Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
10 Avril 2009
Il y a un an environ, l'entourage du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, se questionnait: lequel de ses ministres ou premiers ministres successifs a les épaules pour guider le pays et remplacer le Vieux dirigeant pour maintenir la cohésion nationale? Et, en filigrane, se posait une autre question: lequel allait être choisi par le Vieux dirigeant pour devenir le dauphin légitime? Des noms circulaient. Les tractations commençaient. Et, un peu comme Le Pen en France pour la direction du Paquebot FN, le chef de l'Etat a décidé... d'y aller lui-même et de solliciter un troisième mandat. Le tout pour éviter cette implosion qui, dans les discours de ces gens-là, ne peut que se produire: sans moi, le chaos ! Ainsi, dans le parti d'extrême-droite, la guerre de succession menaçant de fractionner un parti déjà affaibli, l'éternel candidat à la présidentielle rempile pour au moins un an, menant ainsi lui-même la campagne des élections européennes, restant - à bientôt 81 ans - candidat en position éligible dans la région sud-est. Dans le cas algérien, le président sortant s'est donc lancé - à 72 ans - dans une nouvelle bataille électorale (guère risquée) pour éviter l'implosion... de son clan. Celui qui conserve (ou confisque?) le pouvoir depuis, au moins, 1998 (date de la première électio d'Abdelaziz, avec déjà 74% des suffrages exprimés, face à ces candidats qui s'étaient retiré les uns après les autres compte-tenu des conditions d'organisation du scrutin). Or, l'implosion de ce clan ne pouvait qu'être une très bonne nouvelle pour le pays. Elle aurait été l'occasion, pour l'opposition, d'exister enfin, devenant ainsi synonyme de démocratie ! Sauf que le Vieux dirigeant a donc été "plebiscité" (le mot s'affiche à la "Une" de plusieurs sites d'information) par son peuple à plus de 90% des votes.
Faisons trois remarques: 1- les félicitations sont de rigueur car, malgré le contexte général dans lequel se trouve le pays, son président a encore progressé. Passant de 74% en 1998 à un décevant 84% en 2004, il réussit dont à franchir la barre des 90% de votes favorables cette année... dès le premier tour et face à quatre adversaires. Chapeau ! 2- le taux de participation officiel, de l'ordre de 74%, laisse apparaître que les deux tiers (90% des 74% de votants) des Algériens font encore confiance à leur chef. De là à voir des fraudes, notamment par le biais de bourrages d'urnes (alors qu'une part non négligeable de la population affirmait ne pas vouloir voter), il ne faut que la mauvaise foi de l'opposition alégrienne pour le dénoncer ! 3- l'usage, par la presse française, du mot "plébiscite" est assez révélateur. Rappelons que ce mot, remplacé par "référendum" dans la Constition de la Vème République, désignait les scrutins organisés par Napoléon III (un grand démocrate !) pour faire valider par le peuple ses projets. Dans les deux cas, impérial et algérien, la propagande organisée par le régime permet d'éviter une majorité de défiances. Bref, le gouvernement d'Alger a bien fait son travail: pas une tête ne dépasse. Encore bravo ! Je vous avertis tout de suite: ne voyez aucune tentative d'humour ou d'ironie dans mes propos. Tout cela est très sérieux. Et je ne suis pas le seul à tenir ce genre de propos. Prenez Nicolas Sarkozy, par exemple. Il est, comme chacun sait, président de la République française, un Etat démocratique, patrie des droits de l'homme et du?... ah oui, citoyen ! Eh bien, dans son message à son homologue réélu, il "adresse ses chaleureuses et amicales félicitations au Président Abdelaziz Bouteflika [et] lui souhaite plein succès dans la haute mission qui est la sienne. Attaché à la construction d’un partenariat d’exception entre la France et l’Algérie, le chef de l’État formule le souhait que nos deux pays, riches de leurs peuples et de la proximité qui les unit, parviennent à construire un lien exemplaire aux yeux du monde". C'est beau, non?
