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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Le Tout Sauf Ségolène a échoué !

On s'attendait à un vote serré entre les deux prétendantes au fauteuil de François Hollande, mais à ce point, jamais ! En me levant, tôt ce matin, avant d'aller travailler, j'ai regardé la diffusion des informations d'Euronews sur France 3 en attendant de regarder le JT de 7 heures de Télématin. Et, comme je m'y étais finalement résigné la veille au soir (considérant que la probabilité d'une victoire de la maire de Lille était la plus élevée, bien que les chances de Ségolène n'étaient pas nulles !), je constatais alors qu'Euronews présentait un portrait de la nouvelle première secrétaire du PS, Martine Aubry. 7 heures arrivent: je change de chaîne et attend avec impatience le score, histoire de savoir de combien de voix la présidente de Poitou-Charente a été battue. Quand la présentatrice annonce 42 voix d'avance, soit 50,02% des voix pour le nouveau visage de la gauche du parti, je suis quelque peu surpris. Et bien non, Ségolène n'a pas été écrasé par une Martine disposant des renforts de Bertrand Delanoë et de Benoît Hamon. Bref, hier, 25+24 faisaient 34 et ce matin, 34+23 ont finalement fait 50,02% !! On ne peut donc pas dire que la nouvelle élue ait remporté une victoire incontestable (c'est peu de le dire) qui lui donne la meilleure des légitimités pour succèder à un François Hollande qui s'est empressé d'appeler à l'unité, au dialogue de tous... vers une énième synthèse molle? Force est donc de constater, ce samedi, que - comme le souligne le politologue Dominique Raynié - moins qu'un 50-50, le résultat de ce second tour marque davantage une défaite politique de Martine Aubry... malgré sa victoire mathématique.

 

Ces derniers jours, il a d'ailleurs été beaucoup question d'arithmétique et de politique. Arithmétiquement défaite, Ségolène Royal n'en est pas moins la grande vainqueure politique de cette riche période de débats internes au PS. Marginalisée par les éléphants, traitée par deux anciens premier ministres (Michel Rocard et Lionel Jospin) d'incompétente, raillée pour sa défaite contre Nicolas Sarkozy lors de la dernière présidentielle, la présidente de Poitou-Charente reste néanmoins debout, forte de deux victoires lors des deux précédents votes et apparaissant comme la plus à même de rassembler les socialistes. Car, le calcul est simple à faire: une candidate qui part de 29% dans le vote des motions, rassemblant 43% des voix des militants au premier tour pour le choix du leader et frôlant les 50% au second tour... sans jamais recevoir le moindre appui supplémentaire d'un autre dirigeant du parti, c'est une très belle performance !! Ayant pu montré ses capacités de résistance, Mme Royal - qui sera l'invitée du 20 heures de TF1 ce soir - a par ailleurs prouvé à l'opinion qu'elle était porteuse d'une nouvelle manière de faire de la politique. Sous ses airs d'une énarque plutôt bourgeoise, elle n'en demeure pas moins - derrière DSK mais largement devant sa rivale d'hier soir - l'une des personnalités socialistes préférées des Français, disposant d'un appui certains dans ces couches populaires qui, lors du scrutin présidentiel de 2007, ont été - temporairement? - ébloui par les belles promesses sarkozyennes. Or, aujourd'hui, Mme Aubry représente davantage le vieux PS, celui de ces éléphants qui l'ont soutenu par allergie à cet OVNI politique qu'est Ségolène Royal (et qu'ils n'avaient pas vu venir !), et usant de cette vieille stratégie qui voudrait qu'un Congrès - comme un premier tour de présidentielle - se gagnerait à gauche. Or, sur les 70% de voix qu'elle aurait pu obtenir, 20% lui ont manqué pour renvoyer sa rivale dans sa région... preuve, s'il en fallait une, que les militants socialistes souhaitent plus que jamais un renouvellement, tant de la pratique politique que de la ligne, que la présidente de Poitou-Charente a impulsé depuis l'automne 2006.

 

