Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
7 Novembre 2008
Cette fois, y en a vraiment marre ! Et je vais faire un heureux: ce coup de gueule, ce sont les "journaleurs de merde" qui vont en être les victimes. Jeudi soir, pour évoquer le vote des militants socialistes, Jeff Wittenberg (celui qui suit l'actualité du PS pour France 2) affirme en direct de la rue de Solférino: "Il est fini le temps où François Hollande était réélu presque mécaniquement. Ce soir, le résultat s'annonce bien plus serré, avec peut-être des scors de quasi-égalité entre les trois prétendants à sa succession: Bertrand Delanoë, donné favori mais qui a souffert de son statut, Ségolène Royal, plébiscitée il y a deux ans pour être la candidate du PS, ou Martine Aubry, qui a fait un bon retour cette année, ainsi que Benoît Hamon, qui représente l'aile gauche du PS". Et, le lendemain, en ouverture de son excellente émission "C dans l'air" sur France 5, le non moins excellent Yves Calvi de résumer ainsi la situation: "C'est donc Ségolène Royal qui remporte le vote des militants socialistes, mais à gauche du parti, on note le bon score de l'euro-député Benoît Hamon". Et, bien non, ni Ségolène Royal, ni Benoît Hamon ne sont les vainqueurs de ce vote... tout simplement parce que le vote en question portait sur les motions dont ces personnalités étaient les premiers signataires. Donc, en allant voter dans ma section, je n'ai pas glissé un bulletin portant un nom, mais un bulletin où il fallait choisir une ligne politique, un programme d'idées et non une personne !
Le choix du premier secrétaire se fera dans deux semaines, les jeudi 20 et vendredi 21 novembre, dans la semaine qui suivra le Congrès de Reims au cours duquel une majorité pourrait se dessiner pour conduire le parti dans les prochaines années. Et là encore, même si ce sont ces personnalités ou leurs lieutenants qui discutent entre eux, c'est sur des idées, des programmes, des orientations que les débats vont porter... afin de dire à l'opinion quelle idéologie le Parti va désormais défendre. Or, tout au long de cette campagne interne, dont les médias ont globalement très mal rendus compte - entretenant l'idée que ce Congrès n'est qu'une bataille de personnes -, les affrontements sur des points importants de ce qu'est aujourd'hui le socialisme ont eu lieu. Les réunions tenus par les représentants départementaux de chaque motion, les débats entre ces mêmes représentants au sein des sections (même les plus modestes !), ont permis de voir émerger deux lignes politiques, paradoxalement unies sur le diagnostic et les principales réponses à apporter, mais différentes sur des sujets aujourd'hui moins débattus (immigration, politique étrangère, par exemple). Ces deux lignes ont été les deux gagnantes du vote de jeudi: d'un côté, la voie Royal de centre-gauche et de l'autre, l'aile gauche incarnée par Benoît Hamon qui ont, toutes deux, réalisé des scores inattendus, la première arrivant en tête et la seconde réalisant sa plus belle percée. Bref, le débat d'idées - dont on ne peut pas dire qu'il soit aussi fort au sein d'une UMP vérouillée par le culte du chef - a été fructueux et intense.
Et, dans leurs commentaires, les invités d'Yves Calvi (Jean-François Kahn, l'excellent Renaud Dély de Marianne, et deux professeurs en science politique spécialistes de la gauche) ont fort bien souligné les leçons de ce scrutin. Car, avant d'en venir au débat sur les personnes - qui s'ouvre désormais, dès lors que le choix d'un Premier secrétaire est l'étape suivante pour les militants -, ils ont très justement fait remarquer que, par ce vote, les militants ont rejetté le PS de François Hollande. En plaçant le favori des sondages - Bertrand Delanoë - en deuxième position, les militants ont désavoué la cuisine interne de la synthèse molle, portée par tous les éléphants qui entouraient le maire de Paris. Lequel a commis l'erreur de placer sa candidature dans la continuité de ces dernières années et dans l'histoire du parti: or, ce que veulent les Français, ce n'est pas se retourner et disserter sur le passé, mais préparer l'avenir ! Et, cela, les dirigeants actuels ne le comprennent pas... eux qui, malgré les postes qu'ils cumulent (et qui devraient leur faire connaître la réalité de terrain), restent enfermer dans leurs certitudes. Bref, sur de nombreux sujets, les militants ont envoyé trois messages: 1- ils veulent que le PS réaffirme les valeurs de gauche, qui font l'identité du socialisme et dont il s'est pourtant progressivement éloigné; 2- ils souhaitent que le PS inventent, à partir de ces valeurs, de nouvelles solutions pour faire face auc défis d'un monde où les inégalités se creusent et où ce sont toujours les mêmes qui paient la note; 3- ils préfèrent reconstituer la gauche sur cette base, sansnier la possibilité (et la nécessité?) de s'allier au MoDem de François Bayrou pour proposer quelque chose de nouveau, qui rompt vraiment avec le sarkozysme "bling-bling" triomphant.
