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Un monde meilleur: citations

Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien
(Edmund Burke, homme politique et philosophe irlandais du XVIIIème siècle).

 

La politique, c'est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire
(Jacques Chirac, phrase de campagne lors de la présidentielle de 1995).

 

Ma génération a bâti les murs de l'UE; votre génération devra en décorer l'intérieur
(François Mitterrand, à Henri Emmanuelli, à l'occasion d'un entretien en tête-à-tête).

 

Dans les pyramides du pouvoir, les ovaires c'est comme l'oxygène: ça se raréfie avec l'altitude
(Isabelle Alonso, ancienne présidente des Chiennes de garde, mouvement féministe).

 

“A une juste guerre, préférons une injuste paix” (Samuel Butler)

 

“Les guerres surviennent toujours entre deux Etats de paix. Alors, supprimons la paix et nous n'aurons plus de guerre
(
Almanach de l'Os à moelle, pensée du 17 octobre 1980)

“C'est dans son coeur qu'il faut construire la paix” (Dalaï-Lama)

“Il n'y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l'homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit”
(
René Cassin, in "Déclaration universelle des Droits de l'Homme", 1948)

“Il est plus facile de
faire la guerre que la paix” (
G. Clemenceau, Discours de paix, 1919)

“Il n'y a jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix” (Benjamin Franklin, Lettre à John Quincy, 1783)

“Deux coqs vivaient en paix: une poule survint,-Et voilà la guerre allumée”
(
Jean de La Fontaine, Fables "les Deux Coqs")

“On ne fait la guerre que pour faire enfin la paix” (Dictionnaire Le Littré)

“La paix, c'est de la
guerre ailleurs”
(
Jacques Prévert)

“S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité” (Tacite, historien romain des Ier et IIème siècles après JC)

Petite présentation du blog... et de son auteur

Nouvelle DonneDe 2005 à 2012, j'ai tenu un blog intitué Jes6 ("Justice, Equité, Solidarité, pour une VIème République"), réagissant aux faits d'actualité et aux décisions de la présidence Sarkozy.

Homme de gauche, l'élection de François Hollande a été une bonne nouvelle, l'ouverture d'une nouvelle phase...

Mais, mon métier m'a éloigné de la blogosphère.

Déçu par la politique menée, mon militantisme socialiste s'est petit à petit éteint. Fin 2013, la création d'un nouveau parti, Nouvelle Donne, a rallumé la flamme d'un citoyen qui perdait son optimisme. Alors que 2014 est une année électorale, qui s'annonce donc passionnante sur le plan politique, j'espère reprendre le chemin de mon clavier pour alimenter un blog auquel je veux donner un nouveau souffle !

 
Né en Picardie en 1986, j'ai grandi, étudié et travaille toujours dans cette région: je suis aujourd'hui professeur d'Histoire-géographie dans un collège de l'Aisne et mon métier est ma passion ! La politique, qui permet aux uns de s'investir pour changer la vie des autres, m'attire depuis le plus jeune âge.

De 2006 à 2009, j'ai fait partie de la première fournée de CRJ (Conseillers Régionaux Jeunes) élue au suffrage direct par les jeunes de 16 à 25 ans de ma région: ce mandat de trois ans m'a donné l'expérience du travail d'équipe et l'opportunité de contribuer à des projets concrets.

 

De 2006 à 2010, j'ai été militant au PS, participant à la campagne présidentielle de Ségolène Royal puis aux municipales de 2008 au cours desquelles je fus, moi-même, candidat sur une liste d'opposition au maire sortant. A quelques voix, j'aurais pu être conseiller municipal !

Ecologiste convaincu, je me décris volontiers comme progressiste et humaniste: changer le monde, changer l'Europe, changer la France. Les défis sont nombreux. Placer l'homme au coeur d'un système gangréné par l'argent et les puissances hors-sol anti-démocratiques, quel défi !

 

La renaissance de mon blog n'est pas une rupture: dans la colonne de droite, vous pouvez accéder à mes "Archives Jes6" (où je souhaite garder la trace de ces pages de propositions Oiseau-bleu-de-Magritteque j'ai rédigé pendant ces années) ansi qu'aux principales communautés auxquelles je continuerai de contribuer, qu'il s'agisse de "Réformer la France", "La voix des Européens" ou "Pour un monde meilleur" que j'ai créé avec l'ambition d'en faire une plate-forme utopique où puissent s'exprimer les rêves les plus fous d'un monde pacifié, démocratisé et équitable des blogueurs optimistes.

 

Sur "AurelR le citoyen", je vous souhaite de bons moments de lecture.

N'hésitez pas à publier vos commentaires, à me suivre via la newsletter du blog, ainsi que les réseaux sociaux (notamment sur Twitter: @AurelienRoyer86 et les hashtags #reprendrelamain, #bonsenscitoyen, #mondemeilleur), ou à me contacter par mail (en attendant de la renouveler): contact@jes6-leblog.eu

19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 18:09

24 heures plus tard: les faits me donnent raison. Hier, je dénonçais, dans un article consacré à la lutte pour la présidence de l'UMP, la tendance qu'ont les responsables politiques à commenter ce qui passe dans les autres partis. Et, en général, ils sont mauvais ! La preuve? Depuis sa désignation (je n'emploie pas le mot "élection" car cela me rappelle trop l'époque Second Empire quand le régime faisait élire ses candidats officiels) d'Harlem Désir au poste de Premier secrétaire du PS, on a peu entendu ce dernier. Rien sur le non-débat qui déchaîne le PS sur le projet d'aéroport de Nantes: débat interdit ! Rien sur le non-débat qui permet à ceux qui ont quelques nuances à apporter au projet de "mariage pour tous": débat interdit ! En revanche, quand il s'agit d'évoquer le "psycho-drame" ou la "crise interne" (dixit les médias, qui en rajoutent une couche bien indigeste) à l'UMP, y'a du monde !

 

Ainsi, ce lundi, M. Désir s'est empressé d'expliquer qu'au PS, on sait organiser des scrutins internes mais qu'à l'UMP, ils ne sont même pas capables d'organiser une primaire aussi réussie que celle de l'automne 2011. Et le numéro 1 socialiste d'ajouter que "l'UMP est trop tournée sur elle-même et sur sa guerre des chefs". Il est vrai que le bon Harlem n'a pas eu à souffrir d'une telle guerre. En fait, le Premier secrétaire me fait penser à celui qui regarde le bout du doigt de son interlocuteur qui pointe la Lune. Plutôt que de commenter les débats qui agitent la société, Harlem Désir préfère commenter ce qui se passe en face... A quoi cela sert-il? J'aimerais bien le savoir ! Mais passons.

 

Il y a encore mieux ! C'est la réaction du FN. L'incontournable Florian Philippot, porte-parole du "mouvement bleu marine", explique, sur les chaînes d'info continue qui l'invitent, que le FN enregistre une forte demande de nouvelles adhésions. En clair, comprenez que, depuis le début de cette crise (qui remonte à 24h), le parti d'extrême-droite croule sous les demandes de militants ou de sympathisants UMP, exaspérés par ce qui se passe à droite, pour intégrer son parti ! Est-on si stupide pour gober tel mensonge? Les responsables frontistes jubilent si fort et si vite pour colporter que leurs prédictions sont bonnes ("après une défaite de Sarko, l'UMP se divisera, explosera et nous ramasserons les miettes" disait Mme Le Pen entre les deux tours de la dernière présidentielle) qu'ils prennent leurs désirs pour des réalités. Certes, l'hypothèse d'un morcellement du principal parti d'opposition, malgré les appels à la réconciliation, n'est pas impossible (avec des conséquences politiques majeures). Mais, il est sans doute trop tôt pour s'en féliciter et le crier sur tous les toits... et plateaux télé !

 

Deuxième confirmation: comme je l'expliquais hier, les sondages sur les sympathisants n'avaient aucun sens !... Le vote des militants ne pouvait qu'être différent. Et le camp Copé a beau jeu d'expliquer que le duel 70-30 annoncé s'est transformé en 50-50. Sauf que, dans la phrase qui suit, les stupidités pleuvent. Nous expliquer que ce résultat ultra-serré, dénoncé par des accusations mutuelles de triches, est signe d'une démocratie militante vigoureuse, c'est nous prendre pour des idiots. Quand, au soir d'un scrutin, les deux candidats se proclament vainqueurs sans avoir le résultat final, on se croirait plus en Côte d'Ivoire qu'en France ! Bref, plus que jamais, l'UMP est divisée. Non pas pour des querelles d'idées. Mais pour la délicate question de la stratégie à appliquer pour reconquérir le pouvoir. D'un côté, les militants modérés soutiennent la ligne Fillon, qui consiste à jouer la carte de l'expérience, de la poursuite de l'idéologie sarkozyste et de la priorité donnée aux questions socio-économiques. En cela, l'ancien Premier ministre est plutôt en phase avec les sympathisants: voilà ce que prouvaient les sondages.

