3ème sur la guerre froide. Préparation d'une fiche de documents et d'un sujet de devoirs, de 18h15 à 19h45. Préparation d'un cours de 3ème sur la décolonisation, et impression des documents correspondants, de 20h45 à 22h15.

Bilan total des heures de travail liées à ma profession: 10h45.

 

Mercredi 14 mars 2012 - nombre d'heures de cours théoriques (inscrites à mon emploi du temps): 4 heures. Arrivée au collège à 7h50 (photocopies) et cours de 8h à 12h. Le temps de passer par la Vie scolaire (dépôt des billets d'appel) et la salle des professeurs (prendre le courrier) en y discutant des suites de la réunion du lundi soir, je quitte mon établissement à 12h25.

L'après-midi, une heure sur l'ordinateur pour rentrer des notes et des appréciations en vue des conseils de classe qui débutent cette semaine. Préparation du cours de l'option DP3 (Découverte Professionnelle 3 heures, destinée aux élèves qui ne savent pas quel métier ou quelles études faire, et dont j'assure deux des trois heures, en équipe avec une collègue de mathématiques): réalisation de deux activités avec questionnaire. Mise en ligne de ces questionnaires sour forme d'article sur un blog (voir ICI et LA): de 16h30 à 17h15, puis de 19h15 à 20h.

Bilan total des heures de travail liées à ma profession: 6h30.

 

Bilan global sur la 1ère partie de ma semaine. Alors que mon emploi du temps affiche 15 heures entre le lundi et le mercredi, j'ai travaillé pendant 27 heures. Ma semaine n'est pas terminée (il me reste 8 heures à assurer, ce qui monte mon emploi du temps à 23 heures de cours, sur les 18 obligatoires pour tout certifié... car j'accumule 4,5 heures sup').

 

Remarques utiles à destination du lecteur: vous constaterez que cet emploi du temps détaillé prend le contre-pied à trois idées reçues sur les fonctionnaires. 1- Une blague récurrente explique que les fonctionnaires qui traavillent jusqu'à 17h sont chez eux à 16h30. J'ai la chance d'habiter à 5 minutes en voiture de mon collège. Mais, quand mon emploi du temps achève mes cours à 12h le mercredi midi, je ne quitte mon établissement qu'à 12h25 !

2- Combien de travailleurs peuvent affirmer qu'ils réalisent une partie de leurs tâches au-delà de 20h? Vous constatez que, deux soirs, j'ai achevé mon travail après 22h ! Je profite des soirs où aucun programme ne m'attire à la télévision pour faire un travail qui me "libère" mon mercredi après-midi ou me permet de faire la "grasse matinée" les jeudis et vendredis. J'y vois là une contre-partie, peu agréable, du "privilège" qui nous permet de choisir nos horaires de travail sans être "enfermé" dans nos salles aux horaires de bureau ! Je ne le conteste pas !

3- Un prof ne travaillerait pas 35 heures par semaine, même avec ses copies et préparation de cours? 27 heures effectives (lundi à mercredi) + 8 heures théoriques à effectuer (jeudi-vendredi) = 35 heures ! Par conséquent, je serai en droit de ne plus travailler hors de ma classe car, déjà, mon quota est dépassé...

 

Prochain rendez-vous: dimanche après-midi pour la 2ème moitié de ma semaine !

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 20:59

Quelle que soit l'issue de la campagne électorale actuelle, François Hollande sera parvenue à une chose: faire du thème de la jeunesse et de l'éducation un incontournable de tous les candidats. De droite comme de gauche, modérés ou des extrêmes, les candidat(e)s évoquent tous le problème de l'école. Et le constat est partagé: dans la mesure où l'Ecole est la fabrique des adultes de demain (dont il faut faire des citoyens et des travailleurs), il apparaît fondamental, quand un pays traverse une crise aussi marquée que celle que nous vivons actuellement, de préparer l'avenir en s'attardant sur le sort de ceux qui n'en comprennent pas encore les ressorts et les conséquences. Autrement dit, s'intéresser au sort des plus jeunes pour bâtir, sur le long terme, une France plus "forte". Ainsi, dans un de ces derniers déplacements, Nicolas Sarkozy a lui aussi choisi l'éducation comme thème central de sa campagne, claironnant qu'il en fairait sa priorité... avant de faire de l'Europe, puis du pouvoir d'achat, puis de la lutte contre les délocalisations, puis de l'immigration ses autres premières priorités ! Mais passons.

