Vous avez bien lu le titre de cet article. Certes, George W. Bush laisse à son successeur, en l'occurence Barack Obama, un pays à reconstruire... mais, il laisse aussi une droite américaine en (très) grande difficulté. Car, la défaite de John McCain (qu'il souhaite endosser seul) est aussi celle d'une idéologie, en l'occurence, néo-conservatrice, dont il n'était pourtant pas le meilleur représentant mais à laquelle il était associé. Son statut de membre du parti du président sortant l'a fortement pénalisé et tous les efforts qu'il a déployé pour s'en éloigner, rappelant ses désaccords passés et insistant sur la rupture future qu'il voulait incarner, n'auront pas suffit. Et, même si sa défaite ne s'explique pas uniquement par ce lourd héritage à supporter (le contexte économique y aura été également pour beaucoup), il n'en demeure pas moins que son échec marque la faillite de tout un camp. Un peu comme la défaite de Lionel Jospin en 2002 avait révélé la faillite d'un socialisme français ne reniant ni le libéralisme économique (avec les privatisations des années 1997-2002), ni le système capitaliste qu'il n'a pas combattu. Cinq ans après, n'étant pas non plus liée directement à ce socialisme-là, faisant campagne pratiquement hors de son parti, Ségolène Royal n'a pas - non plus - pu éviter la défaite de 2007... Bref, c'est une droite à reconstruire dont héritent les républicains américains, au moment même où le parti démocrate raffle la présidence et la majorité dans les deux chambres, ayant les mains libres pour mettre en place un programme auquel les électeurs ont massivement adhéré. Non par rejet d'autre chose, mais pas adhésion volontaire et enthousiaste à une promesse de changement !
Et la tâche s'annonce d'autant plus complexe que les républicains se retrouvent sans idéologie ni leader. Après huit années de bushisme, le moins que l'on puisse dire est que le camp républicain, qui s'est donné à un vétéran plutôt modéré, parce qu'il incarnait - pour les électeurs républicains qui ont participé aux primaires - cette rupture qu'ils espéraient, n'a plus d'idées. Si l'on met de côté le plan économique de McCain (surtout pas de hausse d'impôts ni d'interventionnisme de l'Etat) qu'il a bricolé à cause du contexte de crise tout avouant ne rien y connaître, et qui reflète l'ultra-libéralisme de la droite américaine, les républicains n'ont plus d'armes pour reconquérir leur électorat traditionnel et ces millers de modérés qui ont contribué à la victoire du démocrate. En matière extérieure, le bellicisme contre les ennemis de l'Amérique ne prend plus et le patriotisme dégoulinant ne rassure plus les familles dont les enfants sont partis se faire tuer dans des pays, à l'autre bout du monde, que les citoyens ne savaient pas localiser sur une carte. En matière sociale, si ce n'est le désengagement de l'Etat, les républicains sont incapables d'apporter des réponses nouvelles aux problèmes quotidiens d'Américains qui rejettent les vieilles recettes qui ont échoué. En matière environnementale, la lutte pour l'indépendance énergétique - pour freiner la dépendance du pays vis-à-vis de certains de ses ennemis, alliés économiques de circonstance - en renforçant la production nationale ne convainc pas des électeurs qui veulent des réponses de long terme, capables de préparer l'avenir de leurs enfants. Bref, tout ce qui fait l'audace et la modernité des propositions démocrates, en phase avec les évolutions de la société, n'existe pas dans l'autre camp.
Il faut dire que le "à droite toute" de George W. Bush, qui n'a réalisé sa politique que sous la pression des lobbies industrielles - qui ont massivement financé ses campagnes - et de la religion, a fait perdre aux républicains leur base centriste. L'influence des néo-cons et des évangélistes sur l'administration Bush a contraint le président sortant à mener une politique d'extrême droite. Au sens américain, bien sûr. Si bien que, par rejet du bushisme, les démocrates ont tenu un discours de gauche - légitimé par la crise financière - tout en reconquérant les électeurs centristes et les classes moyennes abandonnées... qui les a mené à la Maison-Blanche. Et, malheureusement pour le camp républicain, John McCain, pourtant modéré mais qui a du droitiser son discours pour garder les plus fidèles de ses électeurs, n'a pas pu (ou su?) renouveler l'idéologie d'une droite américaine épuisée. Et, s'il on ajoute à cela l'absence d'un leader qui, après le départ d'un Bush de plus en plus contestée et la retraite probable du candidat malheureux (âgé de 72 ans), on mesure le chemin qui reste à parcourir pour la nouvelle opposition... Or, dans ce contexte, une personne émerge: Sarah Palin. Mis en avant sur la scène nationale, vantée pour ses réussites comme gouverneur et gestionnaire d'un Etat, elle est le nouveau visage des conservateurs. Plébiscitée par les femmes conservatrices du pays, qui se réjouissaient à l'idée de la voir devenir vice-présidete, sa vision traditionnelle de la société, de la famille et de la nation font d'elle l'icône d'un républicanisme que son jeune âge et son éloignement de Washington permetteraient de renouveler. Et malgré le fait qu'elle ait été sifflée par une partie des supporters de son colistier, lors du discours de celui-ci reconnaissant sa défaite, elle l'affirme sans détour: elle se sent prête, forte de cette campagne présidentielle, pour postuler à la présidence en 2012, considérant qu'elle n'avait aucune repsonsabilité dans la défaite de son parti. S'agit-il d'une bonne nouvelle? Même si je ne partage aucune de ses idées et que son accession à la vice-présidente m'effrayait d'avance, il faut bien reconnaître qu'elle est peut-être l'une des personnalités capables de répondre aux attentes de son électorat, afin de permettre au parti républicain de se reconstruire. On lui souhaite bon courage !