 

En face, les militants plus radicaux suivent la ligne Copé, qui repose sur une droitisation des idées: elle vise à prolonger la méthode et le style Sarko, tout en plaçant les thèmes clivants au coeur du débat (immigration, droit de vote des étrangers, identité nationale...) alors qu'ils ne constituent pas la priorité des préoccupations des Français. Ainsi, le décalage entre les résultats partiels et les sondages montre aussi un décalage entre les sympathisants de la droite et les militants qui, plus à droite, ont des positions souvent radicales... voire nauséabondes. Or, la stratégie droitière, adoptée par le maire de Meaux, prouve que ce dernier a longtemps travaillé son parti: à la différence de M. Fillon, il a compris que les militants, ceux qui ont leur carte, sont bien plus à droite que le peuple, bien plus préoccupés par les questions secondaires. Et, en fin animal politique, M. Copé a donc joué cette carte qui, au final, pourrait s'avérer gagnante. Gagnante pour diriger pendant trois ans l'UMP... gagnante pour une prochaine présidentielle? Pas sûr !

 

Quel que soit le résultat, l'UMP sortira affaiblie. Pour au moins trois raisons:

1- Après les invectives de ces dernières heures, il semble difficile de surmonter la division en deux parts égales du parti. Malgré les appels de M. Juppé, qui se croit l'incarnation de la sagesse et de l'expérience, le camp vainqueur sera forcément accusé de l'avoir emporté à 51% (suffisant, en démocratie, pour l'emporter !).

2- Si M. Fillon l'emporte, les militants radicaux jugeront le discours et la stratégie trop tièdes. Si M. Copé l'emporte, les militants modérés jugeront le discours et la stratégie trop droitières. Les premiers iront-ils jusqu'à quitter l'UMP pour aller au FN et les seconds pour rejoindre les rangs boorloistes? Le risque est faible, mais existera.

3- Les éléments de langue de bois, balancés sur les ondes par les seconds couteaux des deux chefs de rang, font de cet épisode important (moi-même je suis de prêt l'issue du scrutin) un désastre. Quand Jean Léonetti affirme que la présence d'huissiers dans les bureaux de vote est un gage de rigueur, on croit rêver. N'est-ce pas plutôt le signe que les deux camps ont besoin d'une aide extérieure parce qu'ils ne se font pas confiance pour encadrer un petit scrutin qui, après tout, ne concerne que quelques centaines de milliers de votes (contre plusieurs millions lors des primaires citoyennes)?

 

Personnellement, je préférerais une victoire de François Fillon. Pour une bonne et une mauvaise raisons. Je commence par la mauvaise: je ne crois pas qu'il soit le mieux placé pour battre François Hollande en 2017 car j'ai du mal à croire que les citoyens ne lui tiennent pas rigueur d'avoir été le n°2 d'un Président qu'ils ont évincé ! Quant à la bonne: elle permettrait d'éliminer, médiatiquement j'entends, l'insupportable M. Copé qui entrerait alors dans une phase de retrait politique. Je croise les doigts !

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Published by Aurelien Royer - dans Vers 2012
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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 06:02

Pour deux jours à Paris (où j'ai assisté aux enregistrements de deux émissions de Laurent Ruquier: "On va s'gêner" sur Europe 1 et "On n'est pas couché" pour France 2), j'ai suivi la 1ère (longue) partie du débat présidentiel, consacrée aux questions économiques, dans ma chambre d'hôtel à Saint-Denis. A mon sens, aucun des deux prétendants n'est sorti vainqueur: d'un côté, Nicolas Sarkozy est resté un très bon orateur, efficace parce que bien préparé (avec des démonstrations, argumentées et chiffrées - comme sur la question du chômage où il a eu l'intelligence de se baser sur les statistiques du BIT, et non de l'INSEE) malgré l'inexactitude de certains de ces chiffres; de l'autre, François Hollande a montré les qualités d'un homme d'Etat, concentré sur ses dossiers, posé, capable de contre-dire son interlocuteur tout en montrant qu'il a compris la gravité de la situation. Certes, l'échange n'a pas été passionnant et, électeur de gauche, j'ai été convaincu par les propositions et le diagnostic posé par M. Hollande. Pourtant, j'ai aussi trouvé que le président sortant a remporté certains rounds de cette confrontation: sur des sujets précis, il m'a semblé prendre l'avantage... de quoi convaincre certains indécis. Je ne veux pas parler de ce qui peut satisfaire l'électorat FN (thèmes sur lesquels mon anti-sarkozysme est marqué).

 

Je veux parler de deux domaines, où les propositions sarkozyennes me semblent cohérentes: le logement et la lutte contre le chômage. Concernant le logement, le candidat UMP a commencé par expliquer que la proposition socialiste n'était pas applicable: bloquer les loyers serait une mesure administrative, digne d'un Etat étouffant, qui conduirait, comme dans les années 1980 quand elle fut essayé, à une raréfaction de l'offre de logements. Les propriétaires, dont certains sont des spéculateurs, renonceraient à louer ou répercuteraient la stagnation du loyer par une augmentation des charges. Après avoir fait campagne en 2007 sur une France de propriétaires (je peux être considéré comme un exemple de cette politique), Sarko entend poursuivre sur la même voie (favoriser l'accès à la propriété, tout en libérant la construction de nouveaux logements pour permettre aux plus modestes de bénéficier de logements locatifs attractifs, dont le prix serait régulé par les lois du marché). Sur ce sujet, comme en ce qui concerne le blocage du prix des carburants, je ne suis en effet pas favorable à un Etat trop présent. Que l'Etat consacre une partie de ses moyens (financiers ou législatifs) pour favoriser la construction de logements, sans faire d'interventionnisme excessif, cela me semble préférable.

 

2ème secteur: l'emploi. Comme une majorité de Français, je pense que c'est une priorité absolue. Réduire le chômage, c'est réduire le nombre d'allocataires des prestations sociales tout en augmentant le nombre d'actifs qui, par leurs cotisations, assurent la pérennité de nos systèmes de solidarité. Dans ce cadre, je trouve l'idée d'un contrat "droit-devoir des chômeurs" intéressante. En échange de ces prestations sociales, le demandeur d'emploi s'engagerait sur deux fronts: 1- Profiter des dispositifs de formation, financés par l'Etat, pour se reconvertir dans les secteurs d'avenir où des emplois seraient à pourvoir; 2- Perdre le bénéfice des prestations en cas de refus de toute offre correspondant au profil du demandeur. Si ce donnant-donnant, par lequel l'Etat accompagne les secteurs d'activité pourvoyeurs d'emploi, ntributions, était soumis à référendum, je ferais probablement partie du camp du "oui". Cependant, la politique sociale voulue par la majorité sortante ne me convient pas sur certains aspects: 1- On ignore si le refus d'un emploi, pour cause d'éloignement, serait également sanctionné; 2- Je pense que l'Etat peut aussi jouer un rôle de relance de certains secteurs sans se contenter d'orienter la main d'oeuvre vers les secteurs dynamiques, dont certains profitent, actuellement, des étrangers en situation irrégulière pour bloquer les salaires; 3- Je crois que l'augmentation des salaires, pas encore très nette chez Hollande, et son idée d'un contrat de génération (que l'on ne perd rien à essayer) sont des moyens de sortir d'un fléau que la droite, qui nous a longtemps que la sortie de crise était proche, n'est pas parvenue à combattre.

 

Bref, les quelques bonnes propositions sarkozyennes ne concernent que quelques domaines bien précis et ne suffisent pas pour me faire changer d'avis. Dès le soir du premier tour, mon choix était fait... D'autant plus que le bilan global de l'équipe sortante (si l'on prend en compte la circonstance "atténuante" des crises mondiales) me paraît mauvais: Sarko a expliqué, plusieurs fois, que certaines mesures préconisées par F. Hollande avait déjà été mis en place par son gouvernement... Mais, qu'un gouvernement de droite ait demandé à ses partenaires européens d'envisager la mise en place commune d'une taxation sur les transactions financières n'a rien à voir avec la volonté politique de l'appliquer sans attendre en France, en espérant que lesdits partenaires se joignent au mouvement. Il en est de même en ce qui concerne la taxation (exceptionnelle, compte-tenu de la crise) des hauts revenus: quand Sarko a répondu à l'appel des ultra-riches pour augmenter leurs impôts (ces ultra-riches qui, tels les privilégiés en août 1789, ont finalement accepté de renoncer à leurs privilèges pour éteindre la colère populaire et éviter que cette colère débouche sur des mesures bien plus radicales), il n'a pas envisagé une mesure de court-terme capable de réduire les inégalités entre les Français. La proposition hollandaise d'une vaste réforme fiscale apporte une réponse plus nette au problème ! Bref, même si ma situation personnelle me dicterait un vote plutôt à droite, mes convictions me dictent un vote plus à gauche ! Sans tenir compte de l'efficacité oratoire du sortant !