 

Outre le fait que cette tendance dénote un décrochage du chef de l'Etat dans sa capacité à impulser l'actualité en dictant ses thèmes de campagne (on a bien vu que l'idée hollandaise d'une taxation des hauts revenus à 75% a davantage fait débat que les propositions du président sortant), le thème éducatif montre autre chose: il existe un clivage très marqué entre le candidat de la gauche et celui de la droite. Non seulement, ce sujet est fondamental pour l'avenir du pays et de ses habitants, mais il permet aux électeurs de choisir, en connaissance de cause, entre deux modèles clairement différents. D'un côté, François Hollande promet l'embauche de personnels supplémentaires (60 000 sur cinq ans, et pas seulement des enseignants... mais aussi d'autres personnels d'encadrement) préférant plus de profs devant des classes moins chargées. De l'autre, Nicolas Sarkozy s'obstine à vouloir réduire le nombre de professeurs, en payant mieux ceux qui restent, quitte à détériorer les conditions d'apprentissage des élèves avec des classes toujours plus chargées (de 22 à 24 élèves par classe, en moyenne, dans mon collège, entre 2011 et 2012). Pour ce qui est de mon opinion sur la proposition faite par l'actuel locataire de l'Elysée (sur les heures de présences des profs), lire un autre article en cliquant ICI.

 

Concernant le choix qui s'offre à nous pour le 1er tour, il existe une troisième voie. François Bayrou, qui fut ministre de l'Education pendant quatre ans il y a déjà plus de quinze ans, n'aborde que peu cet aspect. Certes, son slogan associe le "Produire français" au "Instruire français". Mais, sans aller sur le site de son parti et en se contentant de l'écouter à la radio ou à la télé (comme une grande majorité de Français), je ne saurais dire quelles sont ses propositions en la matière ! Bref, la 3ème voie vient de là où, personnellement, je ne l'attendais pas: du Front national. Invitée du journal de France 2 cette semaine, Marine Le Pen (venue pour expliquer qu'elle n'avait pas les 500 parrainages) a été longuement interrogée sur l'aspect éducatif... puisqu'elle y consacre un plein chapitre dans son dernier livre. Avant de vous livrer mon opinion, regardez (l'extrait intéressant se trouve entre 3'10 et 8', soit près de cinq minutes !):

 


Mettons de côté le début de l'interview, qui fait ressortir des propos extrêment sensés ("Sarko fait des promesses à quelques semaines des élections dont les effets seront visibles, comme par hasard, dans six mois"; sa thèse sur le mondialisme qui fait du citoyen un consommateur plus qu'un acteur responsable; son souhait d'un affrontement sur les projets plutôt que par ces invectives qui agaçent et insupportent nombre de nos compatriotes). En se concentrant sur l'éducation, son positionnement me semble le plus responsable sans tomber dans aucun des deux excès qu'elle dénonce... Il me semble tout aussi important de trouver un juste milieu entre la politique gouvernementale actuelle, dont les méfaits se ressentent dans nombre d'établissements scolaires, et les promesses intenables et démagogiques de M. Hollande. Certes, 60.000 postes supplémentaires seraient utiles. Mais, il me semble aussi envisageable de réforme l'Ecole et, tout en conservant les effectifs actuels (pour ne pas alourdir la dette de l'Etat), modifier les rythmes scolaires, les programmes, les structures du collège et du lycée pour réorganiser ces moyens et ne pas détériorer la qualité de l'enseignement. Car, au fond, ce qui se passe aujourd'hui, c'est que la destruction de postes n'a qu'une logique comptable: elle vise à faire des économies (annulées, par ailleurs, par les heures supplémentaires payées aux enseignants) sans pour autant améliorer les conditions de travail des professionnels ni des enfants.

