"L'école doit-elle être un sanctuaire républicain?"; "l'éducation doit-elle être rentable?" ou "l'éducation n'est-elle qu'une affaire de pédagogues?". A la veille de l'épreuve de philosophie de la session 2009 du Baccalauréat, ces trois sujets, axés sur la politique d'éducation, mériteraient de s'y arrêter. Et, indirectement, c'est ce que je vous proposais à l'occasion du dernier sondage de la quinzaine, portant sur la sécurité des établissements scolaires. Du fait d'une très faible participation, je ne peux qu'avouer ma difficulté à interpréter les résultats. A moins que ce thème ne vous intéresse pas (ce qui est possible), je pense plutôt que les solutions proposées n'emballent pas les Français. Les pistes évoquées par Xavier Darcos, reprises en partie par le président de la République, ne constituent qu'une réponse que je qualifierais de "sentimentale" au problème soulevée. En sarkozyste zélé, le ministre de l'Education a profité de plusieurs faits divers consécutifs pour apporter une réponse à l'angoisse qui semblait monter dans le pays. Inventer une nouvelle loi ou dépenser de l'argent public pour mettre en oeuvre des mesures immédiates est une spécialité du locataire de l'Elysée. Que l'argent ne soit finalement pas débloqué, que les mesures ne soient pas évaluées ou que des incidents de nature différente, qui n'avaient pas été prévus, se produisent pas la suite, ce n'est pas grave. L'essentiel est de faire coire aux Français que l'évènement auquel le gouvernement apporte une réponse ne pourra pas se reproduire dans les mêmes circonstances. Jusqu'à ce que les médias nous informent d'une nouvelle forme de violence, qui n'avait pas été anticipée, et face à laquelle les mesures annoncées triomphalement n'auront su faire savoir. Cette société du spectacle, qui joue sur les peurs des populations, est un mécanisme bien connu. Aujourd'hui, après avoir déchaîné les passions pendant quelques jours, les médias ne s'intéressent plus à ces portiques de sécurité qui nous étaient proposés. A la veille des vacances, tout le monde s'en fout.
Et, pourtant, le sujet est grave. Il mérite de s'y arrêter. Ainsi, pour l'enquête que je vous proposais, à la question: "Des bandes qui terrorisent les établissements de région parisienne. Des collégiens sans histoire qui blessent grièvement leurs enseignants dans des établissements réputés calmes. Les exemples de violences en milieu scolaire ne manquent pas dans l'actualité récente... et le ministre de l'Education est donc monté au créneau faisant des propositions, dont certaines ont été reprises par N. Sarkozy. Lesquelles des propositions suivantes soutenez-vous?", trois votants ont répondu. Ayant moi-même participé au vote, je suis le seul à défendre "des mesures moins répressives (embauches de professeurs et de surveillants) pour un meilleur encadrement des élèves" et "l'obtention du statut d'officier de police judiciaire pour les chefs d'établissement (proposition gouvernementale". Je fais partie de ceux qui, faisant partie du système, considèrent que le moindre encadrement des élèves (avec moins de surveillants dans les cours et un nombre croissant d'élèves, dont certains sont de plus en plus difficiles, dans les classes) est l'une des causes profondes de ces violences. D'autres sont liées au contexte social et parfois spatial dans lesquels ces jeunes vivent au quotidien: il est clair qu'habiter dans une cité où la police ne fait des tournées qu'en plein jour quand il ne se passe rien, et où les grands frères se font de l'argent facile en dealant ou en volant des voitures, n'incite guère des adolescents, en plein "âge con", à aller sur les bancs de l'école pour apprendre la vie de Danton ou de Charles X. L'école d'aujourd'hui est truffée d'obstacles à l'épanouissement de jeunes parfois déboussolés qui ne demandent qu'à travailler plutôt qu'étudier. Sans refaire tout le système, interrogeons-nous sur ce point avant de parler répression.
Mais, visiblement, nombre d'entre vous ne partagent pas cet avis: les deux autres participants au sondage ont choisi "la mise en place de portiques de sécurité à l'entrée des établissements (proposition gouvernementale)" et "la création de nouveaux délits dans le Code pénal, permettant de sanctionner plus durement les parents démissionnaires". Bref, des mesures plus répressives que préventives, pour réinstaurer un climat d'autorité et de respect de la loi républicaine dans les établissements. Certes, la plus grande fermeté contre de jeunes majeurs organisés en bandes, qui saccagent des bâtiments et s'en prennent aux personnes, est impérative. Permettre aux chefs d'établissement d'agir avec un statut renforçant leurs capacités d'action, comme c'est le cas pour les maires, est une piste qui n'a pas rencontré votre adhésion. Mais, cette angouement répressif doit-il être la seule piste à envisager? Je ne le crois pas. Mais, nous pouvons en débattre. En tout cas, une chose est sûre: dans un dossier aussi sensible et délicat, car particulièrement complexe, il ne faut pas tomber dans la caricature. Ainsi, plus que démissionnaires, certains parents sont plutôt dépassés par leurs mômes, ces adolescents souvent difficiles qui font la loi à la maison et qui transgressent l'autorité. Rappeler la responsabilité des parents est nécessaire, mais c'est aussi un moyen de ne pas responsabiliser des mineurs qui ne connaissent pas forcément les limites à ne pas dépasser. Il faut donc, comme dans tout domaine qui concerne l'humain, agir avec retenue: tout comme il est erroné de croire que les élèves sont violents parce qu'ils jouent à des jeux vidéo de guerre où "l'on tue comme on respire" (dixit un journaliste de Marianne, dernièrement), il serait attif de croire que les parents sont les seuls reponsables du comportement de leurs enfants. Les pannes de coeur, l'effet d'entraînement lorsque l'on vit, une grande partie de la journée, avec ses copains, la perte de repères liés à des situations familiales ou la peur de l'avenir, cet âge bête que nous avons tous traversé: les raisons sont multiples pour expliquer, sans pour autant cautionner, le comportement d'un ado.
Adopter une nouvelle batterie législative, avec des lois répressives et des moyens matériels coûteux - et sans doute moins efficaces que ces moyens humains dont on vide l'école -, serait une erreur. M. Darcos (ou son successeur) doit comprendre que l'école a besoin d'une réforme globale. Que des sujets aussi variés que le rythme scolaire, les filières d'apprentissage, le renforcement du Brevet comme socle de toute formation professionnelle sont autant de pistes à examiner simultanément. Bref, tout est lié et s'entêter à traiter les porblèmes les uns après les autres, sans vision cohérente de l'ensemble du système, n'a aucun sens. A vous de jouer, maintenant: laissez-moi vos commentaires et analyses pour prolonger le débat. Et, si vous avez quelques instants, participez au nouveau "sondage de la quizaine", qui en restera en ligne que dix jours et consacré au thème de l'eau: une semaine après le succès du film Home, une discussion sur la gestion de cette ressource, en voie de raréfaction, ne semble pas inutile.