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Published by Aurelien Royer - dans Vers 2012
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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 09:29

Hier matin, Nicolas Sarkozy était l'invité de RTL. Interrogé sur sa politique éducative, le président-candidat a affirmé qu'en 10 ans, le nombre d'élèves a été réduit de 40.000 élèves... ce qui lui permet de justifier le non-remplacement des enseignants partant en retraite et de faire croire aux Français que le taux d'encadrement (nombre moyen d'élèves par prof) reste constant. Quelques heures plus tard, alors que le PS dénonçait des chiffres erronés (la réalité est de 13.000 élèves en moins depuis 2000), le staff présidentiel affirmait que le chef de l'Etat voulait dire "depuis 30 ans". En revanche, personne ne rappelle qu'avec la génération de l'an 2000 (qui a nécessité, dans mon collège, l'ouverture d'une classe supplémentaire en 6ème cette année !), cette tendance à la baisse doit être quelque peu nuancée !

 

Hier soir, François Hollande était l'invité de TF1, en prime time. Interrogé sur sa politique fiscale et la taxation des hauts revenus, le candidat socialiste a improvisé une mesure choc: imitant un Nicolas Sarkozy désireux de faire une nouvelle proposition par jour (pour noyer ses adversaires sous la prolixité de son cerveau), le Corrézien a annoncé, en exclusivité pour cette émission, la taxation à 75% des revenus supérieurs à 1 million d'€uros par an. Ce matin, le monde médiatique est en émoi: les conseillers du candidat auraient découvert la mesure en regardant l'émission (quiconque l'a vu, en direct, a pu constater que M. Hollande improvisait cette mesure... le chiffre de 75% n'apparaissant pas comme réfléchi), tandis que les opposants dénonçent l'approximation de cette annonce (le candidat a d'abord parler de taxer les revenus supérieurs à 1 million d'€uros par mois, avant de se corriger !).

 

Ces deux "incidents" montrent la qualité de cette campagne électorale débutante: plutôt que de s'intéresser au fond des propositions (et au diagnostic qu'elles sous-entendent), les camps en lice s'affrontent sur la forme. Plus que les mesures qui risquent d'être appliquées après le 6 mai, c'est la méthode utilisée pour l'annoncer qui fait réagir. Déjà, il y a quelques mois, en pleine primaire socialiste, la bataille des chiffres avaient commencé: les candidats se jettaient à la tête des investives à coups de milliards d'€uros, noyant la philosophie de leurs idées (ce qui intéresse les Français) sous des flots de chiffres plus irréalistes les uns que les autres. Sous prétexte de montrer leur maîtrise des dossiers, ils nous encombraient les oreilles de chiffres totalement déconnectés de la réalité quotidienne des citoyens. Plus que les milliards que coûtent telle ou telle mesure, nous attendons de savoir l'impact qu'auront ces décisions sur notre salaire, notre niveau d'imposition, notre pouvoir d'achat... Or, cette dimension concrète, les candidats semblent la négliger !

 

Et la bataille des chiffres pollue le débat public. Ainsi, dans l'émission d'hier soir, le chef du service économique de TF1/LCI et un responsable du magazine Le Point ont questionné M. Hollande sur deux sujets:

1- La TIPP appliquée sur la vente d'essence: rappelons que, sur ce produit, l'Etat prélève environ 60% de taxes (40% de TIPP, répartie entre l'Etat et les collectivités locales + 20% de TVA). Dans son questionnement, le journaliste a expliqué, en gros, que l'Etat ne pouvait pas faire grand chose car la TIPP représentait une "petite" partie du prix du litre, tandis que l'évolution de la courbe du pétrole ("un tiers" du prix) représentait une part majeure de l'évolution des prix à la pompe. A écouter ce chroniqueur, l'Etat doit profiter du mouvement pour encaisser le surplus de taxes engendré par l'évolution du prix du baril... Problème: à ma connaissance, 40% est supérieur à "un tiers". J'en conclus que le montant des taxes étatiques joue davantage que le prix du pétrole sur le prix de l'essence et que, au contraire, l'Etat a les moyens d'agir sur ces tarifs. C'est d'ailleurs ce que François Hollande a expliqué, critiquant la hausse de TVA voulue par son rival Sarkozy et annonçant que, quand le prix du pétrole augmente, l'Etat ajustera la TIPP (son pourcentage diminuera pour que sa valeur absolue reste la même... ainsi, ce que l'Etat encaissera n'augmentera ni ne diminuera). Le candidat socialiste a évité le piège des chiffres !

 

2- Les prévisions de croissance jusqu'en 2017: le journaliste a expliqué que le projet socialiste s'appuyait sur des prévisions de croissance nettement supérieures à celles du FMI, de la Banque mondiale et de l'OCDE. Il a donc demandé au prétendant socialiste d'expliquer dans quels secteurs il allait devoir réduire les dépenses prévues dans son programme afin de ne pas détériorer la situation budgétaire de la France. M. Hollande, très habile sur ce point, a expliqué que, si la croissance attendue en 2012-2013 était plus faible que ses prévisions (qui sont d'ailleurs, a-t-il rappelé, celles du gouvernement), il n'était pas encore établi que, sur l'ensemble du futur quinquennat, les prévisions seraient fausses. Et le candidat socialiste d'expliquer qu'il ferait, dans les deux premières années, les réformes structurelles (fiscalité, décentralisation, justice, éducation...) susceptibles de relancer la croissance et qu'il adapterait son programme de dépenses en fonction des résultats obtenus. Il s'est donc refusé à partir du principe que la croissance serait, sur 5 ans, plus faible que prévue et qu'il fallait, dès maintenant, choisir les coupes budgétaires à mener. Là encore, le président de Corrèze n'est pas tombé dans le piège des chiffres tendu par ce journaliste...

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Published by Aurelien Royer - dans Vers 2012
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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 20:44

Avec quelques jours d'avance sur le timing initialement prévu, Nicolas Sarkozy a donc annoncé sa candidature à la Présidentielle 2012. Jusque-là, le chef de l'Etat maintenait le suspense (qui n'en était pas un), expliquant que sa fonction l'obligeait à entrer le plus tard possible dans la bataille (rappelant que François Mitterrand, en 1988, s'était lancé début mars ou encore que les candidatures pouvaient être déposées jusqu'au 16 mars). Les arguments étaient rodés. Chaque sortie publique du Président donnait lieu aux mêmes interrogations: quand allez-vous vous déclarer? Ne pensez-vous pas qu'il est dangereux de laisser votre adversaire creuser son avance? N'est-il pas anti-constitutionnel de faire campagne sur l'argent du contribuable en profitant de vos déplacements présidentiels pour réagir aux propositions de M. Hollande?... Les contre-arguments, parfois repris par les journalistes, avaient de quoi dénoncé cette "drôle de guerre" dans laquelle, par sens de l'Etat, le premier des citoyens se tenaient en dehors de la mêlée...

 

Au final, il s'est donc déclaré. Désormais, la bataille commence et le camp présidentiel croise les doigts pour que la supériorité de Nicolas Sarkozy (qui est, reconnaissons-le, bien meilleur candidat que Président) fasse la différence. Même s'il est parti en retard par rapport à la plupart de ses opposants, il espère griller, sur la ligne d'arrivée, ses adversaires: plus tortue que lièvre, il est persuadé que son projet, ses propositions (il nous en promet une par jour), sa détermination feront la différence et que, face à son génie, ses challengers ne pourront rien ! Pari risqué. Il n'en demeure pas moins que, même si elle n'a pas produit d'effet dans les sondages, son entrée en lice a été plutôt réussie. La prestation télévisée, au 20 heures de TF1 (tout un symbole), a été plutôt convaincante: personnellement, je n'en deviens pas un sarkophile, mais j'imagine qu'un Français lambda, fidèle de Laurence Ferrari et intéressé par la politique une fois tous les cinq ans (ce qui est déjà honorable !), a pu se laisser avoir. Il faut dire que la métaphore du Président-commandant de bord d'un navire en pleine tempête peut avoir son effet: d'un côté, il rappelle que son quiquennat a essuyé la crise mondiale la plus violente depuis la 2nde guerre mondiale et, d'autre part, il joue sur la nécessité de ne pas changer de cap en pleine tempête. "Je n'abandonnerai pas le navire en pleine tempête" semblait-il expliquer... Toute ressemblance avec le capitaine du Concordia est fortuite !

 

Qu'il ait mis beaucoup de temps à fixer le cap (ce qu'on est en droit d'attendre d'un Président) ne semble pas avoir d'importance. Que la crise ne soit pas finie et, pire, que les décisions prises au niveau européen ne semble avoir aucun effet réel (panne de la croissance, difficultés persistantes de la Grèce...) ne semble pas le destabiliser. Que son gouvernement et lui aient annoncé, plusieurs fois, que la crise était derrière nous alors qu'elle ne semble pas encore résolu ne l'affaiblit pas. Bref: ce qui ressort de ce lancement de campagne? Il a fait du mieux qu'il a pu, avec les moyens dont il disposait. Il est sur le point de faire sortir la France de la crise. Il confesse ses erreurs et promet de ne pas les reproduire. Il a beaucoup appris et, enfin, il revêt le costume présidentiel, avec gravité et détermination. Le capitaine a appris le métier... pas question d'en changer maintenant !