 

Tout aussi claire: la philosophie générale du projet éducatif de Mme Le Pen me séduit. Disons que je la partage. Faire plus de place à l'apprentissage pour ces élèves qui, passés 14 ans, sont un problème pour nos établissements parce qu'ils ne viennent pas pour travailler mais gêner leurs camarades. Supprimer l'enseignement des langues vivantes en école primaire pour redonner à la maîtrise du français (cette langue que nombre d'écoliers maîtrisent mal avant d'entrer en 6ème) la place qu'elle a perdu. Aider les enseignants à donner à leurs élèves les cadres que, bien souvent, ils n'ont pas à la maison, en premier lieu l'autorité et le respect envers les adultes. Voilà trois axes, concrets, qui constitueraient la base d'une refondation de l'Ecole. D'autres pistes sont à envisager. Et j'aimerais savoir ce que Mme Le Pen pense de la place de l'enseignement artistique ou du sport au collège; des rythmes scolaires (à la fois journalier, hebdomadaire et annuel); de l'orientation après le Bac pour mettre fin à l'hécatombe en 1ère année d'université... Le système scolaire, de la maternelle à l'Université, est un mille-feuilles complexe. Les problèmes sont nombreux. Alors que des candidats s'intéressent à ce thème et que les Français se sentent concernés (tout simplement parce qu'une grande majorité d'électeurs ont des enfants ou petits-enfants), il est temps d'ouvrir un grand débat sur tous ces chantiers. Le pays en a besoin ! Sans fausses promesses !

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 17:37

Les plus fidèles blogueurs connaissent Jacques Heurtault: à l'époque où la blogosphère grouillait d'échanges et croulait sous les commentaires, nos blogs se répondaient. Sur son site, il propose des "propositions audacieuses". Dernièrement, il a publié un article pour réagir à la proposition de Nicolas Sarkozy sur l'emploi du temps des enseignants: pour le lire, cliquez ICI.

 

Plutôt que de laisser un commentaire sur son blog (sachant que mes propres lecteurs sont intéressés par ce thème et espérant qu'ils réagiront), je préfère offrir une "réplique" en citant mon cas personnel et en reprenant, point par point, la proposition Sarkozy. Rappel des faits: lors d'un meeting plus ou moins consacré à l'éducation (qui devient, subitement, la priorité n°1 du chef de l'Etat pour un second quinquennat), il a proposé, aux enseignants, ce que les syndicats ont appelé "une fumisterie". La voici: "Les volontaires qui accepteront d'assurer 26 heures de présence dans leur établissement au lieu de 18 heures de cours gagneront 25% de plus (soit environ 500€ net par mois)".

 

Pour ma part, j'y vois une sorte de chantage fumeux. Je m'explique:

1- Dans sa proposition, Nicolas Sarkozy compare, dans une même phrase, deux choses qui ne sont pas comparables: le temps de présence et le nombre d'heures de cours. Et l'effet attendu se produit: certains Français croient qu'il propose aux enseignants volontaires de passer 26 heures devant les élèves (en assurant des cours) au lieu de 18... De là à en déduire que les profs sont des fainéants qui ne travaillent véritablement que 18 heures, il y a un pas facile à franchir. De son côté, Jacques propose que les enseignants passent à 26 heures de cours (le titre de l'article montre bien que la confusion entre "heures de cours" et "heures de présence" est faite !) et 35 heures de présence dans l'établissement. En gros, les 9 heures de décalage permettraient aux profs de préparer leurs cours et de corriger leurs copies. Apprenez, cher lecteur, qu'un prof passe bien plus de 9 heures à réaliser ces deux tâches.

