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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Le Gabon veut-il encore d'un Bongo?

Après le père, le fils. L'adage n'est pas seulement vrai en Egypte (où le fils se prépare à remplacer le père), à Neuilly (où le prince Jean, bientôt papa alors qu'il n'a pas fini ses études, convoite les meilleurs postes du département) ou encore à Corbeille-Essonne (où le candidat de la gauche a réclamé des observateurs de l'OCDE pour les prochaines municipales partielles qui l'opposeront au fils spirituel, désigné par la patriarche Serge Dassault, et dont il craint qu'elles ne soient truquées). Cet adage est désormais applicable au Gabon: car, après l'Iran au début de l'été puis l'Afghanistan fin août, voilà donc la patrie des Bongo atteinte par le syndrome de l'illusion démocratique. Officiellement donc, c'est le fils d'Omar, Ali, qui l'a emporté: avec 41, 73% des suffrages, il devance ses deux principaux rivaux, André Mba Obame, ancien ministre de l'Intérieur (à 25, 88%) et Pierre Mamboundou, opposant historique du défunt (à 25,22%). Ces deux derniers ont contesté le résultat, le qualifiant de "coup d'Etat institutionnel" tant les preuves d'irrégularités abondent. D'une part, il y a - comme à Corbeil - la campagne billets en main: durant la campagne électorale, certains villageois ont reçu des paquets de riz ou des boîtes de sardine (source: reportage de l'envoyé spécial de Marianne, la semaine dernière) pour payer leurs suffrages; et, après l'annonce des résultats, l'entourage du président élu distribuait des billets d'entrée pour assister au match des éliminatoires du mondial de foot (que le Gabon a perdu, d'ailleurs), histoire d'acheter le silence des citoyens. D'autre part, comme le montre l'ampleur de la contestation dans les rues de Libreville, le peuple gabonais sent que son choix lui a été volé.
 
Et ce n'est pas très difficile à comprendre. Dans les villages, comme le montre le reportage cité, les conseils des sages, constatant la faiblesse des avancées obtenues sous le long règne d'Omar, ont appelé les habitants au "tout sauf Ali". Il faut dire qu'il y avait le choix: face à celui qui se présente, sur son site personnel (www.alibongo.org), comme "un intellectuel, un homme d'Etat accompli, un homme politique averti et un homme du peuple" (rien que cela !), les Gabonais pouvaient choisir parmi d'innombrables candidats. Et c'est d'ailleurs cet émiettement de l'opposition entre de multiples prétendants à une fonction très enviée qui explique la victoire d'Ali Bongo: si les deux principaux opposants s'étaient entendus, ils auraient dépasser les 51%, dix points devant le gagnant final. Au fond, une partie de la victoire du fils s'explique par le mode de scrutin: ne reposant que sur un tour, c'est celui qui obtient la majorité relative (et qui peut donc compter une majorité d'opposants) qui l'emporte. Imagine-t-on Nicolas Sarkozy élu président avec 28% de voix, son score des européennes, alors que l'ensemble de ses opposants éparpillés collectent une large majorité des votes? Dans une véritable démocratie, ce serait évidemment impensable ! Qu'un candidat officiel, du parti en place, l'emporte au premier tour, avec une majorité absolue (tel M. Karzaï en Afghanistan), ça passe encore... Mais, là, non. Et le peuple gabonais spolié.
 
Heureusement, il n'est pas dupe. Omar aurait un bilan positif? Il suffit d'entendre des villageois calculer tout ce qui leur manque (écoles, hôpitaux, routes) pour comprendre que les électeurs attendent autre chose que la continuité. Ali serait le mieux placé pour mener la rupture dans la continuité? A la rigueur, ça passe. Ainsi, une femme, interrogée sur le résultat final, avouait ne pas avoir voté pour Ali, tout en se disant confiante en l'avenir, jugeant que les promesses du fils Bongo lui semblaient tout de même réalistes, et réalisables. Sauf que les promesses, il faut aussi savoir s'en méfier. Surtout quand, en page d'accueil de son site de campagne, Ali propose à ses concitoyens "un double défi: préserver un acquis de 40 ans de paix sociale et de stabilité politique; engager le Gabon dans les chantiers d'avenir". Voilà donc l'héritier justifier le maintien au pouvoir d'un seul homme, sans opposition ni scrutin libre, au nom de la paix sociale et de la stabilité. Une fois élu, il n'a d'ailleurs pas tardé à appeler au calme, faute de quoi les mouvements d'humeur de ses opposants seraient réprimés comme il se doit.
 
Pendant la campagne, il a aussi usé de la bonne vieille méthode, que l'on retrouve aussi à chaque scrutin (des municipales aux présidentielles) sous nos latitudes: "agir ensemble". "Tous ensemble, tous ensemble..." vers un avenir tout rose ! La belle affaire ! Alors que le défi est immense, le discours semble bien trop politiquement correct. Plus que des phrases toutes faites et de belles photos avec ses électeurs, le pays a besoin d'un tournant à 180 degrés. Faire profiter aux habitants de l'argent tiré des ressources de son sous-sol. Implanter solidement des pratiques démocratiques viables et transparentes qui permettrait au pays de tourner une triste page de son histoire. C'est, d'abord et avant tout, ce que réclament les opposants qui se sont violemment manifestés fin août: s'en prenant aux intérêts français, contraignant les salariés de Total (symbole de l'exploitation des richesses nationales, qui ne profitent pas aux habitants) à quitter temporairement la capitale économique Port-Gentil, les Gabonais ont voulu enterrer une Françafrique qui perdure pourtant. Il n'y a qu'à voir l'empressement avec lequel le secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet, a enteriné le résultat du vote, craignant sans doute de subir le même sort que son prédécesseur, Jean-Marie Bockel (viré sur un coup de fil de Bongo père). Il n'y a qu'à lire les déclarations de Bernard Kouchner appelant les trois principaux candidats, qui se disputaient alors la victoire, à "s'arranger comme ils l'ont toujours fait au Gabon". Avec un président âgé de 50 ans, les Gabonais peuvent encore bien attendre une trentaine d'années pour voir la démocratie s'installer. Patience !!
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