Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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Dans une semaine, jour pour jour, nous nous lèverons en connaissant le nom du nouveau locataire de la Maison-Blanche, celui qui aurait la lourde tâche de succéder à George W. Bush. Et c'est aujourd'hui que sort sur les écrans français le film "W" d'Oliver Stone qui est, bien évidemment, un pamphlet anti-Bush qui retrace la vie de cet adolescent passionné de filles et d'alcool, qui n'a pas franchement réussi ses études et qui, après avoir rencontré le seigneur, a entamé une carrière politique qui l'a amené là où l'on sait. A cette double occasion, France Info a demandé à ses auditeurs de poster sur le forum d'une émission leur réflexion sur ces huit années de bushisme, en tirant un bilan de ce que l'un des contributeurs appelle huit années de "busherie". Et, même si l'actuel président ne quittera ses fonctions qu'à la mi-janvier, au moment de l'investiture de son successeur, son influence sur la vie politique américaine ne devrait pas s'affaiblir... Influence que l'on espère toutefois la plus faible possible, quel que soit le nom du 44ème président des Etats-Unis que les Américains éliront dans isix jours.
Avant toute chose, partons d'un constat: le président Bush s'apprête à quitter Washington sur une popularité parmi les plus faibles de toutes celles que ses prédécesseurs ont pu enregistré (22% dans les dernières enquêtes). Le constat est sévère: qu'ils soient républicains ou démocrates, les Américains constatent que la guerre d'Irak aura été un désastre stratégique et que l'image de leur pays a été plus que ternie au cours de ces huit dernières années. Et c'est sans doute cette impopularité maximale, et le fait que la thèse du film est bien connue avant même qu'il n'ait été diffusé, qui explique le succès mitigé que rencontre le film d'Oliver Stone (photo) outre-Atlantique. Et même si les spectateurs qui ont pris la peine d'aller le voir sortent en confirmant qu'il s'agit d'une bonne synthèse et qu'ils ont appris quelques éléments de la vie de leur président, il n'en demeure pas moins que le taux de fréquentation n'est pas extraordinaire... le fait que le réalisateur ait accéléré le tournage pour que son film sorte avant le scrutin pouvant exaspérer, à juste titre, certains citoyens. Y compris parmi ceux d'Obama, qui peuvent y voir une tentative quelque peu maladroite d'aider le candidat démocrate.
Dès lors, quel bilan peut-on dresser de ces huit dernières années pour les Etats-Unis? La réponse apparaît, a priori, simple: comme le soulignent la très grande majorité des Infonautes (les internautes auditeurs de France Info), les points négatifs surpassant très largement les quelques points positifs que la crise financière actuelle vient de balayer en quelques semaines. Et la liste des méfaits du bushisme est très longue: le mépris des républicains pour les institutions internationales au moment du déclenchement de la désastruse guerre en Irak, la montée des intégrismes réligieux (islamiste à l'extérieur, avec des attentats nombreux à travers le monde, jusque sur le territoire européen; catholique à l'intérieur), la mise en place de lois liberticides après les attentats du 11 septembre (notamment aux frontières et dans les aéroports), le renforcement du poids des lobbies pétroliers dans la prise de décision en matière économique, le désintérêt total de l'administration pour les questions environnementales, le creusement des inégalités qui a conduit les pls vulnérables à la misère (perte d'un logement avec les subprimes, aucune aide de l'Etat après les ravages de Katrina, politique inéquitable en matière d'éducation et de santé). Seul point positif, souligné par certains observateurs: la régularisation de milliers d'immigrés, notamment latino-américains, notamment pour des raisons économiques, est un signe d'ouverture qui explique d'ailleurs, en partie, sa réélection de 2004.
C'est en effet en s'assurant les voix d'une part importante de la minorité latino-américaine, dans des proportions qu'aucun autre candidat républicain n'avait obtenu, et en gagnant la confiance des femmes (sur les problèmes de sécurité et de moeurs) que le président Bush avait conquis, de manière magistrale, un second mandat... que nous étions si nombreux, hors des Etats-Unis, à redouter. Sa victoire contre John Kerry marquait le début d'une longue période d'attente pour une grande partie du monde, pour qui rien de bon ne pouvait se produire avant 2008 et l'arrivée d'un nouveau chef d'Etat. Et, aujourd'hui, l'engouement suscité par la candidature de Barack Obama, un jeune métis dont la victoire symboliserait l'ouverture d'une nouvelle ère dans l'histoire du pays, repose en partie sur ce rejet net du bushime. Ainsi, c'est parce que le nom de Bush est associé à une doctrine politique, dans le domaine de la politique étrangère, que le candidat démocrate bénéficie de la sympathie des principaux partenaires de son pays... ainsi que du soutien d'une franche majorité du personnel de l'ONU. Interrogés par un quotidien américain, relayé par Courrier International, les employés de l'Organisation adhèrent massivement à la stratégie du sénateur de l'Illinois par rejet de cette fameuse doctrine Bush, que Sarah Palin ne semblait pas connaître, qui a permis aux Etats-Unis de se lancer dans une guerre - favorisant par ailleurs le conflit de civilisation - au mépris du droit international et en se basant sur un mensonge d'Etat qui a fini de discréditer la parole des néoconservateurs.
Car c'est à eux que Bush doit son succès de 2000... et son échec de 2008 ! Sans revenir sur la légitimité du président Bush, que l'épisode du recomptage des voix en Floride dans son face-à-face avec Al Gore fragilise, il est clair que 2000 aura été la victoire de cette partie de la droite américaine, ultra-libérale en matière économique, quelque peu nationaliste et clairement belliqueuse en matière diplomatique et franchement conservatrice sur le plan social. Et c'est grâce à l'influence et à la tactique élaborée par son principal conseiller de l'époque, Karl Rove, qui a fait du mensonge et de la calomnie la règle pour mener une bonne campagen électorale, que Bush fils a pu prendre si facilement le contrôle de son parti (en écrasant McCain lors des primaires de 2000) et ne pas être défait après un premier mandat plus que mitigé. Ces "néo-cons", dont McCain tente de s'éloigner tout en récupérant, par le choix de sa colistière, certains de leurs thèmes de prédilection, ont par ailleurs subi une lourde défaite ces dernières années. Le visage des Etats-Unis qu'ils ont contribué à forger dans le monde est si dégradé qu'il en est devenu un argument de campagne pour Barack Obama. L'unilatéralisme, le mensonge d'Etat et l'interventionnisme guerrier - sous-tendu par des logiques économiques bien plus que démocratiques - ont été érigé en pratique du pouvoir... Et c'est probablement ce que l'Histoire retiendra prioritairement de cette ère Bush. Une ère qui se refermerait d'autant plus rapidement si Obama venait à être élu mardi prochain.