A l'issue de ce vote du second tour, le constat que je dressais déjà hier se confirme: plus que jamais, le PS est divisé. Plus apte à rassembler et plus proche des préoccupations populaires, Ségolène est aussi celle autour de qui la plupart des discussions se sont concentrées. Un peu comme Sarko qui, lors de la campagne présidentielle, a imposé les thèmes sur lesquels médias et opinion concentraient leur attention. Créant le clivage au sein du parti, elle est la seule à avoir réellement tiré les leçons de son échec présidentiel... les autres dirigeants du parti, ne se considérant pas responsables de cette défaite, semblent s'autoriser à ne pas le faire. Et l'argumentaire de l'ex-candidate, répondant aux critiques d'un Michel Rocard qui menaçait de quitter son parti s'il était dirigé par un "vide intellectuel", est bien en place: elle n'a de leçon à recevoir de personne, surtout pas de ces cadres qui veulent continuer à tirer les ficelles en coulisse, sans avoir jamais tenté de l'aider à prendre l'Elysée. Et, sur ce point, Ségolène apparaît d'autant plus crédible que, depuis la présidentielle, elle a quelque peu évolué: outre sa communication - que le meeting du Zénith représentait de manière sans doute trop caricaturale -, elle a travaillé les nombreux dossiers qu'on lui reprochait de ne pas assez maîtriser. Sans compter que, depuis quelques mois, elle reprenait l'idée d'un "socialisme par la preuve", cette idée qui veut que les socialistes doivent prouver aux Français que ce qu'ils mettent en place dans les collectivités territoriales peut être la base d'un nouveau projet de société au niveau national. S'appuyer sur son expérience de présidente de région et sur les résultats qu'elle obtient en Poitou-Charente, voilà la nouvelle arme de celle qui paraît la mieux placée pour construire ce centre gauche dont la France a besoin. D'autant plus si Martine Aubry, confirmée dans sa nouvelle fonction par le prochain Bureau national et orientant le PS vers la gauche, laisserait un nouvel espace politique libre.

 

Dès lors se pose une question: le PS doit-il (et non, peut-il) imploser pour laisser place à deux nouveaux partis? Il est clair qu'avec le résultat d'hier, les nouvelles cartes distribuées par les scrutins de ces dernières semaines n'aideront pas les nouveaux dirigeants à mieux gouverner le parti. Il est tout aussi clair que deux visions, finalement assez différentes, se sont affrontées. D'où cette autre interrogation: faut-il continuer avec un PS divisé de l'intérieur, composé de personnes se détestant et de militants qui ne pensent pas toujours la même chose, qui risque de donner aux Français le même spectacle quand il s'agira de choisir le candidat pour 2012? Ou ne vaudrait-il mieux pas que deux partis, l'un de gauche, rassemblant autour de lui les forces de gauche rétrécies (des communistes aux alter-mondialistes en passant par les écologistes), et l'autre de centre-gauche, de manière à ce que chacune de ces deux tendances présentent un candidat lors de la prochaine présidentielle, laissant aux Français le choix entre les deux options? Ne serait-ce pas la meilleure solution pour notre démocratie que la multiplicité des forces de gauche laisse place à la construction de deux gros partis, organisant la fusion de tous ces petits partis, et qui permettrait aux citoyens de disposer d'un choix clair au premier tour des élections nationales? Quand j'entends les différentes réactions politiques, ce samedi, je serais plutôt tenter de répondre "oui". Quand un Benoît Hamon affirme que "certains [socialistes] ont perdu la tête", que le PS ferait mieux de manifester dans les rues plutôt que de recompter ses bulletins, cela ne correspond pas à ma vision de la politique: si recomptage ou nouveau vote il doit y avoir, c'est pour que le résultat démocratique soit incontestable et que les éventuelles fraudes soient rendues impossibles. Sans compter qu'un parti ne doit pas se compter de manifester, mais doit aussi construire un projet et proposer. Et quand, plus tard, j'entends les porte-paroles de l'UMP se lamentait de cette opposition inexistante, qui donne pourtant à la droite une belle leçon de débat interne et de démocratie militante, se félicitant de la "capacité d'autodestruction" du PS, je crois que nous ferions mieux, en effet, de mettre un terme définitif à ces querelles. Et l'implosion du PS, pour radicale qu'elle soit, apparaît comme une voie à explorer.

Et vous, que pensez-vous de tout cela? La situation du PS vous donne-t-elle envie de rire, vous agace-t-elle, vous inquiète-t-elle? L'idée d'une implosion du parti laissant sa place à deux nouvelles formations, plus cohérentes, vous séduit-elle, ou vous semble-t-elle absurde et improbable? Postez vos remarques en laissant, ci-dessous, un commentaire ! Et engageons le débat !

 

PS1 (comprenez Post-scriptum, et non Parti socialiste !): je viens de créer une nouvelle rubrique intitulée "La vie du PS" et dans laquelle seront répertoriés tous les articles que j'ai publié et que je consacrerai dans les prochains mois à l'actualité du Parti socialiste.

PS2: sur la carte ci-dessus, vous pouvez retrouver le résultat du second tour de ce 21 novembre sous la forme d'une carte. Chaque département est colorisé selon le nom de celle qui y a obtenu la majorité des voix des militants: en bleu ciel, les départements remportés par Ségolène Royal et en bleu foncé, ceux où elle l'a emporté avec plus de 60% des voix; en gris, les fédérations ayant majoritairement soutenu Martine Aubry et en noir, celles où la maire de Lille franchit la barre des 60%. Carte réalisée par mes soins, à partir d'un fonds de carte disponible sur www.hist-geo.com, et qui reprend les résultats par fédérations publiés sur le site officiel du PS ce matin.

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