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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Les leçons nationales du scrutin

Dans sa nouvelle version, façonnée il ya plusieurs mois pour sortir le journal d'une mauvaise passe, France Soir propose à ses lecteurs une double une, en première et en dernière page. J'ai acheté pour la 1ère fois, ce lundi, un exemplaire de ce titre pour lire des analyses différentes sur le résultat des européennes: et, dans ce numéro, on pouvait donc lire d'un côté "Elections européennes: les gagnants" avec les photos de N. Sarkozy et D. Cohn-Bendit, et de l'autre "Federer roi de la terre" avec la photo du tennisman suisse brandissant le trophée de Roland-Garros. Une double une qui fit dire à Patrice Romedene, journaliste proposant la revue de presse de Télématin (sur France 2), que les vainqueurs des européennes sont ceux qui ont su fédérer... leur camp ! Un joli jeu de mot, d'une grande pertinence. Car, en effet, dans un scrutin marqué par une telle abstention, ce sont les partis qui sont parvenus à mobiliser leur électorat qui l'emportent. Or, lors de ce scrutin, on constate aisément que l'UMP a su mobiliser son électorat - dont il conviendra d'ailleurs de discuter de la force -, et que le personnage de Cohn-Bendit a su mobiliser ceux dont la fibre écolo avait l'occasion de se manifester... quelques jours après le beau succès du film "Home". Et, d'ailleurs, déplorons les scandaleux sous-entendus de certains perdants, du MoDem aux listes d'extrême droite, selon lesquels la projection du documentaire de Yann Arthus-Bertrand aurait donné un coup de pouce à Europe Ecologie. Il y a au moins trois bonnes raisons d'affirmer le contraire: 1- si le film "Home" a remporté un tel succès, c'est que les citoyens français étaient déjà suffisament intéressés pour choisir ce programme... plutôt que la match de foot de TF1; 2- la projection de ce film, qui ne se limitait pas à la France, était prévue depuis un an et demi (bien avant que la date du scrutin soit fixée) dans le cadre de la journée mondiale de la Terre (dont la date ne peut évidemment pas être déplacée); 3- mis à part le PS, les mauvais perdants d'aujourd'hui n'ont pas déploré la propagande sarkozyenne du clip officiel de la campagne, qui mettait en scène le G20 et la présidence française de l'UE comme des temps forts de la construction européenne... deux arguments qu'utilisait l'UMP !
 
Du résultat de ce scrutin, on a déjà tout dit: la force de l'abstention, qui confirme que les partis politiques sont incapables d'intéresser les Français à un projet européen qui manque de saveur; la victoire - relative - de l'UMP et, surtout, d'Europe Ecologie; les défaites cuisantes du PS et du MoDem. Prenons les choses dans l'ordre. L'UMP se félicite d'avoir gagné le scrutin, en répétant que ce n'est qu'un vote sur un tour à la proportionnelle et que le plus important est d'arriver en tête. Soit. Mais, pour un parti qui a su mobiliser son électorat, qui a bénéficié de l'appui du Nouveau Centre et de la Gauche moderne, moins de 28% des voix, c'est tout de même bien modeste. Deux ans après que son champion ait recueilli 31% à lui seul lors de la présidentielle. Par ailleurs, récitant en coeur et sans fausse note les consignes données par l'Elysée, les pantins de l'UMP présents sur les plateaux télé font trois grosses erreurs: 1- ils affirment que l'UMP a beaucoup parlé de l'Europe et qu'elle est ainsi récompensée: or, mise à part la question turque (qui est tellement hors sujet qu'elle n'a pas été évoquée dimanche soir, dans la mesure où elle ne concerne pas les députés européens qui viennent d'être élus pour cinq ans, alors que cette question ne devrait pas se poser avant dix ou quinze ans !), Xavier Bertrand n'a rien proposé d'autre que l'activisme sarkozyen pour l'Europe. Et le secrétaire national de l'UMP n'a trouvé, comme réponse à la proposition socialiste d'un SMIC européen, qu'à affirmer que la mesure pénaliserait les travailleurs français. A moins de n'y avoir rien compris, je conclus que Martine Aubry a parlé d'Europe et M. Bertrand de la France; 2- c'est la 1ère fois depuis 1979 que la liste de la majorité présidentielle l'emporte. Certes. Mais, est-ce pertinent? Rappelons que la liste socialiste était arrivée en tête, en 1999, alors qu'il y avait cohabitation et donc, que la gauche était au pouvoir. Dès lors, cela ne fait que dix ans que le pouvoir en place à Paris n'a pas été désavoué; 3- le résultat est une victoire mais ne doit pas conduire à une forme de triomphalisme. M. Hortefeux avait à peine prononcé la phrase élyséenne que M. Bertrand intervenait au siège de l'UMP où des militants sur-excités criaient "On a gagné !": pas de triomphalisme?
 
