Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
5 Mars 2007
C'est jour de rentrée aujourd'hui dans un établissement lyonnais, un peu particulier: il s'agit d'un lycée privé, proposant des cours "traditionnels" de la 6ème à la Terminale, mais qui s'adresse à un public musulman. En dehors des cours de français, mathématiques, sciences, langues... les élèves y suivrons un cours obligatoire, de deux heures hebdomadaires, consacré à la culture religieuse (autrement dit, à l'apprentissage de l'islam) et ceux qui le souhaitent pourront également pratiquer leur religion (là aussi, deux heures par semaine) à travers une option facultative. C'est le troisième établissement de ce type à ouvrir en France, même si son fonctionnement "normal" ne commencera qu'à la rentrée prochaine, avec un public plus nombreux. Face à cette iniatiative, qui a suscité (on s'en doute) la polémique, on ne peut qu'exprimer des réservers: comme dans beaucoup d'autres domaines, l'ouverture de ce lycée met en lumière un vrai problème dans l'organisation de notre système éducatif actuel, sans y apporter la meilleure des solutions. Dès lors, faut-il être pour ou contre cette initiative?
D'emblée il peut sembler légitime que la communauté musulmane revendique le droit d'obtenir ce type
d'établissement, puisqu'il s'agit d'un lycée privé, dont l'accès dépend de la volonté des parents et de leur liberté d'y scolariser leur enfant, contre le versement de droit d'inscirption. Il semble parfaitement logique que, dans la mesure où il existe des établissements privés catholiques, le même type de collèges ou de lycées soient ouverts pour les musulmans. Sauf que, dans l'un comme dans l'autre cas, il s'agit d'une double sélection, par la religion d'une part, et par l'argent d'autre part. Dans une République laïque, cette situation est-elle acceptable? Je réponds "Non". Et, plus que la question de l'ouverture d'un lycée musulman, cette initiative appelle à nous interroger sur l'existence d'une école privée, qui ne respecte pas deux des principes fondamentaux de notre école, voulus par Jules Ferry (photo): la laïcité et la gratuité. Dès lors, un débat plus large sur la rénovation de l'école républicaine, y compris les collèges, et de la carte scolaire est indispensable: c'est sous cet angle que doivent être appréciés les programmes des candidats.
L'ouverture de ce lycée est également motivée par la volonté de donner à chacun sa chance, en particulier aux enfants des "minorités visibles" qui habitent dans les quartiers défavorisés, en l'occurence de Lyon. De ce point de vue, l'initiative est à saluer. Même si ce principe devrait être l'objectif de tout ministre de l'Education pour toutes les écoles, tous les collèges et tous les lycées de France. L'égalité des chances repose sur l'accès à un service de qualité partout !! De plus, l'un des responsables de ce lycée musulman affirmait vouloir associer plus étroitement les parents à l'évolution scolaire de leurs enfants, ce qu'il serait nécessaire de faire également partout. Des mesures concrètes, économiques (alors que l'on parle beaucoup de faire des économies !) et efficaces seraient à généraliser, comme l'envoi d'un SMS aux parents d'un enfant signalé absent, ou encore l'envoi des bulletins de fin de trimestre ou des relevés de note par mail. Finis les enfants qui receptionnent les courriers et voilà comment économiser 1500 timbres par trimestre et par lycée !!
Finissons par le plus important. La question soulevée par l'ouverture d'un tel lycée est l'enseignement des religions, de leur histoire et de leur message: ceci est un contenu d'enseignement fondamental, que tout élève doit maîtriser dans le fameux "socle commun de connaissances". MAIS... 1- l'enseignement de toutes les religions doit être dispensé par des professeurs (et non, ici, par des imams) à tous les élèves de France, afin que chacun puisse comprendre le fondement de chacune, leurs relations à travers les siècles et leur adaptation à la vie quotidienne des Français. Distinguer la sphère publique de la sphère privée, apprendre le respect de chacun quelle que soit son appartenance religieuse sont deux missions essentielles de la République, et de l'école. C'est surtout la mission, à mon sens, première d'un enseignant en histoire-géographie: la maîtrise de ces deux matières, combinées à l'éducation civique (sous forme de cours en binôme: histoire/éducation civique, ou géographie/éducation civique), est l'une des conditions indispensables pour que les jeunes apprennent à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Des cours sur la religion (leur naissance en histoire et, dans le même temps, leur place dans la société du XXIème siècle en éducation civique) permettraient à chacun de distinguer clairement islam et islamisme (ce qui constitue un défi majeur pour les générations actuelles). La refonte des programmes devrait donc être une priorité tout aussi importante que l'embauche de professeurs plus nombreux, permettant à chaque enseignant de transmettre son savoir à des classes moins surchargées: c'est l'une des conditions de l'égalité des chances !!