Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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Elles sont trois. Trois femmes détenues par des régimes pas franchement sympathiques. Et les tractations qui entourent leurs détentions nous en apprennent pas mal, notamment sur le degré de maturité de la diplomatie européenne. Je vais y venir. Parlons d'abord du cas de Clotilde Reiss, cette jeune universitaire emprisonnée en Iran pour espionnage. Passionnée par ce pays, par son histoire autant que son présent, elle a effectué, dans le cadre de ses études, un voyage sur place et, inconscience suprême pour certains, elle a osé rédiger un mémoire sur le nucléaire iranien alors qu'elle effectuait un stage qui l'amenait à parler de ce dossier. Personnellement, je m'étonne de voir (ou de lire) ces commentaires qui font de la jeune femme une inconsciente qui récolte ce qu'elle a semé: pourquoi une étudiante passionnée de l'Iran, et donc de son actualité, aurait-elle moins le droit de se rendre sur place qu'un étudiant passionné par l'Afrique du sud et qui serait amené à réfléchir à la discrimination toujours présente dans le pays, près de vingt ans après la fin de l'Apartheid? Parce que le régime est moins fréquentable? Mais, c'est faire trop d'honneur audit pays que de le boycotter et, donc, de ne pas y envoyer d'observateurs qui puissent nous informer de ce qui s'y passe. Certes, la situation a dégénéré: la Française est actuellement en prison et risque cinq années de détention dans le cadre d'un procès grossièrement fabriqué. Mais, rappelons qu'elle n'est pas la seule sur les bancs du tribunal: finalement, elle était au mauvais endroit, au mauvais moment. Elle a eu la chance (ou la malchance, selon l'issue de l'affaire) de se trouver au milieu d'une situation absolument exceptionnelle, l'Iran ayant traversé ces derniers mois une zone de turbulence qu'aucun spécialiste (y compris les employeurs de Mme Reiss) n'a prévu.
Mais, ce qui est le plus intéressant, dans cette affaire, ce sont les réactions diplomatiques qui ont suivi le début du procès. Détenue depuis plusieurs semaines à la suite des rafles d'opposants organisés par le régime d'Ahmadinejad, c'est sa comparution devant le tribunal révolutionnaire, où elle avouait ce que les autorités de Téhéran souhaitaient entendre, qui a déclenché l'activité diplomatique européenne. Et, fait exceptionnel, les diplomaties française, britannique et européenne ont fait front pour exiger la libération des trois Occidentaux jugés par le régime. En plus de Clotilde, une employée franco-iranienne de l'ambassade de France et un employé de l'ambassade de Grande-Bretagne ont également comparu. Au chapitre des réactions, le communiqué du Quai d'Orsay, en date du 8 août, est dont particulièrement intéressant: "Après la comparution de Clotilde Reiss devant un tribunal de Téhéran, la France renouvelle sa demande de libération immédiate de la jeune universitaire, les accusations portées contre elle étant dénuées de tout fondement. Nous avons également appris l'arrestation et l'audience, lors de cette même séance collective, de Mme Nazak Afshar, employée de notre ambassade à Téhéran. Nous demandons également sa libération immédiate, les charges retenues contre elle étant inexistantes. La France s'élève par ailleurs contre les conditions de cette comparution. L'ambassade n'a pas été informée au préalable, ni autorisée à assister à cette comparution, conformément aux règles internationales de la protection consulaire. Nous déplorons aussi que Clotilde Reiss et Mme Afshar n'aient pu être assistées d'un avocat. Nous sommes en contact étroit avec nos partenaires européens, et notamment la Présidence suédoise, pour examiner l'attitude à adopter" (source: site Internet du ministère).