 

Ajoutez à cela l'affiche de campagne (un capitaine, le regard posé sur l'horizon et orienté clairement vers la droite, sur un fond de mer calme et un ciel sans nuage, à forte dominante bleutée) et son slogan ("La France forte"), et tous les ingrédients d'une campagne de communication sont regroupés. On sent que l'équipe du Président a travaillé de longues semaines sur ces éléments de communication: la cohérence entre l'affiche, le candidat et son discours de campagne est impressionnante. Sincèrement. A côté, l'affiche, le slogan et le discours de François Hollande paraît moins attractive... d'où le fait que l'équipe du socialiste réfléchisse à un second slogan, qui serait utilisé pendant la campagne officielle et qui apporte un nouveau souffle. Problème? La cohérence entre les propos et les actes est, elle, beaucoup moins évidente: M. Sarkozy semble oublier qu'il a été, pendant cinq ans, au plus haut sommet de l'Etat, disposant des ficelles pour redresser le pays. Le voilà parti comme s'il fallait mettre les compteurs à zéro ! Heureusement, Internautes et caricaturistes sont là pour lui rappeler, ainsi qu'aux plus naïfs de nos compatriotes, qu'il a dirigé le pays. Les détournements de son affiche de campagne se sont multipliés: "La Franc-fort" avec Angela Merkel, la silhouette du Costa-Concordia sur la mer calme, le visage de VGE (qui utilisa le même slogan en 1981, dans des circonstances assez voisines) ou encore "La France forte - ement dégradée" avec un Sarko au nez rallongé... Les parodies ne manquent pas !

 

La France forte


Ci-dessus, deux caricatures: à gauche, dans Marianne (par Tignous) et à droite, dans l'Union (quotidien régional de l'Aisne - par Chaunu).

 Cette fois, plus que les discours, les belles promesses et les innombrables propositions qu'il s'apprête à faire, c'est sur ses actes et son bilan que Sarkozy sera jugé. Comme il demande aux Français de juger les socialistes sur leurs performances au temps de Jospin, il n'échappera pas au jugement sur ses propres performances... Qu'il tente ou non de s'en extirper, médias, blogueurs et citoyens seront là pour le lui rappeler !

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Published by Aurelien Royer - dans Vers 2012
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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 06:14

"Achetons français !": ce slogan, avant de faire fureur auprès des principaux prétendants à l'Elysée (dans le sillage de François Bayrou qui, le premier, a relancé l'idée), avait déjà été utilisé dans le cadre d'une présidentielle. C'était en 1981 (il y a 30 ans). Son auteur? Georges Marchais qui voulait que le Parti communiste qu'il dirigeait alors porte un programme apte à défendre les emplois français et, en conséquence, la production dans l'Hexagone des produits consommés par nos compatriotes. Trente ans plus tard, une fois la mondialisation ultra-libérale bien installée et le constat des ravages qu'elle a pu produire (faute de contrôle étatique), l'argument revient: RE-LO-CA-LI-SONS les productions pour recréer les emplois perdus au profit de la Chine et relancer la consommation de produits de qualité, fabriqués sans coûts de transport. Et chacun éclaire sa démonstration d'exemples plus ou moins heureux.

 

François Bayrou, en se déclarant candidat à la présidence de la République, a donc choisi de faire du thème "Produire et instruire" l'axe central de sa campagne. Pour le président du MoDem, la France a besoin d'une jeunesse bien instruite et d'une restructuration du secteur industriel pour sortir au plus vite et efficacement de la crise qu'elle traverse. Soucieux de conquérir un maximum d'électeurs, l'élu du Béarn applique trois commandements du bon candidat: identifier un problème qui touche au quotidien des Français, énoncer une solution de bon sens que personne ne saurait contre-dire, la formuler avec un slogan facile à comprendre et à assimiler. Bingo: les intentions de vote décollent (en quelques semaines, le 3ème homme de 2007 passe de 7% à 11% dans les sondages) et son idée fait le tour des autres partis. Résultat: il est parvenu à imposer ce qui devrait être un des thèmes centraux de la prochaine campagne présidentielle.

 

Meilleure preuve que M. Bayrou a touché juste? Nicolas Sarkozy, à l'occasion d'un de ses déplacements-meetings payés par le contribuable, a réagi en quelques jours. Visite d'un des (seuls) fleurons du "produire français": le producteur de ski Rossignol, qui fabrique ses skis en France, les vend aussi bien aux Français qu'à l'étranger. Bref, le modèle de ce que la France devrait devenir d'ici cinq ans: un pays d'entrepreneurs et de PME répondant Origine-France.jpgprioritairement à la demande intérieure ! En fin politicien qu'il est, le chef de l'Etat n'a pas manqué de retourner la situation à son avantage... et en deux temps. 1- Mieux vaut agir que parler. Il a ainsi profité de son déplacement pour annoncer le lancement d'un nouveau logo (photo): Origine France Garantie, montrant à l'acheteur que le produit qu'il s'apprête à acheter a bien été conçu en France. Seul bémol: il est plus facile d'agir quand on est au pouvoir que de se contenter de parler quand on aspire à prendre un pouvoir qu'on a pas !

 

2- Plutôt qu' "acheter français", il vaudrait mieux "produire français". Son argument: mieux vaut acheter une voiture de marque étrangère fabriquée en France (ce qui donne du travail aux Français) plutôt qu'une voiture de marque française assemblée en France mais partiellement fabriquée, à moindre coût, à l'étranger. En clair, mieux vaut acheter une Toyota sortie des usines de Valenciennes à 10 000 € pièce qu'une Dacia Sandero, du groupe Renault, produite en Roumanie et vendue 6000 €. Sur le papier, chacun souscrira... sauf que, sans politique de relance de la consommation (au hasard: par une hausse des salaires), ce voeu restera pieux ou se limitera aux classes moyennes qui passeront leur patriotisme et leur quête d'une voiture sûre devant la comparaison des tarifs. Problème: dans le monde globalisé où nous vivons, rares sont les produits fabriqués d'un bout à l'autre dans le même pays. La division du travail a fait les choses: invention du concept et pièces "électroniques" dans les pays industrialisés; pièces simples et assemblage dans les Etats à bas coûts. Revenir là-dessus, c'est déconstruire le processus même de mondialisation... Autrement dit, pratiquer la démondialisation tant vantée par Arnaud Montebourg !

 

C'est d'ailleurs du côté du député de Saône-et-Loire que le discours le plus construit, cohérent et compréhensible se trouve. Soucieux de ne parler que des dossiers qu'il maîtrise et pour lesquels il se documente, l'ancien candidat à la primaire socialiste avance des arguments forts. Dernier en date: les pays qui pratiquent cette forme de patriotisme économique et commercial utilisent la manière forte et, contrairement à l'Union europénne, ne s'embarassent pas de précautions. Ainsi, si une société américaine veut commercialiser ses portables et tablettes au Brésil, elle doit implanter une usine sur le sol brésilien, embaucher un personnel local et écouler sa production. Dans ce système de production, les consommateurs ont accès à toutes sortes de produits, y compris étrangers, avec la garantie qu'ils ont été fabriqués en donnant du travail aux nationaux. Un pur bon sens ! Reste que, le handicap principal des pays développés comme la France, c'est que la relocalisation supposera une hausse du prix de ces produits: acheter une Renault fabriquée en France, et non plus partiellement en Roumanie, coûtera plus cher compte-tenu des salaires des ouvriers, des charges et impôts payés par l'entreprise...

 

Il n'en demeure pas moins que cela relancera l'économie du pays et qu'à terme, une baisse du chômage et une hausse des rentrées fiscales (par les cotisations associées aux emplois créés) profiteront à l'ensemble de la population, ne serait-ce que par le niveau des impôts. Il n'en demeure pas moins, non plus, que le thème du "Produire français" ne se suffit pas à lui-même: il n'a aucun sens sans une réflexion plus globale sur notre modèle économique et social. En parallèle, les projets de François Bayrou et des autres candidats devront apporter des réponses à d'autres questions importantes: quel niveau de cotisations sociales? Quelle politique vis-à-vis de la TVA? Quelle revalorisation des bas salaires? Quelle façon de lutter contre les temps partiels subis ou la précarisation de certains travailleurs (aussi bien en matière salariale qu'en ce qui concerne leurs contrats ou conditions de travail)?... Sans oublier une donnée qui me semble centrale: quelle dimension européenne donner à ce projet? Car, et c'est la principale limite du concept, il semble impensable que chaque pays de l'UE se mette à produire, pour sa seule demande intérieure, toutes sortes de produits. Un partage des tâches au niveau européen avec, en parallèle, une politique de convergence des salaires et des politiques fiscales, semblerait plus approprié. Espérons que le débat, qui ne fait que commencer, aboutisse à cette conclusion. Le (la) candidat(e) qui y parviendra gagnera peut-être ma voix !

