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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Stop à l'infaillibilité présidentielle

Hier, presque au garde-à-vous, la majorité a renouvelé sa confiance au gouvernement Fillon alors que le chef du gouvernement engageait la responsabilité de son équipe sur sa politique diplomatique... alors que la classe politique se passionne, depuis quelques semaines, pour la question de la réintégration de notre pays dans le commandement intégré de l'OTAN. Le vote d'hier, qui a été autant commenté dans les médias qu'il était inattendu, s'est donc clôturé sur une victoire du "Oui" par 329 voix contre 238. Pour résumer, la majorité (Nouveau Centre inclus) a soutenu, à l'exception de dix de ses membres, le gouvernement: en effet, neuf députés - essentiellement des villepinistes - se sont abstenus, seul Franck Marlin, député UMP de la deuxième circonscription de l'Essonne, ayant voté "contre", aux côtés des non-inscrits (notamment François Bayrou et le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan) et de tous les élus de l'opposition. Bref, ce vote a donné lieu à une nouvelle manifestation de la fracture droite-gauche (à peu de choses près) qui, sur ce sujet, n'aurait pas du être pertinente. Or, de la manière dont le débat a été présenté, ou plutôt confisqué, par le pouvoir en place, on ne pouvait qu'arriver à ce résultat... Premièrement, en demandant la confiance sur sa politique étrangère, le chef du gouvernement contourne le problème et ne demande donc pas aux députés de se prononcer directement, et uniquement, sur le thème de l'OTAN mais sur l'avenir du gouvernement et sur la politique menée. Il n'y a qu'à écouter la déception des députés UMP qui ont le sentiment qu'on les prive d'un vrai débat sur un sujet crucial pour le comprendre. Prenez Jean-Pierre Grand, proche de l'ancien premier ministre Dominique de Villepin, critiquer la méthode du gouvernement sur France 2: "On nous dit: "si vous êtes pour le gouvernement, vous êtes pour l'OTAN et si vous êtes contre le gouvernement, vous êtes contre le retour dans l'OTAN". Mais, moi, je soutiens le gouvernement mais je suis contre le retour dans l'OTAN, mais cela, je ne vais pas pouvoir l'exprimer par mon vote". Bref, pour Fillon, digne défenseur de la ligne Sarko, circulez, il n'y a rien à voir, ni de débat de fond à faire... Dans une démocratie que l'on veut irréprochable, c'est grave !
 
Cette affaire, qui prive la société française (et les citoyens) d'une participation à un débat qui aurait pu (pourquoi pas?) être tranché par référendum, n'est en fait qu'un révélateur de cette gouvernance que je critique à intervalle régulier. Peut-être certains d'entre vous en auront-ils marre, et me répéterons que, parce qu'il déconcerte en utilisant des méthodes auxquelles on était pas habitué, Sarko réussit sa rupture. Certes. Mais, les Français l'ont-ils élu pour qu'il prenne, seul et sans aucune concertation - y compris avec sa majorité -, dans une logique de pouvoir personnel et absolu, toutes les décisions sur tous les sujets? Alors même qu'il a défendu une réforme constitutionnelle qui, paraît-il, devait facilier la co-production législative et renforcer les pouvoirs du Parlement ! A moins qu'il considère qu'un débat faussé reste un débat satisfaisant... et qu'il se satisfasse donc de voir les différents groupes parlementaires échanger leurs points de vue en envoyant successivement un de leurs représentants à la tribune de l'Assemblée pour parler devant un auditoire à moitié attentif ! Il faut dire que notre Président a pris l'habitude de tout organiser, depuis l'Elysée, allant même jusqu'à critiquer, par des propos assez violents, les positions de certains membres de sa majorité. Depuis son arrivée au pouvoir, on a en effet déjà eu l'occasion de voir des députés UMP venir au "Château" pour se faire rappeler à l'ordre (ils étaient un peu trop critiques vis-à-vis des projets présidentiels dans les médias) et recevoir la consigne officielle... en partie, parce que le président du groupe, Jean-François Copé, ne faisait pas assez bien son boulot. Lequel consisterait, pour le chef de l'Etat, à parvenir à des votes massifs, sans qu'aucune tête ne dépasse, sur les projets voulus par le président.
 
Et c'est au nom de la fin d'une hypocrisie que le chef de l'Etat ne se place plus au-dessus des partis pour être le président de tous les Français, recevant au petit déjeuner les élus UMP à intervalle régulier, intervenant dans les grandes messes de son parti pour montrer qu'il est le seul maître à bord, qu'il est le seul à pouvoir prendre une décision et que rien ne peut se faire en dehors de sa bénédiction. Vous l'aurez compris, j'ai volontairement utilisé un vocabulaire assez religieux (ici, en gras et vert): tout cela pour en venir à la notion d'infaillibilité présidentielle. Car, dans cette logique sarkozyste de tout contrôler et de tout décider, il faut ajouter le fait que seul super-Sarko semble détenir la vérité. Dès qu'il décide, il essaie de nous convaincre qu'il n'y a qu'une seule voie possible et que toutes les alternatives que ses opposants peuvent proposer sont, presque par nature, absurdes. Cela donne des phrases du genre: "si cela marchait, on l'aurait fait depuis longtemps", "si cela marchait vraiment, d'autres pays l'auraient déjà mis en place avant nous", "tout ce qui a été essayé par le passé a râté et, moi, je vais changer les choses", etc. Sa Majesté ne peut évidemment pas se tromper. Et, malgré l'ampleur des mouvements de grève ou des manifestations, il n'y a donc jamais la moindre remise en question. Dernier exemple en date: le bouclier fiscal. Certaines voix se sont donc élevées au sein de la majorité pour dire que, dans le contexte de crise actuelle, qui frappe durement les travailleurs qui se lèvent tôt (et qui, à Clairoix, à Amiens et maintenant à Dijon, n'auront plus à se lever tôt... à moins d'un rendez-vous au Pôle emploi), il serait temps que la solidarité nationale joue. Que les hauts revenus, favorisés par un bouclier déjà contestable, puissent eux aussi mettre la main à la poche. Cela donne une proposition de plusieurs élus UMP: suspendre l'application de ce bouclier pour l'année 2009.
 
