Voilà une intiative qui ne peut que me réjouir: enfin, un débat est lancé sur le libéralisme... par le livre programme que le maire de Paris, pas encore officiellement déclaré candidat au poste de premier secrétaire du PS, a publié cette semaine. Bertrand Delanoë s'y définit comme un libéral. Et, à gauche comme à droite, les réactions se sont multipliées... beaucoup parvenant à la conclusion que libéralisme et socialisme à la française étaient deux choses totalement incompatibles ! Il faut dire que le libéralisme, dont l'image est plus que négative dans l'opinion (associée, à tort, à la concurrence sauvage, aux délocalisations ou encore au capitalisme financier), n'est pas clairement défini en France. Ce que beaucoup, notamment aux deux extrêmes de l'échiquier politique, appellent libéralisme en France n'est qu'un faux libéralisme, cet ultra-libéralisme, que les républicains américains symbolisent à merveille, et qui fait du capitalisme financier un modèle de développement. Exemple: invité de France Info récemment, Olivier Besancenot, interrogé sur le libéralisme, n'a jamais prononcé ce mot dans sa réponse... le remplaçant, abusivement selon moi, par le mot "capitalisme".
Or, ces deux notions ne correspondent pas à la même chose. Le "vrai" libéralisme, ce n'est pas cela ! Je ne sais pas si Delanoë en donne une définition claire dans son livre (je compte sur d'éventuels lecteurs de cet ouvrage pour m'éclairer... car, je ne compte pas le lire !). Mais, en attendant, je vais vous donner la mienne. Et, je partirais d'une définition et d'un constat. La définition: le libéralisme, "né au XVIIIème siècle avec les philosophes françaiss [qui l'ont défini comme] un mouvement destiné à libérer les individus des institutions sociales génératrices d'inégalités" est une "doctrine économique fondée sur la liberté laissée aux comportements individuels" (Encyclopédie Alpha, Hachette, 1995). Or, aujourd'hui, dans le monde dans lequel nous vivons, cette notion est à mettre en relation avec celle de mondialisation, qui en est un corollaire: cette dernière se définissant, notamment (car il en existe de nombreuses définitions), comme la liberté laissée aux capitaux, aux marchandises et aux hommes de circuler sur l'ensemble de la planète. La liberté est en donc l'une des bases.
A présent, le constat: en France, trois grandes tendances s'affrontent d'un bout à l'autre de l'échiquier politique. Ceux qui, à droite, laissent aux capitaux et aux marchandises toute liberté de circuler, posant de lourdes conditions à la libre circulation des hommes (dans le cadre de leur politique d'immigration). Ceux qui, à gauche, laissent la liberté de circulation aux capitaux (sans s'avoir s'opposer aux dérives du capitalisme) et aux marchandises, tout en variant leur position sur la liberté des hommes, selon les attentes de leur électorat. Et, enfin, aux extrêmes, il y a ceux qui ne veulent de libertés que pour l'un des domaines (les hommes à l'extrême gauche et les capitaux à 'extrême droite) en l'empêchant pour les deux autres. En gros, personne ne propose la libre circulation (même relative) de ces trois facteurs de production (car c'est comme cela qu'on les appelle dans le jargon économique). Or, d'après moi, le "vrai" libéralisme laisse aux hommes, aux capitaux et aux marchandises la liberté de circuler, dans la mesure où cette libre circulation répond à des règles déterminées par les Etats et n'empêche pas l'épanouissement social des populations à qui elle profite.
Autrement dit: 1- les politiques d'immigration doivent laisser à ceux qui le veulent, et qui le font rarement par envie mais par nécessité, la possibilité de venir dans nos pays à condition que ces migrations soient encadrées et répondent à des critères qu'il faut fixer. Ni immigration zéro, qui amplifierait l'immigration illégale et le risque de voir mourir épisodiquement es centaines de naufragés embarqués sur des bateaux de fortune. Ni ouverture totale et incontrôlée de nos frontières, ce qui engendrerait un appel d'air auquel nous ne pourrions pas répondre et qui serait préjudiciable à la cohésion sociale française. 2- les Etats doivent continuer à commercer ensemble sans refermer leurs frontières et vivre en autarcie, ce qui n'a pas de sens. Les Etats doivent mener des politiques industrielles qui permettent le maintien de l'activité et de l'emploi en tirant partie des atouts de chaque bassin. Les abus, tels que les délocalisations en quête d'une main d'oeuvre de misère, doivent être sérieusement pénalisées lorsqu'elles sont injustifiées. 3- la libre circulation des capitaux, au service de l'emploi et de l'innovation, doit être encouragée. La lutte contre les spéculateurs, les fraudeurs et les paradis fiscaux doit devenir une priorité. Le monde doit sortir des dérives d'un capitalisme financier qui creuse toujours plus l'écart entre les plus fortunés, qui profitent du système, et le reste de la population, qui le subit.
Ces principes peuvent être la base d'un programme économique véritablement libéral, qui nécessite un énorme travail de pédagogie auprès des Français, pour qu'ils arrêtent de voir dans le libéralisme un méfait et dans l'Etat un sauveur qui doit tout contrôler. Mais, ils peuvent aussi devenir la base d'un programme économique pour le monde entier: si les organismes ultra-libéraux que sont l'OMC, le FMI ou la Banque Mondiale, qui n'ont que les mots rigueur et privatisations à la bouche continuent d'imposer ces recettes aux pays les plus pauvres, en les menaçant de ne pas les aider financièrement, alors le monde continuera d'aller dans le mur. Et, si nous ne réglons pas le problème du développement des pays en difficulté, nous assisterons encore à des scènes de manifestations contre la faim dans les rues de leurs capitales. Avec des milliers de personnes pauvres, affamées et sans avenir... qui, pour sortir de leur misère, seront toujours prêts à perdre leur vie pour venir en Europe de manière illégale. Et nous en revenons à un des problèmes évoqués. La boucle est bouclée. Et, come le disait Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, "tout est lié" !