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 10:36

Gaspard-Proust.png"Vu le nombre de candidatures à droite, j'espère que Sarkozy ne va pas ajouter à la confusion en déclarant la sienne": cette phrase constitue, pour Marianne, le tweet de la semaine (comprenez, le mini-message posté sur Tweeter). Son auteur? Un humoriste, d'origine suisse, repéré par Laurent Ruquier et qui, habituellement, ne me fait pas vraiment rire: Gaspard Proust, 36 ans (photo). Il réagissait ainsi à la situation complexe dans laquelle la droite française se trouve: son principal candidat ne s'est pas encore déclaré alors que tous les Français savent qu'il le sera et constate qu'il est déjà en campagne avec ses déplacements sur-médiatisés où, outre-passant ses fonctions officielles, il critique les positions du candidat socialiste. Et, dans le même temps, alors que l'électorat de droite semble partiellement se détourner de son champion "légitime" (Sarko est passé de 31% au premier tour en 2007 - son socle électoral "normal" - à moins de 25% d'intentions de vote dans les sondages actuels), d'autres prétendants, à droite de l'échiquier politique, tentent de capter les déçus du sarkozysme qui n'iront pas jusqu'à voter "socialo" ! Parmi eux, on trouve des irréductibles: l'utile Nicolas Dupont-Aignan (et ce n'est pas ironique... j'y reviendrais), l'inutile Christine Boutin (et ça n'est toujours pas ironique !), l'inconnu Nicolas Miguet (dont on voit fleurir, comme chaque année pré-életorale, les affiches qu'il finance sur ses fonds propres) ou encore l'inattendu Dominique de Villepin.

 

Car, enfin, l'ancien Premier ministre, dont on rappelle à l'envi qu'il s'apprête à célébrer le 9ème anniversaire de son grand appel, lancé à la tribune de l'ONU, à résister à la guerre en Irak voulue par l'administration Bush (son Appel du 18 juin à lui !), a déclaré sa candidature. En bon gaulliste, il se place au-dessus de la mêlée politique, se refusant à se rabaisser au niveau des querelles politiciennes qu'UMP et PS s'apprêtent à s'envoyer respectivement sur la figure. En bon gaulliste, il croit en son destin et reste persuadé que le peuple français attend un Président de sa trempe, avec son charisme, ses idées et ses visions de la France et de sa grandeur ! Rien que cela. Au-delà de la personnalité et du fait qu'il ait la mémoire courte (on ne peut pas dire que son passage à Matignon restera comme des années fastes pour le pays... lui qui, entre autres, décida du bouclier fiscal à 60%, de la privatisation des autoroutes ou encore du CPE finalement retiré sous la pression d'une jeunesse que Jacques Chirac, lui même, avouait ne pas comprendre !), la candidature Villepin suscite mon intérêt. Je ne voterai pas pour lui: c'est sûr ! Et je préfère le dire d'avance. Mais, après l'annonce de son choix (au JT le plus regardé de France), les réactions des principaux responsables de l'UMP, ministres ou pas, suffisent à montrer que sa candidature n'est pas si inutile. En effet, face aux courtisans qui, pour garder une place en cas de réélection de Nicolas Sarkozy, saluent le bilan "aussi bon que le contexte le rendait possible" du Président sortant, Dominique de Villepin n'a cessé de dénoncer les projets de loi inadéquats, les décisions compromettantes pour la France, sans oublier de saluer ce qui, en terme de diplomatie ou de politique européenne, allait dans le bon sens. Ainsi, a-t-il voulu montrer qu'il ne critiquait pas pour critiquer mais qu'il défendait, sans cesse, l'intérêt général.

 

D'ailleurs, dans son argumentaire, "intérêt général" et "service de la France" sont en concurrence: s'il se présente à la Présidence, c'est pour mettre sa modeste personne et son expérience (à l'international, notamment) au service de son pays, qu'il aime plus que tout au monde. Qu'il n'ait jamais affronté le suffrage universel, préférant s'y résoudre pour la plus belle des élections, ne le destabilise pas. Que les intentions de vote ne soient pas bonnes ne le fragilise pas plus... Il n'a pas encore fait campagne ! Sa force? Il a une stature internationale qui en fait un prétendant légitime au poste de chef de l'Etat... et, comme Chirac en son temps, il saura séduire cet électorat (essentiellement féminin et âgé) qui, faiblement politisé, s'intéresse autant au physique qu'aux propositions des candidats ! Villepin 1 - Sarko 0. Sa faiblesse? Sur le créneau anti-sarkozyste, réformiste sans être un dangereux gauchiste, il est devancé par celui qui, dès 2007 (voire avant), a lutté contre l'actuel locataire de l'Elysée, dénonçant ses travers (un goût manifeste pour son image plus que la défense de ses idées): c'est François Bayrou. L'homme du Béarn, candidat pour la 3ème fois (en espérant, toujours, ne pas être le 3ème homme mais l'un des deux premiers), a déclaré sa candidature... et commence à grimper dans les sondages. Preuve que sa personne et son message séduisent toujours une partie des Français. Sauf que son authenticité et sa détermination le placent au-dessus d'un Dominique de Villepin dont on murmure qu'il pourrait constituer un ticket avec Bayrou (Elysée pour l'un, Matignon pour l'autre... mais selon quel partage des rôles?).

 

Ce qui rend la candidature Villepin intéressante, c'est aussi la façon avec laquelle elle a été (honteusement) traité par les chiens de garde du sarkozysme, Nadine Morano en tête. Avant d'appeler l'ancien locataire de Matignon à se ranger derrière le candidat naturel de l'UMP et de rejoindre sa "vraie famille" (expression favorite de Jean-François Copé qui se rêve, précisément, en chef de famille !), la ministre n'a pas manqué d'expliquer pourquoi la candidature Villepin était inutile: il n'a pas d'élus, pas de parti (au sens "machine électorale"), pas de militants, pas d'argent ! En clair, il est grillé ! Cette conception, toute sarkozyste, du droit à se présenter devant les Français pour la plus haute fonction fait froid dans le dos: ainsi, seules les bêtes politiques, soutenus par des régiments d'élus cumulards et de militants aux ordres, pourraient se présenter? Ainsi, seuls les hommes (et femmes) politiques capables de brasser, comme aux Etats-Unis, des masses colossales d'argent auraient la légitimité de se présenter? Mme Morano voudrait placer l'argent au-dessus de tout qu'elle ne s'y prendrait pas autrement... Ce raisonnement m'a d'autant plus choqué que, quelques jours plus tard, évoquant la candidature de Rachida Dati (qui ose, la folle !, s'opposer au grandissime Premier ministre qui souhaite être parachuté dans une circonscription parisienne imperdable... en attendant les municipales de 2014), la même Nadine Morano a conseillé à l'ancienne garde des Sceaux d'aller se présenter dans son département natal, où l'UMP se ferait une joie de lui réserver une circonscription ! Ainsi, un homme (ou une femme) politique ne devrait-il (elle) pas se présenter dans la ville ou la région où il (elle) a sa vie, aussi bien politique que personnelle, pour n'être légitime que dans la ville ou la région où il (elle) est né(e)? Et ce sont les mêmes qui dénoncent les magouilles pré-électorales entre PS et Europe Ecologie ! On croit rêver !

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 19:05

Avec retard, je publie enfin l'article que j'avais ébauché au moment de l'intervention solenelle du Président de la République lorsqu'il annonça le dernier remaniement de son quinquennat, fin octobre (après le G20 de Cannes qui devait clôturer, triomphalement, la séquence "internationale", venue succéder à la séquence "primaire socialiste"). Je tenais à publier cet article car, pour une fois, j'ai suivi l'intervention présidentielle (plus d'une heure et demie, sur TF1 et France 2, dans un petit salon de l'Elysée) jusqu'au bout... tout en prenant des notes sur un petit carnet. Il en ressort qu'à l'issue de cet exercice, mêlant auto-satisfaction et attaques du programme socialiste, j'ai trouvé au chef de l'Etat un nouveau surnom: SNSM (en référence à la Société des Sauveteurs en Mer). Sauf qu'ici, il faut comprendre: "Sarkozy Nicolas Sauveur du Monde".

