Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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"Ce que j'ai appris, malheureusement, en Israël, c'est que parfois quand on est au plus près de la paix, on en est en fait le plus loin; ce qui, paradoxalement aujourd'hui, me donne un peu d'espoir, car dans ces moments où on a l'impression qu'on en est si loin, en fait, on est peut-être pas si loin de la paix". C'est par ces mots que "Madame le Rabbin" expliquait son sentiment sur l'actuelle situation au Proche-Orient. Mme la Rabbin c'est cette jeune femme de 34 ans, ordonnée rabbin à New York en mai 2008, que le journal de France 2 a rencontré et suivi pour lui consacrer son "feuilleton" (une analyse de notre société en cinq épisodes, diffusés chaque midi dans le JT de 13j d'Elise Lucet). Delphine Horvilleur, appartenant à l'aile libérale des Juifs de France, n'est que la 3ème femme à exercer cette mission en France. Et, évoquant son souvenir de l'assassinat d'Yitzhak Rabbin, qui a eu lieu à Tel-Aviv en novembre 1995 (une date qui a fait naître ma conscience citoyenne de l'impérative nécessité de trouver une solution au Proche-Orient... alors que je n'avais pas 10 ans !), elle commence cette phrase (ci-dessus) en expliquant que tout laissait alors penser qu'une paix était possible, les rencontres avec le Palestinien Yasser Arafat, sous l'égide du président démocrate Bill Clinton, et que cette mort faisait pratiquement disparaître tout espoir d'autant que... quelques mois plus tard, le Likoud, parti de la droite nationaliste israélienne, dirigée par Benyamin Netanyahu, remportait les élections législatives.
Or, pleine de (faux?) espoir, Delphine Horvilleur poursuit son analyse en considérant qu'alors que la tension est à son comble, que cette fois la guerre de Gaza a considérablement porté un coup au processus de paix, il n'est pas impossible qu'une solution finisse par apparaître. Sauf que. Au moins deux éléments de l'actualité récente obligent à plus de nuance, et de réalisme. D'une part, celui qui avait succédé à M. Rabbin comme premier ministre d'Israël en 1995, l'actuel président Shimon Peres, Prix Nobel de la Paix et membre du parti centriste Kadima, vient de demander à même Netanyahu (les deux hommes, en photo) de former un gouvernement. On y est donc arrivé: constatant le glissement à droite de l'électorat israélien, malgré la victoire symbolique de Kadima, arrivée en tête des votes et premier parti du pays à la Knesset, celui qui représente - vu de l'étranger - le meilleur espoir de Paix (et d'une certaine manière, la sagesse) a du se résoudre à charger le leader du parti de droite le soin de constituer une majorité pour gouverner le pays. Majorité qui, sans surprise, devrait être très à droite (à défaut, très probablement, d'être adroite): au Likoud devraient s'ajouter le parti d'extrême-droite, laïc, d'Avidgor Lieberman, l'homme sans qui toute coalition semblait impossible, et diverses petites formations religieuses. Ce qui fait dire à la leader de Kadima, Tzipi Livni, alors qu'elle semble donc voir ses chances de devenir premier ministre s'envoler, que "les choses sont désormais claires. C'est un gouvernement sans vision politique que M. Netanyahu va mettre en place. Un tel gouvernement n'a aucune valeur et je ne lui servirai pas de caution". Et l'actuelle ministre des Affaires étrangères (jusqu'à l'entrée en fonction du nouveau gouvernement, qui doit être constitué, d'après les règles institutionnelles israéliennes, dans les 42 jours) d'approfondir clairement sa pensée en affirmant, dans la foulée, que "Kadima veut une solution de paix basée sur deux Etats", sous-entendant donc clairement qu'elle n'a en rien envie de participer à une coalition d'union nationale dans laquelle son souhait d'aboutir à la création d'un Etat palestinien ne soit pas pris en compte.
