Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
17 Août 2006
Après plusieurs semaines d'intenses tractations, qui ont notamment laissé entrevoir les difficultés de la communauté internationale à se mettre d'accord sur un sujet des plus graves, un cessez-le-feu intervient enfin entre Hezbollah libanais et l'Etat hébreu. Cessez-le-feu qui tient depuis plusieurs jours, qui reste fragile (répètent chaque jour les médias) mais qui va durer, les conditions les plus raisonnables ayant été signées par les deux parties, selon les plans de la proposition française défendue par Philippe Douste-Blazy. Premièrement, l'armée israélienne évacue ses positions dans le sud Liban aux forces de la FINUL (Force Intérimaire des Nations Unies au Liban) qui maîtrise le terrain avec l'armée libanaise. Deuxièmement, un accord politique durable est conclu entre les deux gouvernements, ainsi qu'avec le Hezbollah, pour placer cette région sous mandat international, c'est-à-dire sous la protection exclusive de l'ONU, autrement dit par le désarmement du mouvement chiite. Déjà, les spécialistes du Proche-Orient craignent que cette seconde étape soit délicate à franchir, le désarmement du Hezbollah supposant un accord politique avec les pays qui arment cette milice, donc avec la Syrie et l'Iran: même si un accord venait à être conclu (ce qui n'est pas évident, vue l'opinion de ces deux pays envers Israël), il serait encore plus précaire que le cessez-le-feu actuel. La situation du Proche-Orient, en général, est d'autant moins réglé que le gouvernement israélien revoit ses ambitions en Cisjordanie: avant le conflit, et dans la continuité de ce qui a été entrepris dans la bande de Gaza, Ehud Olmert envisageait un retrait des colonies israéliennes de cette région réclamée par les Palestiniens. Aujourd'hui, plus question d'un tel retrait, les soutiens palestiniens au Hezbollah ayant refroidi un gouvernement qui, après cette épreuve, ne peut prendre le risque politique d'une telle décision: c'est l'impopularité garantie.
En attendant, sur place, le cessez-le-feu permet aux secours d'arriver sur les lieux bombardés tant par Tsahal que par le Hezbollah, pour y secourir les populations civiles de retour chez elle (quand leurs maisons n'ont pas été purement et simplement détruites). Qui est le gagnant de la guerre? Difficile à dire. On ne connaît que les perdants: les civils, libanais comme israéliens, qui ont connu le deuil et qui connaîtront bientôt la misère. Alors que le président syrien félicite le Hezbollah pour sa victoire (ce qui laisse augurer de ce que seraient les négociations pour un démentèlement du mouvement chiite !), il est clair qu'Israël aurait mené cette guerre à pure perte: réunions de l'ONU dès les premiers jours pour la condamner, discrédit des politiques et des militaires dans l'opinion isarélienne, union des pays et mouvements radicaux anti-israéliens, grande popularité du Hezbollah et de son chef auprès des civils libanais... autant d'ingrédients qui ne laisse pas présager que du ciel bleu dans cette région. Heureusement, la diplomatie a réussi à imposer une FINUL renforcée, que l'on sait aujourd'hui armée (apte à se défendre en cas d'attaque), sous commandement de la France (qui commande déjà la FINUL actuelle et qui connaît donc bien le terrain).
Toutefois, cette force ne réglera pas tout (loin de là !): encore une fois, je crois qu'une conférence internationale, se tenant en Europe, ne serait pas de trop pour régler tous les problèmes auxquels la région est encore confrontée: les relations israélo-palestinienne, éclipsée pendant un mois, seront toujours aussi tendues, surtout après les propos d'Ehud Omert !! Cette conférence est une nécessité car cette région est une poudrière aussi dangereuse que les Balkans l'étaient en 1914. Le risque de voir la région exploser dans les prochaines années et de basculer dans une guerre essentiellement religieuse, dont les conséquences seraient désastreuses, est immense. Pour preuve, Israël fait partie des destinations à risque pour les avions, les aéroports européens contrôlant systématiquement les passagers en partance pour Washington et Tel-Aviv: le terrorisme a déjà défini ses cibles et n'hésite pas à frapper, comme les attentats déjoués de Londres le prouvent. Nicolas Sarkozy, avant de rencontrer ses homologues européens, rappelait au 20h de France 2 que le risque en France était "élevé et permanent": le monde dans lequel nous vivons est plus jamais dangereux et il est urgent de faire quelque chose, sur le front diplomatique, les guerres de Bush n'ayant pas réduit les risques. Même si l'on peut concevoir que la guerre contre le terrorisme puisse revêtir une dimension militaire active...