 

Premier constat: en multipliant les attaques contre "un candidat à la présidentielle" (autrement dit, François Hollande, qu'il ne nomme jamais... comme s'il ne voulait pas mettre le pied dans une campagne électorale qu'il veut débuter le plus tard possible), on peut déduire que le Président sortant craint certains aspects du programme PS... sinon, il n'y reviendrait pas à chacun de ses déplacements ! Deuxième partie de l'analyse: après cette intervention télévisée, où il s'est doublement mis en scène ("le Président le plus solide pour diriger la France en temps de crise" et "le Président qui agit au niveau mondial pour convaincre ses homologues de suivre le même cap"), on a pu constater les grandes lignes de sa future argumentation électorale. En voici, à mon avis, les principaux points:

1- Si la France est dans la situation qu'elle connaît aujourd'hui, c'est la double-faute des socialistes: le fil rouge de son intervention a consisté à rendre l'opposition responsable des malheurs du pays, en expliquant que les mesures prises quand la gauche était au pouvoir ont fait sentir leurs effets. Deux exemples à l'appui: la réforme des retraites de Mitterrand en 1983 et les 35 heures de Lionel Jospin en 2001 ont détruit toute dynamique économique, empêchant le pays d'innover ! Osons un parallèle historique: en 1942, lorsque le régime de Pétain juge Léon Blum (doublement coupable d'être socialiste et juif) responsable de la débâcle de 1940 en ayant rendu les Français fainéants en leur octroyant des congés payés sans préparer l'économie à une guerre, la droite française au pouvoir utilisait les mêmes ressorts ! Ou comment se dédouaner de sa propre part de responsabilité...

 

2- Les grandes promesses de 2007 ont été tenues... et heureusement: le deuxième (et dernier) fil rouge de son intervention évoquait une sorte de bilan de l'action menée depuis 2007. En gros, le téléspectateur devait comprendre que, même si la situation reste compliquée (déficits mal contrôlés, hausse du chômage...), cela aurait été pire avec la gauche ! Car, sans les mesures courageuses menées par le gouvernement, juste avant la crise (que la droite a donc vu venir et a su anticiper !), la France serait dans une moins bonne posture encore. Et cela donne l'éternel refrain, invérifiable et non contesté par les journalistes présents, que la France serait dans le peloton de tête des pays européens qui s'en sortent le mieux ! Amen ! Alleluia au sauveur de la France !

3- Face à l'aggravation de la crise, "j'ai des solutions audacieuses et responsables, moi !": pour étoffer son argumentation, Nicolas Sarkozy a également fait la liste des mesures qu'il faudrait prendre dans les prochaines années pour permettre à la France de sortir plus vite de la crise (ce qui sous-entend, qu'elle y est entrée !). Pour l'une des premières fois, il fixe donc un cap et égrenne quelques dispositions qu'il juge incontournable: accélérer la convergence fiscale à l'échelle européenne (notamment avec l'Allemagne), ne pas revenir sur la politique de non-remplacement dans la fonction publique, poursuivre les investissements massifs (universités, lignes à grande vitesse, canal Seine-Nord), ne pas augmenter les impôts (ni même la TVA)... En fait de propositions, il s'est davantage placé en opposition à ce que ses adversaires, de droite comme de gauche, proposent pour (vraiment) sortir de la crise.

 

4- "J'ai l'expérience et je sais donc ce dont la France a besoin": lors de son entretien, il s'est allégrement placé en donneur de leçon. Outre le fait qu'il s'estime le plus légitime pour diriger la France jusqu'en 2012 (parce qu'il a l'expérience), il a su faire preuve de pédagogie sur les dossiers brûlants du moment:

a) Il faut limiter le nombre de mesures à prendre pour ne pas rendre tout projet présidentiel illisible. Il en va de même quand il s'agit de faire des économies: les Français ne comprennent pas la multiplication des mesurettes visant à réduire les dépenses publiques. Ils attendent des réformes structurelles aptes à atteindre cet objectif. Problème: en ce moment, son gouvernement multiplie les plans d'économie, au gré des révisions de croissance, avec des mesurettes (TVA sur les boissons, taxe sur les parcs d'attraction et les nuits en hôtel 5 Etoiles...) qui rendent l'actuelle gouvernance pour le moins opaque !

b) Il ne faut pas confondre "politique de rigueur" (qui consiste à baisser salaires et pensions de retraite, de manière généralisée, pour réduire considérablement les dépenses publiques) et "politique rigoureuse" (qui vise à réduire progressivement les dépenses, sans nuire au pouvoir d'achat des ménages... qui ruinerait leur consommation) ! Sarko et son équipe applique la seconde, mais se refuse à entrer dans la première. Problème: il est de ces dirigeants qui ont demandé à la Grèce de pratiquer la rigueur, contribuant à tuer la croissance !

 

N'oublions pas le couplet sur l'irresponsabilité de ceux qui rejettent la règle d'or... Et l'argumentaire élyséen semblait complet. Pour tout dire, en bon orateur qu'il est, Sarkozy m'a parfois convaincu. Sur certains points précis, ses paroles sont modérées, de bon sens, voire présidentielles... Dommage que cela vienne si tard et, surtout, que certains de ses arguments contre-disent si visiblement la politique qu'il mène depuis quatre ans et demi... et que la majorité qui le soutient a validé pendant près de dix ans ! Le but de l'exercice? Tenter de replacer dans le giron de la droite la part de l'électorat qui a bénéficié de certaines mesures et qui avant tendance à s'éloigner de l'UMP... Ces électeurs, qui n'hésitent pas à voter FN au premier tour, ne doivent pas basculer à gauche. A ceux-là, il faut expliquer que la droite a fait du mieux qu'elle a pu et que la gauche aurait fait bien pire. A ceux-là, il faut expliquer qu'entre le sarkozysme et le projet fou des socialistes, il n'y a pas à hésiter longtemps. Ainsi, la stratégie sarkozyste n'a qu'un but: ne pas trop taper sur le FN et les propositions de Marine Le Pen pour s'assurer un bon report des voix de l'électorat qu'elle aurait su canaliser au premier tour... mais qui devra revenir au bercail au second ! La victoire est à ce prix.

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 08:09

Après avoir lu (ou parcouru) les livres des candidats à la primaire citoyenne, je viens de terminer la lecture d'un autre ouvrage, paru chez Librio, au prix tout public de 2€. Cet ouvrage (90 pages) présente, de manière pédagogique, "le programme du Front de gauche et de son candidat commun Jean-Luc Mélenchon" et s'intitule "L'humain d'abord". Sans surprise, la thèse principale de l'ouvrage est la critique du système libéral et mondialisé qui a conduit les peuples du monde, et le peuple français en particulier, à la crise et aux désastres (économique, social, environnemental, politique et moral). Sans surprise, la tableau dressé par les auteurs est sombre. La politique de la droite est abondamment critiquée. L'essentiel des propositions consiste en l'abrogation de lois prises sous le quinquennat sarkozyste, mais l'ouvrage fourmille de propositions qui, tout en étant détaillées, ne sombrent pas dans un pointillisme qui pourrait "décrocher" le lecteur. De plus, les auteurs ont pris grand soin de rendre le lecture "ludique": outre le "nous" dominant et l'utilisation du futur, le propos est clairement structuré. Les 9 chapitres sont organisés de la même manière: une rapide introduction identifiant le problème à résoudre et indiquant l'objectif à atteindre; la liste des mesures immédiates à prendre (sous la rubrique "Agir tout de suite") suivies des mesues à prendre au cours du quinquennat (sous le titre "Agir pour un changement durable"). Plus qu'un programme présidentiel, c'est un programme législatif qui est proposé. Dans presque tous les domaines, des décisions immédiates sont donc proposées (essentiellement des abrogations). Mais, le coeur du projet du Front de gauche consiste à reconstruire la France.

 

Ainsi, au-delà du constat de départ (que les électeurs d'A. Montebourg partageront), ce sont les solutions proposées qui nécessitent un examen critique. Premier constat: le Front de gauche souhaite replacer "le peuple" (les citoyens) au coeur de la prise de décision. Dans tous les domaines abordés par le livre, la démocratie participative est abordée: des comités, des conseils, des assemblées seront créés au niveau national et au niveau local afin de permettre aux citoyens d'exercer un droit de contrôle ou d'initiative dans le domaine qui les concerne. En parallèle, la mise en place d'une nouvelle Constitution (la VIème République, chère à M. Montebourg) est prévue: mandat unique des parlementaires, limitation du cumul en nombre et dans le temps, suprématie du législatif sur l'exécutif, suppression du Sénat, décentralisation accrue... sont au programme d'une Assemblée constituante qui serait élue après les législatives. Le projet de nouvelle Constitution serait ensuite soumis à référendum. D'ailleurs, cet outil de démocratie directe a vocation à être massivement utilisé: il y est fait plusieurs fois référence pour donner aux Français le soin de trancher sur les sujets jugés centraux et prioritaires. En y ajoutant uen dimension européenne majeure (dans tous les domaines, la France prendre, promettent-ils, de prendre l'initiative pour que le changement opéré dans notre pays trouve des relais chez nos voisins), et voici un projet équilibré et complet. Rien que pour cela, le projet du Front de gauche mérite attention.

