Rédigé par Aurélien Royer et publié depuis
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Les sondages l'avaient laissé entendre et les résultats le confirment: le Cavaliere, Silvio Berlusconi de son véritable nom, revient au pouvoir, deux ans après en avoir été chassé par des électeurs qui ont choisi de lui refaire confiance... pour la troisième fois ! Comme si la droite n'avait d'autre personne à proposer aux Italiens pour diriger le pays. Revoilà donc l'homme providentiel, le sauveur de l'Italie, qui promet tout juste ce qu'il faut que convaincre les plus indécis, mais pas trop non plus, histoire de montrer aux Italiens que la situation du pays est délicate et qu'une paire de sacrifices seront à faire dans les prochaines années. A la tête d'un parti qui lui a permis de reconquérir le pouvoir, le Cavaliere va pouvoir enfin (re)diriger le pays et (ré)exercer un pouvoir qu'il avait eu bien du mal à quitter, considérant qu'on lui avait volé en le donnant à un Romano Prodi auréolé de ses années à la tête de la Commission européenne. Relance de l'économie, lutte contre l'inflation, mise en place des recettes les plus libérales pour revaloriser le travail... sont désormais au programme d'une coalition majoritaire dans les deux Chambres du Parlement italien et sérieusement ancrée à droite. Des recettes qui ne sont pas sans rappeler celles préconisées par Nicolas Sarkozy l'an dernier: Berlusconi a d'ailleurs annoncé, dès la parution des premières tendances, qu'il allait défiscaliser les heures supplémentaires, considérant qu'il s'agissait d'un levier efficace pour relancer l'économie italienne.
Et cette seule annonce permet de tirer trois leçons du résultat de ces législatives transalpines:
- toutes les droites européennes, et désormais américaines (si l'on en croit les mesures prises par George Bush à la suite de la crise des subprimes), proposent à leurs électeurs les mêmes solutions ultralibérales: or, dans le contexte économique actuel d'une fragilisation du modèle capitaliste financier, ces solutions semblent de moins en moins pertinentes... notamment à moyen terme;
- la victoire de Silvio Berlusconi, propriétaire d'une partie des médias audiovisuels italiens, est aussi celle d'une droite décomplexée vis-à-vis de l'argent, qui privilégie le profit d'une partie de la population au détriment de l'intérêt de la majorité, qui doit (et on l'a déjà entendu en Italie) se serrer la ceinture;
- ce scrutin marque aussi la victoire de la communication politique: un homme providentiel, seul sauveur de son camp et détenteur de toutes les potions miracles qui vont transformer leur pays en rompant avec les archaïsmes dont il a été l'un des co-auteurs, parvient à convaincre une majorité des électeurs de le suivre dans une sorte d'aventure politique basée sur quelques slogans martelés à longueur de journée. De là à savoir si c'est suffisant pour gouverner efficacement et durablement, c'est une autre question (qui n'a pas encore de réponse) !
La victoire de Silvio Berlusconi (personnage qui ne peut être qu'admiré ou détesté !) marque également la défaite de la gauche italienne, dont l'ancien chef, Romano Prodi, a fortement déçu une population qui attendait beaucoup de quelqu'un dont l'expérience était vantée en dehors des frontières du pays: que les symapthisants démocrates américains en tirent les bonnes conclusions en se méfiant de ce seul argument comme garantie d'une victoire assurée ! Plus que la défaite du Professore, c'est aussi la (première) défaite d'une stratégie électorale que le nouveau leader de la gauche italienne, l'ancien maire de Rome Walter Veltroni, symbolisait. La gauche s'était reconstruite pour donner un nouvel espoir à ses électeurs en rassemblant des hommes et des femmes venus d'horizons différents, du communisme à ce qui ressemble à du centrisme: ce centre-gauche, qui cherche à se recentrer en abandonnant une partie de ses idéaux (traditionnels) pour ne se concentrer que sur les réalités, aurait-il échoué? Peut-être... et la gauche française pourrait en tirer quelques leçons. Pour sa rénovation, le PS ne devra ni abandonner les valeurs de gauche qui continuent de rassembler l'électorat le plus populaire, ni se priver d'une lecture critique et approfondie sur le monde actuel (pour ne pas se couper des réalités dans lesquelles nous vivons). Le PS doit donc en finir avec cette logique qui consiste à chercher un modèle à l'extérieur, sous prétexte qu'il a fonctionné dans un contexte national, différent mais proche, et à une période, précise mais proche. Le PS doit aussi proposer aux Français un nouveau programme politique attractif, inspiré de ce qu'ils vivent.