Sur le plateau de France 2, seule chaîne à avoir gardé l'antenne une grande partie de la soirée - annulant la diffusion d'un épisode de "Cold Case" pour commenter ce résultat jugé "intéressant" -, seuls les intervenants de la gauche ont proposé des analyses vraiment pertinentes du résultat:
- pour Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), l'UMP est indéniablement le moteur de la vie politique française dans la mesure où elle est capable de mettre sur pied un programme que les électeurs placent en tête parmi tous ceux qui leur sont soumis. Autrement dit, la prime au vainqueur, qui caractérise tout scrutin proportionnel, est ici méritée dans la mesure où la 1ère place obtenue par la majorité présidentielle montre qu'elle a proposé le meilleur des projets;
- ceci étant dit, le socialiste Pierre Moscovici constate cependant que la gauche est majoritaire dans le pays et que sa défaite est liée à sa profonde division. Dans un tel scrutin à un tour, au cours duquel les électeurs font un choix aussi crucial que lors d'un second tour de scrutin uninominal, la gauche bat la droite. Les opposants à la politique et au projet de société sarkozyens sont donc majoritaires;
- par la suite, le député européen Vincent Peillon synthètise ces deux pensées en constatant que, contrairement à la gauche de gouvernement, l'UMP façon Sarkozy fait ce qu'elle dit et dit ce qu'elle fait. C'était un slogan de l'actuel président. C'est désormais un fait établi, qui n'est que peu contestable. Et sur ce point, le PS a des choses à apprendre, lui qui privatise lorsqu'il est aux responsabilités en dénonçant, ensuite, ce libéralisme forcené qui nous a conduit dans le gouffre. Ce double langage, couplé à l'absence d'un projet clairement identifiable et suffisamment abouti, ne pouvait que conduire à la défaite;
- enfin, Olivier Besancenot essayait, tant bien que mal, d'affirmer que ses 5% ne sont pas un si mauvais score: doubler le score de 2004 quelques mois après avoir fondé un parti tout jeune, ce n'est pas si mal... d'autant que cette fois-ci, le porte-parole du NPA n'était pas lui-même candidat.
 
Et, parmi les reponsables de la majorité, une mention spéciale à l'analyse du président du Nouveau Centre, Hervé Morin. Pour lui, François Bayrou est en voie de "chevènementisation", isolé personnellement, illisible politiquement et décroissant électoralement. L'analyse semble intéressante. Le président du MoDem pâtit en effet de la présidentialisation à outrance de sa démarche politique, de son effermement dans ses certitudes sans penser aux nécessaires alliances sans lesquelles il ne parviendra à rien. Toutefois, en venir à cette conclusion au soir d'une élection européenne (qui a mobilisé des électeurs qui se sont déplacés pour parler d'Europe), deux ans après le lancement d'une formation encore nouvelle et imparfaite, c'est sans doute aller un peu vite. Cela permet, surtout, au ministre de la Défense de s'envoyer lui-même des fleurs, en rappelant à quel point le vrai centre, son centre-droit, a sa place dans une majorité clairement à droite. Bref, que c'est lui qui avait raison... en oubliant de préciser que, sans l'UMP, son parti ne pèse pas bien lourd ! Deuxième analyse pertinente qu'il a proposé aux téléspectateurs: la majorité a proposé une vision politique pour l'Europe. Et, même si le slogan "Quand Sarko (euh, pardon, l'Europe) veut, l'Europe peut" est un peu court (ne prenant pas en compte ce que pensent nos 26 partenaires), la démarche était en effet la bonne: sans une Europe politique, institutionnellement stable et forte, l'Europe sociale et l'Europe diplomatique, que les Européens convaincus veulent, n'existeront pas. Renforcer les pouvoirs du Parlement européen, réduire le poids de la Commission (à moins d'en faire un organe plus démocratique) ou transformer le gouvernement économique de l'Europe sont des sujets hautement importants - sur lesquels je reviendrais dans mon prochain article. Il ne reste qu'à espérer qu'on oublie très vite les louanges lagardiennes (la ministre de l'Economie ayant été la plus lèche-cul de la soirée !) du genre "s'il [le président Sarkozy] n'était pas, ce serait la cata"... pour se consacrer à l'essentiel: comment tous les dirigeants politiques, par la discussion d'égal à égal, peuvent-ils faire avancer l'Europe politique? Du nom du futur président de la Commission viendra la réponse !
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