Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
2 Décembre 2008
Avant d'entrer dans la vie active, je n'avais qu'une vague idée de ce que sont les prud'hommes, cette institution dont l'audience médiatique semble aussi faible que le taux de participation qui marque les scrutins prud'homaux. Et je viens d'apprendre que, comme de nombreuses institutions nées de la réflexion que la Révolution française a engendré dans notre société, les prud'hommes - qui existaient déjà sous l'Ancien Régime - ont été consolidés par Napoléon en 1807. Comme le Code civil, comme le divorce ou encore comme les lycées, l'empereur a été à l'origine de progrès sociaux et sociétaux indéniables... qui se ressentent encore aujourd'hui. Or, les prud'hommes peuvent constituer une instance d'autant plus importante qu'elle apporte une partie de la réponse aux attentes des Français. Alors que ceux-ci peuvent se plaindre de voir certains de leurs droits remis en cause par la politique du gouvernement, ils ne se déplacent massivement pas pour élire celles et ceux de leurs représentants qui, dans le cadre de ce conseil, défendront les droits dont ils disposent encore aujourd'hui. Comment expliquer ce paradoxe? Par un manque d'information? Pas véritablement, dans la mesure où les spots gouvernementaux, diffusés ces derniers jours à la radio et à la télévision, ont diffusé l'information et rappelé les enjeux de ce vote.
Le premier d'entre eux étant, comme le rappelle le site spécial mis en place par le gouvernement, de garantir "une relation juste entre salariés et employeur (...) en faisant respecter le droit du travail". Il semble donc illogique que les salariés se désintéressent de ce vote et, en cas de litige (notamment sur les licenciements abusifs alors qu'aucune législation plus contraignante n'existe), se tournent vers cette instance pour faire respecter leur statut. Or, comme je suis sensé l'apprendre à mes élèves, être citoyen, c'est avoir à la fois des droits et des devoirs: la responsabilité de tout salarié, qui souhaite pouvoir bénéficier de l'aide des prud'hommes pour faire respecter ses droits, doit aussi comprendre que l'un de ses premiers devoirs est de donner aux conseillers qu'il va devoir élire la légitimité nécessaire pour que cette institution soit efficacement préservée. Sans compter qu'au-delà des prises de position idéologiques des listes proposées, une autre considération - selon moi - doit entrer en ligne de compte dans le choix des électeurs. Le vote se déroulant au scrutin de liste proportionnel à un tour, il faut prendre garde à accorder nos suffrages à des listes représentatives... à la fois de la diversité et des territoires. C'est le moment où jamais ! Or, à l'occasion du vote professionnel dans l'Education nationale, à la veille de l'élection des conseillers prud'homaux, j'hésitais entre deux listes portant des valeurs et des aspirations qui m'intéressent tout particulièrement. Parce que l'une d'elles contenait les noms de candidats venus de toutes les académies, avec la juste représentation qui doit être celle des territoires d'Outre-mer, j'ai voté pour elle. Et cela prouve que, même en dehors des élections à enjeux plus forts, il est possible de véhiculer les grands principes auxquels chacun d'entre nous est attaché. Bref, une occasion à saisir !
Complément au 4/12: le résultat des élections prud'homales sont donc tombées ce matin. Sans suspense, la principale gagnante reste l'abstention, au point que la participation - tout juste 25% des ssalariés - recule par rapport au dernier scrutin. Pour ce qui est des résultats, une conclusion principale peut être tirée de ce vote: ce sont les tendances les plus alternatives qui progressent le plus. Ainsi, chez les syndicats de salariés, celui qui est jugé le plus réformiste - connu pour son acceptation du plan retraite de François Fillon en 2004 -, à savoir la CFDT, recule le plus... au profit de la CGT et de FO qui sont les plus virulents contre la politique sarkozyenne. Et, côté patronal, si le MEDEF continue de dominer le paysage patronal (avec ses listes d'union receuillant 72% contre 80% en 2002), les employeurs de ce que l'on appelle "l'économie sociale" enregistrent une très belle poussée, de 11 à 19% des votes.
Or, le jour même de l'annonce de ces résultats, outre le fait que Xavier Bertrand déplore le fort taux d'abstention - qu'il va falloir résoudre -, Nicolas Sarkozy a par ailleurs fait l'annonce d'un nouveau plan pour faire face à la crise. Et, si cette fois il est bien question d'un plan de relance de l'économie, le président poursuit sur sa lancée: ce matin, il a tout simplement annoncé une pluie de milliards d'€uros (26 supplémentaires !), de primes (à la casse, pour les bénéficiaires du RSA ou encore le doublement du plafond du prêtà taux zéro pour l'accession à la propriété) et enfin d'exonérations sociales (sur un an pour les nouvelles embauches des PME). Bref, un retour aux vieilles recettes (celles mise en place, temporairement, par ses prédécesseurs avec lesquels il voulait pourtant rompre...) pour mener une politique de l'offre qui, comme le souligne le PS, néglige le problème de la demande (c'est-à-dire le pouvoir d'achat des consommateurs). Comme souvent, Nicolas Sarkozy - qui continue d'annoncer lui-même, tel le sauveur - agit donc sur le court terme (en utilisant des leviers temporaires sans profiter de la situation pour mener des réformes de fond, alors même que le gouvernement transforme chaque opportunité comme le signe d'une volonté d'accélérer les réformes...) et ne pense pas à une réponse globale. Comment peut-on espérer, dans une économie tournant grâce à deux moteurs, chacun relié à un levier (l'innovation d'un côté et la consommation de l'autre), relancer la machine en ne tirant que sur un levier et en faisant porter tous les efforts (pour renouer avec la croissance) sur un seul de ces moteurs? C'est clairement insuffisant !