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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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De la juste représentation des citoyens

"Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond?". C'était, ce matin, l'un des trois sujets proposés à la réflexion des candidats à l'obtention du Bac S lors de la toute première, et tant redoutée, épreuve de philosophie. Moi-même lauréat d'un Bac scientifique, j'avoue que, si j'avais passé l'examen cette année, je me serais bien laissé tenter par ce beau sujet, à priori facile, finalement assez complexe (quand on prend le temps de bien y réfléchir), mais spécialement pensé pour des esprits scientifique. Je ne sais pas quelle est la proportion des élèves qui ont choisi ce sujet. En tout cas, je pense que ceux qui se sont penchés sur le texte à commenter étaient (bien?) plus nombreux: il faut dire que là aussi, le sujet était plus que tentant. Entre les deux, mon coeur balance.
 
En guise de troisième sujet, les candidats pouvaient en effet expliquer un texte tiré du célèbre ouvrage De la démocratie en Amérique, rédigé par Alexis de Tocqueville (ci-contre) en 1835 puis 1840. Pour un historien, passionné de politique, comme moi, ce texte est un pur délice (si, si...). Il est bourré d'allusions historiques et de références qui auraient davantage leur place dans un cours d'éducation civique que de philo. Son auteur, fils d'un vicomte de Tocqueville, par ailleurs préfet sous la Restauration (1814-1830), fit des études de droit et reste comme un brillant historien et obsevateur de la vie politique de son époque, au point d'être considéré comme un des plus illustres analystes de la Révolution française. Il fit une intéressante carrière politique, de la fin des années 1830 jusqu'en 1851, et le début de l'Empire de Napoléon III: député et conseiller général de la Manche dans les années 1840, il participa aux évènements de la révolution de 1848 et à la rédaction de la Constitution de la 2ème République, pour laquelle il défendit l'élection du président au suffrage universel et le bicamérisme parlementaire. Envoyé, avec un homme politique de l'époque, aux Etats-Unis pour y découvrir le milieu carcéral, il profita de ce voyage pour observer la société et la vie politique américaines. Son livre, De la démocratie en Amérique, se découpe en deux tomes: dans le premier, il donne une définition générale de ce qu'est la démocratie (pour expliquer qu'elles est l'occasion d'une égalité réelle entre les membres d'une même société, par delà leurs conditions sociales); dans le second, il décrit les spécificités de la démocratie américaine et souligne le risque d'une dérive tyrannique au profit de la majorité en place. Jouissant d'un retentissement important dans toute l'Europe dès sa publication, cette oeuvre reste incontournable. L'étudier au Bac est donc une belle opportunité (même si les candidats ne le vivent pas comme cela !).
 
Je vous laisse apprécier (si vous ne l'avez pas lu ailleurs) l'extrait en question:
" Les affaires générales d'un pays n'occupent que les principaux citoyens. Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et, comme il arrive souvent qu'ensuite ils se perdent de vue, il ne s'établit pas entre eux de liens durables. Mais, quand il s'agit de faire régler les affaires particulières d'un canton par les hommes qui l'habitent, les mêmes individus sont toujours en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se connaître et de se complaire. On tire difficilement un homme de lui-même pour l'intéresser à la destinée de tout l'État, parce qu'il comprend mal l'influence que la destinée de l'État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de son domaine, il verra d'un premier coup d'œil qu'il se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu'on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l'intérêt particulier à l'intérêt général. C'est donc en chargeant les citoyens de l'administration des petites affaires, bien plus qu'en leur livrant le gouvernement des grandes, qu'on les intéresse au bien public et qu'on leur fait voir le besoin qu'ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire. On peut, par une action d'éclat, captiver tout à coup la faveur d'un peuple; mais, pour gagner l'amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une représentation bien établie de désintéressement. Les libertés locales, qui font qu'un grand nombre de citoyens mettent du prix à l'affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les forcent à s'entraider " (extrait du chapitre 4, tome II de l'ouvrage pré-cité).
 
Sans en faire le commentaire, on constate aisément le recours, à deux reprises, à un jeu d'opposition: d'abord, entre les affaires proches, que l'on dirait locales aujourd'hui, qui intéressent directement le citoyen, et les affaires nationales, plus abstraites donc, presque par nature, moins passionnantes. En parallèle, l'auteur compare la proximité géographique des faits décrits (ici, le tracé d'un chemin) à celle des élus politiques: les élus locaux sont plus présents, mieux connus de ceux qu'ils représentent, tandis que nos représentants, à plus grande échelle, sont moins identifiables. Ces deux éléments mis bout à bout permettent d'en venir à une conclusion simple: le citoyen lambda, qui connaît les élus de terrain et qui s'intéresse davantage aux débats qui le concernent directement, ne s'intéresse pas aux grandes débats de politique nationale. Et Tocqueville d'aller jusqu'à délimiter le territoire qui intéresse les citoyens: dans la France du XIXème siècle, au-delà du canton - dont le chef-lieu peut être atteint en moins d'une journée de marche, aller-retour -, le Français ne s'intéresse pas à rien. Cette analyse, datant du premier tiers du XIXème siècle, n'a guère changé: régulièrement, pour expliquer le désintérêt des Français - à l'occasion des référendums par exemple (70% d'abstention pour le passage au quinquennat) -, on nous affirme que les grandes questions ne doivent être tranchées que par des experts, des politiciens que cela intéresse. Bref, en Sarkozye, cela veut dire qu'une réforme constitutionnelle est adoptée par le Parlement en Congrès. Ou encore que le bidouillage institutionnel européen, trop complexe pour les citoyens de base, ne peut être entériné que par des gens compétents, qui comprennent bien tous les enjeux: les parlementaires ! Sans oublier que nos politiciens d'aujourd'hui ont le sens de l'intérêt général. Nous, membres de la France d'en bas, sommes incapables de défendre des idées qui n'iraient pas dans le sens de nos intérêts personnels. C'est bien connu. Tandis que tous ces élus, goinfrés de privilèges, ne pensent pas à leur place, à leur confort... Ils ne travaillent que pour notre bien ! Amen !
 
Avertissement: aux lycéens, actuels ou futurs candidats au Bac, les éléments en italique (à partir de "cette analyse") sont de purs commentaires personnels, très politisés... qui n'ont pas leur place dans une copie ! Et, tous les lecteurs du blog peuvent maintenant disserter à leur tour. Le titre est assez explicite pour lancer un débat...
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