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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Heureusement, nos élèves sont intelligents...

Et, oui, heureusement ! Car, s'il fallait compter sur l'Education nationale (en tant qu'institution) pour faire de nos élèves des citoyens rigoureux, capables de réfléchir et de comprendre le monde dans lequel ils vivent, on aurait le temps d'attendre. Pourquoi cette condamnation sans appel? Il suffisait de lire les sujets proposés, ce matin, aux lycéens de Terminale (de toutes les séries générales), pour leur dernière épreuve, celle d'histoire-géographie, pour le comprendre. Enseignant dans cette discipline, j'ai surveillé l'épreuve avec quelques collègues et, première surprise, nous avons reçu une note du Rectorat nous invitant à "faire lire et inscrire au tableau par les surveillants dans chaque salle d'examen en début d'épreuve [que] le sujet 2 de la 1ère partie est annulé [et qu']il est remplacé par le sujet suivant". Fuites sur les intitulés des sujets? Erreurs de retranscription sur les sujets véritablement choisis? Je n'ai aucune idée de la cause de ce changement. Ce matin, en série S (scientifique), un sujet n'était pas le bon et, en séries ES (économique et social) et L (littéraire), ce sont les deux sujets de dissertation qui ont été modifiés ! Du jamais vu ! Petite explication: en histoire-géographie, les élèves doivent traiter deux exercices, une épreuve dite majeure (dans l'une des deux disciplines) et une épreuve mineure (obligatoirement dans la discipline qui n'est pas tombée en majeure). Pour la première partie (évaluée sur 12 des 20 points du total), l'élève doit traiter un des trois sujets proposés, parmi lesquels deux dissertations et une étude de documents. Ici, ce sont donc les compositions, des exercices nécessitant de la méthodologie et une bonne maîtrise des connaissances, qui ont posé problème.
 
Malheureusement, ce n'est pas le changement, à la dernière minute, de ces sujets qui est en cause. C'est l'intitulé même des dissertations proposées qui scandalisent bon nombre d'enseignants. Tout au long de l'année, une partie de notre travail est d'obliger nos élèves à produire des réflexions, à analyser des sujets de composition, à se questionner et à construire une démarche intellectuelle permettant de répondre au sujet. Pour cela, nous inventons des sujets qui ne reprennent pas l'intitulé exact du cours (ce qui reviendrait à leur demander de réciter, par coeur, leur leçon), et qui les obligent à opérer une sélection parmi leurs connaissances pour ne garder que celles qui répondent au sujet. Cette démarche, centrale dans la construction d'un citoyen averti et doué d'un esprit critique, nécessite beaucoup de temps, d'entraînements, de séances méthodologiques au cours desquelles on s'écarte, de manière tout à fait justifiée et indispensable, du programme lui-même. Or, en l'espace de quatre heures (la durée totale de l'épreuve), les concepteurs des sujets viennent de démolir cette démarche en utilisant l'intitulé exact du programme comme sujet de composition. Un exemple, pour que cela soit plus concret: en Terminale S, une partie de géographie nous invite à parler de l'organisation du territoire américain, en y intégrant un chapitre sur la façade atlantique de l'Amérique du Nord. En devoir de préparation, j'ai du inventer des sujets comme: "unité et diversité de la façade atlantique nord-américaine", "le rôle des villes dans l'espace atlantique nord-américain", "flux et organisation de l'espace de cette façade"... pour qu'au final, le jour J, leur soit demandé de réfléchir au sujet suivant: "la façade atlantique des Etats-Unis".
 
Certes, un groupe de mots a changé: de "Amérique du Nord" (incluant une partie des territoires canadien et mexicain), on passe à "Etats-Unis". Sélection hautement difficile à faire pour un élève de 17 ou 18 ans qui n'a donc qu'à reprendre le plan du cours, en veillant à ne supprimer que les éléments hors-sujet. A-t-il besoin de réfléchir pour répondre à ce sujet? Oui, en trouvant une problématique amorçant sa réflexion et un plan qui montre une progression pertinente. Mais, non, car il suffit de reprendre les grandes lignes de ce qui a été fait en classe. Bref, avec un deuxième sujet du même type, le moins que l'on puisse dire est que les inventeurs de ces sujets ne se sont pas cassés le ... pour les trouver. Et, pendant ce temps, on disserte sur la supposée baisse du niveau de réflexion de nos jeunes. L'institution fait-elle vraiment tout pour endiguer ce phénomène, qui ne saute d'ailleurs pas aux yeux lorsque l'on est sur le terrain? Rien ! Pire: elle participe au phénomène. Heureusement, nos élèves ont des capacités, qu'ils peuvent exploiter et montrer tout au long de l'année... et que les enseignants savent souligner dans les dossiers scolaires qui les accompagneront durant leur scolarité supérieure. Mais, ce soir, je suis un peu en colère. D'autant plus que, se trouvant confronter à des sujets si vastes et si peu attractifs, une très grande majorité de ceux qui ont composé ce matin ont choisi le 3ème sujet, une étude de documents. Et ils font souvent ce choix par défaut. Mais, bon, s'ils l'ont réussi et qu'ils obtiennent leur Bac, tant mieux. C'est mon objectif. Mais, cela se sera fait au détriment de leur citoyenneté ! Et c'est franchement regrettable.
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