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Un monde meilleur: citations

Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien
(Edmund Burke, homme politique et philosophe irlandais du XVIIIème siècle).

 

La politique, c'est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire
(Jacques Chirac, phrase de campagne lors de la présidentielle de 1995).

 

Ma génération a bâti les murs de l'UE; votre génération devra en décorer l'intérieur
(François Mitterrand, à Henri Emmanuelli, à l'occasion d'un entretien en tête-à-tête).

 

Dans les pyramides du pouvoir, les ovaires c'est comme l'oxygène: ça se raréfie avec l'altitude
(Isabelle Alonso, ancienne présidente des Chiennes de garde, mouvement féministe).

 

“A une juste guerre, préférons une injuste paix” (Samuel Butler)

 

“Les guerres surviennent toujours entre deux Etats de paix. Alors, supprimons la paix et nous n'aurons plus de guerre
(
Almanach de l'Os à moelle, pensée du 17 octobre 1980)

“C'est dans son coeur qu'il faut construire la paix” (Dalaï-Lama)

“Il n'y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l'homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit”
(
René Cassin, in "Déclaration universelle des Droits de l'Homme", 1948)

“Il est plus facile de
faire la guerre que la paix” (
G. Clemenceau, Discours de paix, 1919)

“Il n'y a jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix” (Benjamin Franklin, Lettre à John Quincy, 1783)

“Deux coqs vivaient en paix: une poule survint,-Et voilà la guerre allumée”
(
Jean de La Fontaine, Fables "les Deux Coqs")

“On ne fait la guerre que pour faire enfin la paix” (Dictionnaire Le Littré)

“La paix, c'est de la
guerre ailleurs”
(
Jacques Prévert)

“S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité” (Tacite, historien romain des Ier et IIème siècles après JC)

Petite présentation du blog... et de son auteur

Nouvelle DonneDe 2005 à 2012, j'ai tenu un blog intitué Jes6 ("Justice, Equité, Solidarité, pour une VIème République"), réagissant aux faits d'actualité et aux décisions de la présidence Sarkozy.

Homme de gauche, l'élection de François Hollande a été une bonne nouvelle, l'ouverture d'une nouvelle phase...

Mais, mon métier m'a éloigné de la blogosphère.

Déçu par la politique menée, mon militantisme socialiste s'est petit à petit éteint. Fin 2013, la création d'un nouveau parti, Nouvelle Donne, a rallumé la flamme d'un citoyen qui perdait son optimisme. Alors que 2014 est une année électorale, qui s'annonce donc passionnante sur le plan politique, j'espère reprendre le chemin de mon clavier pour alimenter un blog auquel je veux donner un nouveau souffle !

 
Né en Picardie en 1986, j'ai grandi, étudié et travaille toujours dans cette région: je suis aujourd'hui professeur d'Histoire-géographie dans un collège de l'Aisne et mon métier est ma passion ! La politique, qui permet aux uns de s'investir pour changer la vie des autres, m'attire depuis le plus jeune âge.

De 2006 à 2009, j'ai fait partie de la première fournée de CRJ (Conseillers Régionaux Jeunes) élue au suffrage direct par les jeunes de 16 à 25 ans de ma région: ce mandat de trois ans m'a donné l'expérience du travail d'équipe et l'opportunité de contribuer à des projets concrets.

 

De 2006 à 2010, j'ai été militant au PS, participant à la campagne présidentielle de Ségolène Royal puis aux municipales de 2008 au cours desquelles je fus, moi-même, candidat sur une liste d'opposition au maire sortant. A quelques voix, j'aurais pu être conseiller municipal !

Ecologiste convaincu, je me décris volontiers comme progressiste et humaniste: changer le monde, changer l'Europe, changer la France. Les défis sont nombreux. Placer l'homme au coeur d'un système gangréné par l'argent et les puissances hors-sol anti-démocratiques, quel défi !

 

La renaissance de mon blog n'est pas une rupture: dans la colonne de droite, vous pouvez accéder à mes "Archives Jes6" (où je souhaite garder la trace de ces pages de propositions Oiseau-bleu-de-Magritteque j'ai rédigé pendant ces années) ansi qu'aux principales communautés auxquelles je continuerai de contribuer, qu'il s'agisse de "Réformer la France", "La voix des Européens" ou "Pour un monde meilleur" que j'ai créé avec l'ambition d'en faire une plate-forme utopique où puissent s'exprimer les rêves les plus fous d'un monde pacifié, démocratisé et équitable des blogueurs optimistes.

 

Sur "AurelR le citoyen", je vous souhaite de bons moments de lecture.

N'hésitez pas à publier vos commentaires, à me suivre via la newsletter du blog, ainsi que les réseaux sociaux (notamment sur Twitter: @AurelienRoyer86 et les hashtags #reprendrelamain, #bonsenscitoyen, #mondemeilleur), ou à me contacter par mail (en attendant de la renouveler): contact@jes6-leblog.eu

6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 16:18

La Syrie s'enfonce dans le chaos et, comme en Libye, une guerre psychologique et médiatique s'est engagée. D'un côté, les rebelles, forts des réseaux sociaux liés à l'Internet, mènent des actions "coup de poing", en portant les combats dans des quartiers sensibles des grandes villes (Damas et Alep auraient pu tomber, avec une aide extérieure, pour le moment absente) et en s'approchant dangereusement des lieux de pouvoir. Point d'orgue de cette offensive: une forte explosion en plein coeur de la capitale, dans le quartier des ambassades et ministères, a coûté la vie à trois cadres du régime (le ministre de la Défense et des responsables de la sécurité, dont un proche du dictateur Assad). Les médias occidentaux s'affolent... Pourtant, sans aide extérieure, cette rébellion intérieure n'a aucune chance. La preuve: de l'autre côté, l'armée régulière du régime ont repris le terrain perdu. Tel le fou Kadhafi, le fou Assad promet la mort à ses opposants, qualifiés de terroristes à la solde de l'étranger. Tel le fou Kadhafi, le fou Assad a donc lancé, avec succès, ses moyens militaires contre les quartiers rebelles, détruisant son pays, massacrant des civils innocents par milliers. Les médias occidentaux s'affolent... Pourtant, le bilan continue de s'alourdir et la communauté internationale demeure indiscutablement impuissante !

 

Dernière preuve: l'Assemblée générale a voté une résolution à double sens. D'une part, le texte condamne (jamais ce verbe, témoignant de l'impuissance des bons sentiments face aux réalités les plus dramatiques, n'aura été autant utilisé !) les exactions du clan Assad sur la population et les massacres qui accompagnent la reprise de Damas et d'Alep. D'autre part, le texte dénonce l'incapacité du Conseil de sécurité à trouver une solution, qu'elle soit militaire ou politique, pour aider la Syrie à sortir de ce qui est clairement une guerre civile déséquilibrée ! Bref, l'AG, comptant tous les Etats membres, démontre l'incapacité de l'organe de décision de l'ONU dont le fonctionnement et la composition sont les freins incontestables de cette situation. Alors qu'une réforme de cette Organisation semble plus que jamais nécessaire (relisez mes propositions ICI), le vote de la résolution (présentée par l'Arabie saoudite, au nom de la Ligue arabe) apporte une confirmation limpide: 176 pays ont participé au vote, parmi lesquels 31 se sont abstenus. Sur 145 votants, 133 ont voté "pour" soit 91,7% (75,6% des présents) quand 12 Etats votaient "contre". Or, cette liste des douze est intéressante: Syrie (bien sûr) + Russie et Chine (les deux dictatures du Conseil de sécurité qui, fortes de leur droit de veto, bloquent toute possibilité depuis des mois, préférant vendre des armes à un régime sanguinaire) + de grands régimes démocratiques tels le Zimbabwe, la Corée du nord, l'Iran, Cuba et le Belarus + quelques pays contestables comme la Bolivie, l'Equateur, le Nicaragua ou le Venezuela (contestables car, sous l'apparence démocratique, leurs leaders sont des proches habituels de tous ces dictateurs).

