Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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"J'ai le coeur brisé": c'est par ces mots, qui traduisent fidèlement son émotion, que Barack Obama a commenté la mort d'Edward, surnommé Ted, Kennedy, le plus jeune des trois frères de cette célèbre famille qui aura fourni, à la vie politique américaine, de beaux talents. Ted, âgé de 77 ans, emporté par le cancer du cerveau contre lequel il luttait depuis plus d'un an, aura échappé à ce que certains considèrent comme une malédiction ayant frappé les Kennedy, cette famille dont il était le respecté patriarche. Les années 1960 furent les années de la gloire et du malheur pour cette famille catholique d'origine irlandaise. Une véritable dynastie qui a donc offert aux Etats-Unis: - le premier président catholique de son histoire, et l'un des plus jeunes (John Fitzgerald ayant été élu à 43 ans en novembre 1960 avant d'être assassiné en 1963 à Dallas, suscitant une émotion collective intense que Marianne a décortiqué la semaine dernière dans une de ses séries de l'été); - deux sénateurs: Robert, surnommé Bob (qui fut ministre de la Justice de son frère), fut assassiné en pleine campagne présidentielle en 1968 à l'âge de 42 ans et, donc, Ted, sénateur du Massachusetts depuis 1962 et qui vient de s'éteindre; - une ambasadrice à Dublin en la personne de leur soeur, Jean Ann. Bref, une famille talentueuse dont les membres ont atteint les plus hautes marches du pouvoir. Sur cette belle photo, que l'on (re)découvre à l'occasion de la mort de Ted, on voit les trois frères: ce cliché fut pris peut avant l'élection de John (ici à gauche) à la présidence des Etats-Unis, Ted (le 3ème) se trouvant à droite.
Ted Kennedy était donc sénateur depuis 47 ans, un poste qu'il occupa sans discontinuer depuis l'âge de 30 ans. Depuis l'annonce de son décès, les portraits que nous proposent les médias soulignent tous deux choses: 1- touché par un scandale (il eut un accident de voiture avec une femme qui n'était pas la sienne, et qui mourut faute d'avoir prévenu les secours trop tôt), il dut renoncer à sa candidature présidentielle en 1980; 2- faute de changer les choses depuis la Maison-Blanche, il s'employa, en tant que sénateur, à faire voter des lois "sociales" que l'actuel président a longuement salué. Démocrate, le coeur à gauche (comme ses frères), Ted était devenu l'un des hommes politiques les plus respectés et écoutés du pays. Ses prises de position lors de la dernières campagne présidentielle (soutenant Obama pendant les primaires) et l'acclamation qu'il reçut à l'occasion de la convention démocrate d'août 2008 le prouvent. Ayant laissé son nom à plus de 300 projets, il était l'un des politiciens les plus à gauche de son parti, faisant de la justice sociale la première de ses références pour améliorer le sort des plus démunis. Dans son hommage, le président Obama n'a ainsi pas manqué l'occasion de rappeler qu'ils avaient agi pour les personnes âgées, les familles nombreuses et les enfants; bref, les plus vulnérables des Américains. Sa conviction: les Etats-Unis ont besoin d'un Etat-providence, proche du modèle français, qui permettent aux plus faibles d'échapper aux lois du marché.
Malheureusement pour l'actuel locataire de la Maison-Blanche, la mort de Ted sonne comme une bien mauvaise nouvelle: Obama perd ainsi, parmi les parlementaires, l'un de ses plus importants soutiens, à l'heure de mettre en oeuvre la réforme du système de santé. Inspirée par Hillary Clinton, qui en lança l'idée lors des primaires, cette couverture maladie au profit des plus pauvres constituera le grand chantier de la rentrée politique américaine... et de tout le mandat du président démocrate. Et ce combat s'annonce rude: comme le faisait Ted Kennedy pour construire ses projets au Sénat, Obama souhaitait, vue l'ampleur du projet (un milliard de dollars dans le budget 2010), associer une partie des républicains à ce projet pour qu'il soit consensuellement admis. Or, depuis plusieurs semaines, les républicains se déchaînent contre le président américain: pour eux, une couverture pour les plus pauvres, pris en charge par l'Etat, constitue une hérésie socialiste, digne de la France communiste !! Au pays du libéralisme, la santé est un business. Seules les compagnies privées, qui se font du fric sur le dos des assurés, qui ne peuvent accéder aux hôpitaux et aux meilleurs soins qu'accompagnés de leur porte-monnaie, doivent avoir accès à ce marché. C'est en tout cas la conviction de ces républicains qui, à l'image de Sarah Palin, ex-gouverneure d'Alaska, s'en prennent violemment aux démocrates: pour la droite américaine, c'est chacun pour soi. En proposant, à chaque élection, des baisses d'impôts, les républicains sont les champions d'un individualisme que la réforme de la santé a permis de mettre au jour. Pour ceux qui s'y opposent, il ne saurait être question de payer, par leurs impôts, pour préserver la santé des pauvres, ces fainéants qui ne travaillent pas pour s'en sortir !
