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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Réforme de l'audiovisuel: on nous prend pour des cons !

L'un des mérites de Nicolas Sarkozy est d'être persévérant et de vouloir voir ses réformes (celles qu'il a personnellement voulue et qui ne peuvent qu'être de brillantes réussites) aboutir coûte que coûte. Mais, l'un de ses plus gros défauts (qu'il a peut-être hérité de son prédécesseur direct), c'est d'être totalement sourd aux mécontentements des Français directement concernés par les réformes en question. Quand on voit le mépris avec lequel les enseignants sont traités par Xavier Darcos, qui minimise la moindre grève en jouant la carte du corporatisme conservateur, d'un clan replié sur ses privilèges (alors qu'il veut, dans le même temps, revaloriser ce métier !!), on ne peut qu'être effrayé par cette méthode. Et il y a comme un paradoxe dans cette situation: depuis son arrivée au pouvoir, Sarko n'applique qu'une seule méthode de gouvernance, celle qui consiste à lâcher une idée et à ne prendre la décision finale qu'une fois avoir observé les réactions de l'opinion. Et, pourtant, sur certains dossiers, comme la retraite à 70 ans par exemple, l'hostilité de nos compatriotes à ses propositions (dans les sondages publiés par la presse) ne le fait pas douter du bien-fondé de ses décisions. Le roi à raison et la loi, c'est le roi ! Dialoguez avec les partenaires sociaux, les représentants des professions concernées? Vous n'y pensez pas ! Ils n'ont qu'une idée en tête: montrer leur opposition à la réforme. Et, alors que pour expliquer la pertinence de son paquet fiscal, ses porte-paroles appellent l'opinion à ne pas réduire la réforme à une seul mesure, le président ne semble pas comprendre que l'hostilité des Français à sa réforme de l'audiovisuel publique ne concerne pas tous les volets, mais quelques-uns... qui pourraient donc être améliorés !
 
Le problème, c'est que la réforme de l'audiovisuel public est l'exemple même de la réforme Sarko. Un beau jour, alors qu'il n'est sans doute pas celui qui regarde le plus la télévision, le président s'est dit: "Et si je proposais de supprimer la publicité sur les chaînes publiques". Idée d'autant plus intéressante qu'elle était jusque-là de gauche et qu'elle permet de pièger l'opposition. L'idée est lancée, les Français et les médias en discutent et, au final, le projet est fixé: fin de la pub entre 20h et 6h sur les chaînes du groupe France Télévisions (logo ci-contre), cration d'une taxe (encore une !!) sur les recettes des chaînes privées pour financer le manque à gagner. Et le projet fait son chemin, les débats sont de plus en plus passionnés, l'opposition - occupée à autre chose - assez peu claire sur le sujet, les salariés et les rédactions de France 2 et France 3 particulièrement mobilisés, une date limite fixée. Comme dans le cas de la réforme du lycée, une date couperet est donc annoncée: l'examen et l'adoption du projet doivent se faire avant le 31 décembre, pour être applicable à la rentrée des vacances de Noël. Bref, le Parlement va servir de chambre d'enregistrement aux projets gouvernementaux. nous voilà revenus deux cent cinquante ans en arrière !
 