 

2- Pour permettre aux enseignants de rester sur place, Jacques propose de leur allouer un bureau personnalisé. Deux remarques: d'une part, combien de telles constructions vont-elles coûter au contribuable... sachant qu'il faudra équiper ces nouvelles salles d'un accès Internet, sans lequel nombre de mes collègues ne pourrait pas préparer un cours (la masse de documents et d'informations fournies par la Toile était un outil précieux de notre métier)? D'autre part, nombre d'enseignants utilise déjà leurs salles de cours comme "bureaux personnels" pour, dans les temps morts de leur emploi du temps, corriger des copies. Je me permets de citer mon exemple: dans mon emploi du temps, j'ai cette année six heures de "trous" que je peux utiliser pour des corrections de copie... et pendant lesquelles je ne peux me permettre de faire l'aller-retour avec mon domicile. A ces temps-morts (qui me permettent aussi, entre autres, de faire de la paperasse, préparer les voyages, faire les photocopies, rencontrer le principal, monter des projets avec d'autres collègues...) s'ajoutent, en vrac, les conseils de classe (trois fois deux semaines dans l'année), les réunions parents-professeurs (deux fois deux soirées dans l'année, jusqu'à 20h30), les rendez-vous sollicités auprès des parents d'élèves sensibles, les conseils d'administration, les quelques réunions pédagogiques... Je peux affirmer dépasser, dès maintenant, le chiffre de 26 heures de présence dans mon établissement !

 

3- Pour en faire des travailleurs comme les autres, Jacques propose de supprimer le statut de fonctionnaire et de n'accorder que 5 semaines de congés par an. Là encore, une méconnaissance du métier d'enseignant est en cause. D'une part, les salaires des profs sont calculés sur les dix mois s'écoulant de septembre à juin, puis partagés en douze parts égales versées de septembre à août. Ainsi, les deux mois d'été ne sont pas considérés comme des "congés PAYES" ! D'autre part, je ne connais aucun prof qui pose son "cartable" le samedi midi du départ en vacance pour ne le reprendre le lundi matin de la reprise: s'il en existe, ils sont ultra-minoritaires ! A titre d'exemple, j'achève ma première semaine de vacances: en sept jours, j'ai corrigé quatre tas de copies (soit environ 8h de travail), j'ai préparé deux leçons pour mes 6ème et mes 5ème (soit environ 6h de travail) et j'ai réalisé environ 2h de paperasse. J'ai donc travaillé 16h (autrement dit, environ ce qui sépare 18h de cours des 35h légales). Conclusion: même pendant des congés, un professeur travaille. En général, une semaine sur deux (consacrant la seconde semaine à un "vrai" repos - pour reprendre mon cas, je pars quatre jours à Nantes la semaine prochaine). Bref, c'est avoir une vision bien déformée de la réalité que croire qu'un prof se la coule douce, parce qu'il accumule deux mois en été et huit semaines à ne rien faire durant l'année scolaire !

 

4- Augmenter les salaires des enseignants de 25% en échange de ces nouveaux emplois du temps (une forme de chantage) revient à sous-entendre que les profs sont mal payés parce qu'ils ne travaillent pas assez ! Personnellement, je suis prof depuis septembre 2007: autrement dit, je suis entré dans la vie active alors que Sarko entrait à l'Elysée. J'ai quatre années d'enseignement derrière moi... et je touche, précisément, 1995,65€ brut par mois. Avec mes quatre années d'ancienneté, je m'échoue donc à quatre (microscopiques) longueurs des 2000 € brut promis aux enseignants débutants ! Ma conclusion: la revalorisation (tant symbolique que financière) du métier de prof, promise en 2007 en échange du programme de réduction des effectifs, n'a pas été tenue ! Les postes ont bien été supprimés. Des heures sup' nous ont été proposé (ou plutôt, imposées, par la destruction de postes). Mais, les salaires de base ne suivent pas. Pourquoi une promesse en 2012 vaudrait-elle plus qu'une promesse de 2007? A quoi bon croire quelqu'un qui a déjà menti?

