Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
5 Mars 2007
J'évoquais, il y a quelques temps, dans un article consacré au Front National, et aux réserves de celui-ci
sur les conclusions des experts, sur la question climatique notamment... et je soulignais alors que le fait que seuls les experts "bien-pensants" avaient droit à la parole. Tous ceux qui remettent en cause le raisonnement de la majorité des chercheurs n'ont pas droit à la parole, au moins dans les médias. Heureusement, ils ont une audience plus importante dans le milieu universitaire !! Je tiens, aujourd'hui, à retranscrire une chronique, entendue hier soir sur France Info, dans laquelle le spécialiste auto de la station (Denis Astagneau) critique l'engouement pour le biocarburant, à l'aide d'une argumentation non sans petinence. Vous pouvez retrouver ci-dessous le texte de son intervention (il s'agit d'un dialogue avec le journaliste présentant la tranche-horaire 18h-22h), ou si vous préférez, écouter la chronique en cliquant ICI puis en cliquant dans la rubrique "Ecouter" (le son est mis en ligne jusqu'à dimanche !).
Franck Noblesse : Au salon de l’agriculture, on parle des biocarburants…
Denis Astagneau : Je me demande même si on ne s’interesse pas plus à ce nouveau « pétrole vert » qu’aux braves animaux qui sont au salon. Pourquoi tant d’amour soudain pour un carburant qui n’a pas, nous allons le voir, autant de qualités qu’on voudrait bien lui en donner ? Parce que c’est une très bonne manière de remplacer les subventions européennes de la PAC. Vous savez que cette politique agricole commune qui fait vivre une bonne partie des 600.000 agriculteurs de notre pays est menacée de disparaître en 2010/2012. Pour les cultivateurs qui font de la betterave alors que le marché du sucre est saturé. Pour les céréaliers qui font pousser du blé ou du mais subventionné par la communauté, il faut une solution de remplacement. Que leur culture soit transformée en sucre, en farine ou en bio-carburant leur importe peu.
Franck Noblesse : Oui, mais c’est pour la cause de l’environnement…
Denis Astagneau : Elle a bon dos, l’écologie. Aujourd’hui, le moindre publicitaire fait dans le vert. Y compris les constructeurs comme Saab qui fustigent leur collègues, soi-disant moins propres qu’eux car ils n’utilisent pas de E 85 dans leur voitures flexifuel. Et comme bien des marques font ce raisonnement, on voit Renault, Peugeot, Citroën, mais aussi Ford avec son S Max voiture de l’année, Opel, et j’en passe présenter leur modèle vert au salon de l’agriculture. C’est presque un salon de l’auto. Mais il faut rappeler que la plupart des experts estiment qu’il faut 1 litre de pétrole pour produire un litre 20 de E85 et que cet éthanol est corrosif. D’où la diffulté d’installer des pompes vertes. Il y en a 18 en France à l’heure actuelle surtout dans les centres Leclerc. Et du coup les voitures flexifuel, se comptent sur les doigts d’une main. En 2009, on compte produire 450.000 m3 d’E85 en France sur un marché de 13 millions de m3 de carburants. Une goutte d’eau. Du coup ces mêmes experts suggèrent que nous importions du bioétanol du Brésil grand producteur grâce à la canne à sucre qui a un rendement bien meilleur.
La Suède le fait déjà. Oui, mais alors que deviennent nos agriculteurs ? Car si on incorpore 5% de bioéthanol produit en France, cela suffit à remettre en culture toutes les terres en jachère…mais à quel prix ! car le bioéthanol moins taxé, c’est autant de milliards qui ne rentrent pas dans les caisses de l’Etat. Et puis une dernière remarque que m’a soufflé Jean Savary dans sa nouvelle formule du magazine Action Auto Moto. Pourquoi subventionner l’E85 substitut du super alors que les trois quarts des voitures vendues en France roulent au diesel et qu’il existe un diesel vert, le diester. Il inclut sans mal 20% d’huile de colza sans que l’on doive modifier son moteur. Mais si on dit céréalier comment doit-on appeler le lobby des producteurs de colza ? Je ne sais pas. Vous non plus ?