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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Sarkozy prêcherait-il dans le désert?

Je vous l'ai déjà fait remarquer ces dernières semaines. La pratique du pouvoir m'inspire beaucoup, au point de faire un parallèle - qui me semble véritablement pertinent - avec le vocabulaire religieux (en gras et orangé, dans cet article). La semaine dernière, je dénonçais cette infaillibilité présidentielle qui fait que, quoi que dise notre président, cela constitue nécessairement la vision la plus sage et la plus réaliste. Tel le Pape, dont la parole ne peut sérieusement être remise en cause par les fidèles (en théorie, seulement !), notre président ne supporte pas la contestation, usant et abusant, dans ses allocutions et autres discours, de formules étouffant toute alternative à son discours. Bref, il est la réincarnation du bon sens populaire, il se croit le porteur de la seule ligne politique sérieuse et, surtout, malgré le contexte ou la contestation de sa politique, il ne change pas de cap. Certains se féliciteront de voir notre président ne pas imiter son prédécesseur, enfermé au Château et qui, par excès de prudence, reculait chaque fois que la menace d'un embrasement social se faisait jour. Certes. Mais, vaut-il mieux avoir à l'Elysée un homme, qui ne risque pas d'être enfermé dans sa résidence tant il se déplace, en France et à l'étranger, mais enfermé dans ses certitudes? Pas sûr ! D'autant que notre président s'isole désormais de plus en plus de la réalité quotidienne de ses "chers compatriotes". Paradoxalement, et malgré ses nombreux déplacements en province, il se coupe progressivement de ce que vivent les Français. Le meilleur exemple? Sa visite saint-quentinoise de ce mardi (photo ci-dessous). Intervenant dans une salle remplie de militants UMP et d'élus (dont l'incontournable Xavier Bertrand), la visite présidentielle a causé un bouclage strict du quartier et n'a consisté qu'en un beau discours... sans la moindre visite d'usine, d'un Pôle emploi, d'un hôpital, d'une antenne universitaire ou je ne sais quel autre lieu symbolique qu'il aimait tant.


Cela fait deux fois, en deux ans, que Sarko vient dans l'Aisne. Deux fois qu'il se rend à St-Quentin, la ville du secrétaire national de l'UMP. Comme si, en dehors de la cité la plus dynamique du département, celle de son ami, il n'y avait rien d'autre dans l'Aisne. Et, si, justement. Il y a des bassins d'emploi sinistrés. Il y a un milieu rural mal équipé en Internet haut débit et couverture pour téléphone portable. Il y a des sites industriels qui ferment... dont, à quelques kilomètres, dans le département voisin, l'usine Continental de Clairoix. Sauf que tout cela, Sarko ne l'aura pas vu. Car, de plus en plus (et c'est devenu flagrant depuis l'affaire de la mutation du préfet de la Manche), notre président vit dans une bulle. Pas la bulle pontificale. Mais une bulle présidentielle. A chacun de ses déplacements, il ne voit que ce qu'il veut voir, il ne rencontre que des personnes triées sur le volet et évite les points sensibles, en venant même à écourter des visites (comme au Salon de l'agriculture). Bref, notre président se coupe des réalités. Et le Sarko-show saint-quentinois le prouve à merveille. Plus qu'un discours présidentiel, cette cérémonie était... un meeting électoral. Comme son prédécesseur, Sarko n'est jamais meilleur que lorsqu'il est en campagne, en gauchisant son discours. Et, ce soir, on y a eu droit. Une petite pique contre le bide du PS au Zénith, quelques traits d'humour, des phrases choc et quelques mots-clés (la moralisation !) répétés cinq ou dix fois... et, à chaque fin de phrase présidentielle, des applaudissements nourris d'un public tout acquis à la cause présidentielle. Bref, un véritable spectacle. Un drame pour notre démocratie. Car, ce président, qui n'a décidément pas compris ce qu'était son job (défendre l'intérêt général), a délivré la bonne parole pour remobiliser ses troupes, en période de tangage sondagier. Mais il n'a pas parlé aux Français.
 
Malheureusement (ou plutôt heureusement), je n'ai pas entendu l'intégralité de ce discours (qui devait être profondément chiant), mais simplement les extraits les plus importants diffusés, tout au long de la soirée, par France Info. Pas d'annonces nouvelles. Un discours très général, presque consensuel... mais qui perd toute sa substance s'il n'est pas suivi d'actes concrets ! Et le moins que l'on puisse dire est, comme le titre l'indique, que le chef de l'Etat prêche dans le désert ! Je m'explique. Son discours avait un thème central: faire face à la crise et garder le cap des réformes pour permettre à la France de s'en sortir mieux que ses voisins. Sur le fond, il a raison: considérer qu'une telle période de crise doit être considérée comme une opportunité pour rénover la France, en maintenant les indispensables réformes de structure qu'il aurait fallu faire, c'est bien. Sauf que les mesures présidentielles, prises depuis son arrivée au pouvoir, ne sont pas pertinentes et ses opposants le démontrent de manière récurrente. Inutile de revenir sur le scandale des heures supp' (j'y consacrerai prochainement un autre article) ou sur le bouclier fiscal, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. Mais, prenons un exemple simple: la rémunération des patrons. Cela fait plusieurs mois que notre président parle de moraliser le capitalisme et, dès qu'un mini-scandale fait la une de l'actualité, tape du poing sur la table pour demander aux patrons de faire, eux aussi, des efforts. Mais qu'attend-il pour légiférer? Visiblement, demander au MEDEF de se charger de cette question, par un code de bonne conduite, temporaire et en rien restrictif, cela ne mène à rien... puisque des entreprises continuent à faire des annonces incompréhensibles. Dernier exemple en date: Valeo, qui licencie 1600 personnes, pousse son patron vers la sortie (pour divergence de vues) avec un parachute doré de 3 millions d'€uros alors que l'entreprise reçoit une aide de 19 millions de l'Etat.
 
