Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
1 Juin 2008
"Sarko de gauche", parce que dynamique, portant une voix parfois divergente de ce
que propose son parti, le PS, Manuel Valls (photo) a proposé sa vision de la France (enfin une vision cohérente, par ailleurs intéressante !) dans la toute nouvelle émission "13h15 le dimanche" proposée par la rédaction de France2 et présentée par Laurent Delahousse. Né d'un père catalan, ayant fuit le franquisme, et d'une mère suisse, le député-maire d'Evry n'a obtenu la nationalité française qu'à l'âge de 20 ans... ce qui explique son attachement à ce pays qui l'a accueilli et qu'il affirme aimer. Ce qui explique que sa vision soit claire, basée sur une idée de la France, que son histoire personnelle a façonné. Ainsi s'est-il exprimé sur plusieurs dossiers, que je vais aborder les uns après les autres, et sur lesquels vous êtes, biens sûr, invités à réagir.
1- l'exercice du pouvoir: commentant la première année de la présidence Sarkozy, le député socialiste déplore que le président ait donné une part trop importante de sa vie privée aux Français qui attendaient alors autre chose que des histoires d'amour, pour lesquelles ils ne se passionnent pas bien longtemps. Pour lui, toute personne publique d'envergure nationale doit se dévoiler partiellement, ce qu'il a lui-même fait en accordant une interview familiale à plusieurs hebdos. Un président ne doit plus se consacrer à son image (de personnage sacré, visible deux fois l'an à la télévision, comme sous Chirac) mais à l'action: et, trop de people et de couvertures de magazine tue l'action ! L'exercice du pouvoir, et plus largement de la politique, ne concerne pas uniquement le chef de l'Etat: pour M. Valls considère que la consultation des militants socialistes pour la construction du projet est largement insuffisante et appelle les responsables du parti, au premier rang desquels les candidats au poste de premier secrétaire, à consulter plus largement les adhérents sur le fond, comme Sarko tente de le faire au niveau national, par le biais du référendum d'initiative populaire. Référendum qui constitue, selon lui, l'occasion de consolider notre modèle démocratique, de faire de la politique autrement et de réconcilier les Français avec celle-ci.
2- la laïcité: comparé à Sarko, Manuel Valls se distingue des autres socialistes pour ces positions sur la délinquance, la sécurité ou la laïcité, positions distantes de celle du PS. Pour le maire d'Evry, qui cite sa commune en modèle, une réforme de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, dite loi de 1905, est nécessaire. "Je préfère que ce soit l'argent public qui finance la construction des mosquées sur le sol français plutôt que celui de l'Arabaie Saoudite afin que l'islam sorte des caves" a-t-il ainsi expliqué. Pour lui, la laïcité permet le vivre ensemble, par la coexistence de toutes les religions et leur respect mutuel: garantir la laïcité suppose que l'Etat prenne à sa charge la construction et la rénovation de tous les édifices religieux. Pour lui, la laïcité à la française est, plus qu'un besoin, une réalité du monde actuel, dans lequel le brassage des populations et des cultures, par le jeu des migrations, ne peut être nié. Garante du respect de cette laïcité, l'école de la République apparaît comme le premier pilier de notre pacte social: il affirme ne devoir la réussite de son intégration qu'à cette école, où les valeurs d'égalité, de respect et de tolérance sont enseignées.
3- la politique des banlieues: accompagnant cette vision de la laïcité, qui prend tout son sens dans les banlieues, où de nombreuses confessions de cotoient (plus ou moins heureusement d'ailleurs), la politique dans les banlieues nécessite un travail qui dépasse les clivages. Il cite son exemple d'un maire actif qui dialogue avec Fadela Amara aujourd'hui, ou Jean-Louis Borloo hier, pour apporter aux populations les réponses les plus adaptées, les plus efficaces et les mieux financées à leurs problèmes. Or, selon lui, trois problèmes concernent cette banlieue: la revalorisation de villes qui ne doivent pas être une juxtaposition de quartiers HLM mais des pôles de réussite (avec centres de recherche et antennes universitaires); la lutte contre la délinquance, qui touche d'abord les populations les plus vulnérables, en ne niant pas l'importance de la répression, même si elle n'a de sens qu'aux côtés d'une prévention efficace; enfin une politique d'intégration plus poussée que celle qui nous concerne aujourd'hui. En consacrant une part croissante à sa politique sportive et culturelle, il affirme avoir fait de sa ville un modèle de développement, dans laquelle des cérémonies républicaines d'intégration des étrangers obtenant leur naturalisation sont organisées. Il regertte, lorsqu'il a obtenu la nationalité française à l'âge de 20 ans, de ne pas avoir pu participer à une telle cérémonie, qui symbolise l'entrée dans une communauté et qui pourrait rappeler les grands symboles qui font la France.
4- le socialisme et le monde: se positionnant dans le débat qui anime le parti en vue du prochain congrès, à Reims à l'automne, Manuel Valls a proposé sa vision du socialisme. Il s'inscrit d'abord dans la continuité de ce que la campagne présidentielle de l'an dernier a révélé: selon lui, le pays a besoin de cette nouvelle génération de dirigeants politiques, que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal représentent, pour conduire des politiques qui cherchent à adapter notre pays et notre modèle social aux réalités du monde d'aujourd'hui. Il appelle à ne pas nier les vérités sur lesquelles l'action publique doit reposer: prenant l'exemple des retraites, il affirme que l'augmentation du nombre d'années de cotisation est indispensable alors que l'espérance de vie des Français s'allonge. Conservant cet exemple, il définit ce qu'est la gauche: il la voit comme le "camp" qui s'attaque aux nouvelles inégalités, considérant que le problème de la pénibilité du travail, qui engendre une espérance de vie variable selon le métier exercé, est l'une des clés de voûte d'un projet de réforme des retraites réussi.
Il appelle par ailleurs le parti socialiste à réaliser un véritable débat d'idées, dans lequel les visions des différentes courants soient débattues afin de parvenir à un projet qui interpelle et fasse adhérer les Français. Il ne se place pas dans le camp des reconstructeurs: pour lui, ces derniers s'attachent trop au problème des personnes, en rejetant et Royal et Delanoë, sans proposer une ligne politique claire. C'est en permettant la confrontation de ces deux personnages, et des deux visions dont ils sont porteurs, que le PS peut avancer... enfin, sur la question des alliances, sans lesquelles le PS ne peut espérer revenir aux affaires, il appelle à la création d'un grand parti de gauche. Il se dit prêt à abandonner le mot "socialiste" et à fonder un mouvement qui réunisse plusieurs senseibités de gauche, du PC au PS en passant par le PRG, le MRC et les Verts. Pour lui, ni Olivier Besancenot (qui est sympa mais qui, au-delà de ses justes combats, n'est pas prêt à gouverner et à changer la réalité de la vie des gens par l'action), ni François Bayrou (qui n'attend que la chute du PS pour prendre sa place) ne peuvent trouver leur place dans ce grand parti, cette "UMP de gauche".