 

5- Faire du Principal le seul supérieur hiérarchique est une faute. Mon expérience (courte, mais tout de même suffisante... car, en 5 ans, j'ai connu 4 chefs d'établissement, deux principaux et deux proviseurs) me permet de l'affirmer. Selon que les relations entre l'enseignant et son chef d'établissement sont bonnes ou mauvaises, les conditions de travail varient: ainsi, il suffit de ne pas s'entendre avec un Principal pour que celui-ci vous attribue, l'année scolaire suivante, de mauvaises classes, un emploi du temps ne correspondant pas à vos souhaits (car, pour organiser notre vie de famille, nous avons l'avantage de formuler des voeux), un refus de financer certaines projets bénéficiant avant tout aux élèves... J'avoue que, dans le cas contraire, il est plaisant de pouvoir avoir un emploi du temps bien façonné, des classes agréables et de participer à des projets (pour lesquels nous dépensons beaucoup d'énergie et de temps pour les mettre sur pied). Mais, l'inégalité créée vis-à-vis des collègues (qui ressentent un favoritisme parfois réel et subi) et la variabilité de ces situations ne me semble pas souhaitables. Cette réforme ne serait envisageable (et encore !) que dans un monde idéal, avec des enseignants volontaires et des chefs d'établissement impartiaux. Sans compter que, comme le fait remarquer le premier commentateur, les chefs d'établissement n'ont pas la compétence pour évaluer leurs professeurs: mon cher Jacques, le métier d'enseignant ne se résume pas à notre capacité à tenir nos classes (les Principaux nous évaluent déjà, annuellement, sur notre "ponctualité", notre "autorité" et notre "rayonnement"). Nous avons besoin d'inspecteurs, travaillant dans nos disciplines, pour évaluer notre capacité à transmettre les savoirs appris en Université. C'est là le coeur de mon métier !

 

6- Enfin, je comprends mal le lien qui puisse être fait entre les maux (nombreux et irrésolus par la méthode Sarko) du collège unique (qu'il faudrait réformer) et le niveau des élèves entrant en 6ème. Pourquoi lier l'organisation de l'enseignement en collège et les résultats des enfants qui sortent du primaire (et qui n'y ont donc pas encore mis les pieds)? L'inquiétude, largement partagée, d'un abaissement du niveau de maîtrise des fondamentaux (français, calcul, repères historiques et géographiques...) est légitime. La colère, tout aussi partagée, face à cette situation, aggravée par les réformes successives de l'école primaire, je la partage. Mais, faire l'amalgame entre cette situation et les dysfonctionnements du collège me déplaît.

 

De tout cela, je tire une conclusion: les raccourcis pris par Nicolas Sarkozy provoquent les conséquences attendues, à savoir monter les citoyens français contre leurs enseignants (en mettant tous les professeurs au même niveau: les incompétents/dépressifs/inefficaces et les motivés/engagés/impliqués) ! Au final, plutôt que de proposer des solutions concrètes, l'actuel président distille, dans la société, une fausse image de l'Ecole. Une image parfois vraie, véhiculée par des médias qui s'intéressent plus souvent aux établissements qui dysfonctionnent plutôt qu'à ceux qui réussissent... Mais, une image très déformée des réalités de terrain. En misant sur la méconnaissance des Français à propos de l'école, Sarko joue gros. J'espère qu'il échouera !

