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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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USA 2008: un vote compartimenté

Quoi qu'on en dise, l'élection présidentielle américaine oblige celui qui la suit et la commente à revenir toujours au même point, et à se poser toujours la même question: telle ou telle catégorie de la population votera-t-elle finalement pour un candidat métis? Malgré son programme économique attractif pour la grande majorité des citoyens (aux revenus faibles ou moyens), malgré son charisme qui redresserait l'image des Etats-Unis à l'étranger et malgré le fait que la plupart des téléspectateurs le déclare gagnant de ses face-à-face avec John McCai, Barack Obama pourrait bien être battu... en raison de sa couleur de peau. Cependant, dans ce scrutin où chaque électeur vote pour des "grands électeurs" dans le cadre de chacun des cinquante Etats fédérés, les caractéristiques sociologiques de ces Etats constituent des bases sérieuses pour une analyse rigoureuse. Dès lors, peut-on ouvrir plusieurs dossiers dont le candidat démocrate est systématiquement le centre de gravité: ainsi, je souhaite examiner les trois thèmes suivants ("Obama et les femmes", "Obama et les jeunes", "Obama et les latinos"). Et c'est en me basant sur des interviews de spécialistes des Etats-Unis, trouvées sur le site de LCI via Laposte, ainsi que sur les reportages des envoyés spéciaux de France Info sur place, que je vais tenter de trouver une réponse à la problématique suivante: le scrutin du 4 novembre sera-t-il marqué par un vote compartimenté? Se résumerait-il, pour les candidats, à séduire ces différentes catégories de la population américaine?

1- Obama et les femmes: depuis que Barack Obama a été désigné candidat officiel de son parti à la présidence des Etats-Unis, et que l'hypothèse d'un ticket avec son ex-rivale, Hillary Clinton, a été écarté, deux questions se posaient: comment la sénatrice de New York va-t-elle participé à la campagne de son collègue de l'Illinois? Comment ses supporters, et notamment ses supportrices, vont-ils se comporter? L'implication, d'abord timide, devenue ensuite plus claire, d'Hillary dans la campagne du candidat démocrate explique sans doute le phénomène actuellement observé: après l'effet de surprise du choix de McCain pour faire de Sarah Palin sa colistière, les femmes démocrates - qui représentent, comme en France, un peu plus de la moitié du corps électoral - s'apprêtent soit à voter pour Obama, soit à s'abstenir. Malgré la déception de voir leur championne momentanément écartée de la course à la Maison-Blanche (la défaite du sénateur métis la relançant pour 2012 et sa victoire pour 2016) et après avoir penché pour McCain par rejet d'Obama et pour soutenir quelqu'un qui avait finalement eu le courage de choisir une femme, les électrices du parti de l'Ane se sont vite aperçues que les valeurs en lesquelles elles croient, et que portait Hillary, sont loin d'être celles de la gouverneure de l'Alaska. Interrogée par LCI, Anne Deysine, professeur d'études américaines à Paris X-Nanterre, rappelle que les femmes votent majoritairement pour un candidat démocrate par rejet du conservatisme des républicains, à l'exception des femmes âgées de plus de 50 ans.

Ces dernières, privilégiant une vision plus traditionnelle de la place de la femme dans le ménage et la société, et plaçant les questions de moralité et de sécurité en tête de leurs préoccupations, constituent un réservoir presque acquis à John McCain. La popularité de George W. Bush auprès de cette partie de l'électorat, qu'il avait largement conquis face à John Kerry en 2004, le laisse supposer... même si les plus de 50 ans sont loin d'être majoritaires parmi la totalité des électrices. Une chose est sûre: la place des femmes en politique et leur rôle de citoyenne à part entière n'aura jamais autant été mise en avant dans une campagne présidentielle. La probabilité pour qu'une femme soit candidate au poste de présidente a évidemment été le déclencheur d'un phénomène dont le candidat républicain s'est saisi pour faire d'une femme sa colistière (ce que le candidat démocrate Walter F. Mondale avait déjà fait en choisissant Geraldine A. Ferraro - photo - face à Ronald Reagan, président sortant, en 1984 !). Et les médias américains, et dans la foulée européens, de scruter toutes les apparitions de Sarah Palin, au point que les frais d'habillage et de maquillage de la gouverneure de l'Alaska soient devenus un sujet de polémique: il est vrai qu'en dépensant 150 000 dollars dans cette seule optique, en pleine crise financière, le camp McCain n'a pas pris la décision la plus intelligente. Sans compter, enfin, la place prise par les épouses des deux candidats, les deux potentielles futures premières dames des Etats-Unis faisant régulièrement la Une des journaux américains... d'autant plus que, côté démocrate, le rôle joué par Michelle Obama - elle aussi icône du rêve américain pour les femmes de milieux modestes - est assez important à chaque meeting de son mari.