 

Quelle conclusion en tirer? Qu'une poignée de dictatures, représentant moins du quart des Nations Unies, dicte sa loi. Qu'une poignée de dictateurs, à qui la communauté internationale continue d'offrir des pouvoirs inconsidérés, favorise une situation qui décrédibilise une ONU dont les valeurs fondatrices sont, chaque jour, bafouées ! Heureusement, dans ce sombre tableau, un grand homme (Nobel de la Paix en 2001 avec l'ONU dont il était alors le secrétaire général) a tiré le signal d'alarme: Kofi Annan, négociateur pour le compte de l'ONU et de la Ligue arabe depuis le début du conflit syrien, a démissionné de son poste. Son constat? Le Conseil de sécurité ne lui donne pas les moyens de résoudre ce dossier. La réaction officielle de l'ONU, par la voix de M. Ban? Je suis chagriné par sa décision... Pleurons ! Et, une fois les larmes séchées, chacun pourra retourner à ses vacances. Il faut dire que la période n'est pas propice aux décisions: alors que la France prend la présidence tournante du Conseil de sécurité (encore un frein à l'efficacité) et que notre ambassadeur va se donner à fond (il a du mérite !), tous les chefs d'Etat sont en vacances et les JO vampirisent l'actualité !

 

Entre deux résultats olympiques, on apprend, par exemple aujourd'hui, que le Premier ministre du régime Assad a claqué la porte. Il ne s'agit pas d'un limogeage, comme l'affirment les médias à la solde du dictateur. Mais, d'un départ volontaire: Riad Hijab rejoint la longue liste des dignitaires qui soutiennent désormais la rébellion et qui, accompagné de deux de ses ministres et de trois officiers de l'armée, quittent le pays... pour la Jordanie voisine. Ces dignitaires, qui affaiblissent symboliquement le régime, constitueront sans doute, dans l'après-Assad, les piliers d'un régime de transition politique où ces politiciens, qui ont longuement soutenu le régime (cela fait des mois que la situation actuelle dure), auront une place de choix. Les seuls rebelles ne pouvant diriger seuls le pays, d'anciens responsables y seront associés... C'est ce qui se passe, actuellement, en Tunisie, en Egypte ou dans la Libye de l'après-Kadhafi. On peut s'en émouvoir. Mais, la diplomatie étant l'art de trouver des compromis en faisant des concessions, parfois lourdes, l'essentiel est de mettre un terme, le plus tôt possible, à ce régime assassin pour arrêter, mort ou vif, Bachar el-Assad (dans l'espoir de le juger pour ce qui est clairement un génocide contre une partie de son peuple !). Le château de cartes s'effondre petit à petit. Les dictatures aident à le maintenir debout. Quand les démocraties réussiront-elles à le détruire?

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 05:19

La semaine dernière, évoquant la question syrienne, j'évoquais la nécessité de rénover cette organisation internationale épuisée et incapable de peser sur l'affaire du monde qu'est devenue l'ONU. Née en 1945, pour remplacer la SDN (Société Des Nations, imaginée en 1919 à la sortie de la 1ère guerre mondiale) qui avait échoué à éviter un second conflit mondial, l'ONU devait à la fois permettre le maintien de la paix en jouant un rôle d'arbitre entre les belligérants potentiels, mais aussi favoriser le développement harmonieux de l'humanité (sur les plans sociaux, économiques, écologiques) en profitant de cette nouvelle stabilité politique. 67 ans plus tard, son bilan est maigre: de nombreux conflits n'ont pu être évités, l'ONU seBan-Ki-moon.gif contentant d'envoyer, après coup, des Casques bleus pour pacifier la zone et empêcher une reprise du conflit; de la même manière que l'UE n'avance pas quand ses dirigeants n'en ont pas la volonté, la faiblesse de certains secrétaires généraux de l'ONU (notamment l'actuel titulaire du poste, le Coréen Ban Ki-Moon - photo de droite) a empêché l'Organisation de devenir cet arbitre respecté qu'il aurait dû être. L'a-t-il d'ailleurs été un jour?

 

Quoi qu'il en soit, n'ayant pas le caractère à dénoncer sans proposer, je souhaite partir de ce constat pour remettre sur la table les propositions de rénovation de l'ONU que j'ai tenté de porter avec ma communauté "Pour un monde meilleur". Ces propositions serviront à alimenter la discussion entre les lecteurs du blog... en espérant que ce débat soit vigoureux.

 

D'emblée, et avant d'étaler mes idées, je tiens à rappeler que l'idée même qui sous-tendait à la création de l'ONU (une agence indépendante, au niveau mondial, pour régler les différends et favoriser le dialogue des Nations) demeure excellente. Dans notre monde actuel, son utilité ne me semble pas être remise en cause. C'est pourquoi je privilégie une refonte de l'ONU, plutôt que sa destruction pour imaginer "autre chose".

 

Cette précision étant faite, voici mes pistes de réflexion:

1- Le (la) secrétaire général(e) devient "Président(e) de l'ONU" et est assisté(e) d'un(e) "Vice-Président(e) chargé des négociations". Ces deux personnes (forcément un tandem paritaire, homme-femme, composé de deux nationalités différentes) sont élues, au scrutin binominal à deux tours, pour un mandat de six ans non renouvelable. L'élection se fait, à bulletin secret, lors d'une Assemblée générale: un pays = une voix.

2- L'exécutif est assisté d'une sorte de gouvernement composé de vice-présidents en charge d'un secteur. Leur mission serait double: convoquer et présider des réunions thématiques au siège de New York; diriger l'action de l'ONU en présidant l'une des agences qui composent l'organigramme de l'Organisation.

3- L'ONU serait donc sous-divisée en neuf agences thématiques, dénommées "Organisation des Nations pour (nom du domaine)", ainsi la branche "développement durable" de l'ONU deviendrait l'ONE (Organisation des Nations pour l'Environnement). A celle-ci s'ajouteraient les cinq suivantes: ONA (pour l'Alimentation), ONS (pour la Santé), ONJ (pour la Jeunesse), ONP (pour le Patrimoine), ONC (pour la Culture), ONI (pour l'Immigration), ONP (pour la Paix) et OND (pour la Démocratie).

 

4- Pour être Etat membre de l'ONU, il faudra respecter les critères suivants: être un Etat de droit doté d'une Constitution, organisant des élections libres et transparentes où le pouvoir de l'exécutif est limité dans le temps, respectant l'ensemble de la Charte des Droits de l'Homme (respect des minorités; égalité hommes-femmes; protection de l'enfance; libertés publiques, notamment de la presse et de manifestation). Une commission composée d'experts validerait l'entrée d'un pays dans l'ONU.

5- L'ensemble des pays membres forme l'Assemblée générale, où chaque Etat dispose d'une voix lors des votes.

6- Chaque Etat est représenté par un ambassadeur qui a trois missions principales: participer aux réunions de l'Assemblée générale (plénière ou thématique), être membre d'une des neuf agences thématiques (comme dans un exécutif local, les ambassadeurs se répartissent dans les neuf "commissions"), être le lien entre l'ONU et le pays représenté.

7- Pour épauler le Président et ses vice-présidents, le principe du Conseil de sécurité est maintenu: en font partie 15 Etats, choisis par l'Assemblée générale pour une durée de 3 ans (soit un demi-mandat de l'exécutif). La composition serait la suivante: trois Etats européens, trois Etat africains, trois Etats asiatiques, trois Etats sud-américains, deux Etats océaniens et un Etat nord-américain (Etats-Unis, Canada et Mexique en alternance). Le rôle du Conseil de sécurité serait de voter, en urgence, les résolutions... à une majorité des trois quarts (soit 12 voix minimum) sans qu'aucun des Etats membres n'ait de droit de véto ! En cas de désaccord, l'Assemblée générale peut se réunir et adopter la même résolution à la majorité des trois cinquièmes (pas de majorité simple... pour éviter toute contestation) !

 

8- Les autres organismes internationaux (FMI, Banque mondiale, OMC, OMS...) devront être progressivement intégrés au dispositif de la nouvelle ONU, de façon que celle-ci dispose des moyens financiers pour mettre en oeuvre son programme de développement et de partage. Cet aspect étant complexe, le débat est nécessaire !