La réponse présidentielle? "Je n'ai pas été élu pour augmenter impôts". Bref, le débat est clos. Et on en revient toujours au même point: M. Sarkozy a été élu pour cinq ans en 2007. Il en a pour jusqu'en 2012, minimum. D'ici-là, fort de l'onction du suffrage universel, nul besoin de consulter la majorité, les partenaires sociaux, les Français par référendum. Il croit avoir les mains libres pendant cinq ans sans se remettre en cause. Mais n'est-ce pas là l'attitude de ses prédécesseurs qui affichaient, dans le discours, ne pas vouloir reculer? Et n'est-ce pas dangereux de ne pas adapter sa politique en fonction des circonstances? Dans une interview donnée à France Info, l'ancien premier ministre, D. de Villepin, défendait l'idée de suspendre l'application du bouclier fiscal, qu'il a lui-même initié du temps de J. Chirac (et qu'il qualifie toujours comme une mesure de "justice fiscale"), au nom d'une certaine "justice sociale". Bref, modifier les priorités et les objectifs en fonction du contexte. Or, définir des priorités, mener des arbitrages et veiller à l'intérêt collectif (et non défendre coûte que coûte ceux d'une poignée de contribuables), c'est la définition même de la politique ! Mais, en Sarkozie, il n'y a donc que la bonne parole présidentielle qui compte. Et le président ne peut qu'être conforté dans son erreur du fait de l'idiotie de certains de ses proches: le porte-flingue (pardon, porte-parole !) de l'UMP, Frédéric Lefebvre, un sarkozyste pur jus qui relaie la bonne parole sans aucune nuance, n'est-il pas allé jusqu'à balayer d'un revers de main, par une formule plus que maladroite (dont je n'ai pas retrouvé la teneur exacte), les critiques de ses collègues du même parti? Dès lors, si même certains députés, parmi les plus médiatiques, acceptent le baillon qu'on leur tend pour se l'appliquer à eux-mêmes, on est perdu. Et cela donne un débat verrouillé, où les voix discordantes sont décrédibilisées...
 
Ainsi, au nom d'un certain pragmatisme, qu'ils ressentent dans leurs circonscriptions au contact de Français qui ne ressentent pas les effets des mesures soi-disant sociales prises par le gouvernement, certains élus de la majorité demandaient que, symboliquement, des choix courageux (qui nécessitaient une sorte de pause dans la rupture) soient faits. Symboliquement, suspendre le bouclier fiscal, c'est atténuer le mécontentement du Français non imposable, tout juste SMICard, dont l'emploi est menacé. Symboliquement, abaisser la TVA dans la restauration et mener le débat sur l'intégration de l'OTAN n'apparaissent pas comme des priorités absolues... qu'il aurait peut-être fallu repousser à plus tard. Sauf que, pour notre président, être présent sur tous les fronts, ouvrir de nombreux dossiers, c'est occuper l'espace médiatique, donner l'impression que les choses changent et essayer le noyer les Français sous les informations. Il en va de cette logique lorsque, en déplacement à Grigny hier, il a annoncé la création de nouveaux délits, et des sanctions pénales qui vont avec, pour les jeunes délinquants qui sévissent, en bande, dans les banlieues et plus particulièrement aux abords des établissements scolaires. Récupérant ainsi l'émotion suscitée par l'expédition d'un groupe de jeunes dans le lycée de la ville, où des dégradations ont été commises, en plus de blesser plusieurs lycéens, le chef de l'Etat continue à pratiquer cette inflation législative qui a marqué le début de son mandat. A chaque problème sa solution: une taxe, une commission ou une nouvelle loi. Et, pendant ce temps, les députés sont noyés sous les projets, se contentent d'enregistrer les décisions présidentielles pour ne pas passer trop de temps à examiner en profondeur chacun d'eux... et le Français moyen a l'impression que les choses changent. Dès lors, si certains se félicitent, comme Nicolas Beytout (des Echos) de cette masse de travail abattue par le chef de l'Etat (la quantité de projets de lois semblant, pour lui, synonyme d'efficacité gouvernemantale !), d'autres comprennent, au quotidien, que cela ne change rien à leur quotidien. Ils l'ont d'ailleurs manifesté ce jeudi.
 
Une fois n'est pas coutume: depuis que sa chronique est sur-médiatisée, j'écoute fidèlement, via Dailymotion, les billets que propose, chaque matin sur France Inter (du lundi au mercredi à 7h55) l'humoriste Stéphane Guillon. Hier, il évoquait justement la question du bouclier fiscal (en égratignant au passage M. Lefebvre): je vous laisse l'écouter... en espérant que cela nourrisse votre réflexion. Et vous incite à poster un commentaire en réaction à cet article !

Gad Elmaleh pour le bouclier fiscal !
envoyé par franceinter (Source: site Internet de Dailymotion)
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