Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
31 Mai 2008
J'aimerais vous faire partager l'interview, entendue sur France Info, de Nicolas Dupont-Aignan, ancien de l'UMP, devenu président de "Debout la République": il était l'invité de "Parlons net" (photo), émission qui se veut le premier club de la presse en ligne, et qui invite chaque semaine une personnalité que l'on entend assez peu dans les autres médias. NDA a pris ses distances avec la droite sarkozyenne et, en utilisant les nouveaux moyens que sont les médias alternatifs, notamment sur le web, continue de donner son avis sur l'actualité et de faire vivre l'idéal gaulliste à droite. Trois sujets ont retenu mon attention et je vous offre, pour chacun d'eux, le résumé de sa position.
1- la réforme des institutions. Selon lui, cette réforme de la Constitution, voulue par Nicolas Sarkozy pour rééquilibrer les pouvoirs de la Vème République, est une nouvelle illustration de la manière dont le président gouverne: "beaucoup de bruit pour faire croire qu'on agit et pour ne proposer que pas grand chose". Il y voit plutôt un marchandage à minima entre un gouvernement sans projet clairement défini (qui n'a en tête que des mesurettes dont l'agglomération fait une pseudo-réforme) et l'opposition dont les voix vont permettre l'adoption d'un projet loin d'être révolutionnaire. Nicolas Dupont-Aignan regrette ainsi qu'une dose de proportionnelle, qui permettrait une meilleure représentation des petites formations - en particulier la sienne -, n'ait pas été introduite. Et le député de l'Essonne d'ajouter que le rééquilibrage entre législatif et exécutif consiste à transférer certains pouvoirs du second vers le premier, en supprimant le 49-3 ou en interdisant le recours aux ordonnances qui contournent le vote de la représentation nationale. Il s'oppose donc à un projet final qui ne contient aucune de ces mesures et qui, selon lui, risque de ne pas être adopté: "les voix que le gouvernement gagne auprès des socialistes avec une mesurette, il les perd au sein de l'UMP, et inversement". Un chantier bien plus vaste et ambitieux permettrait de dépasser ce clivage.
2- la famille souverainiste en France. Interrogé sur les réformes mis en place depuis un an, NDA regrette que l'efficacité de certaines - minoritaires - passe inaperçu devant la désorganisation d'un Etat brouillon, qui n'a pas de cap clair. Pour lui, si certaines mesures gouvernementales vont dans le bon sens, en plus d'être indispensables à la bonne marche du pays, la désorganisation dont a fait le preuve le pouvoir a de quoi dégoûter les Français de ces réformes. Il ose un parallèle entre le début du quinquennat de Sarko et la fin de celui de Giscard, période au cours de laquelle les gaullistes se sont désolidarisés du président (même si à l'époque l'ambition et la soif de pouvoir de leur chef étaient évidentes): selon lui, l'émergence d'un mouvement renouant avec le gaullisme, sans entrer dans la nostalgie, et avec le vrai libéralisme (qui prend le monde comme il est) est indispensable au sein ou en dehors de l'UMP, avec souverainistes, villepinistes et, pourquoi pas, villiéristes. La mondialisation étant "un fait historique", il faut que l'Etat, dont le rôle est fondamental (en tant qu'incarnation de la nation !), mène les réformes dont le pays a besoin pour s'adapter et maîtriser cette mondialisation, dont il ne faut pas rejeter les bienfaits. Cet Etat, qui ne doit pas avoir peur de la rigueur, doit mener une politique ambitieuse et volontariste sur le plan industriel, ce qui fait défaut en France... NDA citant l'Allemagne de Merkel en modèle !
3- l'Europe des souverainistes. S'il reconnaît partager, avec l'extrême gauche des altermondialistes, un diagnostic qui critique l'ultralibéralisme et le capitalisme financier, il s'en distingue en affirmant être une "force de proposition" qui ne se contente pas de critiquer sans jamais rien proposer. Ainsi explique-t-il que son mouvement conduira des listes lors des prochaines élections européennes rassemblant, autour d'une vision du monde, de l'Europe et de la politique, des hommes venus de droite comme de gauche, et qui acceptent de participer à la vie politique dans son cadre institutionnel. Selon lui, la politique a besoin d'un discours neuf et d'hommes neufs, des non-professionnels qui s'investissent pour leur pays. Les européennes de l'an prochain apparaissent donc comme une opportunité, uen tribune, pour mettre en avant cette nouveauté. Tout en profitant du débat européen, relancé par le non irlandais, pour avancer ses idées pour le continent: partageant le diagnostic des observateurs, il affirme son envie d'une Europe forte qui "puisse s'inscrire dans ce monde actuel et multipolaire" mais qui ne soit pas cette Europe anti-démocratique où "une caste impose un modèle socio-économique dont les Européens ne veulent pas". Il souhaite incarner les nonistes qui ne se veulent ni eurobéats ni nationalistes, en s'inscrivant dans une démarche pleinement démocratique (des institutions élues qui mettent en place des projets qui se fassent avec et pour les peuples).
Tout ceci est très intéressant. Je trouve en NDA l'un des rares hommes politiques capables de donner une définition précise, et juste, du libéralisme. Ses conceptions de l'Europe (une Europe des nations et des peuples qui reposent sur une véritable démocratie, aux antipodes de la bureuacratie bruxelloise) et de l'économie (un Etat fort qui cherche à s'inscrire dans la mondialisation sans en rejetter les bienfaits mais en en maîtrisant les méfaits) peuvent, si elles sont convenablement relayées par les médias, rencontrées le soutien d'une part non négligeable de l'électorat. Même si, au-delà du beau discours, il faut aussi connaître les mesures qu'il entendrait mettre en oeuvre pour parvenir à ces objectifs ! Et vous, qu'en pensez-vous?