Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
5 Novembre 2008
Voici les derniers résultats (officiels et quasi définitis, puisque - à 16 heures ce mercredi - les deux Etats du Missouri et de Caroline du Nord, où l'écart entre les deux ex-candidats semble infime, ne sont pas encore connus): le ticket démocrate Obama-Biden remporte 349 grands électeurs (sur les 270 nécessaires pour entrer à la Maison-Blanche) avec 62,3 millions de voix recueillies (soit, au niveau national 52,9% des suffrages exprimés) tandis que le ticket républicain McCain-Palin compte 163 grands électeurs, pour 55,3 millions de voix (représentant 47% du total). Conclusion des analystes? Barack Obama est le président le mieux élu de toute l'histoire des Etats-Unis, à défaut d'être le plus jeune, Théodore Roosevelt ayant atteint la fonction à l'âge de 42 ans (après l'assassinat de William McKinley dont il était le vice-président) et John F. Kennedy ayant été choisi à 43 ans. En effet, grâce au système électoral américain, sa victoire, mesurée selon le nombre de grands électeurs qu'il obtenu en remportant 27 Etats (les quatorze plus importants, à l'exception du Texas - remporté par John McCain -, lui permettant à eux seuls de franchir le seuil des 270 grands électeurs !!), est éclatante: jamais, depuis le démocrate Franklin D. Roosevelt (qui l'avait emporté dans 42 des 48 Etats en 1932 et 1936), un président américain n'avait été élu avec autant de grands électeurs. Seul le vote populaire, qui lui donne tout de même six points d'avance sur son rival républicain, atténue quelque peu ce tableau exceptionnel. Mais, la fête n'en a pas été gâchée pour autant. Et au contraire. Car, ce qui domine dans les émissions spéciales proposées tant à la télévision qu'à la radio, c'est cette extraordinaire ferveur populaire, ses concerts de klaxon dans les rues des grandes villes de la Côte est, ces embrassades, ces pleurs, ces cris lors de l'annonce - par CNN - de la victoire finale d'Obama à 23 heures locales. Des cris et une ferveur qui, au-delà des couleurs de peau - qui se sont plus que jamais effacé hier soir -, ont rassemblé des milliers d'Américains (voire un million à Chicago, capitale du pays le temps d'une soirée), de toute l'échelle sociale, pour célébrer cet évènement... faisant presque penser au soir d'une finale gagnée de Coupe de monde de foot !
Il faut dire que Barack Obama a su soulever, tant au sein de la population américaine que dans le monde entier, un vent de nouveauté et d'espérance. Son message - changer l'Amérique pour changer le monde et redorer l'image de son pays en reactivant les valeurs qui ont fait son histoire - a été reçu 5 sur 5 par un peuple désespéré de huit années de bushisme. On peut presque dire que, conjoncturellement, après deux mandats républicains consécutifs, il était presque impossible qu'un candidat démocrate - quel qu'il ait été - perde cette élection. Et c'est donc fort logiquement que le président le mieux élu de l'après Seconde guerre mondiale succède au président le plus impopulaire à l'issue de son mandat. En plus d'être parmi les présidents les moins bien élus (n'ayant pas la majorité populaire et ne devant son élection qu'à un vote plus que serré - à une voix prêt - de la Cour suprême de Floride), il achève ses deux mandats avec 22% d'opinions favorables, laissant le pays dans un tel état que nombreux sont ceux qui ne sont font guère d'illusions. Car, derrière les beaux discours rassembleurs, promettant un avenir meilleur pour tous les Américains, Barack Obama et son équipe vont être confrontés à la réalité de l'exercice du pouvoir. Mais, pour le moment, le candidat démocrate savoure ce triomphe qui ne peut que l'engager. Car les électeurs, en le désignant si largement, placent en lui tous leurs espoirs, notamment celui d'un approfondissement de cette égalité des chances que sa victoire concrétise enfin. A la ferveur des habitants de Chicago ou de New York - cette foule multicolore et "pluri-générationnelle" - s'ajoutent des données plus concrètes qui montrent l'ampleur du phénomène: d'après les instituts américains, 72% des primo-votants (qui votaient pour la première fois de leur vie) et 66% des jeunes de moins de 30 ans ont voté pour le 44ème président des Etats-Unis. Bref, tout ce peuple muet, qui ne s'était jusque-là jamais manifesté, vient de lui donner les clés de la Maison-Blanche.