D'autant plus que cette semaine, par la voix de Roger Karoutchi, ministre des relations avec le Parlement, le pouvoir sarkozyste faisait savoir, dans une envolée aussi absurde qu'anti-démocratique, "qu'il avait un large choix et qu'il allait avoir une capacité d'imagination qui va faire l'émerveillement de l'opposition". Laquelle est, fort heureusement, particulièrement audible car combative et organisée: dans sa prise de parole, lors du débat houleux de mercredi, Noël Mamère, lui-même ancien journaliste, a fustigé une sorte de république des copains, où les projets médias du président sont dictés par l'appétit et les intérêts de ses amis, patrons de grands groupes privés. Et le député vert de Gironde de confirmer qu'avec ses amendements ralentissant le processus d'adoption du projet, la gauche entendait résister à ce coup proté au pluralisme et à l'équilibre du service public de l'information. Gauche qui devrait d'ailleurs, selon moi, profité de la réforme constitutionnelle de l'été dernier pour déclencher une procédure de référendum d'initiative populaire, en rassemblant le nombre nécessaire de signatures de parlementaires et de citoyens (chose que fait, en ce moment, l'hebdomadaire Marianne qui a lancé, hier, une pétition intitulée "Appel pour l'indépendance et le pluralisme des médias" et que vous pouvez signer, comme moi, en cliquant ICI). je vous invite par ailleurs, dès sa mise en ligne demain matin, à participer au nouveau "sondage de la quinzaine" que j'ai décidé de consacrer à ce thème alors que l'examen du projet entrait dans sa dernière ligne droite. Car, si ce dossier est assez important, et même s'il n'est pas des plus urgents dans le contexte actuel, donner la parole au peuple, ce peuple de téléspectateurs, qui sont donc les premiers concernés, serait un signe de courage politique. Or, selon le sens du vent, notre président est ou non courageux...
 
Reste que, sur la méthode comme en ce qui concerne le contenu de cette réforme, le président nous prend clairement pour des cons. En voici trois preuves:
1- pour justifier la nomination des futurs présidents des groupes France Télévisions et Radio France par le Conseil des ministres, autrement dit par le président, plutôt que par le seul CSA, les députés UMP répètent qu'un fort pouvoir de contrôle est donné au CSA et au Parlement, qui devront se prononcer sur le choix du chef de l'Etat. Bref, on nous dit clairement que, dans une démocratie où le Parlement doit compter, un pouvoir supplémentaire - venant s'ajouter à ceux que lui confère la réforme des institutions - lui est accordé... sauf que, pour que ce projet aboutisse, on est prêt à faire exactement le contraire. En passant au-dessus du Parlement par une procédure de passage en force. Bref, un Parlement renforcé dans l'avenir mais bafoué aujourd'hui !
2- pour justifier la suppression de la publicité, Frédéric Lefebvre - le plus grand défenseur du projet - explique qu'il faut sortir le service public de sa dépendance aux recettes publicitaires et stabiliser ses finances. Pour cela, "l'Etat s'engage pour les trois prochaines années, à l'€uro près" disait, dans les couloirs du Palais Bourbon, un élu de la majorité... Or, ce genre de propos, on les entend régulièrement alors que, de fait, l'Etat trouve toujours une bonne raison de ne pas tenir ce bel engagement. Sans compter que, pour remplacer les pertes liées à la suppression de la pub, on crée une taxe sur... les recettes publicitaires des chaînes privées. Bref, d'un côté, on veut préserver le service public de recettes aléatoires que la crise va renforcer, les entreprises s'apprêtant à réduire leurs frais de pub. Mais, de l'autre, on crée une dépendance de France Télévisions aux rentrées d'argent des chaînes privées en terme de pub... celle-là même qui paraît-il, pourrait être prochainement fragilisée !
3- la suppression de la pub après 20 heures doit permettre aux Français de suivre les programmes de soirée dès 20h35 (on applaudit !). Sauf que, in extremis, un amendement UMP a été rejeté, lequel prévoyait de diffuser, entre 20h35 et 20h50 (pendant les pubs de TF1 !), des messages gouvernementaux de propagande sur la citoyenneté et l'Europe... Ouf, on a échappé au pire. Mais, le plus scandaleux est que la suppression de la pub (dont les Français, paraît-il, n'en peuvent plus) s'accompagne de l'attribution de nouvelles tranches supplémentaires de pub sur les chaînes privées. Bref, sur TF1 et M6 (qui n'hésitent pas à diffuser quelques écrans publicitaires en plein milieu de programme court de 30 minutes: ce qui est très fort !!), cette pub que les Français insupportent continuera à les gaver... encore plus qu'avant. Mais, de qui se fout-on?
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