2- Obama et les jeunes: le vote des plus jeunes électeurs constitue l'une des clés de ce scrutin puisque, comme dans le cas français en 2007, ceux des jeunes Américains qui ont atteint l'âge de voter se sont massivement inscrits sur les listes et se sont passionnés pour cette élection, qu'ils considèrent comme "historique". Comme en 2007, la plupart l'ont fait dans un même élan pour soutenir le candidat progressiste: Ségolène Royal en France (face à un Nicolas Sarkozy trop sécuritaire dont le "karcher" aura été un handicap), Barack Obama aux Etats-Unis. Une grande partie de ces jeunes désirant voir un jeune politicien (pas encore cinquantenaire), issu d'une minorité (le racisme étant moins développé chez les plus jeunes) l'emporter face à un ancien vétéran d'une guerre qu'ils apprennent dans les livres d'histoire. Il n'y a qu'à avoir l'implication des étudiants dans la campagne, sur les campus ou dans les rues des villes universitaires, pour se rendre compte de l'intensité du phénomène. Les forums sur Internet (leur principal outil de communication) et leur implication pour inciter leurs parents et grands-parents à dépasser la question raciale pour élire un candidat métis auront été des marqueurs forts de cette campagne. Mais, il serait caricatural d'en rester là et de croire que la majorité des jeunes va voter Obama. Il est clair que, notamment parmi ceux pour qui la religion a pris une place majeure, nombreux sont ceux qui vont apporter leur soutien à McCain, candidat porteur d'une certaine idée de la vie et du sacrifice personnel pour quelque chose de supérieur (Dieu ou la Nation). Ce sont les deux visages de l'Amérique, qui se retrouvent dans cette jeunesse intéressé, qui s'affronteront dans dix jours et qui, dans les swing states, pourraient faire pencher clairement la balance pour l'un ou l'autre des prétendants.

3- Obama les latinos: la question raciale étant au coeur de ce scrutin (ce que confirme la participation massive de l'électorat afro-américain par le biais de la procédure de vote anticipé), il est clair que le vote des populations latinos, issues de l'immigration sud-américaine et qui forment la première minorité des Etats-Unis, sera particulièrement observé. Sans doute davantage côté démocrate puisqu'il s'agit là d'un réservoir souvent majoritairement acquis aux démocrates. Comme l'explique Olivier Richomme, co-auteur de l'Amérique de Barack Obama et professeur de civilisation américaine à Lyon, dans un entretien accordé à LCI, les Latinos votent plus facilement pour le parti démocrate qui représente à leurs yeux le parti des "non-blancs", d'une immigration plus tolérée, d'autant que les années Clinton leur ont laissé le bon souvenir de lois sociales qui ont facilité leur intégration. Ayant largement soutenus Hillary lors des primaires dans les Etats où leur poids a permis à la sénatrice de devancer clairement son ex-rival, ils ont dans un premier temps hésité à voter pour un Noir, la rivalité entre les deux minorités étant fortes (la discrimination positive des années Bush ayant favorisé les Afro-Américains à leurs dépens). Et, alors qu'une part non négligeable avait voté Bush en 2004, alors que le président sortant jouait sur leurs positions conservatrices en matière sociale, il semble qu'une majorité nette s'apprête à choisir Obama par rejet d'un républicain bien plus libéral et conservateur que l'actuel locataire de la Maison-Blanche.

La conclusion de tout cela? Ces trois catégories de la population américaine, qui détiennent chacune une des clés du vote du 4 novembre, sont confrontées à un choix clair en deux visions de l'Amérique... celle de Barack Obama, plus ouverte et basée sur la solidarité entre les membres d'une nation dont il veut incarner l'unité, recevant davantage de suffrages que celle de McCain. Au final, les femmes, les jeunes et les Latinos, qui avaient voté dans des proportions inhabituelles en 2004 (donnant plus de votes à George Bush qu'à tout autre candidat républicain auparavant), s'apprêtent à consolider l'avance dont Obama dispose. Leurs hésitations de début de campagne, notamment en raison de l'éviction d'Hillary Clinton, ont laissé place à la sagesse de voter selon ses convictions et non en fonction de rancoeurs... ce qui pourrait donner une victoire encore plus belle à celui qui veut redorer l'image d'une Amérique déboussolée par les années Bush !

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