Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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Il y a au moins deux bonnes raisons pour justifier le titre de cet article: d'un côté, en n'ayant quasiment aucune nouvelle de notre président, et de son épouse, lors de leurs vacances brésiliennes, la France a profité d'une absence sans que Sarko, ses faits et gestes, ses avis sur tout ou ses chiens de garde ne fassent la "Une" de l'actualité dans les médias; de l'autre, en affirmant que les Français pouvaient "compter sur [lui]" lors de son allocaution télévisée du 31 décembre (photo), super-Sarko nous a encore sorti les violons, adressant ses sincères pensées aux victimes de la crise et aux plus démunis (remake de ceux qui passeront le réveillon tout seuls de l'an dernier), rappelant également qu'il était à la manoeuvre et que sa détermination était sans faille pour continuer à réformer la France. On respire donc ! Et on ne peut pas dire autrement que cette semaine de répit, cette pause médiatique, du fait notamment du drame qui se joue dans la bande de Gaza, nous a fait le plus grand bien. Finir 2008, et un semestre de présidence de l'UE, sans entendre l'avis de notre président sur n'importe quel dossier n'est pas un moindre plaisir. D'autant que, 2009 à peine débutée, le voilà qui repart sur tous les fronts. Le sort de l'hôpital public à l'occasion d'une réception donnée en l'honneur des personnels, méritants, ayant travaillé le soir de la Saint-Sylvestre dans les secteurs qui nécessitent du personnel. La manière de punir les délinquants qui incendient, dans la plus grande débilité qui puisse exister, voitures et toutes sortes d'objets dans les rues - et quartiers déjà chauds - des grandes villes de province. L'annonce de sa prochaine tournée proche-orientale pour rencontrer les acteurs de la guerre de Gaza à l'occasion d'une rencontre avec Tzipi Livni qui a choisi l'Elysée pour faire passer son message à l'Occident.
L'année 2009 commence avec la plus grande intensité. Le sarkozysme n'est donc pas mort et, même bousculé en fin d'année 2008 (notamment par la crise et les manifestations lycéennes), il n'est pas question que son activisme l'empêche de mener à bien ces réformes dont la France a tant besoin (dixit le patron par intérim de l'UMP, Xavier Bertrand, dans ses voeux par Internet). C'est clairement le message qu'il a voulu faire passer, hier soir, dans une intervention sobre et plus modeste que la précédente, enregistrée dans la bibliothèque de l'Elysée. Une intervention radio-télévisée que je n'ai pas suivi en direct, ayant passé la soirée du 31 dans les rues de Paris, pour la deuxième année consécutive. Visite de quelques sites méconnus, repas au restaurant (s'il en fallait un dans l'année, autant le faire le 31 décembre à Paris !), séance de cinéma, histoire de se détendre avant d'affronter la foule amassée sur les Champs-Elysées, et décompte jusqu'à minuit sur la plus belle avenue du monde. Une journée inoubliable marquée notamment par l'engouement populaire qui accompagne le passage à la nouvelle année (dans tous les lieux de la capitale, du parvis de Notre-Dame à la Tour Eiffel, en passant par les grandes artères où klaxons et pétards vous maintiennent éveillés). Et c'est à l'occasion de cette journée que j'ai, concernant la ville de Paris, découvert deux choses intéressantes. D'une part, qu'elle réalisait des dépenses de fêtes semble-t-il plus modestes que celles d'autres capitales occidentales (les décors et le feu d'artifice parisiens n'ayant rien à voir avec ce que propose chaque année Sydney, par exemple). D'autre part, en lisant les affiches placardées par la municipalité (comme partout en France), on peut découvrir le message du Conseil de Paris, à la fois original et très politique: "Très bonne année 2009, dans une ville solidaire et généreuse, ouverte aux rêves et à la diversité". A mon avis, bien joué !
Mais, revenons au thème central de cet article. De retour chez moi, et pour ne pas parler sur quelque chose que je n'ai pas suivi, j'ai réécouté l'intégralité des voeux de Nicolas Sarkozy, ainsi que l'analyse qu'en a proposé le service politique de France Info. Et, dans l'ensemble, la performance n'est ni râtée, ni extraordinaire dans la mesure où les propos, évidemment calculés, restent très généraux. Des propos marqués à la fois par la "doctrine Sarkozy" (il faut travailler plus, il faut faire des efforts, ma politique va arrondir les angles et permettre d'éviter le pire...) et par le contexte morose (la crise nous frappe et cela sera dur, l'année écoulée a été rude, il faudra faire des sacrifices et continuer de réformer toujours plus...). Bref, il est parvenu à faire passer un bilan de la première année complète de son mandat, qui s'achève par des performances économiques catastrophiques (avec - presque tous - les indicateurs dans le rouge vif), comme une sorte d'accident de parcours, dont il n'est pas responsable (ce qui est partiellement vrai !) et qui expliquerait déjà le potentiel demi-succès de sa politique, toutes les promesses ne pouvant évidemment pas être tenues dans ces circonstances. Et, même si les Français ne sont pas dupes, et comprennent que certaines mesures prises depuis 2007 ont aggravé les effets de la crise, il n'en demeure pas moins que le chef de l'Etat a perdu une part de la confiance qu'une majorité d'électeurs avait placé en lui. Une confiance qu'il a donc tenu à sauvegarder en changeant de style, passant du président-candidat attaché à ses promesses au président-gérant qui délègue une part des tâches à son gouvernement et qui en appelle à la cohésion ou à la solidarité (des mots qu'on avait pas l'habitude d'entendre dans sa bouche).
Et le voilà qui découvre que "le temps de la discussion" n'est pas du temps perdu pour mener à bien les réformes. Façon, à peine voilée, de reconnaître que le manque de dialogue et les mesures toute faites imposées par le haut conduisent aux échecs les plus cuisants, quelle que soit la détermination d'un gouvernement. On pense évidemment à cette réforme du lycée, repoussée mais totalement indispensable, qui a plus qu'écorner la méthode Sarko. Sur ce point, on ne peut que se réjouir de ce revirement et, s'il l'affirmait avec sincérité, on peut oser espérer la mise en place, cette année, de réformes concertées, efficaces et justes. Car, dans tous les domaines, le président a confirmé qu'il allait poursuivre le train de réformes déjà engagées, énumérant les piliers de sa politique en 2009: lutte contre le chômage, poursuite de la révalorisation de travail de chacun et de la formation professionnelle, réformes de l'hôpital et de l'éducation, réforme de la procédure pénale, investissement dans la recherche ("qui conditionne notre compétitivité"). Et Sarko de dresser également le bilan de sa présidence européenne et de sa gestion des crises, financière et diplomatique. Or, c'est sans doute sur ce dernier point - la diplomatie - qu'il parviendra à garder la tête hors de l'eau: comme sa présidence de l'UE l'a sauvegardé d'une impopularité qui aurait pu être bien plus marquée, son activisme à venir - profitant de l'absence des Etats-Unis sur la scène mondiale, et notamment moyen-orientale avant l'investiture d'Obama - devrait lui être bénéfique. En tout cas, espérons que tout cela ne soit pas de simples paroles, de belles promesses sans lendemain, comme le dénonce déjà le Parti Communiste Français qui, reprenant les images de l'allocution des voeux 2008 du président, sur fond de la célèbre musique de Dalida, a diffusé une vidéo qui a déjà été visionné par des milliers d'Internautes. A tous, une nouvelle fois, je souhaite une agréable nouvelle année !