Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
6 Septembre 2009
2009 aura décidément été l'année (loin d'être finie) des banques. Il y a bien sûr le sauvetage de plusieurs grands établissements pris dans la tempête mondiale, venue des Etats-Unis. Après le naufrage, on pensait que les commandants des grandes banques chercheraient à consolider la coque, à demander aux pilotes de ne plus naviguer au hasard, ou encore à penser d'abord aux passagers plutôt qu'au bateau lui-même. Eh bien, non ! Le colmatage des brèches (de l'argent public pour renflouer les caisses), un bon coup de peinture (la promesse d'avoir changé et tiré les leçons de la catastrophe) et c'est reparti comme avant. Avec les mêmes maîtres d'équipage, auxquels on a donné les mêmes consignes (se faire un max de pognon en un minimum de temps, histoire de retrouver des bénéfices et redistribuer de nouveaux bonus). Le tout sur le dos du client, bien sûr. La preuve? En se procurant un document interne du Crédit agricole, Marianne l'a trouvé: la banque verte a trouvé le moyen de trouver du cash, tout frais, avec un minimum de risque. Avec Sécuricompte, la banque facture à ses clients une assurance sur leurs moyens de paiement (chèque et carbe bancaire) d'une valeur de 2€ par mois. Vu ce que coûtent les cartes bleues, la somme paraît dérisoire. Et, pourtant, elle pourrait être de 2€ par an, voire moins, d'après les calculs d'un spécialiste de l'assurance, interrogé par l'hebdomadaire. Cette assurance permet de rembourser au client les sommes indûment prélevées entre le moment où il s'est fait voler sa CB et celui où il a déclaré le vol (délai pendant lequel le malfaiteur a pu effectué des prélèvements, sur le Net par exemple où aucun code secret n'est demandé). Sauf que, compte-tenu des plafonds de remboursement et de la rareté de situations extrêmes, la banque réalise une marge de 95% sur ce service: pour 194,5 millions de cotisations reçues, l'organisme n'a eu à débourser que 8 millions. Bénéfice immédiat: 186,5 millions ! Plus d'un tiers de l'enveloppe prévue pour la rémunération des traders de la BNP... (l'enquête en question est consultable, dans sa globalité, en cliquant ICI).
Ceci n'est que le dernier épisode de feuilletons à rebondissements qui écornent sérieusement l'image de l'industrie bancaire. L'affaire Kerviel, et le renvoi possible du trader de la Société générale devant le tribunal correctionnel, ou encore le retour au premier plan de l'affaire Clearstream, impliquant sérieusement M. de Villepin, en sont d'autres. Et, dans ce contexte, la petite dernière fait sa pub: Monabanq, dont le slogan est "de loin la banque la plus proche", a choisi de pointer du doigt les pratiques les moins avouables de ses consoeurs pour faire sa promo. Cela donne trois bons clips:
1- dans le premier, le client souhaite faire enrgistrer un chèque dont le montant doit lui permettre de repasser dans le vert et interrompre ainsi les prélèvements d'agios (ces pénalités encaissées par la banque à chaque rejet d'une opération au-delà du découvert autorisé). Et la guichetière de lui répondre qu'il ne sera pas encaissé avant 48 heures (délai pendant lequel l'argent est mis à contribution, sur les marchés, pour en tirer un mini-profit à très court terme). "Chez nous, vos chèques sont encaissés immédiatement via Internet" dit le clip. Un 1er bon point...;
2- dans une seconde publicité, le même client demande à avoir un rendez-vous avec son conseiller et l'employée d'accueil de lui proposer des rendez-vous le matin après 9 heures ou l'après-midi avant 17 heures. On se croirait dans toutes les administrations françaises, qui ne sont pas accessibles pour tous les Français ! Bref, le client travaillant tous les jours de 9h à 17h, comme une grande majorité des salariés, il n'a aucune solution. "Chez nous, vous pouvez nous contacter de 8h à 22h";
3- enfin, n'oublions pas le coup des services clients qui vous répondent depuis Dakar ou Casablanca. Vous êtes tous déjà tombé sur une jeune femme qui ne comprend pas tout ce que vous dites et dont vous ne comprenez pas tout ce qu'elle vous dit. Pour Monabanq, cela donne cela (voir la vidéo).
Evidemment, avec une telle campagne publicitaire, le groupe a joué une bonne carte. Tout un chacun peut se reconnaître dans au moins une de ces trois situations, tant elle sonne juste. Il est vrai qu'en y réfléchissant bien, les banques dans lesquelles nous sommes clients savent nous prendre pour des c... Les conseillers qui vous vendent un produit révolutionnaire, le dernier né de la gamme machin, qui cartonne partout en France... Les hôtesses d'accueil téléphonique qui vous appelent pour vous proposer de changer de produits d'épargne ou de forfaits carte bancaire, et qui vous dit à peine "au revoir" une fois que vous lui avez expliqué que vous n'en voulez pas. La culture du chiffre, du plus grand nombre de contrats signés à l'heure, est typique du monde dans lequel nous vivons. Ce que l'on observe au niveau mondial avec les traders, c'est ce que subissent aussi nos conseillers personnels, que cela n'amuse pas toujours de nous plumer... parce qu'ils subissent un stress qui en conduit quelques-uns au suicide. Dans les banques, c'est plutôt rare. Mais, chez France Telecom, où les pratiques sont globalement les mêmes (il n'y a qu'à franchier la porte d'une agence Orange pour s'en convaincre), des exemples existent. Bref, je ne sais pas si Monabanq est un bon coup, ni même si je vais délaisser la Caisse d'Epargne pour elle. En tout cas, sa campagne promotionnelle pour s'installer sur le marché est réussi. Et nous incite à réfléchir !
Clip publicitaire de Monabanq: le banquier injoignable
(source: site Internet de Youtube)