C'est l'une des surprises du chef. Nul ne doutait que Xavier Darcos allait quitter le ministère de l'Education (pour aller à la Justice ou, finalement, aux Affaires sociales). Mais peu nombreux étaient ceux qui avaient pensé le voir remplacé par Luc Chatel. Quelques jours après sa nomination, en espérant qu'il ne soit pas remercié ou propulsé ailleurs dans dix mois, voici la feuille de route (fictive?) que le président pourrait lui envoyer. Parce que l'opposition se doit d'être force de proposition, et parce que le sujet m'intéresse évidemment au plus haut point, voici quelles devraient être, selon moi, les futures priorités du nouveau ministre de l'Education. A vous de les commenter !
" Monsieur le ministre,
Après deux années, dont on ne peut pas dire qu'elles aient été entièrement satisfaisantes, il est temps d'impulser une nouvelle dynamique pour l'Education nationale. Dans la lignée de votre prédécesseur, vous vous efforcerez de mener un dialogue permanent et constructif avec les représentants de tous les acteurs du domaine éducatif, des élèves aux enseignants, en passant par les parents et personnels administratifs. Toutes les réformes que vous allez être amené à piloter, en vue de préparer la rentrée 2010, ne pourront être efficaces et acceptées que si les acteurs sont étroitement associés, si ce n'est à la prise de décision finale, au moins au processus de concertation qui doit permettre d'aboutir à des réformes équilibrées. Il ne saurait être question de leur imposer quoi que ce soit. Dans le même temps, il apparaît évident que le système scolaire doit être bousculé et, pour cela, que des réformes audacieuses doivent être introduites pour modifier non seulement l'esprit du système mais aussi son fonctionnement actuel. Vous vous fixerez trois priorités dans les prochains mois: la poursuite de la réforme du lycée, le lancement d'une concertation nationale sur la réforme du collège unique, la refonte du système d'orientation, en collaboration avec la ministre de l'Enseignement supérieur, qui conserve quant à elle deux priorités, à savoir l'autonomie des universités et la lutte contre l'échec en 1ère année.
Plusieurs pistes évoquées jusque-là, et qui n'ont pas abouti compte-tenu de la mobilisation des personnels et des "consommateurs" du système éducatif, doivent être abandonnées: la suppression des postes, dès lors qu'elle n'est pas justifiée par une baisse durable de la démographie scolaire, doit être interrompue; dans le même esprit, nos ambitions sur la réforme du mode de recrutement des enseignants seront revus à la baisse (à l'exception de la suppression des IUFM) et ne pourront qu'être entérinées par des négociations. En parallèle, vous aurez la charge de porter de nouvelles pistes, qui devront servir de base de travail dans la concertation sociale que vous organiserez dès la rentrée. Dans le même temps, des forums de discussion, tant à travers des séminaires en régions que via un site Internet spécialement créé, devront permettre d'associer les acteurs locaux à une large réflexion sur les points suivants: la modification du rythme scolaire à la fois annuel (en réduisant le nombre de vacances et en poursuivant la reconquête du mois de juin) et hebdomadaire (en veillant à ce que nos élèves ne travaillent pas plus de 35 heures, travail à la maison inclus); l'opportunité de modifier l'âge de la scolarité obligatoire, qui ne s'achèverait qu'avec la 1ère présentation au Brevet (sans, nécessairement, son obtention); la possibilité d'avancer d'une année le passage de ce diplôme et, pour les élèves peu à l'aise dans le système, d'entrer plus tôt dans des dispositifs de pré-professionnalisation attractifs; les moyens de revaloriser aussi bien le Brevet que le Baccalauréat, en poursuivant l'ouverture de classes technologiques et professionnelles. Par ailleurs, et à votre initiative, d'autres pistes pourront être abordées. Le but étant de moderniser et de rendre plus efficace notre système éducatif dans la préparation de l'avenir de nos enfants.
Enfin, nous vous confions la charge d'ouvrir un "gros" dossier qui devra faire l'objet des plus importantes phases de négociation, tant au ministère qu'en province: la fermeture de toutes les écoles privées couvrant l'âge de la scolarité obligatoire. Ceci ne constitue pas un objectif, mais une proposition qui doit être discutée. J'attire votre attention sur la nécessité d'un dialogue serein et transparent. Plusieurs éléments peuvent alimenter ce débat, et devront être mis sur la table tout en ne constituant qu'une liste non exhaustive. Ainsi, le principe d'une scolarité obligatoire, gratuite et laïque, édictée par un de vos plus illustres prédécesseurs, doit être mis en application: tout élève français ne peut effectuer sa scolarité obligatoire que dans une école publique, financée par les administrations publiques, afin de garantir l'égalité d'accès à tous nos compatriotes, et ne devant comprendre d'enseignements à caractère religieux que ceux qui sont prévus dans les programmes - et qui pourront d'ailleurs, en histoire ou éducation civique, être augmentés. Dans le même esprit, la question du financement des établissements ne couvrant plus la scolarité obligatoire (maternelle, lycées, universités) devra être posée, avec la possibilité de créer, partout, des droits d'inscription répondant à deux critères: être nationaux pour ne pas créer d'inégalités; être, si ce n'est proportionnels, en tout cas liés au niveau de revenus des parents. Le système de bourses, récompensant les plus méritants de nos élèves (notamment ceux qui obtiennent des mentions aux examens), devra être étoffé en conservant son caractère social. Pour tout cela, vous conserverez, monsieur le ministre, le premier budget de la Nation pour 2010, l'éducation étant le premier pilier de l'égalité des chances que doit garantir à ses citoyens la République ".
Vous l'aurez compris: ce texte est une pure fiction. L'esprit de la réforme de l'éducation que je propose, et certaines des pistes concrètes qui permettent de l'atteindre, sont presque incompatibles avec ce qu'a réalisé le gouvernement ces deux dernières années. Je précise que la suspension des suppressions de postes constituerait le préambule, nécessaire mais pas suffisant, à ce tournant. Si vous souhaitez commenter ce texte, certains passages ou son sens global, ne vous gênez pas ! Postez un commentaire.