Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

Publicité

Nouvelle équipe, même politique

Alors que l'on ne l'attendait que pour cet après-midi, le chef de l'Etat et le premier ministre sont parvenus à sélectionner les nouvelles stars de la politique lors du casting gouvernemental dont l'annonce a été faite, par le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, hier soir... en plein journal de 20 heures ! Sur la forme, trois remarques en disent long sur les intentions du président: 1- finies les annonces en début d'après-midi, bienvenues au remaniement annoncé, en live, par des JT qui n'attendent que cela, au point de couper le reportage en cours pour diffuser la sainte annonce de l'apôtre Guéant; 2- départ d'une femme issue de la diversité oblige, il a bien fallu en trouver une autre pour rester dans la volonté de représenter fidèlement la société; 3- comme le Prince distribuait les titres de noblesse à ses proches dont il veut s'assurer la fidélité, le président a innové en inventant des titres bien longs, pompeux et parfaitement inutiles. Exemples? Ils sont les deux mieux servis: Jean-Louis Borloo reste n°2 avec le titre de "ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, en charge des Technologies vertes et des Négociations sur le climat" et Hervé Novelli conserve sa place en étant "secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services et de la Consommation, auprès de la ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi". Bref, à la Cour, la longueur du titre deviendrait-elle une marque d'estime? Il ne manque plus qu'à trouver un porte-feuille tout aussi ronflant à M. Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon.
 
Du remaniement, plus profond qu'attendu, les médias ne semblent avoir tiré qu'une conclusion: un Mitterrand devient ministre de Sarkozy. Et alors? S'il est de droite - car être de gauche n'est pas génétique -, et qu'il a une haute idée de lui-même, il a parfaitement sa place dans le gouvernement. CQFD. Franchement, il y a bien d'autres enseignements, plus politiques, à tirer. Florilège:
1- la plupart des entrants sont des politiciens - maires (Estrosi, qui partait à Nice en promettant, pour se faire élire aux municipales, de ne pas revenir à Paris !), députés européens, parlementaires -, ce qui prouverait que la société civile serait de plus en plus rétissante à participer à l'ouverture? C'est d'autant plus évident que, d'après certains analystes, des personnalités ont refusé les propositions que leur étaient faites, tels Yann Arthus-Bertrand, Erik Orsenna ou Richard Descoing;
2- si l'on reste en dessous des 20 ministres, le gouvernement complet compte 37 membres: il les a bien eu, ceux qui l'ont élu, lorsqu'il promettait un gouvernement restreint à moins de 20 ministres... il avait oublier de dire qu'il comptait au moins autant de secrétaires d'Etat;
3- et la parité? Il n'y a que moi que cela intéresse? Petits calculs rapides. Le gouvernement compte 37 membres, 24 hommes et 13 femmes (soit respectivement 65% et 35%). Pas mal, mais peu franchement mieux faire. D'autant plus que, sur les 18 ministres en titre, on compte 14 hommes et 4 malheureuses femmes (soit respectivement 78% et 22%). Là, c'est intolérable. Les postes prestigieux et à forte responsabilité pour les hommes. Les secrétariats d'Etat, dont certains semblent au mieux farfelus, au pire inutiles, pour les bonnes femmes. C'est écoeurant... mais personne ne le remarque !
4- on notera aussi que Mme Alliot-Marie, devenue garde des Sceaux (une bonne nouvelle pour une justice dévastée par Mme Dati), a négocié son départ de la place Beauvau contre le titre de ministre d'Etat, figurant en n°3 du gouvernement, devant son successeur, Brice Hortefeux... Sarkozy ne pouvant se passer des services d'une "éléphante" de l'UMP, rare femme de sa génération à avoir une telle envergure politique, mais qui n'avait plus sa confiance à l'Intérieur.