9- L'ONU conserverait ses forces armées, les Casques bleus. Comme aujourd'hui, ceux-ci seraient formés de militaires issus des Etats membres. Comme aujourd'hui, ceux-ci n'auraient qu'une vocation: maintenir la paix en tant que force de médiation entre deux camps dans les pays menacés. Leur intervention serait possible dans deux cas de figure: les autorités légales de l'Etat concerné demande leur présence; le Conseil de sécurité vote l'envoi d'un détachement dans un pays en difficulté, après examen de l'ONP ou de l'OND. Contrairement à aujourd'hui, le vote d'une résolution militaire (par le Conseil de sécurité ou l'Assemblée générale) permet aux pays volontaires d'envoyer une part de leur armée, sous le commandement unique des officiers de l'ONU, dans un pays où une intervention apparaît Tombouctou_intacte.jpgnécessaire... Dans le cas libyen, un vote de l'AG suffirait donc à l'envoi de troupes sans passer par le Conseil de sécurité ni par l'OTAN (dont l'utilité serait alors revue).

10- Chacune des neuf agences de l'ONU serait dotée d'un Tribunal apte à juger les crimes spéficiques dont elle a la charge (par exemple, un nouveau "crime contre le patrimoine" serait jugé par le Tribunal attaché à l'ONP... pour sanctionner ceux qui, comme les islamistes maliens s'attaquant au site de Tombouctou - photo de gauche - détruisent des éléments de l'histoire mondiale !). Ces neuf agences seraient réparties sur tous les continents, dans neuf villes différentes.

 

La semaine prochaine, pour prolonger le débat, je remettrais sur la table, dans un article par points, mes propositions de rénovation des institutions europénnes ! D'ici là, bonne navigation sur le Web... et n'oubliez pas de laisser un commentaire, même à minima: il sera utile et apprécié !

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 16:42

"Syrie 2012": voici le 2ème article d'une série qui, malheureusement, devrait s'installer sur Jes6. Après la mort (début janvier) de Gilles Jacquier, grand reporter pour France 2, deux autres journalistes ont péri en marge des bombardements menés par le pouvoir syrien sur la ville rebelle d'Homs. En plus de l'Américaine Marie Colvin, un tout jeune photo-reporter, Rémi Ochlik (28 ans), a été tué par une roquette. Plusieurs fois récompensé, il était devenu un des grands noms de sa profession parvenant, en très peu de temps, à se faire ce nom que ses collègues regrettent aujourd'hui ! Tout comme la mort de Jacquier m'avait profondément ému, celle de ce jeune Ochlik (pas beaucoup plus vieux que moi) renforce mon indignation sur le dossier syrien.

 

Car, une fois passées l'émotion et la condamnation internationale (par les chefs de la diplomatie... à l'exception de l'européenne et toujours inconsistante Catherine Ashton), le cercle vicieux du massacre reprend son rythme. Chine et Russie persistent et signent dans leur refus d'imposer des sanctions unanimes au Conseil de sécurité: au final, des sanctions économiques sont décidées, ici et là, sans que des solutions concrètes, susceptibles de sauver les civils assassinés par le clan El-Assad, ne soient trouvées. Par prudence, nos diplomates se contentent de souhaiter convaincre nos partenaires pour parvenir à un texte consensuel à l'ONU... ce qui sous-entend que son contenu devra être suffisamment vague et inutile pour emporter le soutien des Etats dociles. Personne n'ose dénoncer les régimes autoritaires de Moscou et Pékin qui, par leur silence et leur appétit de contrats militaires avec Damas, se rendent complices de la mort de milliers d'opposants qui n'ont qu'un tort: s'opposer à un tyran qui, pour garder son pouvoir, n'hésite pas à tirer sur le peuple qu'il est censé protéger. Comment continuer à fermer les yeux?

 

Pendant que les Occidentaux prient pour trouver une solution politique, le massacre continue. Le sort des journalistes piégés à Homs (dont celle, blessée, du Figaro) indigne... mais ne décoince pas la situation, ni n'apporte un brin d'espoir. Pire: pendant que des vies sont menacées par les bombardements discontinus sur les quartiers rebelles, le pouvoir met en avant son référendum sur la pluralisation de la vie politique syrienne. 57% de participation (0% à Homs où les bombes et la peur clouent les habitants, parmi lesquels de courageux Internautes munis de caméras, chez eux) et 89% de "oui": le scrutin est présenté à la fois comme un succès (par calcul, le "oui" reçoit le soutien de 51,3% des inscrits) et un soutient au président El-Assad qui, ainsi, se relégitime. Bref, pendant que le chef sanguinaire parade avec son référendum (c'est décidément la mode chez les présidents menacés de perdre leur pouvoir !), certains de ses concitoyens meurent sous les balles de l'armée. Pendant que le régime tente de se sauver par les urnes (Moubarak ou Ben-Ali, qui avaient annoncé des élections, n'avaient pas eu le temps de les appliquer), les révoltés meurent ! Malgré les similitudes avec le cas libyen (une révolte centralisée dans une ville secondaire, un chef sanguinaire qui use de son armée et de ses troupes, des crimes de guerre passibles de la Cour pénale internationale), personne ne bouge le petit doigt. Qui sera le BHL qui incitera le prochain Président français (Sarko ou un autre) à intervenir? Quel nouveau drame faudra-t-il pour chasser Bachar et les siens?

 

En attendant et en hommage à Rémi Ochlik, je vous invite à parcourir, dès maintenant, un port-folio des plus beaux clichés pris ce photo-reporter qui avait déjà pas mal sillonné la planète: cliquez ICI. Révoltes en Tunisie et Syrie, drames humanitaires au Congo ou en Haïti, sans oublier, plus récemment, la guerre en Libye... pays pour lequel il a remporté deux prix prestigieux (World Press Photo et Grand-Prix Jean-Louis Calderon au Festival Scoop). Rémi Ochlik était un prodige, plusieurs fois salué sur le Web pour sa précocité et son avenir !

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 16:02

C'est la goutte d'eau. L'information fait le tour de tous les médias (radios, télés d'info en continu, sites Internet d'information) depuis plus d'une demi-heure: un journaliste de France 2 (Gilles Jacquier), grand reporter (l'un des "grades" les plus honorifiques de la Gilles Jacquierprofession), reporter d'images (photo), plusieurs fois dépêché en Afghanistan et lauréat du Prix Albert-Londres (l'un des plus prestigieux de la profession) en 2003, a été tué à Homs aujourd'hui ! Homs est l'une des principales villes de Syrie (au nord de Damas) où se cristallise la rebellion et l'opposition au régime liberticide, autoritaire et assassin de Bachar El-Assad. C'est un peu l'équivalent local de Benghazi, ex-fief des insurgés libyens au régime du colonel Kadhafi.

 

Depuis février 2011, et le début de l'insurrection libyenne, une question revient sans cesse: mais pourquoi la communauté internationale, qui s'est courageusement lancée dans l'aventure libyenne, prêtant main forte à une opposition qui a eu raison d'un dictateur sanguinaire, ne fait-elle pas preuve du même courage pour aider le peuple syrien à se débarasser de son actuel dirigeant? Cette interrogation est si légitime que l'ambassadeur de France à l'ONU, un soir où le Conseil de sécurité a refusé de sanctionner le régime syrien, s'est emporté dénonçant la complicité occidentale par abstention. La vidéo avait alors fait le tour du Web:

 

 

 

Dans une interview sur i-Télé, à la suite de coup de gueule, l'ambassadeur avait nommé les pays incriminés, dénonçant les vetos de la Chine et la Russie (deux autres régimes autoritaires) et le désintérêt de puissances émergentes démocratiques comme le Bresil et l'Afrique du sud. Aujourd'hui, l'interrogation demeure la même. Les similitudes entre les deux situations sont troublantes: en plus de priver son peuple des libertés les plus fondamentales, d'envoyer l'armée pour reprendre le contrôle des villes perdues (sans s'interdire d'éliminer les opposants), El Assad nargue la communauté internationale en faisant défiler, face aux caméras, une délégation de la Ligue arabe qui conclut qu'il ne se passe rien d'inquiétant. Dommage que les images prises par des Syriens avec leurs téléphones portables et postées sur le Net affirment le contraire, montrant parfois ces mêmes observateurs sous les balles du régime ! Cette semaine, l'assassin de Damas a ajouté une nouvelle provocation: tels ses homologues, sentant la colère populaire monter (hors de la capitale où il est enfermé), il promet des élections. En l'occurence, un référendum sur une nouvelle Constitution. Bachar, tel un Mohamed VI contesté par la rue, annonce des réformes, plus de souplesse... de quoi, imagine-t-il, faire patienter les Occidentaux qui, jusque-là, ne bougeaient pas le petit doigt !

