Bon prince et pseudo-démocrate, le président tchadien, Idriss Déby, a donc finalement décidé de grâcier les Français de l'Arche de Zoé... quelques semaines après leur transfert dans des prisons françaises. L'obtention de cette grâce, si elle permet à la diplomatie française de montrer qu'elle peut encore peser auprès d'un de ses partenaires africains, ne symbolise-t-elle pas aussi ce qu'est une vraie dictature? Un président, contesté par une partie de la population de son pays (qui se sent exclue de la vie politique nationale), tente de masquer la partialité de sa justice par une décision apparemment démocratique. Faut-il y voir la volonté de faire oublier un procès anti-démocratique, trop rapide et n'ayant donné aux accusés aucune occasion de s'exprimer? Peut-être...
Seulement quelques jours après sa libération, Eric Breteau, le fondateur et président de l'association, a choisi d'entrer dans l'arène médiatique pour donner sa version d'une affaire qui demeure très complexe. Invité de France Info à 18h15, puis du Grand Journal de Canal+, M. Breteau a tenu à faire de la pédagogie auprès du public, considérant que les informations qui lui ont été communiqué (ou en tout cas, le peu qu'il en sait !) avaient été partielles voire erronées. Cette "reconquête" médiatique devait ainsi mettre fin à six mois de silence, au cours desquels il lui a été impossible, ainsi qu'à ses compagnons d'infortune, de se défendre. Et sa version, à défaut d'être convaincante (il est difficile d'en juger pour le moment !), a le mérite d'exister et de donner à son projet une explication bien plus réaliste que celle avancée par les autorités tchdiennes (oublions les accusations d'enlèvement et de trafic d'enfants, destinés à des réseaux pédophiles européens).
Pour le président de l'association, qui affirme avoir rencontré les conseillers de Bernard Kouchner et de Nicolas Sarkozy, il s'agissait de provoquer une grave crise diplomatique entre le Soudan et la France, afin que les représentants de cette dernière puissent en profiter pour chercher une solution à la crise du Darfour. Le projet était donc clair: extraire du Darfour des enfants menacés par le génocide qui sévit dans cette partie du Soudan; les rapatrier en France pour les placer dans des familles d'accueil; attirer l'attention de l'opinion publique internationale sur le drame que vivent ces enfants. Les autorités françaises, apparemment au courant du dispositif, semblaient intéressées par une telle initiative, risquée car "diplomatiquement incorrecte". Quant au familles françaises, impliquées financièrement dans le projet, elles devaient se substituer aux structures d'accueil des enfants, dans la mesure où une centaine de jeunes Soudanais devaient arriver en une seule fois. Aucun projet d'adoption immédiate n'était, semble-t-il, à l'ordre du jour... même si certaines familles espéraient, à terme, adopter des enfants qu'elles pensaient orphelins.
De deux choses l'une:
- soit, comme elles l'affirment par la voix de Rachida Dati, les autorités françaises n'étaient pas au courant de cette opération... et, dans ce cas, c'est à la justice française de tirer cette affaire au clair, dans le cadre de la procédure en cours, pour laquelle Eric Breteau est mis en examen;
- soit les officiels français, notamment au Quai d'Orsay, étaient effectivement au courant... ce que leur passivité au moment du départ de l'avion laisse supposer. Et dans ce cas, c'est la preuve, qu'en matière diplomatique, nous sommes capables d'un certain courage... au moins, en coulisse. Sauf que, depuis, les actes et déclarations du ministre des affaires étrangères nous ont replongé dans une diplomatie plus traditionnelle où chaque mot est pesé pour ne pas froisser la sensibilité de nos partenaires, à tel point qu'ils n'ont aucun sens concret et qu'ils ne font rien bouger. C'est désolant !
Et, même si je ne veux pas donner l'impression de défendre l'une ou l'autre des positions, il faut tout de même qu'un débat -médiatique et judiciaire- ait lieu pour que nous, citoyens, sachions la vérité.