Plus grave: depuis quelques jours, sur les affiches s'opposant au projet, on peut voir Obama faisant le salut nazi, affublé d'une moustache hitlérienne. Dans une démocratie, si souvent citée en exemple, de tels agissements sont intolérables. Fut-ce au prix d'une forte impopularité (la chute d'Obama dans les sondages s'explique en partie par ce projet, qui suscite l'opposition farouche des sympathisants républicains mais aussi de certains électeurs habituellement démocrates), ou encore d'une défaite aux prochaines élections de mi-mandat à l'automne 2010 (auxquelles les républicains pensent déjà), le président doit poursuivre dans cette voie. Il rendrait ainsi un bel hommage au "vieux lion" pour qui la solidarité (chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoin) était la pierre angulaire de la politique. C'est un juste et beau combat que, s'il remporte, Obama laissera dans l'histoire récente du pays. De quoi surclasser le piteux mandat de son prédécesseur !
A lire, sur ce sujet, l'article tiré du Los Angeles Times et publié sur le site de Courrier International sur l'impact de la disparition du patriarche des Kennedy. Intitulé "Obama handicapé par la disparition de Ted Kennedy", il explique que "champion des questions de santé et as du compromis, le sénateur du Massachusetts (...) laisse un grand vide au sein du Parti démocrate. Sa disparition pourrait encore compliquer les choses pour le président, en particulier sur le front de la réforme de l'assurance-maladie". Pour le lire en intégralité, cliquezICI.
Pour le port d'arme et l'avortement ,cela peut s'expliquer même si l'on n'est pas d'accord ,puisque cela fait intervenir des traditions ou des croyances contre lesquelles il est toujours difficile de s'opposer .C'est un point de vue défendable . Par contre comment avec sa population de laissées pour compte , les risques courrus pare la classe moyenne qui fleurte de plus en plus dangeureusement avec la paupérisation , par la faute de la sphére financiére le projet de couverture de l'assurance maladie d'Obama hérité c'est vrai d'Hillary Clinton peut il faire tomber sa popularité aussi drastiquement.Alors soit les sondages sont manipulés , soit la majorité des Américains est riche... Je n'ose pas envisager la troisiéme réponse qui explique pourquoi ce peuple a choisi pour président un Reagan et un Bush junior.......
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- Sur le port d'armes, les Américains sont si individualistes qu'ils veulent se défendre seuls: peut-être l'héritage d'une histoire mouvementée faite de cow-boys qui, armes à la main, massacraient<br />
les Indiens...<br />
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- Sur la question de l'avortement, c'est clairement l'emprise de la religion, catholique mais surtout protestante, qui se fait sentir. D'ailleurs, quand on voit que la religion des candidats à la<br />
présidence est un critère important pour nombre d'électeurs, on comprend mieux l'ampleur de cette emprise. Ainsi, pour une majorité d'Américains, y compris des progressistes donc, un foetus est un<br />
être humain.<br />
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- Sur l'assurance santé, vu de France, on a beaucoup de mal à croire qu'un tel projet, qu'une telle avancée soit si violemment critiquée. J'espère aussi que la 3ème réponse n'est pas la bonne.<br />
Quoique... la mentalité des Américains n'est pas la même que la nôtre.<br />
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Quant à savoir si les sondages sont manipulés, je remarque que, d'une enquête à l'autre, les résultats sont différents. Les chaînes plutôt à gauche diffusent des sondages plus cléments pour le<br />
président, avec quelques points de popularité en plus. Mais, cela ne diverge pas tant que cela de ce qu'on trouve en France, avec des sondages Opinion Way pour le Figaro toujours si bien tournée<br />
que Sarko semble y être plébiscité...<br />
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P
Patricia
27/08/2009 14:19
L'idée d'une assurance privée est hélas bien ancrée dans la mentalité des américains. Ce sujet comme le port des armes ou l'avortement provoquent souvent des leviers de boubliers. Esperons qu'Obama ira au bout de cette réforme et ne cédera à se déferlement de haine et d'hystérie.
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Il est vrai que l'individualisme est bien ancré aux Etats-Unis et qu'il a mille occasions de se manifester. Dans le même temps, les républicains, dont c'est le gagne-pain, surfent sur la vague. Le<br />
débat sur l'assurance-santé est une superbe occasion de se relancer, alors que le parti est divisé, que des personnalités s'y font jour - avec leur lot d'ambitions personnelles - et que les<br />
élections de mide-term approchent.<br />
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L'assurance-santé a un impact direct sur la vie quotidienne de millions de gens. C'est la raison pour laquelle Obama se lance dans cette aventure, soucieux qu'il doit être de ne pas décevoir si tôt<br />
nombre de ses électeurs, qui le soutiennent encore majoritairement. En revanche, osera-t-il s'attaquer aux armes ou à la question de l'avortement? Pas sûr. L'opposition serait encore plus<br />
virulente. Même si on peine à savoir la forme qu'elle prendrait...<br />
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