Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
25 Octobre 2008
Dans l'agitation politique et médiatique qui accompagne - et qui rene partiellement anxiogène et illisible - la crise, notre président hyperactif a décidé de s'attaquer aux paradis fiscaux qui sont autant d'espaces d'inéquité dans le paysage financier et fiscal mondial. Et on ne peut que l'applaudir dans cette démarche, d'autant qu'il est - une nouvelle fois - parvenu à rassembler autour de la table la
plupart de nos partenaires européens, qui ont décidé de se saisir du dossier. Sauf que certaines chaises sont restées vides, notamment celle du représentant du Luxembourg qui, voyant son pays quelque peu visé dans cette affaire, a préféré boycotter le rendez-vous. Le soir même de cette réunion, le premier ministre du Grand-Duché, par ailleurs président de l'€urogroupe, Jean-Claude Junker (photo), était l'invité du JT de 20 heures sur France 2, à la fois pour répondre aux critiques sur cette absence, et pour donner sa vision de la manière dont l'Europe peut limiter l'impact de la crise financière et économique sur les sociétés européennes. Et le chef de gouvernement luxembourgeois de faire de cette tribune l'occasion de se ridiculer devant des millions de téléspectateurs, tant le discours qu'il a porté en l'espace de cinq minutes est la caricature même du technocrate bruxellois qui ne comprend rien à la réalité des habitants qu'il est censé servir. En quelques instants, le voilà qui symbolise cette Europe que l'on déteste, cette Europe si lointaine et coupée des réalités, incapable de chercher les solutions concrètes aux problèmes quotidiens de ses habitants. Petit florilège:
1- l'invité de David Pujadas commence par regretter "un reportage ridicule, superficiel et caricatural, présenté avec une condescendance purement franco-française" qui serait à charge contre lui. Et le présentateur du JT de lui couper la parole (ce que l'intéressé n'apprécie pas) pour lui signaler que, même si les journalistes ayant réalisé un reportage au Luxembourg ne l'ont pas interrogé, la rédaction lui donne un temps de parole bien plus important, en lui donnant une tribune, qu'en ne l'interrogeant que quelques secondes dans un sujet de deux minutes. Et pourtant, le moins que l'on puisse dire est que le dirigeant du Grand-Duché apparaît clairement sur la défensive, mal à l'aise et utilisant un vocabulaire qui s'y prête: il présente l'initiative sarkozyenne de réfléchir au problème des paradis fiscaux comme une "attaque française". Parler ainsi de ses partenaires n'est pas la meilleure manière de participer à une discussion sereine dont le but est de trouver un accord. Son attitude montre en tout cas clairement que Sarko a visé juste, en faisant du Luxembourg le modèle d'un pays créant, en partie, les conditions d'un dumping fiscal à l'intérieur même de l'UE.
2- l'une des phrases qui m'a le plus choqué dans cette interview est l'illustration parfaite que les dirigeants préfèrent discuter entre eux, dans le cadre d'institutions figées. Pour justifier l'absence de son pays à la discussion ouverte sur la double invitation de Sarko et d'Angela Merkel, il affirme: "nous avions dit, il y a deux mois, que nous ne participerions pas à ce genre de réunion car nous ne sommes sous le commandement d'une invitation [il parle ensuite d'une convocation] franco-allemande". Bref, si ladite réunion ne se fait pas dans le cadre de l'UE dont son pays est membre, elle n'a pas de légitimité... et il n'a pas de temps à perdre dans une telle discussion. Dans la foulée, il se dit prêt à participer à une réunion de travail plus formelle pour introduire plus de transparence, ainsi qu'une "dose de moralité" (l'expression politiquement correcte du moment !), dans le système financier mondial... Encore heureux !
3- mais, M. Junker peut aller encore plus loin. Toujours sur la défensive, interrogé sur le secret bancaire luxembourgeois - qui est l'une des caractéristiques d'un paradis fiscal -, il utilise un argument choc: "la Ligue de football du Luxembourg n'est pas responsable du fait que l'OM n'a pas gagné le championnat de France; mon pays n'est donc pas non plus responsable de la crise"... Sauf que jamais personne n'a affirmé le contraire. Le constat qui est fait par les reponsables politiques européens est plus simple: dans le modèle qu'il va falloir bâtir pour remplacer le capitalisme en déroute, il faut que certaines des insuffisances de ce dernier soient remis en cause. Le paradis fiscal en est un parmi d'autres. Et le premier ministre de poursuivre: "la France n'est pas plus exemplaire en matière de moralité financière que le Luxembourg, avec ses niches fiscales". Sauf que, comme le fait remaruqer M. Pujadas (sans que M. Junker ne réponde d'ailleurs), les deux éléments n'ont pas de rapport, et n'ont pas les mêmes conséquences. Notamment à l'échelle du monde. Bref, le message de ce responsable européen est fort: que chacun balaie devant sa porte avant de s'en prendre au voisin. Sauf que, dans un système mondialisé, les solutions n'auront de sens qu'au-delà de l'échelon national. Par la coopération et le dialogue.
J'adresse donc un petit message à M. Junker: "j'ose espérer - pour vous - que vous n'avez pas pondu de telles absurdités tout seul et que plusieurs personnes se sont associées pour arriver à un discours aussi mauvais. Si c'est le cas, changez d'urgence vos conseillers en communication car ils sont franchement nuls". Et, dans la foulée de Jean-François Kahn, qui est loin d'avoir sa langue (de bois) dans sa poche, réclamant de "virer Barroso", je serais presque tenté d'appeler à "virer Junker" qui, en tant que président du groupe des Etats membres de la zone €uro, tient un discours ahurissant... que les citoyens qui, comme moi, croient en l'Europe - en une Europe qui n'a de légitimité que dans le dialogue des peuples et des nations - ne veulent surtout ne plus entendre. Jamais !!