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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Printemps: tous mobilisés pour les séropositifs

A Luanda, capitale de l'Angola, le pape Benoît XVI a appelé, cet après-midi, le continent africain à éradiquer... la corruption ! Très bien ! Espérons, seulement, qu'il ne préconise pas seulement, comme pour l'éradication du SIDA, les prières et le soutien spirituel aux démocrates pour qu'ils chassent les dictateurs africains, des depostes confisquant le pouvoir au profit d'un clan, voire d'une famille. Faute de quoi cette plaie, qui touche aussi sévèrement le continent noir, a encore de beaux jours devant elle. Et cela m'amène, très logiquement, à revenir sur le reportage diffusé hier soir dans Envoyé spécial, une enquête très intéressante d'Emmanuel Ostian (et que vous pouvez visionner, en libre accès, sur le site de l'émission, en cliquant ICI) au coeur du Swaziland. Ce tout petit pays d'Afrique australe, bordé par l'océan Indien et voisin de l'Afrique du sud (voir la carte ci-contre). Un pays qui a plusieurs particularités: en plus d'être le lieu d'exercice de la dernière monarchie absolue du continent (l'actuel souverain est le fils d'un homme qui a épousé 70 femmes et eu 210 enfants - ce qui ne fait guère que trois enfants par femme !), on y trouve une pratique encore très répandue de la polygamie ainsi que les pires statistiques liées au SIDA. Le pays compte 100 000 orphelins, de père, de mère ou des deux, sur un total de moins d'un million d'habitants. D'ici quelques années, le pays pourrait perdre l'intégralité de ses habitants, une partie croissante de la population étant porteuse du VIH, une part ahurissante (40%) des femmes enceintes étant séropositives... sans moyens efficaces de limiter le risque de transmission du virus à leur bébé. Bref, au Swaziland, où la Cour dépense plus du double des dépenses de santé publiques, la mortalité crève le plafond et le pays meurt lentement...
 
Le bilan de ce reportage passionnant est plus qu'alarmant: 1- la maladie ravage les campagnes comme la ville du fait des pratiques à risque engendrées par la polygamie mais aussi la progression d'un mode de vie à l'occidentale (comme le dénonce un paysan interrogé, qui considère que l'attitude des jeunes générations qui font la fête, se saoûlent et multiplient les aventures sexuelles non protégées est suicidaire); 2- face à ce fléau, les journalistes montrent très bien un déni généralisé, les proches de victimes du SIDA n'hésitant pas à parler d'un "coup de froid" qui aurait emporté celui qu'ils mettent en terre; 3- sur cette base, prospère ce qui s'apparente à un business: l'Eglise est le ciment d'une population qui ne peut combattre le mal que par les prières, la force morale et le soutien familial... faute de traitements, de moyens de prévention et d'éducation. Ainsi, parmi ceux qui viennent en aide aux orphelins du pays, on trouve des missions catholiques qui prennent en charge des dizaines d'enfants, leur offrent le gîte et le couvert... mais aussi une éducation qui semble faire défaut. Ou tout tourne autour de Dieu. Celui-là même qui aurait guérit miraculeusement celle qui, avec courage, ténacité et une honnêteté qu'on ne peut lui retirer, a créée cette structure d'accueil. Et, pendant ce temps, dans son Palais, le roi se fait dépister tous les six mois, faisant subir un test sanguin à toutes ses nouvelles épouses, qu'il choisit parmi de jeunes vierges. Celles qui, dans la croyance populaire, permettent à tout homme d'éloigner le mal ! Ou quand les superstitions permettent de se masquer la vérité ! Ce reportage, comme d'autres diffusés dans la même émission, pourrait bien recevoir une récompense quelconque, décernée à des journalistes: je prends le pari !
 
Autre émission intéressante, qui s'est attachée à décortiquer la position papale sur la lutte contre le SIDA, le dernier numéro de "C dans l'air" sur France 5 (présentée, ce vendredi, par Thierry Guerrier). Et le résumé que l'on peut en tirer est assez simple. Toute cette affaire tient en fait à la personnalité du Pape qui, contrairement à son prédécesseur, n'est ni un communiquant ni un habile diplomate... qui saurait faire passer un message plutôt conservateur pour plutôt libéral. Ainsi, Joseph Ratzinger est avant tout un théologien, un homme de dossier, qui travaille plus volontiers enfermé au Vatican, plutôt qu'un gouvernant qui s'enrichit au contact des fidèles, et du monde dans lequel il vit. Les invités de l'émission posent trois éléments d'explication: 1- Benoît XVI, dans cet avion qui l'amenait en Afrique, a délibérément voulu faire passer un message, la question du journaliste de France 2 ayant été sélectionné par l'entourage du souverain pontife pour être l'une des cinq posées au Pape au cours de ce voyage; 2- les positions de Benoît XVI montrent de manière éclatante un décalage entre la vision que porte l'Eglise, un message ancien et, pour les chrétiens, toujours moderne, et les réalités du monde du XXIème siècle. Les croyants ont tout à fait le droit de penser (et, dans une certaine mesure, ils ont même parfaitement raison) qu'il faut vivre avec un seul partenaire, se protéger contre les MST en vivant un amour sincère où le conjoint n'est pas qu'un partenaire sexuel; 3- la déclaration du Pape intervient dans un contexte qui lui est défavorable. Rappeler que le préservatif ne règle pas le problème, certes. Mais laisser penser qu'il aggrave les choses, alors qu'il s'envolait pour l'Afrique, pays ravagé par un mal contre lequel la science tente d'apporter, progressivement, des réponses, c'est plus que maladroit. Et cela prouve que le Souverain pontife vit dans une bulle et qu'il prend des positions publiques sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas toujours bien... ce qui conduit à des polémiques dans la mesure où, même si tout un chacun peut ignorer ses appels, toutes ses déclarations sont écoutées.
 
Au point que des responsables politiques ou des scientifiques, telle la dernière Prix Nobel de médecine, Françoise Barré-Sinoussi, prennent la peine de rappeler que de telles paroles, qui ne se bornent pas qu'à une dimension morale, vont à l'encontre de ce que la science prouve. Et, notamment, que le préservatif n'est pas le seul, ni le plus efficace, moyen de freiner la progression du SIDA. Sauf, qu'en attendant un vaccin, qui serait alors le meilleur de tous les moyens pour éradiquer ce fléau, le préservatif reste un des outils de lutte, parmi d'autres. Bref, faire de la prévention et lancer des campagnes de distribution restent indispensables. Répétons que seuls les traitements, encore trop coûteux pour les pays pauvres, permettent de prolonger la vie des séropositifs, de leur garantir de bonnes conditions de vie... et non les prières ou la compassion ! C'est pourquoi il faut rester mobiliser et faire pression, via des rendez-vous aussi importants que le Sidaction, sur nos dirigeants occidentaux pour qu'ils ne relâchent pas les efforts politiques et financiers pour lutter, concrètement et médicalement, contre le SIDA en Afrique. Et, si vous en avez l'envie, composez le 110 tout ce week-end pour faire un don. Ou connectez-vous sur la page d'accueil du Sidaction (en cliquant sur l'image ci-dessus).
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