Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

Publicité

Benoît XVI et le SIDA: le débat

Depuis hier, les propos du Pape Benoît XVI, qui a commencé une tournée en Afrique - une des premières étapes de son voyage, ajoutée à la dernière minute à son programme, a consisté à visiter un centre traitant des malades séropositifs -, suscitent un débat aussi passionné que polarisé. Des porte-paroles d'associations, d'organismes internationaux ou de gouvernement ont multiplié les communiqués faisant état d'une inquiétude ou d'une profonde incompréhension. Il faut dire qu'en considérant que le préservatif n'était pas une solution pour lutter contre le SIDA, et qu'il fallait lui préférer l'abstinence et la fidélité, le Pape va à l'encontre de ce que dit la science. Certes, le préservatif n'est pas la solution miracle contre cette maladie mais, comme le disait sur France 2 un prêtre travaillant auprès des jeunes vagabonds de région parisienne, il reste un outil nécessaire mais pas suffisant pour freiner la propagation du virus. Ce matin, je vous propose de relayer certains des très nombreux messages postés sur le site de France Info par les Internautes qui ont choisi de participer à un forum sur ce thème. Si l'on met de côté certains propos très violents, souvent excessifs et parfois inquiétants (racistes, souhaitant la mort du Pape ou demandant le jugement de Benoît XVI pour crime contre l'humanité), deux visions s'opposent: ceux qui considèrent que le Pape est, en tant que chef de l'Eglise catholique, dans son rôle car il ne fait qu'en rappeler le dogme; et ceux qui, y voyant un personnage public dont la voix est écoutée dans le monde, au-delà des appartenances religieuses, dénoncent des propos contraires à l'intérêt général et au bon sens.
 
Ainsi, dans con commentaire, D. Auzière s’attache à rappeler les propos exacts du Souverain pontife. A la question qui lui était posée, sur la possibilité que Benoît XVI affronte le thème du SIDA et des supposées positions irréalistes de l’Eglise à ce sujet, le Pape a répondu : « Je dirais le contraire : je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est précisément l’Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes réalités. Je pense à la Communauté de Sant’Egidio qui accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, aux Camilliens, à toutes les religieuses qui sont à la disposition des malades... Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n’y met pas l’âme, si on n’aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’augmenter le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l’un avec l’autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de renouveler l’homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester présents dans les situations d’épreuve. Il me semble que c’est la juste réponse, et c’est ce que fait l’Eglise, offrant ainsi une contribution très grande et importante ». Et cette auditrice d’ajouter que « 25% des structures prenant en charges les malades du Sida en Afrique dépendent de l’Eglise catholique, de mouvements ou ordre religieux membres de celle-ci ». Bref, pour ceux qui soutiennent le Pape - dont le discours intégral est en effet bien plus mesuré que les quelques extraits que les médias ont bien voulu livrer à leur public -, le rôle d'un chrétien est de dénoncer l'usage du préservatif qui anéantit la pureté de la relation morale entre un homme et une femme... et, dès lors, de faire preuve de compassion avec ceux qui contractent le virus. Sauf que, dans les faits, les infirmières des dispensaires chrétiens présents en Afrique incitent au port du préservatif, dont elles savent qu'il est un moyen utile, bien qu'imparfait, pour les populations vulnérables. Sauf que, jusqu'à preuve du contraire, ce sont les traitements anti-rétro-viraux qui permettent de prolonger la vie des séropositifs et de retarder le déclenchement du SIDA... et non les prières !
 
Parmi ceux qui défendent le Pape, on trouve aussi des partisans d'une manipulation des médias bien-pensants qui auraient monté, de toute pièce, ce scandale pour s'en prendre à la personne de Benoît XVI. Mais, on trouve aussi, sur ce forum, des intervenants qui, tout en réaffirmant leur foi, prennent leurs distances avec les propos papaux: « 
L’apôtre Paul déconseille la sexualité hors mariage, mais il est écrit nulle part que Dieu souhaite la maladie et la mort pour tous ceux qui pêchent, de quelque manière que ce soit. Au contraire, si Dieu déteste le pêché, il aime les pêcheurs. Condamner l’usage du préservatif, c’est condamner le "pêcheur" à mort. "NE JUGE PAS SI TU NE VEUX PAS ETRE JUGE". Qui sont ceux qui jugent coupables ceux qui ne pratiquent pas l’abstinence. "QUE CELUI QUI N’A JAMAIS PECHE JETTE LA PREMIERE PIERRE." Le seul pêché mortel pour Dieu, c’est adorer des faux dieu. La base du christianisme c’est le pardon. C’est pourquoi je pardonne au pape ces propos, et je prie pour que Dieu l’éclaire » (Timothe qui se présente comme chrétien évangéliste) ou encore « Je suis chrétienne, femme de pasteur, et j’aimerais qu’on ne réduise pas les chrétiens à l’Eglise catholique. Le point de vue du pape est celui d’un catho, pour qui la sexualité est forcément liée à la reproduction. L’Eglise catho est contre toute méthode de contraception : un enfant qui naît dans une famille de cathos est d’emblée catho : ça grossit les statistiques. Pour d’autres chrétiens, non cathos, la sexualité est donnée par Dieu pour le plaisir mutuel du couple et est dissociée de la reproduction. C’est notre responsabilité de chrétiens que de maîtriser notre fécondité et d’utiliser tous les moyens pour éviter la propagation d’épidémie telle que celle du sida. Enfin, être chrétien c’est d’abord et avant tout suivre le Christ et non pas une personne qui est tout sauf infaillible (...) Le préservatif ce n’est pas LA solution idéale et unique mais un moyen relativement efficace de limiter la propagation des MST. Je suis fière d’être chrétienne mais je ne voudrais pas qu’on croit que tous les chrétiens sont cathos et que Mr Ratzinger parle pour tous les chrétiens » (Joce 34).
 