 

Ce mercredi, la goutte d'eau a fait débordé le vase. A mes yeux, la mort d'un journaliste français, tué alors qu'il exerçait son métier lors d'un bombardement, dont on imagine que le gouvernement n'est pas étranger, est un acte gravissime. Alain Juppé se contente d'appeler à "faire la lumière" sur les circonstances de la mort de Gilles Jacquier, sur place dans le cadre d'un reportage pour "Envoyé spécial" ! Le chef du quai d'Orsay a par ailleurs demandé à notre ambassadeur présent sur place de donner aux autorités locales toute l'aide nécessaire pour mener cette enquête et protéger le reste des autres journalises présents sur place. Pourquoi la France n'utilise-t-elle pas cet événement majeur pour rappeler son ambassadeur, exclure celui de Syrie en France (s'il y est encore, ce que je ne sais pas) et rompre les relations diplomatiques? Pourquoi la France, paraît-il déterminée à montrer la voie en adoptant seule la taxe Tobin, n'ouvre-t-elle le chemin pour une prise de conscience internationale de la dangerosité que le dictateur syrien représente pour son pays et l'ensemble du Moyen-Orient? M. Sarkozy, si prompt à se mettre en avant, aurait-il une réponse à ces questions?

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 14:15

Depuis quelques semaines, les presses étrangères (et européennes en particulier) ne se gênent pas: les caricatures, aussi bien britanniques qu'allemandes, ne donnent pas de notre pays une image flatteuse. La plupart du temps, le président Sarkozy est représenté en petit Napoléon, tantôt courbé, tantôt dominé par une Angela Merkel tout de cuir vêtue, telle une dominatrice sado-maso. Le message? L'Europe est sous la domination de l'Allemagne et le président français, qui souhaite tirer la couverture à lui, subit, obéit, acquiesce.

 

Et voilà que la France se retouve dans la situation à peu près analogue que vivaient les Etats-Unis en 2004. A Washington, le président Bush achevait son premier mandat avec un bilan bien peu flatteur, aussi bien en politique intérieure qu'extérieure. Sans concurrent, il se représente pour un second mandat face à un adversaire, adulé par les éditorialistes, présenté comme sérieux, parfois un peu trop "coincé" mais apte à redresser le pays. Partout dans le monde, ceux qui s'intéressent à la politique se disaient: "Espérons que les Américains virent enfin Bush". L'image du pays n'avait jamais été autant dégradée.

 

A Paris, le président Sarkozy achève son premier quinquennat avec un bilan tout aussi peu flatteur. Les succès diplomatiques (relayés par l'entourage présidentiel et les perroquets de la majorité) cachent mal les échecs (Union Pour la Méditerranée, paix au Proche-Orient, révolutions tunisienne et égyptienne manquées...). Quant à la situation intérieure, la crise a bouleversé l'économie: le camp sortant est persuadé d'avoir "sauver les meubles" et d'avoir remis le pays sur les rails. Malheureusement, toutes les statistiques montrent que la crise n'est pas finie, que les prochains mois ne prêtent pas à l'optimisme et les Français commencent à comprendre qu'une politique alternative mérite d'être essayée. Ce ne devrait pas être pire que la politique ratée de ces dernières années.

 

Quant à l'image de la France, elle semble tout aussi écornée que celle des Etats-Unis de Bush fils. Notre pays a souvent été vu comme arrogant, soucieux de dominer les échanges et les relations internationales pour le plus grand prestige de ses dirigeants. La preuve? S'il a lancé la guerre en Libye, c'est pour répondre à l'attente de son ami BHL (désireux d'éviter un massacre de civils qui eût été insupportable pour les Occidentaux) mais aussi pour ouvrir une "séquence internationale" (le pouvoir sarkozyste marche par séquences... sans cohérence !) et se refaire une santé dans les sondages. Objectif raté. Le problème, c'est que l'image de la France, en toutou de l'Allemagne, incapable de porter un projet clair en Europe, souffre désormais du sarkozysme.

 

En 2004, nous espérions que les Américains ne renouvellent pas le bail du couple Bush à la Maison-Blanche: raté ! En 2012, nos peuples voisins, dont les gouvernements ont parfois valsé à la faveur de la crise, semblent nous adresser la même supplique ! C'est, dans ce contexte, que les propos du Premier ministre turc, Recep Erdogan, doivent être interprétés: alors que la parole française est décrédibilisée et que l'Union européenne fait tout et n'importe quoi dans sa politique d'élargissement (validation de l'entrée de la Croatie pour le 1er juillet 2013, candidature serbe et turque repoussées sous de faux prétextes qui irritent les gouvernements concernés). Ainsi, le sentiment des Turcs d'être pris pour des imbéciles (et Sarkozy est jugé responsable de cet état de fait) se manifeste désormais par des signes inquiétants: victoire éclatante des islamistes modérés aux législatives, mesures anti-démocratiques, provocations verbales des plus hautes autorités, rappel de l'ambassadeur turc à Paris (1ère étape vers la rupture des relations diplomatiques, tout de même !)... Bref, la Turquie prend le chemin inverse de celui que l'Europe lui demander de parcourir pour intégrer l'UE. De puissance régionale moderne, conciliant laïcité et progrès économique et social, le pays d'Atatürk devient hégémonique et souhaite répandre un modèle qui ne respecte plus certains des droits de l'homme !

 

Nicolas Sarkozy n'est pas entièrement responsable de cela. Les dirigeants européens ont, eux aussi, leur part de responsabilité. Il n'empêche qu'à l'échelle de notre pays, le chef de l'Etat dégrade l'image de la France... Les électeurs y seront-ils sensibles en mai prochain?

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 14:48

Sous le titre "Encore combien de Kadhafi dans le monde?", je viens d'envoyer une contribution à l'hebdomadaire Marianne pour le "Courrier des lecteurs". En attendant de voir si ce billet sera ou non publié dans le prochain numéro (sortie en kiosque samedi), je vous livre ici mon analyse de la situation dans le monde arabe.

 

Cette semaine, un point de basculement a été atteint dans le monde arabe, plus particulièrement en Afrique du nord. 2011 restera, pour les peuples de ces pays, une année historique: celle de la Révolution contre des dictatures liberticides et sanguinaires. Après le Tunisien Ben Ali, tombé en janvier, suivi de l'Egyptien Hosni Moubarak (un mois plus tard), voilà qu'un troisième domino s'effondre: le "fou de Tripoli", dictateur libyen depuis plus de quarante ans, a donc été tué dans des circonstances qui alimenteront les médias pendant quelques semaines. Après de longs mois de lutte et de traque, les opposants au colonel sont donc parvenus à le localiser, l'éliminer et, surtout, à prendre le contrôle de l'ensemble du pays. A ce jour, plus aucune poche de résistance pro-kadhafiste n'existe dans ce pays. Cela ne signifie pas pour autant que le pays est stabilisé: les divisions claniques et les oppositions internes pour profiter de cette victoire sur l'ancien régime risquent de fragiliser la nouvelle Libye.

 

Après la libération de Syrte, ville de naissance du dictateur déchu, les scènes de liesse se sont multipliées dans les grandes villes libyennes, à commencer par Tripoli. Partout, les habitants sont sortis dans les rues, armées du drapeau de la résistance, brûlant celui du régime tombé. Partout, devant les caméras occidentales, les habitants crient leur joie de pouvoir vivre sans entrave et d'espérer, enfin, un monde meilleur pour les enfants. En quelques heures, le pays est basculé, tournant la page d'une dictature liberticide, et entrant dans un monde fait de libertés. La rapidité avec laquelle le peuple s'en est emparé montre bien que la soif de liberté était grande. Autre signe: la façon avec laquelle Kadhafi, d'abord blessé puis mort, a été Main-de-fer-Tripoli.jpgtraité par une foule déchaînée offre le même constat. En défilant devant son cadavre pour lui crier leur haine ou le photographier, les Libyens ont voulu vérifier qu'il était bien mort, que la page pouvait être tournée et que leur liberté de parole était totale. L'enchaînement des événements traduit une chose: comment un seul homme (et son clan) peut contrôler un pays, museler ses habitants en faisant règner un état de terreur (photo: le symbole d'une main de fer, exposée près de l'ancien palais de Kadhafi) ! Et, comment la mort de cet homme (et la dislocation de son clan) peut simplement résoudre le problème !

