Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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Il y en a un, au sein du gouvernement, qui ne cache pas son attachement à la politique du chiffre : c’est le ministre de l’Immigration. Eric Besson, qui n’a pas hésité à changer de camp (et quel virage !) entre les deux tours d’une présidentielle, souhaite-t-il prouver à son maître qu’il a bien changé de camp au point de devenir le ministre sarkozyste le plus zélé ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, le sarkozysme affiché et largement décomplexé de l’ancien socialiste se manifeste par une sorte de course au résultat. L’objectif du nouveau ministre ? Faire encore mieux que son prédécesseur, Brice Hortefeux, en terme d’expulsions de sans-papiers et de reconduites à la frontière. Alors que l’actuel ministre des affaires sociales tente de se refaire une image – clairement dégradée par cette politique du chiffre –, M. Besson a eu l’occasion de se faire remarquer récemment. D’abord en critiquant ouvertement le film "Welcome", réalisé par Philippe Lioret, qui met en scène un maître-nageur (interprété par Vincent Lindon) apprenant à nager à un réfugié afghan souhaitant traverser la Manche à la nage pour regagner cet eldorado que constitue, pour ces migrants venus de si loin, la Grande-Bretagne. Et, hasard de l'actualité, un jeune Afghan de 24 ans a trouvé la mort, sur le sol français, au cours d'une bagarre entre réfugiés afghans. L'information, relayée par la chronique "Mon oeil", visible chaque semaine dans "13h15 le samedi" sur France 2, n'a guère fait la "Une". Je vous offre donc l'opportunité - pour ceux qui ne l'ont pas déjà vu (et qui voudraient d'ailleurs peut-être le revoir) - visionner cet extrait:
Il est vrai que, quand un étranger sans papier meurt dans de telles circonstances, on ne peut guère susciter l'émotion des Français... et ce n'est donc pas vendeur. Mais, pour les citoyens que nous sommes, c'est une information qui interpelle. Et nous questionne sur la manière avec laquelle nous traitons, dans un pays civilisé et démocratique, de pauvres malheureux qui quittent leurs familles et économisent de longs mois pour venir, chez nous, gagner l'argent nécessaire à la survie de leurs proches. Inutile de rappeler l'idée lumineuse d'un ministre qui avait déjà en charge ce dossier il y a sept ans et qui avait, avec les applaudissements d'élus de gauche de la circonscription, décidé de fermer le centre de Sangatte, là où ces réfugiés - dont l'objectif final était le Royaume-Uni - étaient pris en charge par des ONG. Un centre qui, s'il constituait un élément de cet appel d'air que nous devons à tout prix limiter, n'en permettait pas moins de permettre à ces personnes, des êtres humains comme les autres, de se nourrir, se laver et dormir dans de bonnes conditions. Désormais, ils vivent dans des tentes et essaient, chaque nuit, de se glisser dans un camion en partance pour leur eldorado, au risque de se faire prendre, de revenir au point de départ... et d'infliger de lourdes amendes aux chauffeurs de ces poids lourds. Et voilà que désormais, ce sont également toutes les personnes apportant une aide, même minime, à ces personnes en situation irrégulière qui sont visées. La même émission évoquait, il y a quelques semaines - dans un des meilleurs reportages de l'année - le cas de cette femme qui allait chercher le soir les portables des migrants installés à quelques kilomètres de son village pour les recharger et les leur rapporter le lendemain matin. Voilà un exemple concret d'une citoyenne qui a choisi de violer la loi au nom de principes tout à fait respectables. Voilà aussi l'exemple d'une citoyenne qui a du vivre une garde à vue pour aide à des migrants clandestins. D'où les manifestations, la semaine dernière, de ces citoyens qui choisissent d'aider des clandestins... et qui dénoncent la chasse dont ils sont victimes. Une chasse qui, ne touchant pas les passeurs, n'apporte pas de réponse efficace aux filières organisant ces migrations.
