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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Remettre la question sociale au coeur de nos réflexions

Dans le contexte économique actuel, on a beaucoup parlé ces dernières semaines de ce que l'on appelle le "traitement social" du chômage. C'est-à-dire que l'Etat ne voit plus dans les chômeurs une armée de fainéants, mais une main d'oeuvre à remettre sur le marché de l'emploi par des dispositifs d'aide qui ne sont guère compatibles avec l'idéologie libérale. Alors que, d'un côté, le président joue aux pompiers en privilégiant ce discours de gauche (un peu comme son prédécesseur), de l'autre, il met en place des dispositions ultra-libérales, présentées comme des avancées et de nouvelles libertés (travail le dimanche, possibilité de travailler jusqu'à 70 ans). Et tout cela, sans la moindre discussion avec des partenaires sociaux qui découvrent, dans les communiqués officiels ou dans la presse, les mesures unilatérales voulues par le gouvernement. Ainsi qu'une partie de la majorité: une partie seulement, car ces questions divisent - en ce moment - quelque peu l'UMP, dont certains élus s'opposent parfois sans ambiguité à ces nouvelles dispositions... même s'il est probable que ces réticences ne soient pas visibles dans le vote de l'Assemblée sur le texte correspondant ! Bref, le président fait de beaux discours à gauche, profitant de l'inaudibilité (provisoire?) d'un PS qui était occupé à autre chose ces dernières semaines, tout en agissant clairement à droite. Il faut bien dire qu'en ces temps d'interventionnisme et de regain du rôle de l'Etat dans l'économie, il lui est impératif de donner quelques gages à un électorat qui ne supporte guère ces élans que les républicains américains qualifient de "socialistes".

 

Les Etats-Unis, justement, c'est en fait le coeur de cet article. Ayant quelque retard dans mes lectures, en raison de mon emploi du temps subitement surchargé, je viens de dévorer le dossier spécial que Marianne a consacré à l'élection de Barack Obama. Et, parmi la quarantaine de pages du dossier, l'entretien que l'écrivain new-yorkais Jerome Charyn a accordé au journaliste Alexis Lacroix a attiré mon attention: considérant, pour faire court, que l'élection du démocrate marquait un tournant formidable, permettant de sortir par le haut de la décennie Bush, il affirmait notamment qu'elle était aussi le reflet d'une évolution de la société américaine que le choix du sénateur métis n'a fait qu'accélérer (et que la victoire de McCain n'aurait que ralenti !). Et, dans cet entretien, il évoque l'importance de la question sociale dans le vote du 4 novembre dernier: "Dans les années 1830, Tocqueville avait déjà été frappé par le haut degré d'acceptation de la différence dans la société américaine. Il avait alors saisi l'essence de notre démocratie, animée de part en part par l'égalisation des conditions. A la lumière de la perception de Tocqueville, les relations tendues des Blancs et des Noirs aux Etats-Unis apparaissent moins comme un problème racial que comme une question de classe". Ce qui se traduit par une phrase magnifique, que nous ferions bien de méditer pour enrichir notre propre modèle républicain: "Tant il est vrai que c'est moins la couleur de sa peau que sa pauvreté qui empêche un Noir de gravir les échelons sociaux". Et l'auteur de ces lignes de considérer qu'Obama a opéré une révolution de nature politique: placer la politique sociale, par le dépassement du clivage racial (il a parlé dans son fameux discours de Philadelphie d'une "société post-raciale"), au coeur de son projet d'avenir qui vise à transformer la société américaine en profondeur et à revivifier les valeurs auxquelles ses compatriotes sont tant attachés.

 

Dès lors, cette gauche française, un peu déboussolée, ne pourrait-elle pas s'inspirer - sans pour autant le copier - de cette réflexion progressiste pour renouveler son logiciel idéologique et avancer un projet de société franchement différent qui, sur cette base, romprait véritablement avec le sarkozysme? Je crois que "oui". Sauf que les démocrates américains ne sont pas des "socialistes" au sens français du terme. Ils se définissent surtout comme des "libéraux" au sens américain du terme, c'est-à-dire des progressistes voulant profiter des bienfaits de la mondialisation tout en maîtrisant les méfaits, à la fois par le maintien d'une liberté d'entreprendre nécessaire et par la mise en place de régulations qui garantissent l'égalité des citoyens. Or, faire du libéralisme l'outil pour mener cette révolution sociale, c'est tout simplement faire ce que l'on pourrait appeler du "social-libéralisme". Une sorte de nouvelle social-démocratie, n'ayant pas peur de s'inscrire dans le monde tel qu'il est. Une sorte de centre-gauche, que j'appelle de mes voeux, et qui baserait sa réflexion sur la place centrale que doit occuper l'être humain, et non plus l'argent, dans la définition d'une politique alternative. Or, pour y parvenir, celui ou celle qui, au niveau national (et peut-être au sein de l'actuel PS), portera cette idée ne devra pas oublier un point essentiel: la révolution sociale d'Obama repose sur l'accession au pouvoir, aux places les plus élevées de la pyramide politique et économique, de ces minorités visibles que le modèle français a rendu invisibles. Visibles dans les cités, mais invisibles dans LA cité. Il reste donc un dernier effort à produire: le PS, qui peut déjà se vanter d'apporter la seule députée métis de France métropolitaine, doit aussi prendre conscience que, sans cette représentativité de la diversité dans ses instances et sur ses listes électorales, il ne réalisera qu'une transformation incomplète de notre société. Quand on voit, par exemple, que 90 des 103 premiers secrétaires fédéraux sont des hommes et que la plupart s'appelent plus souvent Jean-Paul que Kader, on mesure le chemin qui reste à parcourir. Et pourquoi pas des listes représentatives de la diversité des populations et des territoires lors des élections européennes de l'an prochain?

 

C'est une piste à laquelle il faut sérieusement réfléchir. Car, à l'occasion d'un cours que j'ai donné à une classe de Première sur le Parlement européen, on a pu constater que les femmes représentent tout juste 30% des élus, que leur part augmente très légèrement à chaque nouveau scrutin... Or, la parité n'étant pas imposé par l'Union européenne (alors que le scrutin de liste à la proportionnelle s'y prête à merveille), c'est aux Etats, et donc aux partis politiques, de réaliser cette parité. Et, en observant les résultats pays par pays, si certains d'eux ont envoyé moins de femmes en 2004 qu'en 1999 (comme le Luxembourg qui est passé, sur six élus, de trois à zéro femmes !!), la France a réalisé des progrès. Qui n'en demeurent pas moins insuffisants. D'autant que, sur sept têtes de liste (dans les sept circonscriptions du scrutin européen), six étaient des hommes... Le constat est clair: si le PS veut espérer revenir au pouvoir avec des arguments valables, il doit d'abord faire la preuve qu'il peut s'appliquer à lui-même ce qu'il préconise pour le pays. Or, avec les deux prochains scrutins (européen et régional de 2009 et 2010), la nouvelle direction a l'occasion de montrer qu'elle peut porter cette réalité. Des listes plus représentatives dans toutes les régions pour donner un sens à la diversité française - que la gauche française considère à juste titre comme une richesse - et permettre à cette diversité de prendre les meilleurs décisions, en connaissant toutes les réalités du terrain. Sans cette diversité et cette féminisation nécessaire (que le nouveau Conseil national, issu du vote des militants, illustre nettement mieux), aucune politique sociale ne pourra prouver son efficacité sur le long terme.

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