 

Ce constat ne vaut pas que pour la Libye. Même dans des anciennes dictatures, en apparence plus douces, mais en réalité tout aussi brutales, les esprits se libèrent. La preuve? En Tunisie, 90% de la population s'est déplacée pour les premières élections libres et transparentes depuis la chute du clan Ben Ali. Et que disaient ces électeurs? Qu'ils se déplaçaient aux urnes pour exprimer leur choix personnel, celui dont l'ancien régime les avait privés. "Je peux enfin choisir sans obéir aux consignes officielles et sans crainte pour mes proches" expliquent-ils. Peu importe, pour le moment, que les islamistes modérés l'emportent. Il serait déplacé, de la part de la communauté internationale, de vouloir s'immiscer dans les affaires internes de ces pays en reconstruction. Non seulement, parce que l'islam modéré n'est pas un danger pour la démocratie... La Turquie en est un exemple, dont le Premier ministre ne dérive que par réflexe face à l'attitude des Occidentaux ! Plus inquiétant est le discours du chef du gouvernement provisoire libyen, plaçant la charia islamique au-dessus de tout. "Cela ne concerne que les relations d'ordre privé" tempèrent certains observateurs... Réintroduire la polygamie ou la possibilité de lapider une femme adultère n'a pas de quoi nous réjouir. D'où la difficulté de choisir entre une dictature véritablement violente mais "progressiste", et une démocratie imparfaite et régressive où les droits de l'homme restent bafoués. Entre la peste kadhafiste et le choléra islamiste, que choisir?...

 

Au-delà de ces questions géostratégiques, il n'en demeure pas moins que trois dominos sont tombés. Trois pages sont en train de se tourner. Le chemin sera encore long pour stabiliser ces pays ravagés par des années de terreur et de confiscation des richesses au profit d'un clan. 2012 devrait être l'année de la consolidation... mais aussi celle de la poursuite du combat pour la démocratie. Car, il n'y a pas que trois dominos à faire tomber dans ce monde arabe, plein de promesses. Il en reste des dizaines (l'Iran, le Yémen, la Syrie...).

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 15:47

Il y a des jours où il vaudrait mieux ne pas allumer la télévision, tant les mauvaises nouvelles, en provenance des quatre coins de la planète, ont de quoi nous faire déprimer... Un citoyen lambda, peu intéressé par les questions politiques et qui prend connaissance de telles nouvelles, en tirerait parfois des conclusions dangereuses, tant pour notre démocratie que pour le vivre-ensemble. Exemple franco-français: le jour où deux femmes étaient condamnées par la justice française pour port de la burqa dans un lieu public (en l'occurence, sur la place de l'Hôtel de Ville de Meaux, sous les fenêtres du maire, J-F. Copé), une troisième se proclame "candidate à la présidence de la République française" en s'auto-proclamant porte-parole du combat des "femmes" ! On avale sa salive, et on réfléchit. Fort heureusement, cette personne n'obtiendra jamais les 500 signatures requises pour se porter candidate à l'Elysée: où l'on voit que cet obstacle, rarement insurmontable (y compris pour les formations secondaires), est un garde-fou utile pour éviter des candidatures aussi inutiles que polluantes. Voir une femme, emprisonnée dans son voile intégral, exposer la fierté de sa condition et en faire une sorte d'argument politique pour briguer la plus haute fonction de l'Etat a de quoi mettre en colère et tuer le plus modéré des esprits laïcs. Les commentateurs affirment que ce que vit la France n'est que la répétition de la lutte entre républicains et catholiques en 1905. Cette fois, face aux fondamentalistes musulmans (beaucoup plus dangereux), le combat pour la laïcité s'annonce plus dur. Et quiconque oserait dire que c'est aux individus de s'adapter aux règles de l'Etat et aux "traditions" du pays qui les accueille (quand ils viennent de l'étranger) serait qualifié de raciste ou frontiste.

 

Pourtant, quand on voit de telles images, on ne peut que leur donner raison: les pratiques quotidiennes des plus extrêmistes des musulmans (encore très largement en France, mais valorisés par une sur-médiatisation aussi néfaste que ne fut le retour triomphal de DSK en France !) sont contraires à nos valeurs, à nos coutumes et choque le Français moyen. Et, parce que ces pratiques sont contraires aux lois de la République laïque, elles n'ont pas leur place dans notre pays. Personnellement, la construction d'une mosquée ne me pose aucun problème: qu'elle soit ou non visible dans le paysage, la peur d'une France couverte de minarets (hypothèse hautement improbable, dans la mesure où tous les projets de mosquée ne comportent pas nécessairement un minaret !) est ridicule. Je préfère donner aux musulmans les moyens de prier que de leur donner l'occasion de se sentir rejetés, d'autant que la plupart pratique leur foi sans aucune volonté de "guerre sainte contre les infidèles". le problème, c'est que la sur-exposition des comportements déviants, illégaux et choquants (aussi bien les prières de rue que la candidature d'une femme grillagée à la Présidence) peut faire naître un racisme anti-musulman irrationnel qui se traduit, dans les sondages puis dans les urnes, par une montée du FN. Prenons les paris: dans les départements où le FN est le mieux implanté (sud-est et nord de la France), le score de Marine Le Pen pourrait bien battre quelques records établis par son père en 2002 !

 

Autre sujet de mécontentement: l'exécution de Troy Davis, dans l'Etat américain de Géorgie. Ce citoyen noir-américain, soupçonné du meurtre d'un policier blanc qu'il a nié jusqu'à son dernier souffle, a subi une injection mortelle en application de la peine de mort à laquelle il a été condamné. Depuis quelques années, le doute s'était immiscé dans ce dossier: des témoins clés se sont rétractés, devenant incapable d'identifier avec certitude le condamné comme coupable de ce crime. Or, alors que l'affaire DSK semblait nous expliquer que le moindre doute doit profiter à l'accusé, M. Davis n'en a pas bénéficié: les appels, formulés par son avocat et examinés jusqu'à quelques minutes avant sa mort (dans un rituel de suspense propre à la justice américaine), ont tous été rejetés. Vu de France et compte-tenu de la mobilisation d'associations humanitaires internationalement reconnues, on pouvait croire que la grâce serait acceptée. D'autant plus que l'accusé aura tout de même passé 20 ans en prison (depuis son arrestation en août 1991) ! Le plus stupéfiant dans cette histoire est de constater que, malgré le risque de tuer un innocent, le peuple américain reste attaché à cette peine de mort qui le place en 5ème position des Etats du monde qui tuent le plus de ses concitoyens... derrière des dictatures comme l'Iran ou la Chine ! Vu de France, cette persévérance dans une pratique inhumaine et injuste (dont notre pays vient de célébrer le 30ème anniversaire de l'abolition) est incompréhensible, au point qu'un Robert Badinter n'hésite pas à parler, pour le cas Davis, d'un "assassinat judiciaire". L'expression est forte. Elle rappelle seulement qu'en répondant aux émotions de l'opinion, une démocratie (et la justice qui s'exerce en son nom) peut incarner le pire... avec l'aval des citoyens ! Et dire que le FN propose, au lendemain de son hypothétique accession au pouvoir, un référendum pour revenir à cette pratique !