Le retour au pouvoir de l'ancien premier ministre, loin d'être donc un homme neuf (il me fait penser à ce Berlusconi qui semble être la seule possibilité pour la droite italienne d'exister, et sans lequel rien ne serait possible), est donc le premier de ces éléments de contexte qui ne font que renforcer mon pessimisme quant à la possibilité de voir émerger une issue pacifique et, surtout, durable dans cette partie du globe. Quant à la seconde raison, elle est plus anecdotique mais, si on s'intéresse aux symboles, elle pourrait peser. Il y a quelques semaines je vous demandais de me donner votre avis ce que devrait être la première destination du président américain Obama. Ainsi, même s'il a dépêché, dès son arrivée à la Maison-Blanche, un envoyé spécial dans la région pour rencontrer les deux parties, un mois jour pour jour après son entrée en fonction, il s'est pour la première fois rendue aux des frontières de son pays pour aller... au Canada voisin. Il s'agit d'une tradition, d'après ce qu'en disent les médias français. L'atmopshère était détendue et tous les dossiers devaient être évoqués, de la situation économique aux problèmes climatiques (un dossier qui semble décidément être une priorité de la nouvelle administration), avec ce pays qui est le partenaire essentiel dans l'ALENA, association de libre-échange nord-américain. Bref, avec ce premier voyage, une conclusion s'impose: comme on pouvait s'y attendre, le dossier proche-oriental, même s'il est brûlant, n'est pas la première priorité d'Obama, président des Etats-Unis et non du monde, et qui a commencé par mettre en place son plan de relance de l'économie, puis par redresser l'image de son pays dans le monde en interdisant la torture et en amorçant la fermture du centre de Guantanamo. On peut cependant s'étonner de ne pas encore avoir vu des images d'Hillary Clinton, secrétaire d'Etat, hors des Etats-Unis. Car, à moins d'y avoir échappé, il semble qu'elle n'éait pas encore effectué le moindre voyage, pas même en Afghanistan, où les premières annonces présidentielles ont été faites, quant au renforcement des troupes présentes sur place.
Ainsi, si on pouvait espérer (rêver, diront certains) qu'Obama choisisse le Proche-Orient comme première destination, dans les 30 premiers jours de son mandat (histoire que le dossier ne traîne pas davantage), on ne peut qu'être réaliste. Rien ne pourra se régler durablement sans la première puissance du monde. Et, d'ailleurs, l'appui américain a constitué pour les responsables politiques isréaliens un élément important pour choisir la composition des différentes coalitions possibles, ainsi que le contenu de la feuille de route du prochain gouvernement. A cette situation particulièrement précaire, qui ajoute donc une relative absence américaine à un dossier proche-oriental que le camp le moins pacifiste (et qui a fait campagne sur la fermeté face à des Palestiniens auxquels il ne faut rien lâcher) va devoir gérer, il ne manquerait plus que des élections générales soient organisées dans les territoires palestiniens. Ainsi redoute-t-on, dans certains milieux pacifistes, ainsi que dans la gauche israélienne la libération de responsables politiques du Hamas qui permettrait au mouvement, majoritaire après les dernières élections qui l'ont porté au pouvoir, d'appeler à l'organisation d'un tel scrutin. Or, les enquêtes d'opinion menées auprès des populations palestiniennes, dans le contexte de l'après-guerre de Gaza, révèlent deux choses: 1- la population de Gaza sanctionnerait largement un Hamas qu'elle considère, à juste titre, co-responsable de sa situation... sans pour autant donner une majorité claire au Fatah de Mahmoud Abbas (les deux mouvements étant au coude-à-coude); 2- la population cisjordanienne, éloignée des combats mais frappée par la colonisation et se désolidarisant d'un Fatah pas moins corrompu qu'auparavant, pourrait se tourner justement vers le Hamas (qui n'y est, de fait, aujourd'hui, pas présent). Bref, que des perspectives réjouissantes ! A moins que l'UE (faisons un rêve !) ne décide de jouer les médiateurs et presse les choses. Comment ne voulez-vous pas être pessimiste?