 

Sans aller jusqu'à voter Mélenchon (dont j'ai rappelé, hier, l'utilité pour la gauche de la gauche), je suis satisfait (et rassuré) de voir plusieurs de mes idées reprises dans ce programme. Certes, toutes les dispositions ne sont pas envisageables (j'y reviendrais), mais beaucoup de mesures préconisées me semblent aller dans le bon sens; en voici une liste (non exhaustive):

- instauration d'un salaire maximal pour toutes les entreprises (publiques comme privées) à 20 fois le salaire le plus faible (soit 360 000 € par an);

- titularisation des salariés précaire de la fonction publique;

- encadrement des stages (rémunération, durée, cotisations);

- divers boucliers (pas plus de 20% pour le logement, 5% pour l'énergie...);

- banque publique pour le financement des prêts aux entreprises;

- création d'un pôle de l'énergie 100% public (électricité, gaz, eau) avec la mise en place de tarifs progressifs (bas pour les premières consommations, élevées pour la sur-consommation);

- aide au développement des formes alternatives de transport de marchandises (par canaux ou via le ferroutage);

- nouveaux modes de production et de consommation en favorisant les circuits courts, en lançant une politique de consigne, en tournant l'agriculture vers la production bio;

- encadrement des prix (prix minimums aux producteurs, coefficients multiplicateurs encadrés pour la grande distribution);

- réforme de l'ONU donnant plus de poids aux pays émergents ou pauvres;

- développement de la politique culturelle et sportive.

 

D'autres mesures, en revanche, paraissent donc utopiques. C'est d'ailleurs le propre de l'extrême-gauche: à la lecture d'un tel programme, les électeurs se diront que certaines mesures utiles, voire nécessaires, deviennent possibles, là où la droite, voire la gauche de gouvernement, les disent irréalistes ou dangereuses pour le bien du pays. La faiblesse de ce livre: ne pas chiffrer les mesures annoncées alors qu'il semble clairement que l'addition de toutes ces mesures utopiques (on aimerait tous que l'Etat les atteigne, mais il n'en a pas les moyens) les rendent caduques. En voici une liste (là encore, non exhaustive):

- SMIC à 1700 € brut pour 35 heures et SMIC à 1700 € net à la fin du quinquennat;

- régularisation de tous les sans-papiers et révision des politiques d'intégration (regroupement familial, carte de séjour de 10 ans, nouveau Code de la nationalité);

- rétablissement de la proportionnelle à toutes les élections;

- sortie de l'OTAN et refus d'un marché transtlantique avec l'Amérique du nord;

- suppression du ministère de la Ville;

- plan massif de recrutement dans l'Education nationale.

 

Je conclus d'ailleurs cet article sur ce volet éducatif qui me tient à coeur (et dont la primaire socialiste n'a pas fait un thème central, en dehors des fameux 60 000 postes créés par M. Hollande). Un paragraphe complet est proposé par le Front de gauche sur ce sujet. Certaines dispositions sont intéressantes (démocratisation du Conseil d'administration des universités) et d'autres plus contestables (retour sur la politique d'autonomie pour les délier des entreprises privées). Mais, d'une manière générale, j'avoue ne pas être totalement convaincu par ce projet éducatif. Accroître la place du sport ou des pratiques culturelles me semble une piste intéressante. Faire du soutien scolaire "un service public" rendu par l'Education nationale me convient tout à fait. En revanche, nombre de dispositions ne me conviennent pas du tout; elles sont essentiellement symboliques: plus qu'un ministère de "l'Education populaire et des Libertés associatives", c'est d'un ministère de "l'Instruction publique et des Universités" dont la France a besoin (afin de réaffirmer que l'école ne doit pas éduquer mais instruire, et que cela doit se faire dans des établissements uniquement publics !). Plus que d'une scolarité "obligatoire de 3 à 18 ans", c'est d'une "scolarité obligatoire de la grande section de maternelle à l'obtention du Brevet" (comme sésame pour la vie professionnelle) dont la France a besoin. Le Front de gauche est resté, au nom de l'égalité de tous les enfants (impossible, à qui fréquente des établissements scolaires) à l'utopie que chacun doit pouvoir aller le plus haut possible (on frôle même l'objectif de 100% des élèves au lycée).

 

Voilà le principal handicap de ce programme: bourré de bonnes intentions et de propositions qu'un gouvernement de gauche à dominante socialiste ferait bien d'appliquer, il n'en demeure pas moins très utopiste. En matière d'éducation comme ailleurs, l'irréalisme de certaines propositions freine sa crédibilité. Dommage !

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 07:55

Connaissez-vous Philippe Poutou? Son nom avait été évoqué, entre deux autres informations, il y a quelques mois: le NPA, prenant acte de la non-candidature d'Olivier Besancenot, avait sorti de son chapeau le nom de cet ouvrier girondin pour porter les couleurs du Nouveau Parti Anticapitaliste à la prochaine présidentielle. Alors que les commentateurs attendaient la candidature d'une des deux femmes, toutes deux porte-paroles du parti et mises en avant par Besancenot lui-même, c'est donc le nom de ce quadragénaire, inconnu d'une très grande majorité de Français, qui est sorti. Et, comme lui-Philippe-Poutou.jpgmême l'indique, la désignation du candidat a été au NPA ce que l'élection d'un Pape est au Vatican: personne n'a envie de jouer le rôle (personne n'est, en apparence, candidat) et une des figures montantes est finalement désignée. A la différence près que Poutou était sur la liste des prétendants. Voilà ce qu'il a expliqué, hier soir, dans l'émission de Laurent Ruquier "On n'est pas couché". Confirmant que son camarade Besancenot n'était plus intéressé (car la personnification que suscite une présidentielle finissait par l'ennuyer), Philippe Poutou (photo) a répété qu'il était le porte-voix (d'où, peut-être le mégaphone sur le drapeau du NPA) d'un collectif qui travaille pour des idées. Comprend-il qu'il est candidat pour devenir chef de l'Etat? Oui, mais il ne se fait aucune illusion !

 

On touche là à deux problèmes de l'extrême gauche française:

1- Elle continue de présenter des candidats à la présidence de la République (et pas qu'un seul, en général), contribuant à faire de cette élection le coeur de nos institutions. Certes, choisir le chef de l'Etat au suffrage universel direct donne aux citoyens un pouvoir majeur, d'autant plus que la pratique du pouvoir (aujourd'hui par Sarko, demain par n'importe quel socialiste) fait que ce personnage a les clés du pouvoir. Le problème? Ces micro-partis qui dénoncent la présidentialisation de notre République présente chacun leur candidat aux présidentielles. S'ils étaient cohérents, ils jetteraient leurs forces dans la bataille des législatives en espérant décrocher quelques postes de députés, en abandonnant la tribune que représente l'élection présidentielle. Ainsi, cette dernière serait l'occasion de départager cinq ou six candidats, représentant les cinq ou six grandes familles politiques que notre pays compte vraiment. La fonction présidentielle serait alors, sans avoir à changer la Constitution, mais seulement en changeant les pratiques, revalorisée.

 

2- Avant même la bataille, le candidat du NPA (comme nombre d'autres personnalités qui continuent de se présenter, soit pour exister médiatiquement comme Mmes Boutin ou Lepage, soit pour faire exister leur parti en état de mort cérébrale tel Mme Arthaud pour Lutte ouvrière) saît qu'il n'a aucune chance. Avec un peu de chance, il approchera les 5%... mais, plus probablement, il peinera à franchir la barre des 2%. Dès lors, pourquoi dépenser de l'argent, publier des tracts, mener campagne en prenant le risque de ne pas être remboursé par l'Etat? Dans ces conditions, comment espérer mobiliser les électeurs sur les idées du NPA alors que le candidat lui-même n'a pas l'air franchement motivé par le combat politique qui l'attend? Il en est un qui semble avoir compris la leçon: candidat en 2007 pour ramasser quelques milliers de voix, Gérard Schivardi (rendu célèbre par les imitations de Nicolas Canteloup) a annoncé sa non-candidature, son micro-parti (le Parti ouvrier) renonçant d'ailleurs à toute autre candidature. L'information n'a pas remué la sphère médiatique... tout simplement parce que ces mouvements politiques, plus proches du syndicalisme de combat dans les usines (qu'ils réalisent avec brio), ne pèsent rien. Et ils apparaissent d'autant moins crédibles qu'en dehors des élections présidentielles, on ne les entend guère... et qu'ils refusent clairement d'exercer un pouvoir qu'ils réclament pourtant aux électeurs !