 

Quasiment au même moment, dans le même pays, un autre moment historique montrait la faillite des démocraties occidentales et l'importance de répondre aux attentes de l'opinion. Cet événement, c'est le dépôt de la demande palestinienne de reconnaissance de cet Etat comme 194ème membre de l'ONU... Mahmoud Abbas, chaleureusement applaudi à la tribune, concrétisait le rêve de son peuple qui, dans les rues de Ramallah et sur écrans géants, suivait ce moment historique. Nulle violence, mais seulement une fête de rue montrant l'espoir que cette demande a pu procurer à un peuple dont les droits sont piétinés. Comment la communauté internationale (ou, plutôt, les grandes puissances qui squattent le Conseil de sécurité de l'ONU) ne comprend-elle pas qu'en refusant ce droit, elle fait le jeu du Hamas? La déception et l'incompréhension du peuple palestinien, face au refus qui se dessine, pourrait le pousser dans les bras de l'extrêmisme. Ainsi, les logiques brossées depuis le début de cet article, seront aussi à l'oeuvre dans ce Proche-Orient où la perspective d'un avenir meilleur se réduit. Or, pourquoi les démocraties occidentales refusent-elles un véritable Etat palestinien? 1- Le statut juridique du mot "Etat" supposant des pouvoirs considérables, on estime que les Palestiniens ne sont pas prêts à gérer un tel dispositif... et Sarko, dans son intelligence, de proposer un statut intermédiaire susceptible de convenir à Israël sans paraître comme un camouflet pour Abbas ! 2- Le président américain, qui n'a pas plus convaincu sur ce dossier que sur les questions de politique intérieure, préfère conserver le soutien de l'électorat juif modéré, quitte à ralentir le processus de paix. En effet, alors que tous les principaux chefs d'Etat du monde se trouvaient dans la même ville (autrement dit, une superbe occasion d'évoquer, pleinement, le conflit israélo-palestinien, en faisant ce sommet que tous les diplomates promettent !), on préfère attendre en privilégiant un dialogue bilatéral qui n'a mené à rien et que le premier ministre israélien réclame devant les caméras, tout en l'entravant chaque jour en coulisses ! A l'heure où des Etats arabes ont conquis la démocratie en cette année 2011, on s'apprête volontairement à fragiliser la démocratie palestinienne. De quoi désespérer les plus modérés.

 

Comment s'étonner que des citoyens qui, comme moi, croyaient en la politique et conservaient un brin d'optimisme radicalisent, petit à petit, leurs positions? Je n'en suis pas à voter FN (certainement pas !), mais je m'aperçois, à force d'écrire et de discuter avec mon entourage, que le social-démocrate que je pensais être glisse vers la gauche du PS, espère que des décisions radicales soient prises pour sortir de ce monde qui va dans le mur et est prêt à voter pour un Montebourg ou un Mélenchon, seuls capables de donner le coup de pied dont notre pays a besoin !

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 15:52

C'est le grand frisson... le grand plongeon ! Non, je ne parle pas d'un quelconque manège de parc d'attractions, mais des places financières mondiales, bien sûr. Que ce soit à Wall Street, sur les places asiatiques ou à la bourse de Paris, les indices de référence plongent, chaque jour un peu plus, cumulant les séances consécutive de baisse. On croyait la grande crise financière derrière nous... Le monde découvre, chaque jour un peu plus, qu'elle est en réalité devant nous car, contrairement à ce que nos dirigeants affirment, leurs décisions politiques n'ont rien changé. L'ultra-libéralisme est toujours de rigueur. Les plans de sauvetage des économies en difficulté s'accumulent tant ils semblent inefficaces. Nouveauté (ou plutôt, confirmation flagrante): les responsables de la crise mondiale sont encore de la partie et règnent plus que jamais en maître de la planète. De qui parle-t-on? De ces banques qui, malgré avoir été sauvés par des Etats qui se sont endettés pour elles, continuent de gaver leurs traders, de jouer la rentabilité à court terme et d'étrangler l'économie réelle. De ces multinationales qui, malgré les aides publiques dont elles bénéficient souvent, continuent de délocaliser leurs productions, aggravant le chômage des Etats développés tout en rémunérant, avec une indécence coupable, leurs dirigeants de revenus himalayens doublés de bonus dignes de l'avant-crise. De ces agences de notation qui, telle Standard and Poor's (photo), évaluent, en toute indépendance, les Salle des marchéscapacités d'endettement des entreprises et des Etats. D'elles dépendent les taux d'intérêt auxquelles ces pays peuvent emprunter, sur les marchés, l'argent dont ils ont besoin pour combler leurs déficits toujours pas maîtrisés.

 

Or, quand l'une de ces agences (qui ont désormais plus de pouvoirs que les Etats) s'attaque aux Etats-Unis pour en dégrader la note (passant du sacro-saint AAA à un AA+), c'est la catastrophe. Que signifie cette décision? Que, malgré l'accord à l'arraché conclu entre républicains et démocrates pour relever le plafond maximal d'endettement de la 1ère économie mondiale, l'agence considère que prêter de l'argent au pays est plus risqué aujourd'hui qu'hier car les finances sont mal gérées et les déficits mal contrôlés. Résultat? Les Etats-Unis, s'ils veulent emprunter à ces banques sur-puissantes, devront payer un taux d'intérêt supérieur. Conséquences? La Chine fait la leçon à son rival affaibli. Les places boursières dévissent et sombrent à des niveaux qui peuvent inquiéter les petits épargnants qui ont une partie de leurs économies dans son monde virtuel de la finance. Les pays les plus fragiles de la zone €uro, au premier rang desquels l'Espagne et l'Italie, sont menacés de connaître le même sort que la Grèce et le Portugal. Heureusement, dans cet océan de mauvaises nouvelles, un pays résiste, tel le village gaulois face à l'envahisseur romain. Et c'est... la France sarkozyenne ! Evidemment !  Nos déficits sont mieux maîtrisés que par le passé. Le chemin de l'équilibre budgétaire est tout tracé. La note AAA de la France n'est en rien menacée car, nous au moins, nous la méritons. Le gouvernement fait d'ailleurs tout ce qu'il faut pour que les marchés est confiance en nous et que nous conservions cette bonne note ! Le destin d'un pays entre les mains d'une agence de notation, sans légitimité démocratique, ça vous inquiète? N'aillez crainte, le soldat Baroin veille au grain ! Nous voilà donc rassurés...

 

Soyons clairs: personnellement, je ne suis pas du tout rassuré !! Je dirais même que je suis profondément inquiet, à tel point que je doute de la capacité de mon propre camp (le PS) à changer les choses. Car, seule, la France ne parviendrait pas à changer le système. Seule, l'UE pourrait peut-être faire changer les choses, mais elle n'en a ni la volonté ni les dirigeants capables de l'incarner. Et, au fond, que ce soit Barack Obama (auquel on continue de faire confiance, compte-tenu de la dangerosité que représente son opposition républicaine) ou les dirigeants des organismes internationaux (tous acquis aux joies du marché et du libéralisme économique), le citoyen lambda ne sait plus vers qui se tourner... car il ne comprend pas ce qui se passe. A part un économiste, qui comprend réellement ce qui est en train de se passer? Qui se sent capable d'expliquer, dans un dîner entre amis, le fonctionnement de la bourse et du système financier mondial, même de façon caricaturale? Pas moi ! Ce système est devenu tellement complexe et déconnecté de la réalité qu'il en devient incompréhensible et, c'est ma nouvelle crainte, dangereux pour les sociétés humaines. Chaque fois qu'une soi-disant réponse ne fonctionne pas, les super-économistes mondiaux inventent de nouveaux produits, de nouveaux dispositifs, de nouvelles règles pour tenter de limiter la casse d'un système qu'il ne semble plus maîtriser. L'une des dernières trouvailles consiste à distinguer la bonne de la mauvaise dette: il y aurait d'un côté la dette efficace, celle des investissements d'avenir, et de l'autre celle qui plombe les comptes des Etats, à savoir les dépenses de fonctionnement. En clair, un Etat qui, pour payer ses fonctionnaires ou assurer le bon déroulement des services publics (à condition qu'ils existent encore), doit emprunter crée de la mauvaise dette. De telles dépenses devraient s'équilibrer avec les recettes, c'est-à-dire le produit des impôts.

