Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
3 Mai 2007
20 millions de Français étaient hier soir, entre 21h et 23h40, devant leur petit écran pour suivre le débat tant attendu entre les deux qualifiés du second tour... sans compter celles et ceux qui l'ont suivi à la radio ou sur Internet !! Comme l'avait déjà montré le taux de participation lors du premier tour, les Français se passionnent pour cette élection qui, au moins de par l'âge des prétendants, restera dans l'histoire comme un tournant: la fin de l'ère mitterando-chiraquienne. Comme le montraient les sondages, avant même la confrontation, les Français s'apprêtaient à regarder ce débat pour consolider leur choix: près de 90% des électeurs ont fait un choix définitif et attendaient de ce débat le triomphe de leur voisin... comme le prouvent les réactions des deux camps ce matin. Pour les socialistes et sympathisants, Ségolène a pris le dessus tandis que, pour les militants UMP, Nicolas Sarkozy a montré sa "supériorité".

Il n'y a sans doute pas eu de véritable vainqueur hier soir: chacun a joué sa partition avec perfection. La candidate socialiste a rappelé que son projet était un tout cohérent et solide, basé sur des valeurs de gauche et ne refusant pas le dialogue au-delà des clivages: d'entrée de jeu, elle se lance sur le dossier de la dette, en s'appropriant l'une des propositions de François Bayrou (consacrer le surplus de croissance, au-delà de 2,5%, au remboursement de la dette). Quant à Sarko, il a montré qu'il connaissait tous les dossiers sur le bout de doigt: chiffres à l'appui, il a fixé les grandes orientations et montré la cohérence de sa politique économique, n'oubliant pas de rappeler sa vision de la France et du rôle de président de la République. Capacité de révolte (la "colère saine") pour l'une et calme affiché pour l'autre ont révélé deux personnalités inattendues, presque à l'opposé de ce qu'ils nous offraient depuis le début de la campagne.
La phrase du débat? "On atteint là le summum de l'immoralité en politique" devrait tenir bonne place dans les mémoires. Et, plus largement, les téléspectateurs retiendront ce coup de colère, affiché comme tel (et non comme une perte de sang froid), qui révèle un point important: Ségolène Royal a mis en avant sa volonté de faire correspondre les actes et les paroles. Elle dénonce ainsi les bonnes intentions de Sarko à l'égard de la scolarisation des enfants en situation d'handicap, qui vont dans le sens contraire de l'action diu gouvernement sortant: si ses chiffres sont exacts (car, ce matin, l'UMP donne des données totalement contradictoires), la révolte était tout à fait justifié.
Cel aura été l'un des fils rouges dans l'intervention de Ségolène Royal: refuser de donner un catalogue de mesures (alors que son Pacte présidentiel était comparé à une succession de 100 propositions !), mettre en avant la cohérence de ce Pacte où tout se tient, et où chaque mesure n'a de signification que par rapport aux autres. Elle a donc développé les mesures qu'elle maîtrise, s'appuyant soit sur sa propre action en Poitou-Charente (elle a donc bien expliqué ce que sont les emplois tremplins), soit sur ce qui se fait à l'étranger. Enfin, elle a mis en avant trois priorités: l'école, replacée au coeur du pacte républicain ; l'écologie et la régionalisation, considérant que la cohérence territoriale passait par une nouvelle étape de la décentralisation (fin des chevauchements de compétences, action au plus proche des territoires, intelligence et particularité de chaque territoire).
Lors du débat, sur de nombreux thèmes (Europe, fonction publique, nucléaire...), le clivage droite-gauche a été clairement mis en valeur. Mais, c'est sur la conception du rôle de chef d'Etat que ce clivage a été, à mon sens, le plus marqué: a priori, avantage à Nicolas Sarkozy, qui rappelle plusieurs fois la place du président de la République, qu'il s'agit d'une rencontre entre lui et le peuple français, qu'il fixe le cap et qu'il sait où il mène le pays... mais, au fil de la discussion, deux conceptions différentes du pouvoir émergent. Pour le candidat de l'UMP, le président est un super premier ministre, qui sait tout sur tout, qui connaît tous les dossiers, et qui doit tout savoir: cette image d'un technicien est revenu plusieurs fois, notamment lorsqu'il questionne Ségolène Royal sur le taux d'un éventuel impôt sur les produits boursiers. La candidate socialiste, elle, refuse d'entrer trop dans le détail (elle apparaît flou sur de nombreux sujets) mais fixe des orientations, s'appuyant toujours sur la cohérence de son programme et sur le rôle dévolue à la concertation sociale. Dans cette conception, le président orchestre l'action d'un gouvernement qui travaille sur le base des négociations entre partenaires sociaux: même si elle semble se réfugier vers ces "conférences", elle donne l'image d'une personnalité attachée davantage aux valeurs qu'aux chiffres. Elle sera, en cas de victoire, une présidente d'une nouvelle démocratie sociale où les politiciens ne savent pas tout sur tout (les Français détestent que les décideurs assènent des vérités): les débats participatifs augurent d'une nouvelle façon de faire de la politique...
...au fond, c'est ce que souhaitait François Bayrou, pour qui l'école et la dette étaient les deux grandes priorités du prochain quinquennat. Avec la réforme des institutions, sujet sur lequel le désaccord est encore apparu, le candidat UDF retrouve, dans les propositions de Ségolène, plusieurs de ses idées. On attend avec impatience le choix de M. Bayrou, qui doit s'exprimer aujourd'hui !! Et vous, fidèle lecteur, quelle est votre impression sur ce débat? Partagez-vous mon analyse? laissez un commentaire pour que le débat se poursuive.