Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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La semaine dernière, j'ai participé à une conférence donnée par René-Eric Dagorn, professeur à l'IEP (Institut d'Etudes Politiques) de Paris, qui se tenait à Amiens sur le thème "mondialisation et organisation des territoires". Il venait expliquer les fondements du plan des néo-conservateurs pour la démocratisation du Proche et le Moyen-Orient, à travers l'exemple de l'Irak; et sa conclusion principale pouvait se résumer ainsi: l'administration Bush avait pour principal objectif l'exportation de son modèle démocratique, en ayant recours à la force, dans l'espoir que la réussite de cette implantation se suive d'une démocratisation des pays voisins, par effet de domino. Il s'agit donc là de leurs intentions. Chacun aura compris que, plus de cinq ans après la prise de Bagdad, et malgré la mort du dictateur Saddam Hussein, le résultat est mitigé: ni la démocratie, ni la sécurité des habitants ne sont assurées au jour d'aujourd'hui. Et on peut même se féliciter que la théorie des dominos n'ait pas fonctionné: nous avons ainsi évité l'embrasement total de la région. Car, comme l'affaire récente de la chaussure (revisionnez la vidéo ci-dessous), lancée par un journaliste en direction de George W. Bush (en visite surprise, pour la dernière fois, dans la région), le prouve: la lutte anti-terroriste au Moyen-Orient est un échec total. Et, quoi qu'en disent les républicains, de l'ancien candidat McCain à la future ex-secrétaire d'Etat Condoleeza Rice, on est loin d'une victoire stratégique... au point que la proposition d'Obama d'un transfert des troupes US présentes en Irak vers l'Afghanistan (où la chasse à Ben Laden et Al-Qaida doit s'intensifier) semble la plus raisonnable. Celle à laquelle les Américains semblent vouloir faire confiance. Celle que les dirigeants européens devront soutenir.
Et c'est dans ce contexte que s'est donc produite l'affaire du Printemps, boulevard Haussmann à Paris, du nom de ce grand magasin (pas moins de 25 entrées différentes et plusieurs étages !) où cinq bâtons de dynamite ont été découverts par la police française ayant reçu un avertissement de l'AFP, laquelle avait préalablement reçue, dans la matinée, une lettre de revendication. Après l'évacuation du magasin et l'intervention de la polcie scientifique, les réunions de crise se sont multipliées place Beauvau autour d'une Michelle Alliot-Marie pouvant profiter de l'absence de super-Sarko en déplacement à Strasbourg pour tirer le bilan de sa présidence du Conseil européen. Ainsi, la ministre de l'Intérieur s'est-elle rendue sur place et a-t-elle organisé plusieurs interventions publiques (conférences de presse et interviews dans le 19-20 de France 3) pour informer les Français de cette situation. Le moins que l'on puisse dire est que cette tentative d'attentat (en était-elle vraiment une?) a donné lieu à une médiatisation importante, intervention de spécialistes à l'appui, et qui a permis aux citoyens d'être informés de manière tout à fait satisfaisante sur la réalité du dossier.
Rappelons brièvement qu'un groupe se prétendant afghan, portant le nom de "Front révolutionnaire afghan" a signé la revendication adressée à l'AFP et postée dans un bureau de la Poste dans le XIXème arrondissement de Paris la veille. La lettre, s'achevant par la formule "Vive l'Afghanistan libre" et dénonçant la présence militaire française dans l'ancien pays des talibans, a attiré l'attention des spécialistes du terrorisme et des services de renseignement français. Car, compte-tenu du mode opératoire, tant en ce qui concerne les explosifs utilisés (sans possibilité de les faire exploser) et les propos contenus dans la lettre pré-citée, nombreux sont ceux s'interrogeant sur l'existence de ce groupe, jusque-là inconnu et affilié à aucune autre organisation terroriste. De là à ce que ce groupe soit le produit de l'invention de "plaisantins" franco-français hostiles à la présence française en Afghanistan, il ne semble pas y avoir des kilomètres. Groupe qui aurait joué la double carte de la médiatisation de leur action (et de leur "combat"), ainsi que celle de la peur que la possibilité d'une attaque terroriste à Paris peut susciter en ces périodes de fêtes. Car, dans la lettre reçue par l'AFP, le capitalisme (dont le magasin est un symbole majeur) est pointé du doigt, ce qui n'est pas dans les habitudes des terroristes islamistes, plus prompts à citer des passages du Coran. Mais, il n'en demeure pas moins qu'en amorçant pas les bâtons et en donnant leur localisation, il s'agissait de lancer un avertissement... et non de passer à l'acte. Or, si un groupe de djihadistes avait réellement voulu frapper la France, comme le laissent penser les menaces proférées par des chefs talibans après l'embuscade d'août dernier, ils auraient perpétré l'attentat sans pitié ! En tout cas, on peut se féliciter de la réactivité des services compétents qui ont procédé à l'évacuation de manière rapide et qui ont tenu à préciser qu'aucune menace imminente ni aucune signe annonciateur n'avaient été signalé (ce qui est souvent le cas avant une attaque islamiste d'envergure en Occident). Réactivité qui s'est manifestée par le renforcement des mesures de sécurité et le réajustement du plan Vigipirate, passé au niveau rouge pour les périodes de Noël et du Nouvel An. Sarko peut être content, la France a su réagir avec mesure et efficacité, le chef de l'Etat n'ayant eu qu'à rappeler sa nécessaire fermeté à l'égard des terroristes !