 

Pour mieux comprendre, ramenons ce théorème à l'echelle d'une famille. Et tout devient plus clair. Une famille a des rentrées d'argent (salaires des parents et, éventuellement, aides de l'Etat): ce sont les recettes. Pour fonctionner (vêtements, nourriture, énergies...), elle ne doit puiser que dans ces recettes. Un ménage peut emprunter pour des dépenses d'avenir: l'achat d'une maison, par exemple. C'est de la bonne dette. En revanche, dès que le ménage s'endette pour ses dépenses courantes (prendre un crédit pour nourrir les enfants), c'est de la mauvaise dette... et les établissements qui prêtent ledit argent appliquent des taux d'intérêt souvent démentiels qui conduisent de nombreux foyers français à la faillite personnelle, c'est-à-dire l'incapacité à payer les traites du crédit. Or, avant d'en arriver là, quelle solution le foyer peut trouver? Réduire les dépenses? Sauf quand il s'agit des dépenses dites courantes, celles qui sont indispensables au quotidien. On ne s'imagine pas réduire le frais de nourriture en supprimant un repas... Certes, à court terme, on y voit l'intérêt. Mais, si les enfants, moins bien nourris, ont ensuite des problèmes de santé, les dépenses pour y faire face toucheront le budget familial et, à moyen terme, la situation sera pire. Augmenter les recettes? En l'occurence, trouver un travail au noir ou un job saisonnier, ou encore accepter des heures sup' défiscalisées pour faire rentrer plus d'argent? C'est la solution qui semble la plus raisonnable. J'ai donc une question simple pour nos dirigeants (actuels et futurs): pourquoi ne pas augmenter les recettes en allant chercher l'argent où il se trouve, dans les comptes de ces banques, de ces entreprises qui s'enrichissent malgré la crise et qui n'ont aucune stratégie d'avenir pour les sociétés humaines dont elles profitent?

 

Mon discours va en effrayer plus d'un. Certains penseront que je viens de déchirer ma carte du PS pour aller gonfler les rangs du NPA... Pas du tout ! Je constate simplement que les solutions libérales n'ont aucune efficacité, que les décisions prises depuis 2008 ne changent la situation des Etats qu'à la marge et que le système fonctionne toujours comme avant ! Bref, sans adopter des stratégies nouvelles, audacieuses et anti-libérales, le système court à sa perte et les dégâts seront encore bien plus graves que ce que l'on ose imaginer. J'en ai assez d'entendre experts et dirigeants nous expliquer qu'il n'y a pas de plan B, que la mondialisation est un système formidable (j'y adhère) qu'il faut savoir accompagner ! Je ne veux plus d'Etats et de politiques qui accompagnent, autrement dit qui subissent et réparent les pots cassés. Je veux des gouvernements et des dirigeants courageux qui s'attaquent aux causes profondes du mal qui nous guettent, des gouvernements et des dirigeants qui pensent à leurs peuples et à long terme plutôt que d'essayer de colmater à court terme les brèches d'un système qu'il pense encore sauver ! Ce manque de réalisme et de courage (malgré l'auto-satisfaction ambiante) ne peut que nous desservir. Et je le répète: la solution définitive ne viendra que de l'échelon continental. La mondialisation heureuse sera celle d'échanges nombreux et équilibrés entre les régions du monde (UE, Union africaine, MERCOSUR sud-américain, ASEAN sud-asiatique...) qui, à l'intérieur de chacune d'elles, auront mis en place des dispositifs de solidarité et de complémentarité (monnaies communes, suppression des frontières, encadrement de l'échelle des salaires, harmonie fiscale...). L'UE pourrait montrer la voie. Si seulement elle était dirigée par des europhiles convaincus !

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 19:14

Petit jeu de l'été ! De quel pays Djouba (ou Juba) est-elle la capitale?... Vous ne savez pas ! Voyons, c'est le pays dont Salva Kiir est le nouveau président... Vous séchez toujours? C'est que vous n'avez toujours écouté les cours de géographie... à moins que votre professeur ne vous ait jamais appris l'existence de ce pays. Et pour cause... Djouba est la toute nouvelle capitale de la République du Sud-Soudan, né le 9 juillet dernier et devenant le 54ème Etat du continent Drapeau-Sud-Soudan.jpgafricain. Voilà donc, pour les amateurs de jeux divers, de nouveaux noms et un nouveau drapeau à apprendre (photo). Celui-ci associe le noir de l'africanisme, le rouge du sang versé pour l'indépendance et le vert de l'agriculture; ces trois bandes étant séparées par de fins liserets blancs (pour la paix) et surmontées, sur la gauche, d'un triangle bleu (symbole du Nil) frappé d'une étoile jaune (signe de l'optimisme du peuple sud-soudanais). 2011 aura donc été l'année des bouleversements pour l'Afrique: le 14 janvier marque l'accès de la Tunisie à un système démocratique (qui reste à bâtir d'ailleurs), le 11 février a vu la chute du raïs égyptien Moubarak, le 22 mai eût lieu l'investiture officielle d'Alassane Ouattara (nouveau président d'une Côte d'Ivoire aux bords de la guerre civile) et le 9 juillet restera donc comme le jour de la naissance d'un nouvel Etat. Après une cinquantaine d'années de lutte et cinq ans de négociation avec son désormais voisin du nord, le Sud-Soudan a donc proclamé son indépendance en se séparant du Soudan. La cérémonie a été l'occasion d'une gigantesque fête dans les rues de la nouvelle capitale. De nombreux chefs d'Etat avaient rejoint le nouveau chef de l'Etat sud-soudanais ainsi que le secrétaire général de l'ONU, venu donner son aval à cette séparation définitive. Désireux de tourner une page et de redorer son image, le président soudanais, Omar el-Béchir, assiste aux festivités... alors qu'un mandat d'arrêt international court contre lui pour crimes de guerre et crime contre l'humanité pour les actes perpétrés par ses troupes dans la région du Darfour !

 

Plus que l'apparition d'un nouveau pays, qui rend obsolète nos cartes du monde, cet événement renferme des leçons que la communauté internationale serait bien imprudente de ne pas examiner pour résoudre d'autres problèmes qui se posent à travers le monde. La naissance du Sud-Soudan repose sur une situation à la fois extrêmement complexe (comme toutes celles qui concernent des pays africains) et facilement explicable... si l'on schématise. Jusque-là, le Soudan était le pays le plus vaste d'Afrique. Et, comme beaucoup d'autres Etats de ce continent, ses frontières ne reposaient sur aucune réalité humaine, qu'elle soit ethnique, religieuse ou linguistique. Le pays correspond donc davantage à une mosaïque plaçant, côte à côte, plusieurs communautés aux identités, traditions et histoires différentes. Grosso modo, le nord est peuplé de musulmans de langue arabe et le sud de chrétiens anglophones (séquelle de la domination coloniale passée). Situation comparable, donc, à celle d'autres Etats africains où cohabitent, plus ou moins pacifiquement, des populations de langue et religion différentes. Situation classique, aussi, d'un pays où l'une des communautés (souvent la plus nombreuse) domine le jeu politique, avec un chef de l'Etat innamovible, réélu à chaque scrutin truqué qu'il organise sans opposants. Jusqu'au jour où la minorité ethnique, sous-représentée et parfois bafouée dans ses droits les plus élémentaires, se révolte. Dans le cas du Sud-Soudan, l'histoire se termine bien avec un référendum d'auto-détermination et une procalamation d'indépendance, visiblement acceptée par le Soudan, sous la pression de la reconnaissance internationale du nouveau-né.

 

Mais, chacun sait que toutes ces situations ne conduisent pas à une issue favorable. En ce qui concerne le continent africain, on serait même tenté d'être pessimiste et de considérer une telle issue comme minoritaire. Prenez la Côte d'Ivoire. Aujourd'hui, elle semble calme, apaisée... car elle ne fait plus la "une" de nos journaux télévisés. Toutefois, la dernière décennie, marquée par un élargissement de la fracture nord (musulman et francophone) / sud (chrétien et francophone) que le dernier scrutin présidentiel a porté à son paroxysme, n'a pas été de tous repos. L'élection, difficile, d'Alassane Ouattara a permis à ce dernier, soupçonné d'ivoirité douteuse par ses adversaires (c'est dire le climat qu'il y règne !), d'accéder à la place que Laurent Gbagbo refusait de lâcher. Pourtant, la cicatrice peut, à tout moment, se rouvrir. Les observateurs les plus optimistes font remarquer que la solution est venue de l'intérieur (une élection démocratique plutôt bien organisée)... on leur répliquera que l'aide extérieure, apportée à M. Ouattara, y compris par la pression des militaires français présents sur place sous l'égide de l'ONU, n'est pas non plus étrangère à ce dénouement. Les plus optimistes diront aussi que, si un peuple est tourné vers l'avenir et rassemblée autour d'un projet politique basé sur un partage équitable des richesses tirées de ses ressources, les différences religieuses ou ethniques s'estompent. D'autres Etats africains le prouvent. Certes. Mais, dans le même temps, la moindre étincelle peut rallumer le brasier et conduire à une guerre civile meurtrière.

