Comme souvent, la collusion dans l'actualité de trois informations - évoquant le même thème - me permet de donner mon avis sur le monde dans lequel nous vivons. Limiter à deux le nombre de mandats qu'une même personne peut cumuler consécutivement au poste de président de la République consistait une avancée démocratique indéniable, inscrite dans la réforme constitutionnelle votée par la majorité. Cette limitation, qui existe notamment aux Etats-Unis - pays célébré pour la vivacité de sa démocratie -, est en effet un signe qui permet à un pays de se distinguer d'une dictature, où le pouvoir est confisqué par un homme ou un clan, pendant plusieurs décennies. Ainsi, la réforme constitutionnelle qu'ont voté les parlementaires algériens, dans un palace d'une cité balnéaire de la côte méditerranéenne, vient d'entériner le passage de la démocratie à la dictature: votée spécialement pour l'actuel chef de l'Etat, Abdellaziz Bouteflika, la nouvelle disposition n'interdit plus à un président de se présenter à un troisième mandat... ce qui serait l'objectif, prochain, de M. Bouteflika dont l'état de santé avait ouvert la guerre de succession. Or, avec cette nouvelle disposition, le dirigeant algérien devrait pouvoir garder le pouvoir, dans un simulacre de vote libre, comme cela peut être le cas dans les pays maghrébins. La démocratie est ainsi publiquement bafouée sans que, pour le moment, personne ne réagisse en France !
Il faut dire que, si l'on en croit la Ligue des droits de l'homme, la France n'est plus entièrement le pays des droits de l'homme, le président de cette Ligue ayant déclaré sur France Info aujourd'hui que "donner à manger à de petits enfants affamés en situation irrégulière est devenu un délit dans la France de messieurs Sarkozy et Hortefeux". Il évoque ainsi, dans un coup de gueule indispensable, la politique d'immigration mise en place par l'ancien ministre de l'Intérieur devenu président de la République: alors que le ministre de l'Intérieur britannique a récemment proposé au ministre français de l'Immigration de financer un charter commun pour renvoyer les Afghans en situation irrégulière sur le sol européen vers leur pays d'origine, la Ligue a dénoncé une chasse à l'homme réalisée dans la région de Calais. Le président de l'organisation a ainsi expliqué que la fermeture du centre de Sangatte par Sarko, lorsqu'il était encore place Beauvau, visait à "démédiatiser" un phénomène dont le seul règlement a été d'éparpiller ces étrangers dans la nature. D'où le communiqué de l'association publiée ce mercredi: " [Le 6 novembre] sur ordre du ministre de l’Identité nationale, le préfet déclenche la chasse aux réfugiés afghans autour de Calais. Hélicoptères munis de projecteurs, battues organisées dans les forêts, chiens policiers pistant l'odeur des Afghans… Pendant que le gibier est ainsi rabattu, les journalistes prévenus par des militants associatifs sont eux-mêmes encerclés par la police sur le parking de l’hoverport de Calais (...) Le président de l’association Salam est ceinturé, mis torse nu, menotté et placé en garde à vue… pour « outrage », un délit qui submerge décidément les tribunaux ces temps-ci. La chasse a été bonne : 54 Afghans de plus sont placés en rétention à Coquelles".
La Ligue souligne par ailleurs que "le lundi 10 novembre 2008, le prix Goncourt est décerné à Atiq Rahimi, écrivain afghan, qui a dû s’exiler au Pakistan en 1984 avant de demander l’asile en France (...) la Ligue des droits de l’Homme salu[ant] le choix des jurés du prix Goncourt qui honore et la littérature et la France. Elle considère que l’envol du charter prévu aujourd’hui pour Kaboul déshonorerait notre pays". D'autant plus que le lauréat du prix Goncourt s'est dit choqué par cette décision d'une expulsion, alors que les conditions qui attendent ces clandestins dans leur pays sont loin d'être satisfaisantes. Le président de la Ligue ironise sur ce "pays sûr" qu'est l'Afghanistan, selon les termes de Brice Hortefeux, qui semble avoir oublié l'embuscade tendue, non loin de Kaboul, aux troupes françaises présentes sur place. Et le responsable de continuer, sur France Info, en évoquant un fait d'actualité: un groupe de plusieurs Afghans, expulsés d'Australie où ils se trouvaient également en situation irrégulière, a été mutilé puis décapité dans le village où ils ont été reconduits. De quoi censer refroidir le dirigeant d'un pays démocratique, qui souhaite prouver son attachement aux droits de l'homme, avant d'envoyer à la mort des familles que la misère et la faim ont conduit en France (où des associations veillent sur leurs conditions de vie, en lieu et place de l'Etat) !
Et, pour couronner le tout, la décision de la Cour de cassation concernant les propos tenus par le sulfureux député UMP du Nord, Christian Vanneste, peut provoquer la consternation de quiconque, se qualifiant de progressiste, attaché à l'équité entre tous les citoyens d'une même société. Le parlementaire, à l'origine d'un amendement qui avait suscité une vive polémique sur le "rôle positif de la colonisation", a donc été définitivement blanchi et sa condamnation pour injure à caractère homophobe a été suspendue. Il avait été condamné pour des propos plaçant l'homosexualité comme inférieure à l'hétérosexualité, ajoutant que ce penchant sexuel était une "menace pour la survie de l'humanité". Dans sa décision, la Cour de cassation considère que le député n'a pas dépassé les limites de la liberté d'expression... ce dont l'élu se réjouit sur son site Internet, modestement intitulé "Le courage du bon sens": "Il y a 4 ans, j’intervenais au parlement contre les articles introduits subrepticement au Sénat puis en deuxième lecture à l’Assemblée nationale créant un délit d’homophobie et faisant de l’orientation sexuelle une notion juridiquement reconnue afin de défendre les conceptions fondamentales de l’anthropologie et de la Famille. Ce faisant, j’estimais accomplir mon devoir d’élu du peuple. Depuis 4 ans, j’ai été harcelé par un lobby aussi arrogant et agressif qu’il est minoritaire et éloigné des intérêts essentiels de notre société. Contre toute attente, et au mépris du droit à la liberté d’expression, fondement absolu de toute démocratie digne de ce nom, des juges ont osé condamné un parlementaire dans l’exercice de ses fonctions, un professeur de philosophie exprimant ses idées, c’est vrai indissociables de la pensée chrétienne".
Alors que les électeurs californiens ont, la semaine dernière, interdit le mariage entre deux personnes de même sexe, revenant ainsi sur le droit qui était accordé aux couples homosexuels de se marier légalement (ce qui constitue donc une régression, dans la mesure où un droit n'a pas été créé mais supprimé !), il est urgent que les partis progressistes, autrement dit la gauche, se saisissent du sujet. L'objectif étant de donner de nouveaux droits aux personnes homosexuelles, il faut qu'un débat permette d'aboutir à un PACS amélioré, donnant plus de droits à ces couples qui ne doivent pas pâtir de ce qui est clairement une discrimination. Pour lutter efficacement contre ces propos homophobes, il faut que les droits des gays et lesbiennes soient renforcées, chacun devant avoir le droit de vivre en couple quelle que soit son orientation sexuelle. Le devoir de la gauche est de répondre aux aspirations d'une partie de la société, en s'adaptant aux nouvelles réalités sociales et en se défaisant du carcan des valeurs traditionnelles, que l'on peut respecter et préserver tout en donnant plus de droits à ceux auquel ce cadre ne convient pas !