Tout y est dit sans ambiguité: le procès n'est pas équitable et viole les principes démocratiques élémentaires contenues dans les "règles internationales". Et le gouvernement français d'enfoncer le clou en proposant de verser une caution pour permettre à la Française de résider à l'ambassade dans l'attente du verdict, c'est-à-dire de suivre une procédure qui existe dans les pays véritablement démocratiques, où la justice donne des droits à l'accusé, présumé innocent tant qu'il n'est pas déclaré coupable. Enfin, en finissant par rappeler la concertation qui existe au niveau européen, la France entend ainsi effectuer une pression plus efficace sur le régime de Téhéran. En effet, dans la foulée, l'Union européenne a elle aussi publié un communiqué dans lequel elle explique qu'en jugeant trois ressortissants français et britannique, c'est au 27 pays qui composent l'UE, et donc à l'Union toute entière, que l'Iran s'en prend, indirectement. On peut se féliciter de voir les autorités européennes montrer si clairement la solidarité qui peut exister entre les Etats-membres sur ce dossier sensible. Occasion également de prouver que les 27 peuvent avoir des positions communes sur des dossiers diplomatiques sensibles, en dépit de la fracture révélée lors du conflit en Irak (et que les adversaires d'une Union plus politique nous rappellent sans cesse). Autre preuve d'efficacité de l'Union dans ce domaine ds "relations extérieures" (car, au niveau européen, on ne parle pas d' "affaires étrangères"): le cas de l'opposant birmane Aung San Suu Kyi. Condamnée à 3 ans de prison, transformées en 18 mois d'assignation à résidence (juste de quoi la mettre hors jeu pour les prochaines élections générales dans le pays), elle a décidé de faire appel en s'appuyant sur le soutien moral que l'UE, et le reste de la communauté internationale, lui apporte. En lutte depuis de longues années contre la junte militaire au pouvoir, elle aurait pu se lasser de ces procès et condamnations à répétition, souvent à l'occasion de prétextes plus que douteux pour simplement priver l'opposition au régime de sa figure la plus emblématique. C'est minable ! Et l'UE veille...
Finissons par un regret. Celui de ne pas voir l'UE déployer autant d'énergie pour obtenir la libération d'une autre otage française, détenue pour des raisons politiques: je veux parler de Florence Cassez (photo). Détenue au Mexique dans une affaire pas très claire, elle a été livré en pature à l'opinion publique mexicaine, au point de faire échouer les tentatives diplomatique pour obtenir son transférement en France, où elle serait amenée à purger les 60 années de détention auxquelles elle a été condamnée. A intervalles réguliers, faute de pouvoir faire mieux, la Française saisit les médias français de son sort en profitant d'un évènement de l'actualité mondiale. Il y a quelques mois, elle craignait d'être contaminée par la grippe A, enfermée dans les geôles peu accueillantes du pays d'où est partie cette épidémie. Aujourd'hui, c'est en profitant du cas de Clotilde Reiss qu'elle se rappelle à nos bons souvenirs, sur France Info: "Quand j’ai entendu des ministres français prendre la défense de Clotilde Reiss et exiger sa libération en soulignant que le président Nicolas Sarkozy intervenait personnellement, j’ai cru un instant qu’on parlait de moi" , a-t-elle affirmé. "Je souhaite de tout coeur qu’une solution rapide intervienne en faveur de Clotilde Reiss, comme l’a laissé espérer le gouvernement français. Tant mieux pour elle, et j’espère qu’à Paris on n’oublie pas mon dossier", ajoute-t-elle (...) "J’ai bien conscience d’avoir été un pion politique, d’abord dans le dialogue franco-mexicain à l’occasion de la visite du président Nicolas Sarkozy au Mexique, en mars, puis dans la campagne des élections législatives mexicaines du 5 juillet", a encore confié Florence Cassez. "J’espère ne pas l’être encore pour la campagne des présidentielles de 2012, la mexicaine et la française prévues cette année-là", a-t-elle conclu. En effet, il est clairement établi que, côté mexicain, l'affaire Cassez a permis au président Calderon de masquer son piètre bilan en matière de lutte contre cette délinquance qui mine son pays. La rétractation de témoins innocentant la Française ou la mise en scène médiatique de son arrestation (la version diffusée dans les médias étant une reconstitution faussée) sont autant de preuves d'un procès inéquitable que l'UE doit dénoncer aussi bien à Mexico qu'à Téhéran. Question de cohérence...
Pour compléter cet article, extrait d'un billet d'humeur lu dans l'Union, journal régional: "Pourquoi Kouchner aboie-t-il si fort aujourd'hui et pourquoi a-t-il grondé si peu quand certains de nos compatriotes étaient emprisonnés à Guantanamo? Pourquoi le Quai d'Orsay se démiène-t-il pour le soldat franco-israélien Gilat Shalit emprisonné par les Palestiniens et pas pour le Franco-palestinien Salah Hamouri emprisonné en Israël? Ces indignations sélectives ne se résument-elles pas à des Koucheries diplomatiques?".De quoi réfléchir encore sur ces "indignations sélectives" de la diplomatie française. Il est vrai que les autorités ne donnent pas l'impression de s'investir autant dans tous les dossiers. Cela cache sans doute des intérêts souterrains dont nous ne connaissons pas vraiment la portée. En tout cas, il est plus facile de taper du poing sur la table face à un régime iranien ébranlé (pour l'instant) plutôt que de sermoner le président mexicain dont la dérive est tout aussi dangereuse...