Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
14 Décembre 2008
Il la lui fallait, cette dernière victoire, avant de rendre les armes: Nicolas Sarkozy peut s'enorgueillir, à juste titre d'ailleurs, d'avoir permis de trouver un accord sur le "pacte énergie-climat" (photo), l'un des piliers de cette présidence française de l'Union qui aura vu se multiplier les initiatives du président français. Activisme qui a agacé plus d'un de nos partenaires, mais qui a débloqué nombre de dossiers pour lesquels des décisions, même minimales, ont été prises. Car, et c'est ce qui fait le charme tant de l'UE que de la diplomatie en général, aucune décision ne peut satisfaire pleinement un des Etats membres. Toute décision, prise à l'occasion d'un Conseil européen (réunissant chefs d'Etat et de gouvernement pendant quelques heures à Bruxelles), ne peut qu'être le socle commun qui regroupe le compromis minimal auquel les 27 adhèrent sans réserve. Rien n'empêchant, ensuite, chacun des Etats à aller plus loin dans le domaine concerné et à mener une politique qu'il juge plus audacieuse. L'important étant que, sur des sujets d'envergure, une philosophie, des objectifs et des moyens communs soient dégagés pour permettre des avancées certaines... qui fassent du projet européen un projet vivant, concret, dont les citoyens de l'Union peuvent se sentir fiers.
Or, à écouter la plupart des médias, on ne peut que se réjouir de la conclusion de cet accord qui entérine les principaux objectifs en matière de développement durable, la plus importante étant le maintien de la baisse de 20% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020. Rien de plus que le dernier accord. Mais aucun Etat n'a fait entrave à cet objectif qui place l'Europe à l'avant-garde de la lutte contre le réchauffement climatique... en attendant de voir ce que l'administration Obama s'apprête à décider dans ce domaine. Et ce que l'on retiendra également de ce sommet, c'est que notre président a imposé à ses partenaires sa vision dans ce domaine. Comme il avait réussi à le faire, à travers l'action de l'Auvergnat Brice Hortefeux qui - tout en réhabilitant la ville auvergnate de Vichy en y organisant une réunion du Conseil de l'UE avec les ministres en charge des questions d'immigration - était parvenu à faire de la politique d'immigration choisie française la base de réflexion du "Pacte sur l'immigration" adoptée au cours de ce semestre. Cette fois, ce sont les grandes lignes et l'esprit du Grenelle de l'environnement, même si celui-ci va nettement plus loin, qui a servi de point de repère aux discussions de la semaine dernière. Et force est de constater qu'en matière de négociation, à l'échelle européenne, où il doit faire face à des partenaires exigeants, Sarko fait preuve d'une habileté et d'une détermination qui a permis à notre pays de revenir sur le devant de la scène européenne.
Une performance que le premier ministre, François Fillon, attribue à Jean-Pierre Jouyet, désormais président de l'AMF (l'Autorité des Marchés Financiers, "gendarme de la bourse" selon l'expression consacrée) et ancien secrétaire d'Etat aux affaires européennes qui a quitté ses fonctions dernièrement. Cet hommage appuyé, salué également par la gauche, a eu lieu lors d'un débat sur le déroulement et les objectifs du Sommet de Bruxelles, à l'Assemblée nationale, mercredi après-midi à la place de la traditionnelle séance de questions au gouvernement. Séance mouvementée qui a commencé avec des manifestations de mécontentement du groupe socialiste, lequel reprochait aux députés UMP de n'être pas venus en nombre (il est clair que les rangs de la droite était plus que clairsemés) pour écouter ni François Fillon, lire un discours disponible sur le site du gouvernement, ni les différentes intervants représentant chaque groupe (pour des déclarations de dix minutes assez peu passionnantes), les socialistes dénonçant notamment l'absence de Jean-François Copé, président du groupe... alors même que le pauvre premier ministre essayait de faire comprendre à quel point ce dernier rendez-vous de la présidence française de l'UE était important. Comment faire passer ce message quand trois quarts de ses propres troupes ne sont pas là? Difficile. Mais passons. Le premier ministre a saisi l'occasion de ce débat pour saluer Jean-Pierre Jouyet dont il s'agissait de la dernière apparition avec son départ. Or, le nom de son successeur pouvait revêtir une certaine importance: alors que Rama Yade semblait avoir des vues sur ce ministère (elle ne l'a pas obtenu après son refus d'être tête de liste aux européennes malgré l'injonction et l'insistance de Sarko !) et que Patrick Devedjian a déjà eu droit à son maroquin, c'est finalement Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matingon, qui en a hérité.
Mais, revenons au compromis sur le climat. En examinant à présent les critiques qui lui ont été adressées. Notamment de la part de José Bové qui, en plus de rappeler le fait que Sarko veuille tirer seul les bénéfices de ce résultat (dont il a une part pourtant non négligeable), dénonçait un accord plus que minimal, ne contenant aucune avancée supplémentaire par rapport aux précédents compromis et, surtout, faisant la part belle aux lobbies des industries les plus polluantes. Il est vrai que le texte final prévoit deux exemptions: l'une à destination de pays qui menaçaient de s'opposer au texte, comme l'Italie ou la Pologne, qui disposeront d'un délai supplémentaire pour parvenir aux objectifs pré-cités (ce qui crée une très inopportune inégalité entre les Etats, selon le poids qu'ils pèsent dans les négociations !); l'autre à destination des industries les plus polluantes, de ces mêmes pays, comme dans le charbon en Pologne, et qui ne sont pas non plus contraintes de payer immédiatement les droits à polluer qu'impose le texte aux autres secteurs d'activité. Ces entorses, en plus de manifester l'influence de lobbies puissants auxquels nos dirigeants ne savent pas dire non, n'entament cependant pas le fait que 27 pays se sont mis d'accord sur des objectifs à atteindre. Et je le répète, même minimal, tout accord rassemblant autant de pays (surtout en allant dans le bon sens) ne peut qu'être une avancée dont il faut se féliciter.
Et pour finir, j'aimerais (une fois de plus) relayer la thèse développée par Marianne, dans un très intéressant dossier, à propos de la place des femmes dans cette révolution écologiste en cours. Thèse selon laquelle l'écologie "renverrait les femmes à la maison", organisant un gigantesque retour en arrière, une régression sociale dont les féministes déplorent l'ampleur. L'explication est simple: en raison des scandales sanitaires à répétition (dont les productions notamment chinoises sont à l'origine) et en jouant la carte durable (avec couches lavables, allaitement et accouchement à domicile à la mode), les femmes quittent de plus en plus le monde du travail pour consacrer davantage de temps pour élever leur enfant. Et les politiques mises en place par les différents gouvernements (congés parental, allongement de sa durée, création et augmentation de certaines primes) accélèrent le phénomène, dont on pourrait se dire qu'il est une bonne chose. En créant un lien privilégie avec l'enfant, en le nourrissant le plus naturellement possible, en ne profitant plus de ces produits qui facilient leur vie et - accessoirement - en préservant la planète, ces nouvelles générations de mères au foyer perdent leur indépendance. Et, parce que celles qui choisissent cette option sont bien souvent celles qui gagnent l'équivalent d'un SMIC à temps partiel (d'un montant tout juste supérieur aux diverses allocations), ce processus fragilise encore davantage les plus modestes, en les rendant par ailleurs financièrement dépendantes de leur mari. Bref, "l'allaitement, c'est l'assignation à résidence des femmes. C'est un retour au début du XXème siècle et une annihilation de tous les progrès réalisés depuis quarante ans" tempête la philosophe Elisabeth Badinter. A méditer...