Ceci étant dit, il reste à savoir comment les choses vont se passer dans les prochains jours. Traditionnellement, c'est la motion arrivée en tête qui ouvre le bal des négociations pour construire, autour d'elle, une majorité qui serait ensuite entériner par les militants lors du Congrès. Sauf que, la motion E ayant créé la surprise en arrivant en tête, le "Tout sauf Ségolène" se remet en marche. Quand on entend François Hollande appelait à l'unité pour rassembler les quatre motions (encore la synthèse molle sans trancher !) ou, au pire, trois des quatre motions (autrement dit, sans celle de la présidente de Poitou-Charente), on craint le pire: si la future majorité ne se bâtit que sur ce seul dénominateur commun, ce serait une catastrophe pour le PS ! Ne pas trancher les différends idéologiques, ne pas poursuivre ce débat d'idées pourtant si bien engagé, pour revenir aux problèmes personnels finirait de dégrader l'image d'un parti déjà mal en point. Or, si la tendance défendue par Ségolène Royal ne sert pas de base à la rénovation du PS, on peut risquer un échec. Car, comme le soulignaient les invités de "C dans l'air", l'ex-candidate à la présidentielle a trois atouts majeurs pour renforcer le PS:
1- aussi bien pendant la campagne présidentielle qu'au cours de ce marathon des motions, la présidente de Poitou-Charente incarne le renouveau du parti, en se positionnant hors des seules frontières du parti et en se détachant de ses caciques: plus qu'un débat entre socialistes, elle veut un débat qui concerne toute la société, pour que les socialistes ne se battent pas entre eux mais comprennent la réalité vécu par les millions de ses sympathisants. Et force est de constater que le succès de son rassemblement populaire et fraternel au Zénith dépasse celui de toute réunion publique traditionnelle où on parle de politique politicienne plus que de valeurs... lesquelles ont permis, par un discours rassembleur et tourné vers le peuple, à Barack Obama de l'emporter;
2- voulant faire du PS un parti de masse, qui s'apparenterait davantage à un parti de supporters - au service de l'ambition d'une personne (qui, en l'emportant, porterait des idées et une vision au pouvoir) - plutôt qu'à un parti des militants, elle montre sa capacité à tirer les leçons de son échec présidentiel face à un Sarkozy qui est devenu son modèle en terme de stratégie politique. Si elle ne pense qu'à 2012, c'est bien sûr pour être présidente, mais c'est aussi pour ramener un nouveau modèle au pouvoir;
3- enfin, à travers sa motion, elle est parvenue à allier, autour d'elle et de son ambition, un mouvement populaire, basé sur l'analyse des réalités de la vie quotidienne des gens de la France d'en bas et d'une envie de bousculer les tabous qui bloquent toute réflexion au PS, et l'appui de tout le réseau d'élus locaux qui est une force du parti. Ainsi n'a-t-elle pas peur de jouer la "triangulation": un coup à gauche (avec une attaque très altermondialiste contre les super-patrons), un coup à droite (en regardant en face les problèmes de sécurité), aussi bien en terme d'idées qu'en terme d'alliance. Un peu comme ce que Sarko a fait en associant à son discours des thèmes de gauche et d'extrême droite.
Bref, elle semble donc aujourd'hui la mieux placée pour continuer l'aventure présidentielle qu'elle a entamé il y a près de deux ans. "Quelque chose s'est levé qui ne retombera pas" disait-elle au soir de sa défaite le 6 mai 2007... considérant que les efforts qu'elle avait produit pour tenter de remettre le PS au pouvoir, alors même que le travail de rénovation et le consensus mou
de son ex-compagnon n'avait fait que fragiliser le parti, ne devaient pas rester vains. Et, il est clair qu'il serait anormal que le début de rénovation qu'elle a porté, et que sa motion veut entérinet, ne soit pas poursuivi dans le même sens, selon les mêmes modalités et avec la même équipe. Dès lors, la présidente de Poitou-Charente sera-t-elle candidate à la succession de celui qui redeviendra simple député-maire (de Tulle) et président de Conseil général (de Corrèze)? Elle ne le récuse pas. Même si nombre de ses conseillers et amis de son entourage le lui déconseillent: pour conserver une stature présidentielle, mieux vaut s'épargner le travail usant de chef de parti et le laisser à quelqu'un qui apparaîtrait alors comme un "premier ministrable". Et déjà, le nom de Vincent Peillon (photo), co-fondateur avec Benoît Hamon du NPS (Nouveau Parti Anticapitaliste), signataire de la motion E et brillant orateur, circule. Avec cet agrégé de philosophie, incarnant la nouvelle génération ségoléniste, à la tête du parti, le PS pourrait reprendre des couleurs et affronter, avec sans doute plus d'efficacité, les défis des prochaines échéances européennes et régionales. En tout cas, s'il venait à être candidat, il recevrait ma voix !
Et, vous, pour qui voteriez-vous si vous aviez à choisir le prochain premier secrétaire? Répondez à cette question en utilisant l'onglet "le sondage de la semaine", dans la colonne de gauche, juste en dessous de l'espace permettant de vous abonner à mes newsletter. Le vote se cloturera le dimanche 16 novembre et j'en analyserai le résultat dans un article publié le lundi 17. A condition que la participation soit assez forte pour pouvoir en tirer une conclusion... à trois jours du vote des militants socialistes qui, cette fois, devront choisir une personne !