Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
25 Mars 2009
Si je vous dis FN, vous me répondrez sans doute:
- un parti dont les électeurs ont été aspiré par Nicolas Sarkozy lors de la dernière présidentielle, faisant chuter le parti de Jean-Marie Le Pen à 10% des voix à l'occasion d'un scrutin qui avait massivement mobilisé les Français;
- un parti contraint de vendre son Paquebot... et qui risque le naufrage financier, devant se contenter d'un nouveau siège à Nanterre;
- un parti miné par les divisions internes entre pro- et anti-Marine, la fille du leader historique du Front étant sur la bonne voie pour prendre la succession de son père à la tête du parti (même si Jean-Marie a du repousser d'un an le Congrès marquant son départ);
- un parti écorné par l'image que donne son président qui, cette semaine encore, a osé répéter que les chambres à gaz avaient été un "détail de l'histoire", au Parlement européen;
- un parti qui devrait essuyer une nouvelle claque électorale lors des prochaines européennes, ce scrutin étant plus favorable aux partis modérés (du centre) ou extrêmistes de gauche (mais pas de droite)... au point que les têtes de liste FN ne savent plus quoi inventer pour attirer les électeurs rentrés dans le rang de la droite "classique". Ainsi, Louis Aliot, tête de liste FN dans le Sud-ouest, a
utilisé la figure de Jean Jaurès (photo), placardant des affiches à l'effigie du député socialiste du Tarn, assassiné à quelques jours du début de la première guerre mondiale, et sur lesquelles on peut lire "Jaurès aurait voté Front National" et, plus loin, "A celui qui n'a plus rien, la Patrie est son seul bien".
Avec cette campagne d'affichage, le FN tente de récupérer une figure historique qui appartient à la mémoire nationale française, et qui n'est en rien une propriété des socialistes, selon M. Aliot. Certes. Mais, de là à utiliser une citation de l'ancien leader à des fins électoralistes, c'est commettre une double erreur. Historique, d'abord: il est bien évident que cette phrase a été prononcé dans un contexte bien particulier, qui n'a rien de commun avec notre époque actuelle. Politique, ensuite: car cela montre le désarroi d'un parti qui ne sait plus comment attirer des électeurs vers lui, si ce n'est en tentant de raviver un sentiment nationaliste... qui n'a pas de pertinence en 2009, les Français voyant en l'Europe un moyen (possible) de se protéger dans une mondialisation sauvage et non régulée. Le FN est dont en retard sur son époque, et fait la preuve de son inutilité pour construire ce monde meilleur auquel nous aspirons. Notamment dans ce contexte, particulièrement difficile, de crise socio-économique, où le repli identitaire ne peut évidemment pas être une solution alors que la tempête que nous traversons est mondiale et que, donc, seuls, nous ne pourrions affronter efficacement. Ainsi, en apparence, le FN apparaît comme un parti sur le déclin, s'apprêtant à perdre son chef charismatique et à entrer dans une terrible guerre de succession, condamné aux échecs électoraux. C'est en tout cas ce que la bien-pensance nous incite à croire. Sauf que. D'une part, alors que la gauche modérée ne suscite pas encore la confiance des Français et que la voie proposée par Olivier Besancenot pêche par manque d'ambition (comment espérer devenir une force politique incontournable quand on rejette toute alliance?), le FN pourrait devenir un réceptacle des difficultés de nos compatriotes. D'autre part, Sarko ayant été le principal acteur politique à avoir capté cet électorat, souvent populaire et destabilisé, l'impopularité croissante du chef de l'Etat, notamment dans ces catégories de la population, peut inquiéter.
Et, quand, en plus, je lis dans la presse locale de ma région que le "FN reprend pied dans la cité (de Chauny)", l'inquiétude est encore plus grande. Voici quelques extraits de l'article paru dans l'Union, dernièrement, sous la plume de Samuel Pargneaux: "De là à dire que les grandes manœuvres ont commencé au sein du Front national chaunois, il n'y a qu'un pas. Didier Petitjean et Jean-Jacques Luisetti, sont les deux chefs file du FN local. Le premier est responsable départemental des jeunes et le second dirige la section locale de Chauny-Tergnier. Leur objectif est d'ancrer durablement leur force politique sur une ville et dans un canton (celui de Chauny) qui a enregistré de bons scores lors des dernières élections présidentielles. Et maintenant que de futures élections municipales sont en vue [celles de 2008 pourraient être invalidées prochainement par le Conseil d'Etat], le Front annonce déjà que sa liste est prête [ainsi que] les prémices d'un programme. « Si nous arrivons aux affaires, les Chaunois français seront prioritaires dans les crèches, nous privilégierons les emplois pour les Chaunois français et dans le domaine du sport il faudra que les clubs soient accessibles à tout le monde et non pas réservés à ceux qui ont de l'argent » (...) « Nous défendons une France aux Français mais nous voulons être respectables. Nous ne sommes pas des néonazis comme certains le pensent [le phénomène prend une ampleur plus qu'inquiétante dans la région, notamment chez les plus jeunes]. Ces personnes proches des courants skinheads, antisémites et racistes, ce n'est pas pour nous et ils n'ont rien à faire au Front national. Effectivement, il y a des jeunes sur Chauny qui ont des blogs sur lesquels ils racontent n'importe quoi et ce n'est pas acceptable ». Pour l'heure l'effectif de la section locale tourne autour de quatre-vingts adhérents. Les responsables estiment qu'il existe encore un « vivier » qui leur est favorable (...) Le contexte justement c'est le manque d'emplois, un pouvoir d'achat qui baisse et une certaine hostilité envers une frange de la population à savoir les Maghrébins. « Ce sont surtout les jeunes qui ne respectent pas le pays dans lequel ils sont, avec les anciens tout va très bien. Ce sont des gens que nous respectons à partir du moment où eux font pareil. Car être Français c'est pour nous une fierté. Certains sont Français quand cela les arrange » reprennent les deux militants". Un extrait que vous pouvez évidemment commenter... et qui n'annonce pas des jours meilleurs pour la démocratie française !!