Bref, s'en prendre à ceux qui ont un peu (trop) de coeur et fermer les centres qui permettaient aux associations de faire correctement leur travail (plutôt que d'essayer de trouver des réfugiés désormais éparpillés dans la nature et les rues de Calais), c'est jouer à l'autruche. Dans l'espoir que les statistiques, forcément meilleures, suffisent à cacher la réalité aux plus crédules d'entre nous. Cependant, il est un moment où la stupidité supposée des simples citoyens se transforme en bon sens: à force de voir, dans des domaines aussi variés que la lutte contre l'immigration, la délinquance ou le chômage, la politique du chiffre masquée des réalités quotidiennes et concrètes, ceux qui les vivent ne gobent plus les mensonges des gouvernants. Ainsi, face à Brice Hortefeux, devenu ministre des affaires sociales, le comédien Lorànt Deutsch (invité de "13h15 le dimanche" il y a deux mois et demi) dénonçait cette politique qui oublie que derrière les chiffres se cachent des êtres humains. Laissant le prédécesseur de M. Besson sans voix ! Il faut bien dire que l'expulsion de 25000, puis 30000, et bientôt 35000 clandestins par an ne règlent en rien les conditions de vie de ces migrants qui, la peur au ventre mais contraint de partir, laissent leurs familles dans des situations de misère inadmissibles. Le développement de ces pays, leur démocratisation et, dans certains cas, la lutte contre le fanatisme (qui ne réussira que lorsque les deux premières conditions seront remplies) doivent être nos priorités. Car, régler le sort de ces populations, c'est indirectement régler le problème auquel nous sommes confrontés. Sans compter que, sans une politique d'harmonisation des conditions d'accueil des réfugiés et de délivrance des titres de séjour au niveau de l'UE, le problème pourrait bien durer encore longtemps. Mais, il n'y a donc pas que dans le domaine de la lutte contre l'immigration que cette politique du chiffre fait des ravages. On ne s'attardera pas sur les faux chiffres du chômage et ces multiples catégories qui permettent d'exclure du chiffre officiel des personnes en recherche d'emplois. Un exemple déjà largement commenté, et qui refait régulièrement surface dans les médias.
Un autre exemple, bien plus intéressant, concerne la délinquance. Intéressant dans la mesure où notre actuel président a du, pendant environ quatre ans (entre 2002 et 2007), gérer un problème qui avait fait chuter la gauche. Rappelez-vous, c'était en 2002: le gouvernement Jospin, à quelques mois d'une présidentielle qui allait rester dans les mémoires, était confrontée à une explosion de la délinquance, qui s'était manifesté par le passage à tabac d'un pauvre homme quelques jours avant le vote du premier tour... La médiatisation aidant, les candidats de la droite et de l'extrême-droite, abusivement considérées comme seules capables de lutter efficacement contre la délinquance, se qualifiaient pour le second tour. Or, depuis, faute de médiatisation, on pourrait croire que ce problème a progressivement disparu... grâce à l'action miraculeuse d'un certain N. Sarkozy. Mais, en fait, il n'en est rien. Bien au contraire. Les vrais chiffres le démontrent admirablement: les violences contre les personnes ont explosé, les voitures brûlées et accrochages violents entre bandes n'ont jamais été aussi nombreux. Au point que, comme l'écrit Marianne, si la gauche avait été au pouvoir, la droite n'aurait pas de mots assez durs pour dénoncer l'incompétence de nos gouvernants. Sauf que cette droite, dont le champion a réussi à stigmatiser les jeunes des banlieues comme personne, est au pouvoir. Et ses erreurs sont passées sous silence: le rétablissement d'un semblant de police de proximité, que dénonçait l'hôte de l'Elysée refusant que des policiers jouent au foot avec les gamins des cités, en est l'exemple le plus évoqué. Mais, en se penchant plus précisément sur les chiffres, on constate que la délinquance moyenne stagne. Et c'est plutôt simple à comprendre: les violences contre les biens ayant chuté (notamment du fait de dispositifs anti-vol de plus en plus performants), l'explosion des violences aux personnes passent (presque) inaperçues.