 

Bref, les situations potentiellement explosives sont légions en Afrique. Plutôt que de croiser les doigts pour qu'un bon dirigeant fasse des miracles, pourquoi ne pas trouver, en partenariat avec les pays concernés, des solutions radicales et concrètes qui permettraient d'éloigner, pour longtemps, ces menaces. La plupart des Etats européens, France en tête, se sont construits sur l'idée d'Etat-nation, un beau concept que l'on apprend aux élèves français, à travers les révolutions nationales italienne ou allemandes de la seconde moitié du XIXème siècle. Pourquoi ne pas appliquer à l'Afrique ce concept, que les sud-Soudanais ont fini par appliquer eux-mêmes? Prenons une carte de l'Afrique (et de l'Asie, et du Moyen-Orient, temps qu'on y est) et retraçons les frontières. A chaque peuple (parlant la même langue, pratiquant la même religion, ayant les mêmes coutumes, traditions, ancêtres et histoires) un Etat souverain, une capitale, des ressources naturelles non menacées, un gouvernement démocratique et stable. Ainsi, quitte à changer tous les planisphères, autant y ajouter le Sahara occidental, un Kurdistan, une Palestine ! Et, fort de leurs expériences historiques (la construction des Etats occidentaux ne s'est pas faite sans douleurs ni massacres), les Etats européens et américains pourraient envoyer des émissaires pour aider ces peuples novices à organiser leur Etat, leur armée, leurs élections, leurs administrations dans le cadre d'une coopération qui nous évite l'accusation d'occupation. Commençons par la Tunisie qui, depuis janvier, peine à organiser un scrutin transparent, faute de l'avoir pratiqué... Ne les laissons pas de côté et proposons-leur notre aide. Mais, au fait, l'ONU ne pourrait-elle pas s'arroger cette mission? Dites-moi, M. Ban, qu'attendez-vous?

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 15:37

Il y a quelques mois, le débat faisait rage dans l'émission "On va s'gêner", animée sur Europe 1 par Laurent Ruquier: les chroniqueurs de la bande à Ruquier, désireux de traiter des actualités les plus sérieuses sur le ton de l'humour, échangeaient, par téléphone, avec le président de la Fédération des bouchers de France. Sa remontrance? Dénoncer le fait que les médias Mladic---Karadzic.jpgutilisaient, à tort et à travers, l'expression "boucher des Balkans" pour désigner l'ex-général serbe Ratko Maldic (photo - ici aux côtés de Radovan Karadzic, lui aussi poursuivi), interpellé fin mai pour être jugé par le Tribunal Pénal International de La Haye pour les crimes dont il serait le responsable en Bosnie. Pour ne pas froisser le président de ladite fédération, nous parlerons donc de Mladic comme un des "massacreurs d'innocents" que la justice internationale se charge de juger. Mladic était l'exécuteur des ordres de Radovan Karadzic, chef politique des Serbes de Bosnie... et, par voie de conséquence, l'exécuteur de milliers de civils, essentiellement des hommes, pas toujours majeurs, qui avaient le tort d'être musulmans. Sans rentrer dans les détails de l'affaire, il faut tout de même rappeler qu'à l'époque, le projet du couple (Karadzic, interpellé en 2008, et Mladic) était de procéder à ce que la justice appelle un "nettoyage ethnique": il s'agissait alors d'éliminer les populations musulmanes et d'origine croate de la Bosnie pour que celle-ci ne soit peuplée que de Serbes avant de rattacher ledit territoire à une Grande Serbie ! Pour y parvenir, Mladic se serait rendu coupable de génocide, crimes de guerre, déportations, exterminations, actes inhumaines, tortures, prises d'otage... qui constituent désormais les chefs d'inculpation repris au TPI de La Haye.

 

Aujourd'hui, 11 juillet 2011, cela fait 16 ans que les faits se sont produits et, comme chaque année, à cette date, les habitants du village de Srebrenica commémorent l'événement: l'un des pires massacres de l'ère Mladic en Bosnie. Après avoir pris possession de la ville, le général fait évacuer femmes et enfants, gardant les hommes et quelques adolescents... qu'il fait massacrer. Seize ans après, des corps extraits de fosses communes sont identifiés (grâce à l'ADN) et les familles offrent à ces proches, sortis de l'anonymat, une sépulture digne, qui vient aggrandir un cimetière déjà tristement "rempli". Accablé par les faits et les images (car notre époque a cet incroyable mérite de montrer, au monde entier, ne serait-ce qu'une partie de la vérité par les images, photos ou vidéos), Mladic, comme tous les génocidaires dans son genre, refuse d'affronter la justice. Dans son box de La Haye, au premier jour de son procès, il refusa d'indiquer s'il souhaitait plaider coupable ou non coupable. D'autres avant lui ont usé des mêmes artifices: ne pas regarder le président du tribunal en face, retirer son casque, refuser de répondre, récuser ses avocats, répondre dans une autre langue que l'anglais... Bref, des attitudes provocatrices qui les rend encore plus antipathiques pour les citoyens du monde entier et qui, contrairement à ce qu'ils semblent penser, ne les grandit pas ! Ils se donnent en spectacle devant les caméras à défaut de pouvoir se disculper sur le fond des dossiers qui leur sont reprochés... Face à de tels comportements et de tels salauds, tout un chacun n'attend qu'une chose: une condamnation rapide et exemplaire, appliquée jusqu'au bout, avec la plus grande fermeté. Pas de pitié pour les massacreurs !

 

D'où cette question: à quelle peine peut-on condamner une telle brute? Quelle sanction peut se montrer à la hauteur de la cruauté des faits qu'il a commis (qu'il ait été décideur ou exécutant)? La lecture d'un "Courrier des lecteurs" de Marianne, paru à l'occasion de la mort de Ben Laden, m'avait particulièrement alerté. D'un côté, des lecteurs demandaient à ce que les journalistes utilisent les bons mots pour qualifier certains événements: exécutés, Ben Laden l'a bien été par les forces spéciales américaines, tandis que ce même terme ("exécutés") n'a pas de sens pour des otages injustement... assassinés par des terroristes. D'autres lecteurs rappelaient, pour justifier l'exécution de l'ex ennemi public n°1, le sort deHussein-pendu.jpg Saddam Hussein: l'ancien dictateur irakien, jugé par les autorités de son propre pays, avait été condamné à mort et pendu (ci-contre) par des hommes cagoulés. Le lecteur en question affirmait que tous les ennemis de la démocratie et de la liberté (discours bushiste s'il en est !) méritaient ce sort... et, si on lit entre lignes, sans le moindre procès ! Quelle absurdité ! Sous prétexte de les corriger par là où ils ont fauté, il faudrait appliquer à ces bourreaux sanguinaires les pratiques dont ils ont eux mêmes abusé? Sous prétexte de rendre justice aux victimes, il faudrait violer les droits de l'homme parce que l'accusé les a lui même bafoué? Ce n'est pas défendre les valeurs auxquelles nous croyons, et pour lesquelles nombre de nos soldats se battent dans d'hostiles régions du globe, qu'écrire cela. Un démocrate doit savoir appliquer jusqu'au bout et en toutes circonstances les principes auxquels il croit. Faire moisir en prison jusqu'à sa mort un dictateur génocidaire est mille fois préférable à son exécution suite à un procès bâclé. C'est ce que les pays occidentaux (en particulier européens) devront faire comprendre aux peuples tunisien et égyptien, qui seraient tenté de juger, à la va-vite, leurs ex-dirigeants... comme cette justice tunisienne qui a, par deux fois, en deux séances d'une journée chacune, condamné Ben Ali par contumace pour les crimes qu'il a lui aussi commis ! Nous ne pouvons laisser faire cela... sans non plus protéger ces tyrans réfugiés dans des pays "amis" !

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Published by Aurelien Royer - dans Chronique monde
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