Cette élection, qui a fait vibrer des millions de citoyens à travers le monde, marque assurèment une rupture. "C'est le début du XXIème siècle pour mes enfants" disait une jeune mère de famille afro-américaine sans emploi. Et, comme la plupart des citoyens interrogés par les médias occidentaux, c'est sa fierté retrouvée qu'a affiché la secrétaire d'Etat, Condoleeza Rice, parlant d'une "élection si exaltante". Sentiment partagé par de nombreux "citoyens du monde", qu'ils soient kenyans ou français - lesquels regrettent que la diversité ne soit pas plus présente dans les palais de la République -, qui placent dans cette élection des espoirs pour la naissance d'un monde meilleur et la renaissance d'une Amérique qui s'était perdue ces huit dernières années. Sauf que... Barack Obama, citoyen américain, désormais président américain, défendra - et c'est parfaitement normal - les intérêts du peuple américain qui vient de lui manifester sa confiance. Et le sénateur de Chicago de prévenir: "je ne serai pas un président parfait" disait-il il y a encore quelques jours (qu'il faut saluer comme de l'anti-langue de bois !). Manière de dire que le contexte économique, avec lequel son administration va devoir composer, influencera ses décisions et pourrait réclamer de la patience (au-delà des tout prochains mois), afin que les profonds changements dont le pays a besoin puissent se ressentir. Or, Obama ne dispose que de deux ans pour appliquer son programme: car, à l'automne 2010, les élections de mi-mandat sanctionneront son premier bilan et marqueront le début de la campagne des présidentielles de 2012. Il ne lui reste donc plus qu'à profiter de son état de grâce, qui devrait durer quelques mois, et qui est la première des épreuves que peut connaître un nouveau président: Dominique de Villepin, invité du 13 heures de France 2 tout à l'heure, rappelait ce matin que seul le président Roosevelt (dont le célèbre New Deal, d'après la crise de 1929, a marqué l'histoire du pays en étant mis en place par le vote massif de très nombreuses dispositions dans les cent premiers jours) n'avait pas râté les premiers mois de sa présidence, comme ce fut le cas pour John F. Kennedy, Jimmy Carter ou Bill Clinton.
Mais, avant de prendre les rênes du pays pour quatre ans, son équipe et lui vont vivre la période de transition au cours de laquelle les deux administrations, celle du sortant Bush et celle qu'Obama va progressivement dévoilé, vont travailler ensemble... d'autant plus que, dans dix jours, à Washington, se tiendra un sommet du G20 auquel les deux hommes participeront. Et, Obama le sait: c'est bien sur la résolution de la crise économique, consécutive à la crise financière, qu'il est attendu. D'ailleurs, ses électeurs le disent clairement: "c'est parce qu'il est terriblement qualifié et qu'il a les bonnes solutions que j'ai voté pour lui" disait, sur France Info, une de ses supportices, avant d'ajouter que "c'est génial qu'en plus, il soit Noir !". Plus que pour sa couleur de peau - qui aurait expliqué sa défaite - c'est pour son parcours au service des plus fragiles et pour son programme ambitieux que le sénateur métis a été élu. Dès lors, il devra montrer qu'il est capable de mettre en oeuvre ses idées, de construire un nouveau modèle économique à l'intérieur... tout en convaincant les autres grands de ce monde que le modèle qu'il propose peut servir le monde. Changer le monde, c'est aussi l'un de ces objectifs. Et dès les prochaines semaines, il va devoir négocier la pose de la première pierre de son oeuvre. Parce qu'il est porteur d'une rupture, au point que les républicains l'ont qualifié de socialiste (puisqu'il ose proposer une redistribution plus équitable des richesses et l'augmentation des impôts des plus riches), son élection marque un tournant. Mais, cela pourrait tout de même se faire dans la continuité: parce qu'il veut défendre les entreprises et les emplois des salariés américains, il continuera forcément à pratiquer une forme de protectionnisme économique. D'autant plus que, malgré la majorité sur laquelle il pourra compter au Sénat, les élus de cette haute assemblée ont tendance à voter de manière indépendante, dans le seul souci de défendre les intérêts de l'Etat qu'ils représentent... dès lors, Obama devra négocier. D'autant plus que son plan socio-économique, audacieux et coûteux, a été pensé avant la crise. Le réalisme du pouvoir pourrait donc bien faire quelques déçus. Et les premiers mois s'annoncent déjà décisifs.