"Et dire qu'on paie la redevance pour regarder des conneries pareil": une des phrases préféres de mon père. "Heureusement qu'il y a Thalassa pour nous détendre le soir car les débilités du genre 'Fort Boyard', 'la Carte aux trésors' ou 'Intervilles', y'en a marre. On y a droit tous les ans" répète ma grand-mère chaque fois qu'arrive juillet. Je ne pense pas être le seul à entendre ce genre de remarques. Eh bien, oui, on paie la redevance pour subir des programmes pas franchement alléchants. Mettons de côté les 'Derrick', 'la petite maison dans la prairie' ou 'Amour, gloire et beauté' qui passent pour la énième fois, y compris sur un service public qui se veut créatif ! Arrêtons-nous sur les programmes de cet été 2009 qui m'ont déçu à plus d'un titre. Je suis de ceux qui apprécient regarder "la Carte aux trésors" (en déplaise à ma grand-mère), ne serait-ce que pour regarder de bien beaux paysages, contempler des coins de France que je ne connais pas, choisir ma prochaine destination de vacances et apprendre toujours plus l'histoire de notre si beau pays. Mais, cette année, suppression de la publicité oblige, les budgets ont été réduits. Les hélicoptères ne volent plus autant que l'an passé, hausse du carburant oblige. Les candidats ne gagnent plus que 10000 €uros en fin d'émission à condition d'ouvrir le trésor (alors que, jusque-là, obtenir un indice pour aller vers le trésor suffisait pour empocher autant de fois 1500€ que d'indices remportés). C'est ausi sans doute pour des raisons budgétaires que le jeu ne s'est toujours pas déplacée en Outre-mer. A quand un numéro à la Réunion ou en Martinique? N'y a-t-il pas des trésors paysagers ou des curiosités historiques à y découvrir?...
Mais, il n'y a pas que sur la 3 que l'argent manque. Cette année aussi, sur le Fort de Charente Maritime (dont on fêtait les 20 ans avec des rétrospectives assez peu suivies, paraît-il), les gains ont été réduits. Le spectacle était au rendez-vous avec Tony Parker et Eva Longoria pour la première émission, mi-juillet. Mais, avec des cellules nettement plus complexes qu'avant, les candidats ont du se contenter de sommes moins élevées que d'habitude, au profit des associations qu'ils venaient représenter. Sur un autre plateau, sur TF1 cette fois, ce sont les stars qui ne sont plus à la hauteur. Avant, dans "Qui veut gagner des millions?", les huit personnalités invitées restaient pendant deux heures, le temps d'enregistrer l'ensemble de l'émission. Cette année, en observant bien, on pouvait constater que l'émission était enregistrée en quatre fois, chaque duo arrivant tout juste pour son tour et repartant aussitôt les 48 ou 72 000 €uros empochés. En effet, les sièges prévus pour les accueillir étaient systématiquement vides. Les stars qui viennent jouer la carte de la solidarité et du juste combat pour des associations parfois méconnues n'ont-elles pas plus d'une demi-heure à consacrer à ces justes causes? Heureusement, côté finances, la production du jeu continue de signer des chèques allant jusqu'à 400 000 € par émission au profit de quatre associations différentes.
Mais, revenons aux chaînes publiques. France Télévision et l'argent: voilà un beau sujet. En observant les programmes de rentrée, il y a de quoi tousser plus d'une fois (sans que la super-dangereuse grippe A(H1N1) ne soit en cause):
- un peu à la manière de M6 (dont les animateurs donnent presque les réponses aux questions SMS), de plus en plus de jeux télévisés de France Télévisions adoptent le mode "question débile" à laquelle tout abruti peut répondre. Le but? Recevoir un maximum de SMS de la part des téléspectateurs et encaisser les 35 cts de surcoût que cela représente. Sauf que, face à ce genre de questions débiles, qui ne sont même pas l'occasion d'apprendre quelque chose, des gens comme moi ne prennent plus la peine de dépenser le prix d'un SMS pour gagner un cadeau qu'on a moins de chance d'emporter (avec des questions faciles, il y a plus de participants, donc une probabilité moindre d'être tiré au sort !). Que le service public en vienne à cela, j'en suis presque chagriné;
- dans le même temps, malgré les beaux discours du directeur des programmes ("TF1 garde la télé-réalité; nous, nous gardons la culture"), le style TF1 continue de progresser sur France 2. Après avoir recruté Julien Courbet l'an dernier, pour un rendez-vous de soi-disant service public qui n'a (évidemment) pas marché, il a bien fallu lui trouver une nouvelle émission. Cela donne un jeu dont la seule bande-annonce suffisait à me repousser; après en avoir présenté le concept, l'animateur concluait par cette phrase magique: "avec la présence des filles"... pointant du doigt quatre ou six bombes en bikini. De jolies filles pour attirer le spectateur et que l'on pair pour montrer leur cul. Désolé d'être vulgaire, mais cela me désole profondément. Et, rien que pour cela, ce sera sans moins;
- dernier exemple, les programmes politiques. Sur France 5, Serge Moati cède sa place à Nicolas Demorand le dimanche soir alors que son émission, "Ripostes", n'avait pas de problème d'audimat. Il faut croire que M. Demorand, quel que soit son réel talent, n'a pas assez à faire avec ses matinales sur France Inter, du lundi au vendredi... Quant à Samuel Etienne, il se félicitait de voir son émission ("Comme un vendredi") passer du vendredi 23h pendant 60 minutes, au dimanche 22h pour 90 minutes. Personnellement, je n'y vois pas un progrès. Personnellement, à moins de l'enregistrer, je ne regarderais pas l'émission... diffusée désormais à la veille d'une nouvelle semaine de travail !
Mais, dans l'actualité du groupe France Télévisions, il y a aussi une (très) bonne nouvelle: contrairement à TF1 et M6 et malgré la suppression de la pub après 20 heures, les recettes publicitaires du groupe sont plus importantes que prévues. A 260 millions, ces recettes engrangent 70 millions d'€uros supplémentaires... à tel point que, d'après le Point, le gouvernement réfléchit à la manière de récupérer une part de ce magot inattendu. Peut-être en ne versant pas l'intégralité des 450 millions d'€uros promis en contre-partie de la suppression de la pub. Somme que la Commission européenne vient d'autoriser l'Etat à verser, tout en ouvrant une enquête approfondie pour vérifier que ce financement est compatible avec la loi européenne, et donc, avec les règles de la concurrence. Au final, pour Patrick de Carolis, l'horizon s'éclaircit: assis sur un fauteuil dont il peut être éjecté sur simple décision présidentielle (comme l'ancien PDG de Radio France, dont le bilan satisfaisait tout le monde), ce regain financier lui permet d'achever son mandat sur un bilan financier positif. De quoi le protéger d'une éviction qui serait imméritée. Surtout s'il propose de poursuivre le virage éditorial qu'il a impulsé: les émissions telle "Rendez-vous en terre inconnue", ou les soirées de direct au théâtre ou dans les salles de spectacle (comme la soirée d'hier, avec des humoristes mobilisés contre le racisme) doivent devenir, avec les grands rendez-vous sportifs, sa marque de fabrique. A la complémentarité des chaînes du groupe doit s'ajouter la recherche de programmes originaux et intelligents. Même si la 1ère semaine de septembre a de quoi nous inquiéter !