 

Le pire, dans cette histoire? C'est que des milliers, voire des millions de Français (chômeurs, travailleurs précaires, femmes seules avec enfant, retraités pauvres...), partagent les rêves de ces partis de l'extrême-gauche. Au fond, elle ne sert plus qu'à entretenir une toute petite lueur d'espoir chez ceux que les grands partis n'entendent ni ne défendent plus. En entendant les discours du NPA, ils se disent que ces candidats (Besancenot hier, Poutou demain) les comprennent, qu'ils cotoient au quotidien ces angoisses dont les politiciens ne parlent que dans les discours de campagne. Le drame? Ces électeurs, résignés, se réfugient soit dans l'abstention, soit dans un vote qui leur semble plus efficace (le vote FN). Car, pour ces gens-là, le vote utile, c'est le vote Le Pen. D'autant plus qu'avec Marine, la chasse aux banquiers et aux immigrés, ou encore l'anti-mondialisation, est d'actualité. Percutante par des propositions qui choquent la bulle médiatico-politique mais qui parlent aux citoyens de la "France d'en bas", la présidente du FN remplace l'extrême-gauche dans le coeur de ces électeurs qui se refusent à voter socialiste !

 

Pourtant, 2012 est une chance merveilleuse pour la gauche radicale: même s'il existe des divergences (non pas sur le fond, mais sur les questions d'alliance ou de socialo-compatibilité), l'extrême-gauche n'a jamais été dans situation aussi favorable pour peser sur les choix de "l'autre gauche". Après la démondialisation de Montebourg (qui a déplacé des sympathisants pas forcément socialistes mais réceptifs à cette analyse), les électeurs de l'extrême-gauche ont, en Jean-Luc Mélenchon, un candidat bourré de talent. Sans parler de sa capacité oratoire, le président du Parti de gauche et candidat du Front de gauche, a déjà effacé une candidature communiste à 1%. S'il parvenait à fédérer la gauche de la gauche autour de lui (en étant le seul challenger de François Hollande sur cette partie de l'échiquier politique), il disposerait d'une capacité de nuisance et d'un poids politique que la gauche radicale anti-libérale n'a jamais eu depuis des décennies... Dommage que l'extême-gauche ne profite pas de cette candidature pour mettre entre parenthèses les micro-querelles qui n'intéressent pas les Français !

 

Nota bene: prochainement, je vous proposerai mon analyse du programme du Front de gauche (un petit Librio d'à peine 90 pages à 2€). Je suis en train de le lire. Il peut susciter la curiosité et prêter à une analyse bien utile avant le déclenchement de la vraie campagne présidentielle.

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Published by Aurelien Royer - dans Vers 2012
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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 11:42

Sous le titre "Habemus Praesidentem !" (plus accrocheur, mais moins rigoureux que le titre de cet article, en latin classique), j'ai envoyé la semaine dernière une contribution à l'hebdomadaire Marianne pour son "Courrier des lecteurs". Pour le moment, elle n'a pas été reprise (en tout cas, pas publiée dans le dernier numéro). En avant-première, voici l'analyse que j'y faisais de la victoire de François Hollande à la primaire et du lancement de sa campagne vers l'Elysée.

 

Victorieux de la première primaire citoyenne organisée en France (avec 56,57% des voix selon des résultats - encore? - partiels, de 9407 bureaux de vote sur 9425 !) et fort d'une légitimité qui dépasse nettement le cercle, restreint, des militants socialistes, François Hollande aborde l'élection présidentielle la plus imperdable à laquelle la gauche ait jamais eu à faire face. Les sondages (même à six mois de l'échéance !) sont clairs: avec 39% au premier tour (laissant Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon, ses challengers de gauche, dans les choux) et 60% d'intentions de vote dans un duel avec le président sortant (soit 20 points d'écart avec Sarko), l'ex premier secrétaire dispose d'une marge de manoeuvre appréciable. Quoi qu'en disent les commentateurs et qu'en pensent les politicien(ne)s de droite, jamais un candidat n'a disposé d'une telle prédiction à six mois du vote. Chacun répète que jamais les sondages n'ont donné le nom du vainqueur si loin du jour J. Jamais, non plus, un candidat semblait disposer d'une telle avance ! Car, pour que le président sortant regagne les 20 points perdus et renversent la tendance, le chemin sera long et difficile. D'autant plus qu'il n'apparaît pas aux yeux des Français comme le mieux placé pour sortir la France de la crise. Malgré les efforts déployés, tant par la propagande ministérielle que sur la scène internationale, l'actuel locataire de l'Elysée conjugue quatre points noirs: une popularité extrêmement faible (autour de 30%, soit le socle électoral des irréductibles qui l'avaient choisi au 1er tour en 2007); des intentions de vote fragiles (22%, peut-être un peu plus après lerenoncement de Jean-Louis Borloo); une majorité de Français ne souhaite pas qu'il l'emporte et, pire, une majorité prédit sa défaite. Jamais un chef d'Etat sortant, candidat à sa succession, ne cumulait ces handicaps. Du jamais vu !

 

Sans aller jusqu'au triomphalisme, on ne peut donc qu'aborder cette présidentielle avec confiance. Sauf accident de parcours (dont on peine à imagine la nature tant, avec M. Hollande, on est loin du profil strauss-khanien d'un responsable bourré de failles ou de casseroles !), le président de la Corrèze devrait donc l'emporter. En choisissant son candidat à la présidence, le peuple de gauche (en tout cas, le peuple de gauche MOTIVE) a probablement choisi le 7ème président de la Vème République. Et, avec lui, un projet, une équipe, une vision, une détermination. Autant d'ingrédients qui rendent la candidature Hollande aussi forte qu'elle aurait semblé fragile en 2007. L'homme a changé (pas seulement physiquement) et, contrairement à Nicolas Sarkozy, il se prépare dès maintenant à "habiter la fonction". Certes, il lui reste beaucoup de travail: prenant appui sur le projet socialiste (qui ne devait qu'être un socle contenant les lignes directrices qui rassemblent cette famille politique), il va devoir l'enrichir de ses propositions, mais aussi d'idées nouvelles, glanées au gré de ses rencontres avec les Français. Surtout, il ne devra oublier aucun aspect: car, en plus de l'économie ou de l'école (sujets sur lesquels il est très attendu), M. Hollande devra aussi aborder les questions européennes, d'immigration, de défense et de politique étrangère, d'aménagement du territoire, de ruralité et de politique de la ville... Les sujets ne manquent pas. Et, malgré l'activisme de la droite au pouvoir, nombre de ces domaines nécessitent une remise à plat et des réformes courageuses. Des vraies !

 

Bref, le défi est énorme. L'attente est grande de la part des Français. Et, soudée derrière son candidat, tant le désir d'alternance est grand chez tous les responsables socialistes, la gauche a un rendez-vous historique avec le pays. Déjà, chacun s'imagine à un poste. Car, ce qui change de 2007, c'est de voir nos responsables politiques, pour certains peu expérimentés (en cela qu'ils n'ont pas été ministres sous Jospin), déterminés à faire gagner le "camarade Hollande" pour obtenir une place dans le nouvel organigramme gouvernemental. Un exemple? Ségolène Royal, effacée sur le plan national tout en président Poitou-Charente, pourrait obtenir un premier rôle et, sans être à l'Elysée, peser sur les décisions. A quel poste? Personnellement, je la verrai bien dans un grand ministère de l'Ecologie (pour ne pas y enfermer un écologiste, comme du temps de la gauche plurielle !). Les rumeurs la placent Royal-militaire.jpgplutôt au ministère de la Défense (son histoire familiale et le fait qu'elle ait, la première, utiliser l'armée et ses symboles dans une campagne présidentielle rendent l'hypothèse crédible... d'autant plus que les militaires s'étaient habitué, avec MAM, à une femme d'Etat déterminée, même sans expérience dans ce domaine - photo !) ou à la présidence de l'Assemblée nationale (à condition d'être élue députée de La Rochelle, ce qui semble aisé, et de convaincre le groupe PS, ce qui sera plus compliqué).

 

La droite ne manquera pas de railler cette gauche qui distribue les postes avant même l'élection. On imagine déjà Manuel Valls à l'Intérieur, Arnaud Montebourg à la Justice, Jean-Michel Baylet avec un petit porte-feuille de consolation... Personnellement, je préfère que, dans un temps mort (comme actuellement), la gauche songe à se répartir les postes pour se consacrer pleinement au projet pendant la vraie campagne, que d'entendre les intervieweurs se battre pour obtenir d'Hollande le nom de son "premier ministre", s'il est élu ! Hollande doit, inévitablement, songer à l'équipe qui l'entourera... dans la campagne d'abord, au pouvoir ensuite. Or, cet exercice est l'un des plus périlleux: respecter la parité et laisser de la place aux partenaires (écolo, radicaux, Front de gauche) sont les deux jambes sur lesquelles il devra marcher. La séquence qui vient (qui devrait être favorable à Bayrou puis à l'UMP) constitue un temps mort socialiste, en attendant le début de la campagne officielle, début 2012. Hollande va s'éloigner des médias, susciter l'envie des électeurs et construire son projet... Il ne lui restera plus qu'à ne pas manquer son entrée en scène pour affronter le président sortant et, on l'espère, le vaincre pour s'installer à l'Elysée !

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