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Published by Aurelien Royer - dans Education nationale
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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 18:15

"Présidentielle oblige, Sarkozy annonce un gel des fermetures de classe en 2012": ainsi titré, l'article du Post.fr date 21 juin 2011. A l'époque, le gouvernement justifiait, face à la colère des enseignants et des parents d'élèves, les suppressions de 1500 postes dans l'Education nationale pour la rentrée 2011-2012. A l'époque, le chef de l'Etat était en déplacement en Lozère (département rural touché, vraisemblablement, par toutes les formes de désertification, y compris scolaire) et faisait cette promesse: "A la rentrée 2012-2013, nous ne procèderons, hors démographie, à aucune fermeture de classe à l'école primaire. Je souhaite que l'école primaire bénéficie d'un traitement particulier: c'est-à-dire que le nombre de fermetures de classes n'excédera pas le nombre d'ouvertures liées aux évolutions démographiques". Et l'Elysée de préciser, dans un communiqué, que le gouvernement souhaitait que, de la rentrée 2011 à la rentrée 2012, le nombre total de classes reste le même: autrement dit, il n'y aura pas de femertures là où la population diminue, mais elles seront compensées par des ouvertures ailleurs (source: article du Post, cliquez ICI).

 

Sept mois plus tard, le gouvernement annonce, par l'intermédiaire des Inspections académiques départementales, le nombre de postes supprimés à la rentrée 2012-2013 dans les écoles, collèges et lycées. Et la politique du yoyo continue: ainsi, dans mon établissement, alors que l'augmentation du nombre d'élèves (lié à l'arrivée des enfants de l'an 2000, ayant désormais l'âge d'entrer en 6ème) a conduit à l'ouverture de deux classes supplémentaires, la légère baisse démographique locale (qui n'est pas confirmée par les directeurs des écoles alentours) entraînant la (re)fermeture de l'une d'elles... Conséquence? Des postes (ou demi-postes) supprimés et des heures sup' imposées aux enseignants restants. Pour que chacun comprenne bien, je vais prendre l'exemple de ma discipline: l'histoire-géo. Pour cette matière, l'enseignement hebdomadaire est de 3h par classe. Un enseignant a donc six classes pour faire ses 18h de service obligatoire. Dans mon collège, il avait jusqu'en 2011, 18 classes, soit 3 professeurs (à 6 classes chacun). A la rentrée 2011, le collège comptait 20 classes, soit 3 professeurs et demi (3 profs à 6 classes et 1 enseignant travaillant sur deux établissements - ce que l'on appelle un "complément de service" avec les 2 classes restantes auxquelles s'ajoutent 4 classes dans un autre établissement). A la rentrée 2012, le collège comptera 19 classes, soit 3 professeurs, le complément de service de 6h nous étant supprimé. Conclusion? Un des 3 enseignants devra accepter une 7ème classe, soit 3 heures supplémentaires hebdomadaires imposées ! Et c'est ainsi que cela fonctionne, dans toutes les matières et tous les collèges de France...

 

Pire, pour la rentrée 2012-2013, les trois écoles de mon secteur sont touchées par des fermetures de classes. Dans ces trois écoles primaires, concernées par le gel annoncé l'an passé, des banderoles dénonçent la surcharge des classes (car la fermeture d'un niveau entraîne, à coup sûr, une augmentation du nombre d'élèves dans les classes restantes) et les mauvaises conditions de travail des enseignants. Des occupations d'écoles ont eu lieu: les parents empêchent les professeurs de travailler et se relaient pour occuper les (leurs) enfants par des jeux... Des manifestations se multiplient dans mon département pour dénoncer ce qui ressemble évidemment à une énième promesse non tenue. Pire: c'est un engagement présidentiel non respecté. Ce qui apparaissait comme une décision de circonstance (ne pas heurter les familles à la veille d'un grand scrutin pour ne pas perdre trop de suffrages) n'est même pas respectée. On imagine ce que deviendront les belles promesses, qui sentent bon l'enfumage irréalisable, du candidat Sarkozy !

 

A tous ceux qui veulent que l'Ecole reste un pilier de notre Nation en contribuant à relancer l'ascenseur social... A tous ceux qui pensent que l'Education est une absolue priorité du prochain quiquennat... A tous ceux qui veulent dénoncer l'abus de confiance du candidat Sarkozy, je demande de relayer cet article qui montre, avec un exemple concret, les mensonges du pouvoir en place ! Merci.

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