Depuis l'affaire de la traversée de la flamme olympique dans les rues de Paris, qui a jeté un froid dans les relations diplomatiques entre Paris et Pékin, le président de la République multiplie les signes de bonne volonté pour obtenir un réglement de la question tibétaine. En envoyant plusieurs émissaires successifs auprès des autorités pékinoises. D'abord le président du Sénat, Christian Poncelet, venu transmettre une lettre du président à l'athlète handicapée qui, face aux manifestants parisiens, avait su protéger la flamme, devenant une héroïne dans son pays. Symbole de la lutte des autorités chinoises contre la désinformation occidentale qui déforme la réalité pour affecter l'image du pays. Puis l'ancien premier ministre et sénateur de la Vienne, Jean-Pierre Raffarin, venu apporté la bonne parole et mesuré l'ampleur du sentiment anti-français dans la Chine d'en haut et, nous le jure-t-il, dans la Chine d'en bas. Pendant que le ministre des affaires étrangères et la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme attendent, toujours silencieux, au Quai d'Orsay.
Pendant ce temps-là, en Chine, les simples citoyens sont persuadés que les Occidentaux leur en veulent, qu'ils mènent une désinformation anti-chinoise: tous les reportages le montrent, le message du gouvernement chinois est tellement bien passé que des manifestations ouvertement anti-françaises, qu'il condamne officiellement, se déroulent tous les jours. Autrement dit, les médias ont tellement bien fait leur boulot de propagande que les incidents londoniens, les parcours raccourcis aux Etats-Unis ou en Australie, ont été masqués derrière l'épisode parisien, présenté comme le seul
moment où la flamme a été réellement menacée. Bref, la contestation n'a duré qu'une journée et, en représailles, il faut boycotter les produits français ! Sauf que Carrefour, toute française que soit cette enseigne, fait vivre des milliers de salariés chinois et distribue aux consommateurs des produits chinois... d'un côté, on n'hésite pas à utiliser le boycott comme moyen de protestation et de l'autre, il faudrait que l'on s'abstienne de ne pas participer au coup d'envoi d'une Olympiade dont personne ne veut priver les athlètes?
Sans revenir sur cette question du boycott, sur lequel beaucoup de choses ont déjà été dites, il es clair que cette question reste entière pour les dirigeants occidentaux. Boycott qui serait décidé en fonction de l'évolution de l'attitude du régime de Pékin à l'égard du peuple tibétain. Boycott qui serait décidé au niveau européen, Nicolas Sarkozy se plaçant déjà (et à juste titre) comme le premier des Européens présents à l'ouverture de ces Olympiades. Et, dans le flot d'informations et de conseils que lui donnent les responsables politiques, français et étrangers, de droite comme de gauche (voir les réentes prises de position d'Angela Merkel et de Gordon Brown), il est un point de vue qui retient l'attention. Celui de Matthieu Ricard, traducteur français officiel du Dalaï-lama qui, à l'occasion d'une visite du chef spirituel tibétain en France, était l'invité du 20 heures de France 2 ce mardi. Deux de ces propos méritent d'être signalés: d'une part, il condamne les "brutalités" anti-démocratiques que commettent les policiers chinois à Lhassa (en donnant des chiffres sur le nombre de morts dans cette répression, sur le nombre de personnes portées disparues, arrêtées et menacées de lourdes condamnations injustes); d'autre part, il considère que les JO sont un formidable moyen de pression dont il faut profiter et user car, après la cérémonie d'ouverture et les épreuves, la Chine ne sera plus sensible (et sera totalement "imperméable") à aucun message de la communauté internationale.
Quant à la chancelière allemande, elle a fait preuve d'une audace que l'on aimerait bien voir dans les actes et les paroles de nos propres représentants. Mme Merkel n'a pas hésité à défendre, dans un discours officiel, le droit d'ingérence s'il permet de faire progresser certaines valeurs comme la démocratie. Bref, elle a décidé de taper du poing sur la table et d'envoyer un message clair à la Chine... message que même les athlètes français ne pourront pas porter. L'audace et le courage du Comité national olympique français va empêcher nos représentants de pouvoir porter le badge qu'ils avaient déjà mis en avant lors du passage de la flamme: parce que le CIO y voit un message politique, qui résume pourtant ce que l'olympisme devrait transmettre sans qu'il soit besoin de le rappeler, le badge "Pour un monde meilleur" ne pourra même pas être visible à Pékin... sous peine d'exclusion de la France de cette compétition. Décidément, face aux contrats et aux intérêts économiques, certains des responsables politiques, et maintenant sportifs, se mettent vite dans le rang !