Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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"Martin Luther King se réjouirait de cette Amérique sur le chemin de la réconciliation, mais il nous parlerait de tout ce qui reste à accomplir: cette pauvreté galopante, ces guerres inutiles, ces enfants délaissés, et il se battrait encore" disait, un sanglot dans la voix et les larmes aux yeux, le pasteur noir Jesse Jackson, qui échoua par deux fois à obtenir l'investiture démocrate pour une élection présidentielle. Lui qui se trouvait parmi la foule qui acclama le président élu lors de son premier discours à Chicago. Evoquant essentiellement les défis auxquels le nouveau président sera confronté sur la scène internationale. Et, déjà, plusieurs noms circulent pour occuper le poste de secrétaire d'Etat et succéder à Condoleeza Rice: parmi eux celui de John Kerry, candidat malheureux à la présidentielle de 2004. Tandis qu'un ancien collaborateur de Bill Clinton est annoncé pour devenir secrétaire général de la Maison-Blanche, ses idées pro-Israël étant mis en avant pour justifier ce choix... et rassurer les citoyens du Proche-Orient, qui regrettent une administration Bush qui mettait la défense des intérêts d'Israël devant toute autre considération dans le règlement du conflit qui touche cette partie du monde. Or, après les deux gros dossiers que sont les guerres d'Irak et d'Afghanistan, c'est le dossier iranien - qui est l'un des chantiers proche-orientaux - qui devrait l'occuper. Et ses électeurs sont très impatients: interviewés par les médias étrangers, nombreux sont les supporters du nouveau président - notamment des jeunes - à se féliciter que l'image de leur pays soit revalorisée. Car, d'un point de vue psychologique, l'élection d'Obama est une révolution.
Du jour au lendemain, l'image de l'Amérique a changé dans l'opinion publique mondiale. Du jour au lendemant, les Américains sont redevenus fiers d'être Américains et espèrent que le nouvel élu soit porteur d'un nouveau message, de rupture avec huit années de bushisme. A l'unilatéralisme guerrier succède une volonté de dialogue, d'écoute et de fermeté. Ainsi, face à l'Iran, l'ancien candidat démocrate propose de discuter avec le régime du président Ahmadinejad en renonçant à la possibilité d'un recours à la force. Et on ne peut que s'en réjouir. Sa proposition est simple: dans le cadre d'une diplomatie de donnant-donnant, Barack Obama souhaite contribuer à réintégrer l'Iran dans le concert des nations en lui donnant un rôle important dans la résolution du conflit proche-oriental, en échange d'une suspension totale (et surveillée) du programme nucléaire du pays. Cette vision, qui pourrait satisfaire des Européens quelque peu "tièdes" sur ce dossier, mais qui inquiète les citoyens et hommes politiques israéliens, est-elle réaliste? Sans doute. Car, il ne faut pas réduire l'Iran à son seul président... Si les négociations diplomatiques ne peuvent évidemment se faire qu'avec les dirigeants d'un pays, il faut bien avoir à l'esprit qu'une guerre frappe d'abord et avant tout des populations civiles innocentes. C'est la raison pour laquelle une négociation, dans le cadre d'une conférence régionale - que la France chiraquienne avait un temps défendu -, est préférable à tout coup de force.
Or, le contexte semble favorable à la mise en place d'une telle négociation. En effet, les contestations internes portées contre le régime se multiplient. Ainsi, il y a quelques mois, "plusieurs dizaines d’étudiants avaient de nouveau manifesté dans une université de Téhéran (photo de droite), lançant des slogans contre le président Mahmoud Ahmadinejad et réclamant la libération de camarades emprisonnés. Ce “rassemblement illégal” - organisé sans autorisation du gouvernement - à l’université Alameh Tabatabaïe a vu des étudiants casser les portes de la faculté de sciences sociales pour y entrer. Ils protestaient contre la condamnation récente de trois des leurs à des peines de prison pour la publication de journaux universitaires jugés “insultants” pour les valeurs religieuses et les responsables du régime.“Libérez les étudiants politiques“, avaient-ils scandé, faisant référence à Ehsan Mansouri, Madjid Tavakoli et Ahmad Ghassaban, respectivement condamnés à deux, trois et deux ans et demi de prison, sur la base d’accusations “d’atteinte à la sécurité nationale et d’insulte aux valeurs sacrées et aux dirigeants“.Des responsables des journaux étudiants réformateurs mis en cause avaient dénoncé un coup monté pour les discréditer, affirmant que des “inconnus” s’étaient appropriés leurs logos pour publier articles et dessins incriminés.Début octobre, une centaine d’étudiants réformateurs avaient défié Mahmoud Ahmadinejad avec des slogans hostiles, alors que le président iranien prononçait un discours au sein de l'université:“Ahmadinejad Pinochet, l’Iran ne deviendra pas le Chili“, avaient-ils scandé". (Source:Solidarité ouvrière, site proche des communistes français évoquant l'actualité des combats quotidiens des "prolétaires de tous les pays").
Ces faits, relayés par les médias occidentaux, se sont produits au début de l'année. Or, un évènement similaire - et pourtant bien plus intéressant - n'a pas fait beaucoup de bruits... seul l'hebdomadaire Marianne y consacrait une page dans son numéro d'il y a deux semaines. Protestant contre l'inflation (qui avoisinnerait 23% de hausse en 2008 par rapport à 2007 selon le gouvernement) et l'explosion de la dette, les commerçants du marché central de Téhéran (photo de gauche) ont baissé leurs rideaux... se mettant en grève pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de vie. Alors que la première manifestation dénonçait à la fois la restriction des libertés et la méthode de gouvernance utilisée par le président, celle de ces dernières semaines s'attaque au contenu de sa politique économique. Contrairement à ce qu'il avait promis au moment de son élection, Mahmoud Ahmadinejad n'a pas pu augmenter les salaires ni profiter de l'argent du pétrole pour mener les chantiers économiques auquel le peuple avait donné sa confiance. Ou, plus précisément, l'argent engrangé par l'augmentation du prix du pétrole a été dépensé dans le programme nucléaire à cause duquel les Iraniens constatent la mise en ban de leur nation. Bref, ce projet nucléaire a absorbé les nouvelles recettes et creusé le déficit. Logiquement, le peuple a la très désagréable sensation que ses sacrifices au quotidien permettent au régime de montrer ses muscles. D'où l'explosion de cette colère, longtemps enfouie, de ces commerçants qui constituent pourtant l'un des principaux socles électoraux de l'actuel président iranien. Et à quelques mois des prochaines élections présidentielles, sa réélection ne semble pas acquise... d'autant que, dans l'ombre, l'administration Bush soutient les opposants au régime en inaugurant, à quelques semaines de son départ, une diplomatie alternative. Qui livre ici ses premiers fruits. De quoi encourager les présidents Obama et Ahmadinejad à privilégier le dialogue !
Très bon article.<br />
Tu es très lucide sur le sujet.<br />
J'espère vraiment que ce dossier va évoluer dans le bon sens du terme... Sinon, nous courrons tous à la catastrophe !