Le plus grave, c'est la course aux résultats que cette politique du chiffre engendre. L'objectif du Président? Que les statistiques officielles, celles qui sont délivrées par les ministères en fin de soirée pour faire l'ouverture du JT, montrent que les choses bougent dans le bon sens. Ainsi, les fonctionnaires de police bénéficient de plus en plus de primes au mérite: dans des entretiens réalisés par Frédéric Ploquin, pour Marianne, des officiers témoignent des pressions reçues de leur hiérérachie pour augmenter le taux d'élucidation. Et la technique est simple: dans les affaires simples, là où une plainte donnait lieu à l'ouverture d'une enquête, on ouvre désormais autant de dossiers qu'il y a de faits constatés. Ainsi, le nombre d'affaires explose en même temps que le taux d'élucidation. Concrètement, au lieu d'ouvrir une enquête contre x dealers sans être certain de démenteler la filière (ce qui était considéré comme un échec), on ouvre x enquêtes et la seule garde à vue du dealer concerné suffit à faire de l'enquête une affaire résolue. Au final, le taux de réussite s'envole... sans que, sur le terrain, les choses ne changent vraiment. Autre exemple? Pour une autre forme de délinquance, le journal Auto Plus révélait récemment que les policiers d'une ville de province étaient contraint de procéder à un nombre précis de verbalisations d'automobilistes pour excès de vitesse, conduite en état d'ivresse... Un quota qui, s'il est rempli, permet au gouvernement d'afficher des statistiques montrant son activisme. Sans pour autant garantir aux citoyens de rouler dans de meilleurs conditions. Le tour de passe-passe fonctionne donc tellement bien que les problèmes de délinquance, routière mais pas seulement, ne font plus la "une". Et dès lors qu'ils ne sont plus médiatisés, le gouvernement est tranquille ! Jusqu'à ce qu'un gros problème (du genre des émeutes de décembre 2005, que l'actuel contexte social peut favoriser) éclate. Dès lors se pose une question: faites-vous confiance à ces statistiques officielles du gouvernement? Pour me donner votre réponse, participez au second "sondage de la quinzaine", en ligne jusqu'au 24 avril.
Je réagis sur l'expression: "stigmatiser les jeunes des banlieues". Elle me semble assez malheureuse. Dans la mesure où elle manque sa cible. Que les gouvernements et partis de droite jouent sur la délinquence comme d'un argument électoral est critiquable, d'autant plus si ces derniers ne s'attachent qu'à la dimension statistique du problème. En revanche, la réalité du terrain donne entièrement raison aux partis de droites. Ce sont les "terrains perdus" de la république, pour lesquels la gauche a une responsabilité en ayant voulu faire passer les problèmes de différence culturelle ou religieuse pour de simples problèmes sociaux. Que dans certains quartiers des non-blancs ne peuvent entrer, que les femmes et les plus faibles y sont victimes de violence, que des bandes de "jeunes" y exercent souvent une véritable oppression dont sont victimes les gens "normaux" (vols de voiture, aggressions, racket,..), ce n'est pas du social, c'est une impasse culturelle. Près de chez moi, les gymnases des quartiers dits sensibles sont régulièrement rénovés et à nouveau saccagés. Ce n'est qu'un exemple anecdotique, mais le fons du problème n'est pas abordé. Pire en prétendant que la droite "stigmatise les jeunes et les banlieues", la gauche ne défend pas les gens "normaux", mais victimise les "jeunes" dont on attendrait un peu de sens civique...
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Il est vrai qu'on a trop tendance à considérer que la droite fait de la répression, participant à stigmatiser les jeunes des banlieues (dans le sens où elle les met tous dans le même panier, comme<br />
avec l'expression "racailles"), et que la gauche faite de l'angélisme préférant essayer de s'attaquer aux problèmes de fond. Mais, comme vous le soulignez, la gauche se trompe de cible et ne prend<br />
pas le mal à la racine. Elle identifie ce qu'elle croit être les causes de ce malaise, mais n'appréhende pas le problème dans toute sa globalité.<br />
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Je vous ai peut-être donné l'impression de baser mon analyse sur cette seule dichotomie. En fait, je crois - comme dans d'autres domaines - qu'un juste milieu doit être trouvé. Faire de l'urbanisme<br />
pour rénover les quartiers difficiles et améliorer le cadre de vie de ces "jeunes" est une chose nécessaire mais absolument pas suffisante. Faire en sorte de réduire le taux de chômage, de<br />
proposer des formations offrant des débouchés à ces jeunes qui ne trouvent pas toujours leur place dans le système éducatif est nécessaire mais pas suffisant. Rétablir un semblant de police de<br />
proximité, qui ne se contente pas d'opérations médiatiques de lutte contre les trafics, semble une bonne chose mais ne suffit pas. Il y a tant de causes aux problèmes de nos banlieues ! L'argent<br />
facile, le sentiment d'impunité, une justice beaucoup trop lente à condamner les comportements qui méritent de l'être, la discrimination, la ghétoïsation de ces quartiers sur des bases raciale et<br />
sociale... sont autant de causes auxquelles il faudrait s'attaquer simultanément. Mais, cela demande de l'audace, de l'énergie, de l'argent. Et de la volonté politique.<br />
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