Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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A l'annonce du remaniement, il paraît que Martine Aubry aurait pousser un "ouf" de soulagement, constatant qu'aucun socialiste ne faisait son entrer dans le gouverment Fillon IV. Elle avait de quoi être inquiète dans la mesure où les rumeurs annonçaient l'arrivée de Claude Allègre (finalement écartée car assez peu écolo-compatible après les Européennes) ou encore celle de Jack Lang, le député du Pas-de-Calais ayant été approché, et finalement écarté compte-tenu de ses trop importantes exigences (il réclamait, paraît-il, le Quai d'Orsay). Seul débauchage réussi, celui du centriste Michel Mercier, trésorier du MoDem et ami de François Bayrou, qui vient d'être nommé ministre de l'Espace rural et de l'Aménagement du territoire. La plupart des responsables du MoDem, le député Jean Lassalle notamment (pour pallier au silence du président du mouvement), se sont empressés d'affirmer que ce débauchage était prévisible, tant l'homme souhaitait ardemment devenir ministre, y compris de Sarkozy. Se voyant à Bercy si son champion d'alors l'avait emporté à la présidentielle de 2007, ce nouveau symbole de l'ouverture à l' "autre" centre ne fait que concrétiser une démarche personnelle (il "grattait à la porte" depuis deux ans), qui ne devrait pas faire changer la ligne du Mouvement Démocrate. Le plus intéressant, dans cette histoire, est la justification donnée par Mercier pour s'éloigner de Bayrou: "je ne me reconnais plus dans un parti dirigé par un seul homme; on est pas en Corée du Nord tout de même " a-t-il déclaré en substance. Il est vrai qu'il rejoint un gouvernement qui, s'est bien connu, respire par la liberté donnée à ses membres et par le fait que les décisions ne se prennent pas toutes au même endroit !
Mais, bon, j'arrête car on va me taxer d'anti-sarkozysme pavlovien (l'insulte suprême !). Intéressant est également l'appellation de ce ministère (la dernière mode étant aux titres long set pompeux) qui fait une place à l'espace rural, comme s'il s'agissait d'une nouvelle priorité... ignorée jusque-là? Là encore, passons. Car d'autres territoires sont au coeur de l'actualité: il s'agit de l'outre-mer. Ou plutôt, des deux principales îles des Antilles, où le président réalise une visite éclair d'une journée et demi. Quelques mois après les blocages et grèves qui les ont paralysé pour dénoncer la "vie chère", le président entend tourner la page, veiller à ce que les accords signés par Yves Jego soient appliqués et en appeler à la participation de plus grand nombre aux Etats généraux de l'outre-mer. Le président effectue sa visite en deux temps: une journée complète, hier jeudi, en Martinique et une matinée, ce vendredi, sur l'île de la Guadeloupe, la plus touchée par les manifestations du printemps, et où le leader du LKP, Elie Domota affirmait ne pas vouloir rencontrer un président dont le gouvernement n'applique pas l'intégralité des accords trouvés. Invité de France Info, hier matin, le leader guadeloupéen affirmait en effet que l'Etat, et les patrons locaux, souhaitent revenir "à la situation d'avant le 1er janvier" en organisant des Etats généraux qui ne viseraient qu'à "se donner une caution populaire". De fait, le peuple français de Martinique a réservé un accueil visiblement chaleureux au président et sa nouvelle secrétaire d'Etat.
Car, là encore, du casting de mardi, on retiendra aussi cette nomination de Marie-Luce Penchard (photo), tout juste 50 ans, native de Basse-Terre, en Guadeloupe, pour succéder à Yves Jego, dont la gestion de la crise antillaise n'a pas convenu à l'Elysée. "Fille de Lucette Michaux-Chevry, sénateur de Guadeloupe depuis 1995, ancienne ministre et ex-présidente du conseil régional de Guadeloupe, géré depuis 2004 par le socialiste Victorin Lurel, Mme Penchard est la première personnalité (...) originaire d'outre-mer à être en charge de ce domaine au sein d'un gouvernement. Ne détenant aucun mandat électif, Mme Penchard a été battue aux élections européennes du 7 juin [et] sa nomination comme tête de liste avait été contestée au sein de l'UMP aussi bien en Guadeloupe qu'à La Réunion" (source: site Internet du Nouvel Obs'). Guadeloupéenne d'origine, sa nomination vise clairement à tenter de calmer le jeu dans des Antilles toujours fragilisées, où les conditions de vie ne se sont pas franchement améliorées depuis la crise de janvier et où de nombreux problèmes restent sans solutions. Jusque-là chargé de l'outre-mer dans l'organigramme du parti présidentiel et conseillère du Président sur le sujet, c'est donc une technicienne du dossier plus qu'une politicienne qui va être chargée de mettre en oeuvre la volonté du chef de l'Etat, à commencer par ces Etats généraux qu'il est venu personnellement défendre. Mais, la tâche s'annonce difficile quand on voit le peu de temps qu'il consacre à une partie, seulement, de nos territoires ultra-marins... A suivre !