France-Cameroun: discrimination positive, et mensonge?
12 Novembre 2008
Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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C'est très probablement la première conséquence de l'élection de Barack Obama visible en France: un préfet de couleur noir, d'origine camerounaise, a été nommé ce matin en Conseil des ministres... quelques jours après que Nicolas Sarkozy ait reçu le président du Conseil représentatif des associations noires de France, très présent dans les médias depuis une semaine. Pierre N'Gahane (photo), c'est son nom, devient le troisième préfet issu de la diversité, c'est-à-dire de ces minorités dites visibles (ou, plutôt, invisibles dans le paysage politique et économique français !), après Aissa Dermouche dans le Jura en 2004 et Nacer Meddah dans l'Aube en 2006. Cet ancien vice-président de l'Université catholique de Lille (à l'âge de 34 ans), jusque-là préfet délégué de l'Egalité des chances de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur - poste créé après les violences en banlieue en 2005 -, a été nommé préfet des Alpes de Haute-Provence. Pour la ministre de l'Intérieur, cette nomination n'est que la confirmation que les qualités personnelles et les compétences peuvent conduire quiconque à des postes de responsabilité. Pour la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, c'est un signal fort envoyé aux populations d'origine africaine, tandis que le secrétaire général de l'UMP, Patrick Devedjian, se félicite de voir un Français d'origine étrangère - autrement dit, non issu des Antilles, comme précédemment - accèder à une fonction d'une telle importance.
Tous ces commentaires semblent laisser entendre que la décision de Nicolas Sarkozy n'a rien à voir avec le débat suscité par la victoire d'Obama à la présidentielle américaine. Et c'est d'ailleurs la thèse que défend le premier intéressé, le nouveau préfet ayant confirmé ce soir sur France Info que sa nomination comme préfet de l'administration territoriale était dans les cartons, depuis un mois, après sa titularisation pour cette fonction. Dès lors, il considère que ce choix est une vraie coïncidence, un hasard du calendrier... sauf qu'il y a un mois, Obama était clairement candidat à la présidence des Etats-Unis et commençait à bénéficier d'une avance intéressante dans les sondages. Bref, nous faire croire qu'il s'agit d'un pur hasard, c'est tout de même un peu gros à avaler. Que la discrimination positive - dont M. N'Gahane affirme avoir bénéficié lorsque Sarko, ministre de l'Intérieur, avait ouvert les postes à la diversité - permette à une personne d'une minorité visible d'accéder à un poste de responsabilité pour lequel il est qualifié, c'est bien. A condition qu'elle ne soit employée que dans les domaines politique et économique, et non au quotidien (car cela reste une discrimination !), où le retard est tel que les élites ne sont pas du tout représentatives de la société.
Un deuxième sujet d'actualité fait que les deux pays pré-cités, France et Cameroun, tissent des liens: les otages, enlevés au large des côtes camerounaises (en Afrique de l'Ouest) il y a près de deux semaines, ont été libérés hier et ont regagné le territoire français, en arrivant à Orly tôt ce matin. Aussitôt, le porte-parole du Quai d'Orsay a tenu à affirmer qu'aucune rançon n'a été versée par le gouvernement français pour obtenir la libération des otages. Dans le même temps, le gouvernement camerounais rappelait qu'aucune opération militaire n'a permis cette libération, une récente tentative - la semaine dernière - ayant échoué avant que les preneurs d'otages fassent croire à la mort d'un des otages (ce qui s'est avéré faux). Bref, ni opération militaire, ni rançon, c'est sans doute Dieu, celui qui avait permis à Ingrid Betancourt de supporter sa captivité, qui a contribué à cette issue heureuse... C'est scandaleux de voir que nos dirigeants, nos diplomates s'empressent de faire des déclarations pour nier, par anticipation, une rumeur qui se nourrit du seul fait que la vérité nous est cachée (les citoyens s'imaginant alors l'issue des opérations). Ne serait-il pas plus simple de ne pas cacher les choses, même si elles semblent inavouables? Faut-il se contenter d'attendre plusieures heures avant, comme aujourd'hui, que les dirigeants du Cameroun avouent avoir procéder à un échange de prisonniers? Comme disait le critique littéraire et journaliste satirique américain du début du XXème siècle Henry Louis Mencken: "Quand un diplomate dit "oui", cela signifie "peut-être"; quand il dit "peut-être", cela veut dire "non"; et quand il dit "non, ce n'est pas un diplomate".
Je viens justement de publier un article à ce sujet ou je salue bien evidemment cette nomination! <br />
J'ai bien pensé à l'effet Obama mais au fond je n'y crois pas vraiment, cela aurait quel impact en France?