Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
26 Mai 2007
Nombreux étaient sans doute les Français à ne pas connaître Guy Môquet (photo), ni l'homme, ni la lettre, avant que Nicolas Sarkozy ne l'évoque, durant la campagne et lors d'une émouvante cérémonie dans le bois de Boulogne, le jour de son investiture. Rendre un hommage aux jeunes résistants, qui plus est fusillés par les Allemands à quelques jours de la libération, est une démarche qui force le respect: l'émotion (les larmes même) était au rendez-vous lors de la lecture de cette bouleversante lettre écrite par un jeune homme de 17 ans !! La voix marquée par l'émotion, le nouveau président a rappelé son attachement à ce témoignage, souhaitant même que le texte soit lu, en début d'année, à tous les lycéens de France, pour que le message que véhicule cette lettre soit connu de tous. A priori, l'idée est séduisante mais (et là, c'est l'historien qui parle) il faut se méfier de ces raccourcis: lire la lettre de Guy Môquet d'accord, mais avec certaines conditions.
1- il serait sans doute contre-productif de faire lire cette lettre aux lycéens sans qu'elle ne fasse partie d'un cours sur la résistance, sur la France de l'après 1940: pour que les élèves en saisissent bien le sens et la portée, il faut que cette lettre soit un document d'appui du cours. Dès lors, peut-elle être considérée comme un document à connaître obligatoirement en vue de la préparation au BAC ou au brevet, comme un document à intégrer dans l'étude de la seconde guerre mondiale en classes de troisième et de première. La connaissance du contexte de sa rédaction et de la réalité de la résistance intérieure est nécessaire pour que la force de ce témoignage soit bien comprise des élèves. 2- la lecture, intervenant donc en cours d'année, ne peut se faire que dans un cours d'histoire et éducation civique, la lettre devant susciter un débat sur la citoyenneté française au XXième siècle. Elle deviendrait ainsi un des temps forts des programmes d'histoire, et surtout d'éducation civique, car c'est à partir d'exemples comme celui-ci que les enseignants peuvent forger chez leurs élèves une vraie culture civique.

Cette proposition pose une très bonne question: comment donner aux jeunes Français, futurs citoyens, une culture historique solide, qui fasse la part belle au patrimoine de la nation? Car, plus qu'une lettre, ce document est l'une des pièces de la mémoire nationale, au même titre que d'autres objets, dont regorgent les musées, ou encore que les nombreux monuments dont regorge le territoire. Comment faire découvrir le patrimoine français aux plus jeunes générations? 1- en les emmenant visiter les musées et monuments incontournables de la région où ils habitent: en tant que jeune conseiller régional de Picardie, j'ai pu constater à quel point les jeunes Picards connaissent peu leur région, pourtant l'une des plus riches du pays (elle compte par exemple six des quatorze principales cathédrales gothiques de France !). 2- en consacrant une journée par trimestre à une sortie pédagogique: la visite d'un lieu n'est productive que si elle se fait dans le cadre d'un cours et avec l'aide d'un guide-accompagnateur.
A travers ces journées, il s'agit de donner envie aux élèves d'aller visiter d'autres lieux avec leur famille ou entre amis, afin de mettre en pratique ce qui a été vu dans un cours, d'histoire ou d'éducation civique. Pour cela, il faut que le calendrier scolaire soit repensé, afin que des coupures nettes, de trois semaines par exemple, soient mises en place entre chaque trimestre (de douze semaine chacun, ce qui n'est pas exactement le cas aujourd'hui), lequel serait découpé en deux périodes (de six semaines chaune), séparées par une semaine de pause. Les vacances d'été pourraient par ailleurs être limitées à sept semaines, ce vers quoi elles tendent dans la mesure où, depuis quelques années, elles commencent début juillet pour commencer dans les tout premiers jours de septembre. Une réflexion sur le niveau horaire, et la possible généralisation de la semaine à quatre jours (au collège, mais peut-être pas au lycée) seraient aussi à mener. Un important chantier en perspective !