Outre le fait que le président s'est donc plutôt livré à un casting qu'à autre chose, en mettant un jeunot, une colorée (Nora Berra, secrétaire d'Etat aux Aînés), ce qui est présenté comme quelques belles prises au détriment de l'adversaire à des places parfois anecdotiques, ce remaniement laisse un goût amer: plus que jamais, on sent qu'il s'agit de récompenser les fidèles (re-Estrosi !), de s'en attirer de nouveaux et de ménager les appétits des uns et des autres (les refus de personnalités expliquant le recentrage sur la seule famille UMP, en partie agacée par une ouverture qui ne s'est donc pas faite jusqu'à Claude Allègre). Et l'intérêt général, ou les compétences, dans tout cela?... Bref. Il y a tout de même quelques nominations, ou réaffectations, qui nous en apprennent sur ce Fillon IV (photo - Benoit Tessier pour Reuters, extrait du site Internet de France Info):
1- plusieurs stars d'un jour, qui avaient parfois brillé mais dont la personnalité - ou les idées - n'a pas suffi à prolonger le contrat sont donc parties: parmi elles, Roger Karoutchi, la catho Christine Boutin et le regretté Bernard Laporte. Sans compter Christine Albanel, qui paie son échec sur la loi Adopi, et qui doit céder sa place à F. Mitterrand, imposé par une Carla Bruni fervente défenseur de cette loi et qui l'a fait nommé aussi bien à la tête de la Villa Médicis qu'à ce ministère de la Culture;
2- après avoir dévasté le dialogue social à l'Education nationale - en parvenant à se mettre presque tous les syndicats à dos, à un moment ou à un autre -, Xavier Darcos est envoyer en mission dans le domaine du Travail pour mener les concertations sur la réforme des retraites. On craint le pire;
3- Brice Hortefeux, qui s'est fait élire au Parlement européen pour rien (quel désastre pour la démocratie !) et qui n'est pas parvenu à redresser son image d'expulseur de sans-papiers sans défenses, quitte le Travail pour devenir "Premier flic de France", d'où il a délogé Michèle Alliot-Marie, parvenant à concrétiser un rêve que son ami de trente ans lui avait déjà promis;
4- Rama Yade perd son porte-feuille des droits de l'homme, qui n'existe d'ailleurs plus (c'est dire à quel point il avait été conçu comme un gadget, par ailleurs tout à fait inutile dans une politique sarkozyenne des affaires étrangères), pour devenir secrétaire d'Etat aux sports. Là, cette fois, il y a de quoi être déçu pour elle, même si elle entre sous les ordres d'une personne qui ne devrait pas la flinguer tout de suite (voir la sortie amicale Bachelot-Yade à l'issue du Conseil des ministres).
 
Au final, au lendemain du discours de Versailles, ce remaniement nous en apprend donc beaucoup sur la conception sarkozyenne du pouvoir. Avec l'HISTORIQUE (!!!) passage-éclair dans le grand hémicycle du château yvelinois, on avait compris à quel point il avait de la considération pour le Parlement. Venant s'adresser à ses troupes en faisant mine de fixer un cap (même s'il a effectivement éclairci quelques points), notre cher Président n'a fait qu'un simple aller-retour depuis l'Elysée. Objectif: fixer la feuille de route et énumérer les grands dossiers, que la majorité aura à enregistrer prochainement. Et les élus UMP lui sont tellement fidèles que, sans son feu vert, ils bloquent tout. Dernier exemple en date: proposées plusieurs fois par l'opposition, la taxe carbone et des mesures d'encadrement des hauts revenus des patrons voyous ont été systématiquement rejetées. Si ce n'est pas le président qui le demande, on ne le vote pas ! Désormais, avec ce remaniement, et ce jeu de chaises musicales pour les "poids lourds", qui s'apparente à des sanctions-promotions (qui ne vont pas jusqu'à l'exclusion), on sait ce à quoi sert un gouvernement: il est la courroie de transmission entre l'Elysée et la chambre d'enregistrement. En changeant une fois de plus les titulaires des gros ministères, il participe à ce qu'il dénonçait sous Chirac: l'impossibilité, pour un ministre, de rester en place pendant l'intégralité du quinquennat... pour veiller à l'efficacité de sa politique. Seul point positif: cela montre que nous avons un personnel politique compétent car polyvalent. Mais, le gouvernement n'est pas une entreprise, et cette valse des managers n'est pas forcément une bonne chose. Exemple concret: en deux ans, nous connaissons notre 3ème ministre du Travail après X. Bertrand et B. Hortefeux, voici X. Darcos... en en attendant un autre l'an prochain. Car, c'est la dernière leçon de ce remaniement: François Fillon reste en poste à Matignon, au moins pour les dix prochains mois, durée de vie estimée par le chef de l'Etat lui-même. Dèjà, dans son esprit, un remaniement - sans doute tout aussi majeur - se tiendra après les régionales !
 
PS - info de fin de journée. "Le changement de personnes ne signifie pas un changement de politique": c'est par ces mots que François Fillon - devenu le DRH de la Sarkozie qui ne prend pas les décisions, mais qui annonce les évictions ou reçoit les nouveaux embauchés - a balayé d'un revers de main l'idée de soumettre son nouveau gouvernement à un vote de confiance. C'était évident. Là, au moins, c'est limpide. Dans la lignée du discours de Versailles. Seul le style de certains ministres devraient adoucir les choses... mais la pillule va être aussi difficile à passer !
Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article