C'est très sarkozyste surtout. Depuis son arrivée à l'Elysée, notre président ne brille pas par son audace en matière de défense des grands principes fondamentaux auquel nous sommes, de par notre histoire, attachés. Ainsi, Anne Roumanoff ne dit-elle pas, dans un de ses sketchs chez Drucker: "à quoi bon emmener une secrétaire d'Etat aux droits de l'homme en Chine quand on n'a pas idée d'être accompagné du ministre de la mer quand on va en Suisse?". Autrement dit, pourquoi alourdir l'avion présidentiel de la présence de Rama Yade dans un pays où les droits de l'homme n'existant pas, elle n'a rien à y faire... Mieux vaut donner son siège à un patron d'une entreprise qui puisse rapporter des contrats et des €uros aux actionnaires français ! Ici, on est dans la même logique. Plutôt que de dénoncer ce qui peut l'être, notre chef de l'Etat préfère s'attacher à construire un partenariat privilégié avec l'Algérie. Un pays dont le président, qui n'est plus à l'image de la population, s'en ne voit qu'en la France l'ancienne puissance coloniale à laquelle il ne manque jamais de s'attaquer. Bref, un président qui est encore et toujours tourné vers le passé, ne songeant qu'à ses intérêts plutôt qu'à celui d'un peuple dont l'avenir apparaît quelque peu bouché. Comment voulez-vous qu'un tel dirigeant, réélu avec un score digne des pires dictateurs du continent noir, ne se remette pas en cause quand il reçoit de si beaux encouragements de ses homologues? Il n'y a qu'à regarder les slogans de sa campagne: "passer à une nouvelle phase de création de richesse". Il serait temps ! Promettre au bon peuple un avenir meilleur, des richesses dégoulinantes, une amélioration des conditions de vie, c'est très facile. Faire profiter à ce même peuple de l'argent d'un pétrole qui a considérablement enrichi l'Etat algérien, ça l'est déjà beaucoup moins. Cet argent, qui ne sert ni à éduquer ni à soigner les populations miséreuses des bidonvilles du pays, tombe dans les poches des dirigeants... et ne contribue donc pas au développement global du pays. C'est tout simplement un crime contre l'humanité !
Mais, revenons quelques instants aux conditions de la campagne électorale. Cinq candidats, dont quatre d'opposition au régime en place. Quatre candidats qui n'ont même pas fait, tous scores cumulés, 10% des voix ! Mais dans quelle démocratie voit-on de telles situations? Aucune ! Et en pratiquant la langue de bois diplomatique, Sarko est complice d'un coup mortel donné à la démocratie. Et plusieurs détails le montrent très clairement: le placardage massif des portraits du bon président - frôlant le culte de la personnalité - dans les rues d'Alger; le monologue auquel il s'est livré dans les médias; la multitude de réunions publiques qu'il a animé (il aura sans doute rencontré davantage l'Algérie d'en bas en ces quelques semaines de pseudo campagne électorale qu'en cinq années de mandat !). Bref, une campagne si déséquilibrée qu'aucun des autres candidats n'avait la moindre chance de l'emporter. Et c'est là où le scandale apparaît. Malgré un taux de participation massif, qui renforce encore un peu plus le régime, les jeunes se sont détournés des urnes, ne cachant pas leur résignation devant un scrutin dont le résultat était connu d'avance. Voilà encore deux nouvelles caractéristiques d'une dictature: le manque de suspense et la capacité à démobiliser les plus jeunes électeurs. Provoquer la résignation des plus jeunes, c'est le pire crime contre la démocratie qui puisse exister ! Je terminerais ce propos très virulent par une nuance (ce qui constitue le fondement de tout raisonnement réussi), inspirée de ma lecture d'une tribune publiée dans Marianne par une journaliste franco-tunisienne. Dénonçant les propos trop moralisateurs de Bernard Kouchner contre le régime tout aussi contestable du président Ben Ali, cette intervenante rappelait que les Occidentaux, et les Européens en particulier, avaient tendance à considérer comme anti-démocratiques des pratiques qui ne correspondent pas à leurs schémas de pensée. Certes. Il est en effet tout à fait admissible qu'imposer une démocratie à l'américaine n'a guère profité à l'Irak. Toutefois, il n'empêche que, quel que soit le régime, une démocratie repose sur des principes universels qui, lorsqu'ils sont bafoués, déshonorent le pays et le dirigeant qui les piétinent. Cela méritait d'être dit !