Et revoilà nos sarkozystes, Luc Chatel et Laurent Wauquiez, jouant les ministres scandalisés face à des pratiques qu'ils condamnent. Mais, qu'attend donc le gouvernement pour légiférer et obliger les entreprises à un comportement moral qu'elles ne s'imposent pas elles-mêmes? Après son coup de gueule, devant les caméras, Barack Obama - si souvent cité en exemple - a interdit les bonus et parachutes dorés aux patrons d'entreprises sous perfusion d'argent public et a fait voter une taxation exceptionnelle de 85% de ces bonus. Là, au moins, les actes et les paroles coïncident. Il ne suffit pas de se mettre en colère, de répéter à intervalle régulier les mêmes phrases et de renouveler les menaces. Un homme politique se doit d'agir concrètement et, par des décisions ayant force de loi, mettre en application ses paroles. Or, sur le sujet des patrons-voyous, dont il avait un thème de campagne, rien n'a changé. Bien au contraire. La moralité que l'on attend tous n'est pas pour demain. Bref, c'est cette politique du "deux poids, deux mesures" qui choque et exaspère des Français qui, contrairement aux bataillons de fidèles UMP, n'ont nullement envie d'applaudir le président pour ses actes et ses belles promesses. C'est lui qui a le pouvoir en France, qui dicte ses moindres volontés au Parlement. Et, sur des sujets aussi cruciaux, il ne fait rien ! C'est tout simplement inadmissible. Tout comme son attitude de caricaturer la situation actuelle comme le seul combat des gentils contre les méchants, ces derniers étant les fameux patrons-voyous qui font leur fortune sur le dos des pauvres petits ouvriers. Dans le texte, c'est bien beau. Mais, c'est bien loin de la réalité: plus que de "morale", le capitalisme a besoin d'éthique, cette discipline normative qui "se donne pour but d'indiquer comment les êtres doivent se comporter et agir entre eux dans un espace" (source: Wikipédia). Bref, c'est de règles dont a besoin le capitalisme. Et, en attendant que le G20 n'en fixe à l'échelle mondiale, pourquoi ne pas le faire en France, en apparaissant comme un modèle qui sait s'adapter au nouveau contexte? Il ne suffit pas donc pas, à chaque drame social ou à chaque fait d'actualité, de se lamenter sur le sort des misérables. Comme le Pape qui préconise de prier et de soutenir moralement les malades du SIDA plutôt que d'essayer d'éviter que d'autres ne soient pas contaminés, notre président nous appelle à la patience, à l'effort collectif en essayant de nous faire verser une petite larme... pour mieux noyer le poisson. Et mettre en arrière-plan l'inefficacité de son action (pas d'explosion des heures supplémentaires, pas de retour massif des exilés fiscaux, conservatisme d'un MEDEF qui, comme syndicat de patrons, doit défendre les intérêts de ceux-ci, qui ne consistent pas en une limitation de leurs rémérations).
 
Il faut dire que, face à lui, le président n'a pas d'opposant crédible. Le PS ne reçoit pas (encore) la confiance des Français alors que la situation est exceptionnellement favorable à son rebond. Pour mieux contrer un président qui n'a pas de ligne politique claire, se contentant de gouverner au gré de l'actualité et en faisant se succéder nouvelles taxes, création de comissions ou mesurettes sans vision, l'opposition de gauche a l'espace pour construire, et proposer aux Français, un projet clair, étoffé de quelques propositions concrètes. L'opportunité est providentielle: la nouvelle direction du PS, plutôt que de copier la performance de Ségolène Royal dans un "Printemps des libertés", qui a fait un flop au Zénith le week-end dernier, ferait mieux de lancer des ateliers de rénovation en appelant les militants à débattre sur les sujets d'actualité. Avec, à terme, l'objectif de fonder un projet de politique intérieure, mêlant politique économique, sociale et sociétale, dont les bases seraient la justice sociale, l'équité fiscale et la solidarité. J'attends vos commentaires !
 
Complément (au 25 mars): deux faits, rapportés dans le JT de 20h de ce mercredi soir, confirment mon propos. D'un côté, on a pu voir le désarroi des salariés de Continental, dont les leaders syndicaux étaient reçu à l'Elysée par le conseiller social du président... pendant que leurs camarades défilaient et faisaient brûler quelques pneus. Lesquels produisaient une fumée noire: non pas celle qui annonce l'échec du scrutin d'un conclave, mais celle confirmant l'échec des discussions entre la France d'en bas, de plus en plus miséreuse et chaque jour précarisée, et nos dirigeants. Par ailleurs, dans un autre reportage, évoquant la visite de M. Chatel dans l'usine Heuliez en Poitou-Charente, on voit la présidente de la région, Mme Royal proposer au porte-parole du gouvernement de prendre place dans une voiture électrique, qui fait la force de l'entreprise dans l'économie de demain. Et, fidèle aux préceptes sarkozystes, le secrétaire d'Etat à la consommation se détourne de l'ex-candidate à la présidentielle, pour visiter au pas de charge les chaînes de montage, un peu plus loin, sans prendre la peine de regarder la production mais s'empressant de donner quelques poignées de main et de faire un beau discours, plein de promesses. Bilan d'un salarié: "on a rien appris de neuf aujourd'hui" ! Et ce n'est pas non plus pour demain.
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