Autant de messages qui vont dans le sens d'une dénonciation d'une dérive réactionnaire ou ultra-conservatrice dont le pape Benoît XVI serait le représentant, au sein de l'Eglise catholique. Une dérive que les auditeurs, choqués par ces propos, s'empressent par ailleurs de dénoncer, l'expliquant par le fait que le Pape est sans doute déconnecté des réalités de son siècle: « 
Avez-vous déjà réfléchi à ces mots "Dieu est amour"... Alors pensez-vous que Dieu préfère voir mourir ou vivre des gens ? Pensez-vous que l’un de ses soi-disant représentants puisse se permettre de prendre une position qui aille à l’encontre de la sauvegarde de la vie ? Que l’abstinence, la fidélité... soient des valeurs morales séculaires que l’Eglise souhaite ancrer n’est pas critiquable. Ces valeurs sont individuelles, mais là on parle d’un problème global qui touche des gens de cultures, obédiences religieuses, instructions très différents à travers le monde. Il ne s’agit pas d’une affaire privée, mais bien d’une logique globale. Le pape en tant que chef religieux peut éventuellement décider de donner telle ou telle orientation au discours au sein de son Eglise, mais en aucun cas il se doit en tant que chef d’Etat et personne publique évangéliser une parole aussi litigieuse... Qui, de surcroît, met en danger la vie ! » (Lolo) et, pour un autre contributeur (Patrick), « N’oublions pas que le pape est avant tout un chef d’Etat qui a passé toute sa vie surprotégé dans sa sphère, comme tous les chefs d’Etat de ce monde d’ailleurs. Partant de ça, comment voulez-vous qu’il connaisse la vraie vie que nous vivons tous ? Donc rien d’étonnant qu’il sorte de telle énormité... Comme le font tous les chefs d’Etat de ce monde... ».
 
Enfin, il y a ceux qui, au-delà du débat à coloration religieuse, replace la question de la lutte contre le SIDA dans un autre contexte: « On peut être touché par la connerie aussi mais pour les sages qui savent que même le simple d’esprit peut dire la vérité parfois. Alors, pour une fois que le pape touche au fond du problème, car le problème vient du vaccin, ce qui peut guérir le sida, mais pas le préservatif, mais c’est une question de gros sous alors il vaut mieux filer des préservatif aux pauvres. Ca coûte pas cher et pendant ce temps les lobbies du médicaments sortent leur traitement au lieu de trouver le vaccin. Un malade du VIH dépense 1750 € de médicaments pour trois mois sans parler des médecins qui vont avec » (Richard), mais aussi « Le pape, et c’est toute l’ironie de cette histoire, a raison : le préservatif ne permet pas de combattre le SIDA tout au mieux il permet de contenir la propagation de l’épidémie. De la même manière, que l’abstinence prônée par les autorités papales, ne permet pas de guérir du SIDA... construire une digue par les moyens que l’on veut, pour empêcher la propagation soit ! Mais quid des millions de personnes déjà atteintes ? Recentrons plutôt le débat sur la recherche et sur les soins aux malades pour guérir cette pandémie, plutôt que de se chamailler sur le meilleur moyen de limiter les dégâts ! » (Anana). Je souhaitais finir par ces deux réactions car je les trouve mesurées et d'autant plus intéressantes qu'elle posent les vraies questions. Les propos du Pape doivent, en effet, nous inviter à réfléchir sur la manière de lutter efficacement contre cette épidémie, qui frappe toujours aussi durement les pays pauvres, notamment africains. Dès lors, faisons confiance à la science et, pour éviter que de tels propos se propagent, donnons les moyens à nos scientifiques de trouver ce vaccin qui constituerait la solution définitive au problème. Mais, trouver un vaccin va nécessiter du temps (entre les tests, les autorisations de distribution, les évaluations par les instances de veille sanitaire...). Or, en attendant d'y parvenir, seules la prévention (par l'école et par nos ONG, en Afrique) et l'incitation à utiliser le préservatif, comme le rempart actuellement le plus efficace (bien que faillible), doivent guider nos efforts pour freiner la propagation de ce mal !
 
A noter dans vos agendas: la diffusion, dans l'émission "Envoyé spécial", ce soir à partir de 20h35, d'un reportage qui s'annonce passionnant. Intitulé "Swaziland, le virus en son royaume" et réalisé par E
mmanuel Ostian et Gilles Jacquier, il aborde ce problème du VIH en Afrique et montre, justement, que la compassion et la prière pour les malades est loin de suffire. Sur son site Internet, France 2 propose ce résumé: "A l’occasion du 15ème Sidaction, Envoyé spécial propose un reportage tourné dans le pays le plus touché au monde par le Sida, le Swaziland. Le Swaziland, un petit royaume de moins d’un million d’habitants coincé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique. Là-bas, près d’un jeune adulte sur deux est touché par la maladie, et le pays perd chaque année des dizaines de milliers d’habitants. Mais ce qui est frappant, c’est que le roi, polygame et seul maître à bord, ne fait rien pour combattre le virus. La maladie reste honteuse, elle est cachée, niée, les services médicaux ne fonctionnent pas et des dizaines d’églises évangéliques vendent l’espoir d’une guérison par la parole de Dieu. Bref, un pays qui disparait lentement mais sûrement, dans l’indifférence générale". Bref, un document à ne pas manquer...

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article